La fantasia, un spectacle équestre emblématique du folklore maghrébin, est profondément ancrée dans l'histoire et la culture du Maroc. Bien que le terme "fantasia" soit d'origine espagnole et signifie "fantaisie", il est largement utilisé pour décrire ce "jeu équestre" ou "jeu de la poudre". En darija, on parle de tburida, dérivé du mot "poudre", tandis qu'en berbère du Moyen-Atlas, on évoque l'envolée avec le terme tafrawt. Dans la région d'Azilal, on préfère le terme asbaai, en référence à une caracolade de spahis. Cet article explore les origines, l'histoire, les représentations artistiques, l'évolution et les critères d'excellence de la fantasia marocaine.
Origines et Histoire : Une Tradition Équestre Ancienne
La fantasia trouve ses racines dans une tradition équestre très ancienne, liée à l'introduction progressive du cheval Barbe, une race rapide et résistante. L'utilisation du cheval pour tracter des chars par les Libyens orientaux dès le XIIIe siècle avant J.-C. marque une étape importante. La fantasia est perçue comme une tradition d'un peuple noble et guerrier, une épreuve de courage et d'adresse qui perpétue les charges guerrières d'antan. Ce spectacle est intimement lié à la pratique de la guerre à l'époque héroïque et au culte des marabouts, dont la mémoire est honorée lors de moussems grandioses.
À l'époque ancienne, la fantasia se justifiait par la nécessité de maintenir une cavalerie légère, manœuvrière et constamment entraînée, apte à mener des expéditions punitives ou à se défendre contre les menaces extérieures. Chez les Zemmour, par exemple, l'achat d'un fusil, d'une monture ou de cartouches était obligatoire sous peine d'amende.
Représentations Artistiques : Du Tableau à la Réalité
Eugène Delacroix a immortalisé la fantasia dans un tableau en 1833, contribuant à populariser le terme. D'autres artistes du XIXe siècle, tels qu'Eugène Fromentin et E. Bayard, ont également représenté cette manifestation caractéristique du tempérament maghrébin. Fromentin a dépeint un spectacle équestre où les cavaliers d'une tribu font "parler la poudre" pour honorer deux chefs, tandis que Bayard a illustré une cavalcade guerrière devant les remparts d'une ville impériale.
Au début du XXe siècle, Segonzac a évoqué la fantasia à propos des Ayt'Ayyach, réputés être les "meilleurs cavaliers du Maroc". La fantasia est souvent utilisée pour honorer des personnalités illustres, comme en témoigne la description des frères Tharaud, où les Ayt Myill accueillent Lyautey avec une chevauchée bruyante sous la pluie lors de son arrivée à Tim-hadit dans le Moyen-Atlas. C'est dans cette région que la fantasia revêt le plus d'éclat, notamment chez les Izayyan. Les festivités se déroulent dans des lieux tels que le plateau d'Ajdir, où l'on peut admirer d'immenses campements de tentes noires, des danseuses d'aḥidus et des rassemblements de cavaliers enturbannés.
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Guennoun décrit également des tiferwin improvisées par des cavaliers se rendant au souk hebdomadaire, heureux de montrer leur hardiesse et l'habileté de leurs montures. Une grande fête chez les Ayt'Ayyach en 1926 pour honorer l’agurram Sidi’Ali Ben Nasser illustre également l'importance de la fantasia dans la culture locale.
La Fantasia : Entre Tradition et Tourisme
Après l'indépendance, la fantasia a timidement réapparu dans les manifestations folkloriques nationales. Bien que certains guides touristiques de 1965 ne la mentionnent pas, la fantasia a été mise en avant lors du moussem annuel de Moulay Idriss du Zerboun et dans une publication parrainée par Royal Air Maroc.
Une directive royale a contribué à réintroduire l'élevage caballin dans de nombreuses régions, avec la fantasia comme incitation. À partir des années 1970, le tourisme de masse a apporté une contribution importante à la popularité de la fantasia. Aujourd'hui, elle est considérée comme un jeu de société et un grand spectacle populaire spécifiquement marocain, occupant une place de choix parmi les attractions touristiques du pays.
Les chevaux destinés à ces spectacles font l'objet d'un élevage spécialisé et de soins attentifs. Avant le spectacle, les montures attirent le regard par la richesse de leurs équipements, notamment la selle brodée de soie, d'argent et d'or, ainsi que le harnachement richement brodé. Le cheval ainsi harnaché est qualifié de destrier, asnaḥi en berbère du Moyen-Atlas, un terme qui rappelle l'ancienne vocation guerrière de ce sport.
Déroulement et Critères d'Excellence
Le chef donne le signal rituel « Au nom de Dieu et à la gloire du Prophète », et le groupe s'élance au petit trot. Après une cinquantaine de mètres, les montures prennent l'allure de charge, et les cavaliers rivalisent d'adresse sur 150 à 200 mètres, soulevant un nuage de poussière. Ils se tiennent debout sur leurs étriers ou sur la selle, tenant leurs rênes entre les dents, et brandissent leurs fusils. Au dernier moment, un commandement retentit, et les fusils pointés vers le ciel, une détonation sèche troue l'air.
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Les connaisseurs évaluent la dextérité des groupes en fonction de plusieurs critères : le maintien de l'alignement, la rectitude de la charge, la synchronisation des coups de feu, la cambrure des participants et l'arrêt in extremis devant l'invité d'honneur. Les meilleures fantasias sont souvent liées aux moussems se déroulant près du tombeau d'un saint, notamment celui de Moulay Idriss du Zerhoun.
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