Stand de Tir de Boécourt : Histoire et Traditions des Abbayes Suisses

L'histoire des stands de tir en Suisse, et particulièrement dans des localités comme Boécourt, est intimement liée à la tradition des abbayes. Ces sociétés de tireurs, souvent très anciennes, organisent des concours de tir qui sont au cœur des fêtes villageoises. Cet article explore l'histoire et les traditions entourant ces abbayes, en mettant en lumière leur importance culturelle et sociale.

Les Abbayes : Sociétés de Tireurs et Fêtes Villageoises

En Suisse romande, le terme "abbaye" désigne une société de tireurs, dont le concours de tir annuel ou bisannuel est l'occasion d'une grande fête de village. Ces abbayes peuvent porter des noms variés, tels que "Noble abbaye", "Abbaye des agriculteurs", "Abbaye des grenadiers", "Abbaye des carabiniers" ou "Abbaye des fusiliers".

L'an passé, l’Abbaye des grenadiers des Bioux a fêté son 225e anniversaire, celle des carabiniers de Montreux son 200e anniversaire.

L'événement central de l'abbaye est le concours de tir, où les meilleurs tireurs sont couronnés rois et vice-rois. Ces festivités durent souvent jusqu'à trois jours et peuvent inclure une journée spéciale pour les jeunes. On y danse et l'on s'y restaure sous la cantine.

Importance Sociale et Réseaux d'Influence

L'abbaye ne se limite pas à un simple concours de tir et une fête. Elle représente également un réseau social important, où les membres peuvent développer des connaissances et des relations qui peuvent s'avérer utiles sur le plan électoral ou commercial.

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Elle reste une société dont “il faut être” si l’on veut être reconnu dans la région. L’abbaye permet le développement d’un réseau de connaissances, voire d’une “clientèle”, électorale ou commerciale.

Localisation Géographique

Les abbayes sont principalement attestées dans les cantons de Vaud et de Neuchâtel. Bien que la réalité qu'elles désignent soit limitée à ces cantons, le mot lui-même est connu au-delà, comme le suggèrent les attestations relevées dans des journaux de Genève et de Fribourg, mais référant à des manifestations vaudoises ou neuchâteloises.

Origines et Évolution Historique

Le terme "abbaye" au sens de société de tireurs est attesté en français régional depuis le XVIIe siècle. Jean-Jacques Rousseau, dans sa correspondance, mentionne « l’abbaye de l’arquebuse de Couvet » en 1765. Le sens de "fête d’une société de tir" est attesté depuis 1697.

Le type abbaye, bien représenté dans les patois de la Suisse romande, a connu plusieurs sens : en plus de celui de “monastère gouverné par un abbé ou une abbesse”, qu’il partage avec le français de référence, on relève entre autres celui de “corporation ou confrérie, association organisée dans un but commun”, qui ne survit aujourd’hui qu’à Fribourg. Ce sens laïque (dont le sens plus récent de “société de tir” représente une spécialisation) dériverait du sens religieux. Quant au sens de “fête d’une société de tir”, le plus fréquent dans l’usage contemporain, il est aussi le plus récent.

L'Abbé-Président

L'abbé-président est le président d'une abbaye ou d'une confrérie, chargé entre autres de l'organisation des festivités. La première attestation de "abbé" en français régional avec le sens de "chef d’une corporation de métier ou d’une société de tir" date de 1685. La forme "abbé-président" est beaucoup plus récente, avec une première attestation indirecte en 1924.

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Parallèles Historiques et Régionaux

Des emplois semblables du terme "abbé" ont été relevés dans d’autres régions, notamment dans le Midi de la France, où il désignait autrefois les chefs de certaines confréries d’artisans. Des emplois semblables ont été relevés dans le nord du domaine italoroman.

