Le stand de tir d'Helfaut : Histoire et Mémoire

Introduction

Le site d'Helfaut, situé dans le nord de la France près de Saint-Omer, est un lieu chargé d'histoire et de mémoire. Initialement conçu comme un immense bunker nazi destiné au lancement des fusées V2 sur Londres, il est aujourd'hui un centre d'histoire et de mémoire qui retrace l'histoire de la Résistance et rend hommage aux victimes du complexe concentrationnaire de Mittelbau-Dora. Cet article explore l'histoire du stand de tir d'Helfaut, son lien avec l'usine souterraine de Dora, et les efforts déployés pour préserver la mémoire de ceux qui ont souffert dans ces lieux.

Le contexte historique : La Coupole et le projet V2

Le Centre d'histoire et de mémoire de La Coupole à Helfaut s'intéresse particulièrement à une page méconnue de l'histoire de la Résistance : le lien entre le bunker d'Helfaut et l'usine souterraine de Mittelbau-Dora. Les fusées V2, produites à Dora dans des conditions inhumaines, devaient être acheminées et tirées depuis Helfaut, visant Londres. Cette première fusée stratosphérique de l'Histoire devait atteindre la capitale britannique en seulement 5 minutes.

Le projet V2 était d'une importance capitale pour l'Allemagne nazie, qui cherchait à frapper le Royaume-Uni avec une arme révolutionnaire. Cependant, les bombardements aériens alliés sur le bunker d'Helfaut, le débarquement de Normandie en 1944 et le manque de temps pour achever les travaux ont contrecarré les plans des Allemands. Ils ont finalement renoncé à construire des sites de lancement fortifiés et ont opté pour des bataillons de tir mobiles pour lancer les V2. Plus de 3 000 V2 furent lancés jusqu'à la fin de la guerre, dont la moitié sur la Grande-Bretagne.

Mittelbau-Dora : L'enfer souterrain de la production des V2

L'usine souterraine de Mittelbau-Dora, située près de Nordhausen en Allemagne, était un complexe concentrationnaire où des milliers de détenus furent employés de force à la production des fusées V2. Ces travailleurs de "l'enfer" étaient soumis à des conditions de travail inhumaines, caractérisées par la faim, la maladie, la violence et la mort.

Georges Jouanin, un ancien déporté, témoigne de l'horreur vécue à Dora : "À Dora, j'ai vécu un enfer. Nous dormions sur des châlits infectés de poux et travaillions 18 heures par jour à percer la roche. On voyait nos compagnons mourir. Un travail de forçat…" Déporté à Buchenwald en décembre 1943, puis transféré à Dora, il a été témoin de la création ex nihilo d'une immense usine souterraine, cachée de l'aviation alliée. Cette usine prenait le relais du site de Peenemünde, sur la mer Baltique, qui avait été bombardé.

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Plus du tiers des 60 000 internés à Dora, majoritairement des Russes, périrent "au mépris complet des conditions de travail", selon Laurent Thiery, historien de La Coupole. Le taux de mortalité à Dora était bien supérieur à celui des autres camps de concentration, avec 4 500 personnes qui ne sont jamais revenues.

La recherche historique et la mémoire des victimes

Le Centre d'histoire et de mémoire de La Coupole s'est engagé dans un vaste projet de recherche visant à redonner un visage et une vie aux victimes de Dora. Une encyclopédie est en préparation, retraçant la vie de ces combattants, souvent arrêtée dans l'usine de Mittelbau-Dora.

Chaque détenu aura sa notice biographique, alimentée par les documents déposés par les familles et par ceux livrés par l'amicale des anciens de Dora-Ellrich. Cette amicale, créée dès 1945, soutient les veuves et les orphelins des victimes de Dora. La famille de Jean Gineston, un rescapé de Dora-Ellrich et des marches de la mort, a ainsi contribué au projet en remettant ses affaires à La Coupole.

Ce travail de recherche est également attendu avec un immense intérêt au mémorial de Dora, où les familles de Français viennent régulièrement rechercher des informations sur leurs proches. L'ouvrage, une sorte de dictionnaire, présentera également des articles d'experts sur différentes thématiques de recherche.

Le bunker d'Helfaut : Un site de déportation et de construction

Laurent Thiery reviendra également sur une histoire propre au bunker d'Helfaut : la déportation en avril 1944 vers ce site français de détenus étrangers, principalement des Russes, des Ukrainiens et des Yougoslaves, extraits des camps de Buchenwald et Neuengamme. Ces détenus furent employés à la construction du bunker, en remplacement d'une main-d'œuvre essentiellement française fournie par le STO (Service du travail obligatoire).

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L'objectif de cette déportation était d'éviter tout contact avec la population locale, afin de prévenir les "fuites" vers la Résistance sur ce site secret, objet d'une surveillance toute particulière des nazis.

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