Le stand de tir de Commercy : histoire d'une implantation controversée

Commercy, charmante commune de la Meuse, est connue pour ses madeleines et son château Stanislas. Mais depuis quelques années, elle est aussi associée à une activité plus controversée : un stand de tir lié à la formation de militaires saoudiens, dans un contexte de ventes d'armes françaises à l'Arabie Saoudite, pays engagé dans le conflit au Yémen. Ce conflit, qualifié par les Nations unies de l'une des « pires catastrophes humanitaires au monde », a fait plus de 230 000 morts.

Genèse du projet : reconversion d'un site militaire

L'histoire de ce stand de tir commence en 2011, lorsque la dissolution du 8e régiment d'artillerie (RA), installé à Commercy depuis 1964, est annoncée. Cette dissolution représente une perte importante pour la commune, avec 13,7 % de sa population totale. Pour compenser la perte de 849 emplois, l'État débloque une somme exceptionnelle de 14,3 millions d'euros via un contrat de développement économique (CDE).

C'est dans ce contexte que l'entreprise belge John Cockerill, spécialisée dans la fabrication de tourelles-canons, se positionne pour s'implanter à Commercy. Bernard Serin, le PDG du groupe, informe Gérard Longuet, alors ministre de la Défense, que son entreprise est bien placée pour décrocher un contrat militaire avec un pays du Golfe. Selon Gérard Longuet, Bernard Serin lui a dit « J’aurai peut-être besoin d’un site pour accueillir des stagiaires sur du matériel militaire que j’ai l’intention de vendre. Mais il me faut la possibilité d’utiliser des terrains de manœuvre français pour essayer de vendre le matériel. ». En échange de quoi ? « Le deal c’était, il rénove, il rachète le bâtiment pour en faire son centre de formation et, en contrepartie, l’armée de terre lui concède l’utilisation des terrains de manœuvre dans des conditions limitées, précises, financières ».

L'implantation de John Cockerill est présentée comme une opportunité de reconversion économique pour le bassin de Commercy. Gérard Longuet reconnaît avoir œuvré pour que l'entreprise puisse s'implanter dans la Meuse, soulignant que « les relations que je nouais en Lorraine et au ministère de la Défense ont été décisives ».

Un montage financier favorable à John Cockerill

L'entreprise bénéficie d'un soutien financier important de la part de l'État et des collectivités locales. Elle se voit offrir un million d'euros grâce au CDE de Commercy, alors même que, selon la Cour des comptes, le plafond des aides est normalement fixé à 600 000 euros. De plus, Cockerill peut bénéficier d'une totale exonération fiscale et de cotisations sociales pendant trois ans, suivie d'une exonération partielle de deux ans, prise en charge par l'État. Au total, les élus locaux et l'État accordent plus de 2 millions d'euros d'argent public à l'entreprise belge.

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Le rôle de Gérard Longuet : conflits d'intérêts ?

Le rôle de Gérard Longuet dans l'implantation de John Cockerill soulève des questions de conflits d'intérêts. En avril 2013, il rejoint le Conseil d'administration de Cockerill, quelques mois après avoir quitté son poste de ministre de la Défense. Il perçoit 25 000 euros par an pour ce mandat, selon sa déclaration sur le site de la Haute Autorité pour la transparence de la vie publique.

De plus, Carole Ruhland, qui avait piloté le CDE de Commercy en tant que cheffe de projet à la préfecture, rejoint Cockerill en janvier 2015 et devient directrice générale de Campus Cockerill SAS.

Le contrat avec l'Arabie Saoudite et la guerre au Yémen

En 2014, Cockerill signe un contrat de sous-traitance avec la firme canadienne General Dynamics Land System-Canada (GDLS-C) pour un montant de 4,5 milliards d'euros. Ce contrat prévoit la livraison d'environ 700 tourelles-canons pour équiper les 928 véhicules blindés légers canadiens envoyés à Riyad. Le contrat comprend également la fourniture d'un système de simulation et la formation des militaires saoudiens au maniement de ces armes.

Le 26 mars 2015, l'Arabie saoudite lance l'opération « Tempête décisive » au Yémen. Ce conflit, qui a fait des milliers de morts et provoqué une grave crise humanitaire, n'a pas mis fin aux relations entre Cockerill, la commune et l'État français.

Une subvention régionale controversée

Sept mois après le début du conflit au Yémen, le conseil régional de Lorraine vote une subvention de 600 000 euros à l'entreprise d'armement. Cette subvention s'ajoute à l'argent versé par le CDE.

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Certains élus, comme Jacqueline Fontaine, ancienne élue Europe Écologie Les Verts (EELV), dénoncent un manque de transparence dans la présentation du dossier. Selon elle, le projet initial prévoyait la construction d'un hébergement pour les militaires saoudiens, leur famille et une mosquée intégrée dans le centre, afin de ne pas les mélanger à la population. Cependant, cette information aurait été édulcorée dans le dossier présenté aux élus.

Le stand de tir de Suippes : démonstration de puissance

En juin 2019, CMI Defence a effectué une exposition dynamique de ses tourelles sur le stand de tir de l'armée française à Suippes. Thierry Renaudin, président de CMI Defence, a donné un aperçu des tirs de démonstration qui allaient se succéder sur des cibles fixes et mobiles, à différentes distances. Le fabricant voulait démontrer les capacités réelles de toute sa gamme de systèmes.

CMI Defence se concentre depuis longtemps sur la combinaison de la puissance de feu et de la légèreté, offrant une grande efficacité sur la cible ainsi qu'une grande mobilité. L'entreprise a développé un programme de formation qui permet aux équipages d'apprendre à utiliser au mieux les systèmes d'armes Cockerill. Ces formations sont organisées dans des salles de cours, dans des ateliers, sur des simulateurs virtuels immersifs, sur des simulateurs embarqués, ainsi que, bien sûr, sur des systèmes réels.

L'évolution des munitions : vers une guerre plus précise et éthique ?

L'irruption du numérique dans les armes et les munitions bouleverse la nature du tir, permettant de faire mouche à coup sûr, ou presque. Les technologies du XXIe siècle permettent d'améliorer la fiabilité, la sécurité et la précision des munitions, tout en réduisant les coûts.

Selon Thales, l'application de tirs ajustés et aux effets gradués permettra de réduire drastiquement les consommations en munitions de tout calibre et donc les effets collatéraux. Les avancées induites par le développement d'armements de précision ou à guidage terminal auront également des répercussions au plan strictement éthique en changeant profondément la nature des opérations. Il s'agira bien de sortir de l'âge de la guerre industrielle pour offrir une alternative intelligente fondée sur la maîtrise de la violence dans toutes les phases des opérations.

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Commercy : entre industrie de la défense et attractivité touristique

Malgré la controverse liée au stand de tir et à la formation de militaires saoudiens, Commercy continue de promouvoir son attractivité touristique et culturelle. La ville a eu l'honneur d'accueillir le relais de la flamme olympique le samedi 29 juin, permettant ainsi à la population de vivre en direct cet événement historique et festif.

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