Introduction
La Ligne Maginot, vaste système de fortifications construit par la France entre les deux guerres mondiales, s'étendait de la Mer du Nord jusqu'à Nice, et même en Corse. Ce dispositif défensif, divisé en secteurs fortifiés, visait à protéger le territoire français contre une éventuelle invasion. Le secteur de Bitche, intégré à ce système, présente un intérêt particulier en raison de ses spécificités et de son histoire.
Genèse et Conception de la Ligne Maginot
L'idée de la Ligne Maginot a germé dès la fin de la Première Guerre mondiale, sous l'impulsion de certains généraux conscients de la nécessité de moderniser les défenses du pays face aux avancées techniques de l'armement. Paul Painlevé, ministre de la Guerre de 1925 à 1929, est considéré comme le fondateur de principe de cette "Muraille de France". Les travaux de construction débutèrent en 1930 et furent supervisés par des figures telles que les généraux Belhague et certains généraux dès la fin de la Grande Guerre, qui orientèrent les travaux pour arriver à la forme définitive que l’on connaît. Le général Belhague, en 1929, oriente les travaux.
Le but était de protéger des frontières, en donnant de la profondeur à la position. La Ligne Maginot était conçue comme un ensemble d'ouvrages bétonnés, reliés par des réseaux de galeries souterraines, équipés d'armements puissants et conçus pour résister aux attaques les plus violentes. Les coûts de telles fortifications étaient évidemment considérables.
Organisation et Structure des Fortifications à Bitche
Le secteur de Bitche, à l'instar des autres secteurs fortifiés de la Ligne Maginot, était divisé en sous-secteurs, chacun étant responsable de la défense d'une portion spécifique du territoire. Ces sous-secteurs étaient composés d'ouvrages principaux, de casemates d'intervalle et de petits blockhaus STG (Service Technique du Génie).
Les blockhaus STG, construits selon les plans du Service Technique du Génie, étaient disséminés un peu partout, à une centaine de mètres en arrière de la LPD (Ligne Principale de Défense), pour assurer la défense sur la position en cas de percée par des blindés. Ces "petits bétons" défendaient soit une vallée, soit une route de pénétration par lesquelles l’ennemi pourrait passer, si la LPD était brisée partiellement. Ils étaient destinés à ralentir l'ennemi et à occuper les troupes en place sur la Ligne Maginot. A côté des blockhaus STG, on dénombre aussi d’innombrables petits abris bétonnés construits le plus souvent dans l’urgence et avec les moyens du bord.
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La Ligne Maginot Aquatique
Une particularité du secteur de Bitche est la présence de la "Ligne Maginot Aquatique". Ce dispositif, comprenant des barrages et des zones inondables, visait à ralentir ou à empêcher la progression de l'ennemi. Parmi ces ouvrages, on peut citer le barrage de Herbitzheim.
Le barrage de Herbitzheim, plus large que celui de Wittring (3 600 000 m3), était bien défendu au nord-ouest par le canal des Houillères. Des blockhaus de défense des futures inondations étaient ainsi construits de part et d’autre des barrages. L'objectif était de pouvoir inonder la zone et de faire sauter les ponts en cas d'attaque. Des observatoires étaient placés en position dominante l’inondation et à proximité immédiate de celle-ci. La ligne Maginot Aquatique occupant les intervalles et la profondeur de la position.
Les raisons de la construction de cette ligne aquatique étaient aussi des raisons politiques, parmi les priorités.
Les Hommes de la Ligne
Le sous-secteur de Kalhausen était tenu par des troupes d’active auxquels sont joints des réservistes et des frontaliers. L'équipage des fortifications était composé de cadres, de sous-officiers et d'officiers. Les villages étaient évacués. Les équipages (75%), le reste (25%) étant occupé à l’instruction.
Caractéristiques des Blockhaus
Les blockhaus STG, éléments essentiels de la défense, présentaient des caractéristiques standardisées. Afin d'éviter une trop grande disparité des constructions, ils étaient conçus selon la forme d’un gros cube d’environ 5 m d’arête. Le béton utilisé était conçu pour résister aux coups de canon de 150 mm en service dans l’armée allemande. Par mesure d’économie, le mur arrière est moins épais que les autres.
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Chaque blockhaus était équipé d'un créneau de tir, souvent protégé par une oreillette destiné à protéger en partie le tireur. Un couloir d’entrée dissimule le boyau d’accès. Une cheminée permet le dégagement des fumées des lampes. Les blockhaus de type A (bis et 2) ne disposent que d’un créneau unique. L’aération est naturelle (pas de ventilateur).
À l'intérieur, on trouvait un dispositif permettant la mise en place de l’arme. Les fortifications CORF utilisent plutôt la mitrailleuse Reibel MAC 31.
Cependant, les blockhaus présentaient aussi des faiblesses. Ils étaient dépourvues de trémies et de cuirassements. Les blockhaus ne disposent pas de cloches de guet ou de tir, ni de fossé diamant.
Organisation Intérieure des Ouvrages
Les ouvrages de la Ligne Maginot étaient conçus pour assurer l'autonomie des défenseurs pendant une période prolongée. On y trouvait des chambres de coupure CORF, des postes de commandement, des observatoires, des organes de tir, des cuisines, des stocks de nourriture.
L'accès aux différents niveaux se faisait par des escaliers et des échelles à barreaux métalliques fixés à l’un des murs. Une cheminée permet le dégagement des fumées des lampes.
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Exemples de Blockhaus et d'Observatoires
De nombreux blockhaus et observatoires sont encore visibles aujourd'hui dans le secteur de Bitche. Voici quelques exemples :
- Blockhaus près de l'Esplanade à Kalhausen: Le créneau est orienté au nord-ouest, vers Weidesheim.
- Blockhaus situé à la lisière ouest du Grand Bois: Ouvrage bien intégré au paysage, adossé à un versant du terrain. La porte blindée est fermée par deux verrous.
- Blockhaus simple pour canon anti-char, construit en hauteur, au-delà de la route départementale.
- Observatoire au haut du pré appelé "Hundert Acker", à la lisière du Grand Bois.
La Ligne Maginot en 1940 et Après
Contrairement aux attentes, la Ligne Maginot n'a pas empêché l'invasion allemande en 1940. La stratégie allemande consista à contourner les fortifications par le nord, à travers la Belgique et les Ardennes.
Malgré cela, les troupes françaises stationnées dans la Ligne Maginot ont combattu avec courage. Lors de la campagne de France, et quelques échanges de coups d’artillerie. Lors de la Trouée de la Sarre, déclenchée le 10 mai 40, la surprise ne sera pas au rendez-vous. Le 13 juin est donné l’ordre de repli des troupes de l’Est, incluant les unités de forteresse.
Dans le Secteur Fortifié de la Sarre, il n’y a désormais plus de défense. L’ouvrage et les casemates sont bombardés le 16, sans dommages majeurs. Les soldats n’ont pas démérité, mais la lutte était inégale.
Devenir des Fortifications
Après la guerre, les ouvrages de la Ligne Maginot ont connu des destins variés. Certains ont été réutilisés par l'armée, d'autres ont été abandonnés et pillés. Les restes de l’affût ont fait le bonheur des ferrailleurs.
Aujourd'hui, certains ouvrages sont ouverts au public et font l'objet de visites guidées. D'autres sont laissés à l'abandon, envahis par la végétation. Il est clair qu’ils gênent lors des travaux culturaux. Broussailles et arbustes prennent le dessus.
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