Le Stand de Tir de Chancy : Histoire et Évolution de l'Armement Schneider

L'histoire du stand de tir de Chancy est intimement liée à celle de la famille Schneider, une dynastie industrielle française dont l'influence s'étendit sur plusieurs siècles. Des débuts modestes dans la métallurgie à un rôle de premier plan dans la production d'armements, les Schneider ont marqué l'histoire industrielle et sociale de la France. Cet article se propose de retracer l'évolution de cette entreprise, son implication dans l'armement, et la construction du stand de tir, tout en évoquant les aspects sociaux et les controverses qui ont jalonné son parcours.

Les Origines de Schneider : Un Essor Industriel

L'aventure industrielle au Creusot remonte au XVIe siècle avec l'exploration des gisements houillers. Cependant, c'est en 1781 que François-Ignace Wendel et William Wilkinson jetèrent les bases d'une véritable industrie en choisissant Montcenis comme site de production pour les forges royales d'Indret. Wilkinson y découvrit un charbon de qualité exceptionnelle et du fer à proximité, espérant reproduire la production de fonte "à l'anglaise" pour la Marine. En 1783, la Manufacture de Cristaux et émaux de la Reine fut transférée de Sèvres au Creusot, où elle resta en activité jusqu'en 1832.

L'arrivée des frères Schneider au Creusot coïncida avec l'essor de l'industrie métallurgique, stimulé par l'application de la vapeur aux chemins de fer et à la navigation. Cette période marqua un tournant décisif pour l'entreprise, qui allait devenir un acteur majeur de l'industrie française.

L'Implication de Schneider dans l'Armement : Un Tournant Stratégique

Le dernier quart du XIXe siècle fut marqué par un glissement progressif vers la production d'armement, notamment grâce à la fabrication du célèbre canon de 75. Cette réorientation stratégique se traduisit par la création d'ateliers d'artillerie au Creusot (1880 et 1885), l'acquisition d'ateliers au Havre appartenant à la Société des Forges et chantiers de la Méditerranée, ainsi que du polygone du Hoc et de son champ de tir (1897). Un atelier fut également créé à Harfleur en 1905.

Parallèlement, l'entreprise, qui fournissait des plaques de blindage aux navires des marines françaises et étrangères, participa à la création des Chantiers et ateliers de la Gironde (1882). La branche Travaux publics fut structurée au sein d'un service dédié (1895), puis d'une direction (1906).

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Le Stand de Tir et les Essais d'Armement : Un Élément Clé du Développement

À partir de 1908-1909, les installations de tests et de fabrication de matériel d’armement s'étendirent vers le Sud-Est avec la construction d'une batterie d'essai sur la presqu'île de Saint-Mandrier, en rade de Toulon : la « batterie des Maures ». Cette batterie était alimentée par les torpilles fabriquées dans l’usine d’Harfleur en Seine-Inférieure.

Le 4 juin 1920, le polygone de tir du Creusot accueillit une visite prestigieuse de M. le Maréchal Pétain, de M. le général Debeney et de MM. Schneider. Cette visite témoigne de l'importance du site dans le développement et la validation des armements produits par l'entreprise.

Schneider Pendant la Première Guerre Mondiale : Un Rôle Industriel Majeur

Pendant la Première Guerre mondiale, Schneider joua un rôle industriel de premier plan, malgré des débuts hésitants. Avant même le conflit, la société prit des participations dans diverses entreprises, telles que la Société d’optique et mécanique de haute-précision (SOM), la Société d’outillage mécanique et usinage d’artillerie (SOMUA), ainsi que dans plusieurs sociétés d’armement russes (1912-1914).

La production de guerre fut considérable. Les usines du Creusot et du Breuil produisirent l’équivalent de 5 713 600 obus explosifs de 75, 4 055 440 shrapnels du même calibre, 1 175 571 obus de 155 et 4 806 000 obus de 120. La production des 400 chars commandés pendant la guerre fut réalisée en partenariat avec la SOMUA, qui fabriqua la majorité des blindages.

Reconversion et Expansion Après la Guerre : Diversification et Internationalisation

Après la Grande guerre, Schneider réorienta une partie de sa production vers des fabrications civiles et poursuivit ses prises de participations et acquisitions en France, avec la concession de mines de fer de Droitaumont dans le bassin de Briey en Meurthe-et-Moselle, la Société de l’énergie électrique Rhône et Jura, la société métallurgique de Knutange en Moselle désannexée, mais aussi à l’étranger avec les charbonnages de la Campine belge, les aciéries luxembourgeoises de Burbach-Eich Dudelange (ARBED) et la création de la Société métallurgique des Terres rouges (1919).

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Schneider profita de la défaite de l’Allemagne et de la chute de l’empire austro-hongrois pour essaimer en Europe orientale et centrale grâce à un outil privilégié : l’Union européenne industrielle et financière (UEIF) créée en 1920 avec la Banque de l’union parisienne (BUP) dont Eugène Schneider était administrateur.