Le Contexte Militaire Suisse au XXe Siècle

Pour comprendre l'importance des sociétés de tir, il est utile de considérer le contexte militaire suisse, en particulier au XXe siècle. La Suisse a été confrontée à plusieurs périodes militaires distinctes entre 1939 et 1945, avec des frontières et des voisins directs qui ont évolué au fils du temps et, en conséquence, des menaces et des risques très différents pour chacune d’elles. La réponse, tant militaire qu’économique et diplomatique, a nécessairement été appelée à évoluer fortement au cours du temps pour s’y adapter et permettre à la Confédération helvétique de protéger sa neutralité, d’assurer son approvisionnement économique et d’éviter d’être aspirée dans la barbarie de la Seconde Guerre mondiale.

Préparation Militaire Avant la Seconde Guerre Mondiale

Au début de la Première Guerre mondiale, en été 1914, la Suisse ne disposait tout simplement pas d’aviation militaire. Elle n’avait pas réussi à la créer, malgré des appels clairs de nombreux milieux et un don national populaire important à cet effet. Elle n’était pas prête. Les troupes d’aviation furent créées en catastrophe lors de la mobilisation de guerre d’août 1914, avec des appareils privés appartenant aux pilotes et des avions réquisitionnés.

En août 1939, lors de la mobilisation de la Seconde Guerre mondiale, la situation n’est pas plus brillante. Si la Suisse est à même de mobiliser rapidement une armée importante apte à protéger ses frontières et couvrir une grande partie de son territoire, elle n’est pas prête pour une guerre moderne, blindée, mobile et aérienne. Pourtant, des efforts avaient été menés depuis 1925, avec une nouvelle organisation des troupes, prévoyant d’augmenter jusqu’à trente le nombre d’escadrilles, et la mise en place d’un concept d’emploi de l’arme aérienne cohérent. La période n’était malheureusement pas propice à l’augmentation des dépenses militaires : en Suisse comme dans le reste de l’Europe, le mot d’ordre après le premier conflit mondial était « plus jamais de guerre ».

Modernisation et Défis Technologiques

Il faut attendre 1936 pour que la politique de défense et d’équipements militaires de la Suisse change de paradigme, avec une réorganisation et une modernisation radicales de l’armée et de l’aviation. Ce sont à la fois les doctrines modernes d’emploi de l’arme blindée et de l’arme aérienne dans les armées étrangères, mais aussi et surtout la prise de conscience de l’évolution géopolitique en Europe et de la course aux armements relancée depuis l’arrivée au pouvoir d’Hitler en 1933, qui poussent la Suisse dans cette direction.

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Les troupes de défense contre avions sont créées en 1936 seulement mais elles n’ont pas encore d’ordre de bataille, même prévisionnel, ni d’équipement en propre à ce moment. Le service (administratif) de l’aviation et de la DCA fut également créé à moment, avec trois composantes, l’aviation, la DCA et le service de repérage et de signalisation des avions (SRSA). Ce dernier avait comme mission, avant l’avènement du radar, de couvrir l’ensemble du pays avec un réseau de reconnaissance optique des avions ennemis et leur annonce centralisée.

Neutralité et Acquisition d'Équipement Militaire

Conscients que la production nationale ne permettra pas dans l’immédiat la construction d’un chasseur moderne et puissant dont l’aviation militaire suisse avait urgemment besoin, des délégations sont envoyées en France, en Angleterre, en Italie, en Allemagne et aux États-Unis pour y trouver les avions adéquats. Cette mission est couronnée de succès et, finalement, la Suisse réussit à passer commande, en 1938, de 10 Messerschmitt 109D, puis ensuite de 80 Messerschmitt 109E, à l’Allemagne, ainsi qu’à obtenir en 1939 de la France la construction sous licence du Morane 406, sous l’appellation locale D-3800. La neutralité est même plutôt bien respectée, avec des matériels provenant des deux camps opposés.

Seuls les premiers Messerschmitt 109 livrés sont disponibles et opérationnels lors la mobilisation de guerre des troupes d’aviation et de DCA suisses, le 28 août 1939. Les 21 escadrilles découlant de l’organisation des troupes 1936 sont ainsi mobilisées avec leurs 280 pilotes mais elles ne disposent à ce moment que d’un parc de 225 avions de combat, composé de 98 chasseurs et 127 avions de reconnaissance et d’attaque.

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