Aspects Sociaux et Controverses : Paternalisme et Tensions

Le succès des Schneider reposait sur un mélange de prudence, de faculté d’adaptation et d’un sens remarquable de l’organisation, mais aussi sur le talent des ingénieurs et le travail des milliers d’ouvriers. La vie au Creusot était dure, comme dans tous les grands centres industriels de l'époque.

Sur le plan social, l’ouvrier évoluait dans un univers de dureté, de surveillance et de contrainte, « tempéré par un paternalisme intelligent et habile ». Les Schneider mirent en place des réalisations hardies et précoces, telles que des caisses de secours en cas de maladie ou d’accident, des hôpitaux, des soins médicaux et pharmaceutiques gratuits, et des caisses de retraite. Les écoles Schneider dispensaient une solide formation technique et professionnelle, ainsi que des règles morales simples et rigides.

Cependant, l’entreprise, dont le gérant était député à la Chambre et gouvernait l’ensemble de la vie locale, pouvait donner le sentiment de constituer une État dans l’État ou, pour reprendre le mot d’un militant socialiste, une sorte de « dictature féodale » moderne.

Le maître de forges devint rapidement, pour une partie de la Gauche et des milieux ouvriers français, le symbole du marchand de canons, le profiteur et fauteur de guerre, l’éminent représentant des « deux cents familles », l’équivalent d’un Armstrong ou d’un Vickers. Après l’Armistice de 1918, alors que les mouvements pacifistes attiraient de nombreux contemporains traumatisés par la guerre, ce type d’images frappait l’opinion et rencontrait un certain écho.

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Grèves et Tensions Sociales : Un Climat Social Agité

La Saône-et-Loire fut touchée par les grandes grèves de l’été 1936 comme le reste du pays. Plus de cent trente mouvements éclatèrent dans le département en juin et juillet. A Chalon-sur-Saône, le conflit de la métallurgie dura près de six semaines.

La grève du 30 novembre 1938, organisée par la Fédération des Métaux-CGT contre les décrets lois Reynaud, ne rencontra pas plus de succès. Le Progrès de la Côte d’Or titra avec satisfaction : « 10 grévistes sur 10 000 au Creusot ». Chez Schneider, « on a seulement enregistré dix absences anorm…

Schneider Pendant l'Occupation Allemande : Une Période Délicate

Même s’il n’était pas un ancien combattant de la Grande Guerre, aucun officier supérieur allemand ne pouvait ignorer que l’entreprise avait conçu et livré l’un des premiers chars d’assaut en 1915-1916, à peu près au même moment que le Mark I britannique, et quelques mois avant le Renault FT-17 ; tous savaient qu’elle avait joué un rôle de premier plan dans l’équipement de la Marine et des chemins de fer français.

Tout contribuait donc à faire de Schneider l’une des cibles privilégiées du pouvoir nazi, dès l’invasion de la France et le début de l’occupation allemande. Dans l’exposé des motifs de son ordonnance de non-lieu du 16 juin 1949, le commissaire du gouvernement résuma cette particularité : « En envahissant le pays, les Allemands devaient trouver divers établissements constitués par Schneider, un ensemble industriel de la plus haute importance dont l’activité, déjà orientée vers les fabrications de guerre, ne pouvait qu’attirer leur convoitise. Dans le but de faire passer les plus importantes des usines sous leur contrôle matériel, ils exigèrent que la ligne de démarcation des deux zones soit tracée de façon à englober Le Creusot dans celle de l’occupation. Ce fait indique déjà quelles allaient être les exigences de l’ennemi.

Les modalités de la reprise de cet ensemble industriel, la pression exercée par les autorités d’occupation, les attentes précises de ces dernières, la nature des premières commandes passées par l’occupant, l’attitude des dirigeants de Schneider à cet égard, mais aussi celle du gouvernement français, replié à Bordeaux puis installé à Vichy, sont des questions complexes qui nécessitent une analyse approfondie.

Sources et Documentation : Un Patrimoine Riche et Diversifié

Pour étudier l'histoire de Schneider, de nombreuses sources sont disponibles, notamment les fonds des Archives nationales, les dossiers d’instruction de la cour de justice de l’ancien département de la Seine, ainsi que les archives de l’entreprise, réunies au Creusot par l’Académie François Bourdon.

La collection des plaques de verre de La contemporaine, qui regroupe plus de 6000 plaques photographiques, constitue également une source précieuse d'informations sur l'histoire de l'entreprise et de son environnement. Ces plaques, composées d'une plaque de verre et d'une couche d'émulsion au gélatinobromure d'argent, témoignent de la variété des sujets représentés et des techniques photographiques utilisées à l'époque.

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