Introduction
L'histoire des associations sportives et culturelles en Alsace est riche et profondément ancrée dans les traditions locales. Parmi ces associations, la Laurentia de Benfeld se distingue par sa longévité et sa diversité d'activités, incluant notamment le tir sportif. L'émergence du stand de tir de Molsheim s'inscrit dans ce contexte historique, témoignant de l'évolution des pratiques sportives et des valeurs associatives en Alsace. Cet article explore les origines de la Laurentia, son développement à travers les époques, et la genèse du stand de tir, en mettant en lumière les figures clés et les événements marquants qui ont façonné cette institution.
Les Racines Associatives en Alsace : Un Héritage de Formation Morale et Physique
Au XIXe siècle, les paroisses alsaciennes ont vu l'émergence de Cercles Catholiques de Jeunes Gens, dès 1836, sous le régime français. Ces cercles avaient pour vocation de former les jeunes sur les plans moral, intellectuel et physique. Dans le domaine sportif, la gymnastique fut la première activité pratiquée en Alsace. Avant 1870, une vingtaine de sociétés de gymnastique du Bas-Rhin et du Haut-Rhin s'étaient regroupées en une Fédération, organisant des compétitions, des manifestations et des excursions. Les archives de la ville de Benfeld témoignent de cette effervescence associative avec la création d'un orchestre en 1834 et d'une fanfare en 1872.
En 1899, le recteur ADAM entreprit la construction du Cercle Catholique, rue du Docteur Sieffermann, répondant ainsi à un besoin de local pour la gymnastique. La construction de ce grand bâtiment coïncida avec la création d'une section de gymnastique issue du "Katholischen Jünglinsverein" sous le nom de Laurentia, qui s'affilia aussitôt à la Ligue E.T.B. (Elsassischer Turnerbund). Fondée le 28 août 1898 lors d'une rencontre de huit sociétés de gymnastique à Colmar, la ligue E.T.B. s'inspirait de la morale sociale chrétienne. La première section de gymnastique comprenait des adultes et des jeunes de moins de 15 ans, appelés "pupilles".
L'Épanouissement de la Laurentia : Gymnastique, Musique et Engagement Associatif
En 1912, la section de gymnastique de la Laurentia comptait 19 adultes et 26 pupilles. Un comité s'était formé avec les noms de ADAM, BIND, HABSIEGER, ROECKER, WAECKEL, WALTER et le moniteur ECKENFELDER. Dès 1912, la section de gymnastique participa à toutes les fêtes de Noël et les fêtes d'été au cercle, tandis qu'en janvier une fanfare fut créée. En 1913, un premier concours régional de gymnastique E.T.B. fut organisé.
Après le retour à la France, toutes les sections de la Laurentia furent reconstituées dès le 19 janvier 1919. La ligue E.T.B. devint l'Avant Garde du Rhin, présidée par Aug. BIECHELER d'Ingersheim. Le 21 juin 1920, la section des adultes participa au concours régional à Colmar, obtenant de nombreuses couronnes de lauriers. Le 11 février 1921, une grande soirée de gala permit à toutes les sections de la Laurentia de se produire, notamment la gymnastique aux agrès, des pyramides et les pupilles avec un "Bauerntanz". Les 6 et 7 août 1921, un concours international de gymnastique réunit à Strasbourg 72 sociétés durant 3 jours.
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Dès 1922, les concours de gymnastique commencèrent à comprendre des épreuves d'athlétisme. Au niveau de la ligue, on distinguait plusieurs catégories : gymnastique artistique, gymnastique olympique ou gymnastique nationale, gymnastique populaire et les épreuves d'athlétisme. Le 21 février 1923, le comité technique fut remodelé pour tenir compte des différentes disciplines techniques. Le 24 juillet 1923, un grand concours international de gymnastique eut lieu à Paris, où la Laurentia avait délégué une équipe de 10 gymnastes en 1ère division.
L'Âge d'Or de la Laurentia : Diversification des Activités et Reconnaissance Régionale
Une ère nouvelle s'ouvrit en 1924 avec l'arrivée du nouveau président GSELL Ernest. La section d'athlétisme, constituée par des gymnastes, se mesurait aux autres sociétés d'athlétisme au sein de la Ligue d'Alsace d'Athlétisme et de la Ligue AGR. Une grande animation sportive régnait à Benfeld durant cette période, avec des individualités marquantes représentant dignement la Laurentia à travers toute l'Alsace.
Pour le 25ème anniversaire de la Laurentia, les 20 et 21 mai 1925, une fête de nuit avec feu d'artifice fut organisée au stade de football de la SGS Laurentia, avec au programme de la musique et des démonstrations de gymnastique artistique. Grâce à des entraînements intensifs et à des moniteurs reconnus pour leur valeur pédagogique et technique, la gymnastique fleurissait à Benfeld. De nombreuses participations à des concours régionaux et nationaux, ainsi qu'à des fêtes à travers le pays, en témoignent.
À partir de 1926, le moniteur des gyms adultes fut THIELEN Alfred. Les concours annuels de l'AGR voyaient toujours une forte participation de la Laurentia, autant en adultes qu'en pupilles. Sous la direction de TRIELEN Alfred, la Laurentia se déplaça au concours de Molsheim les 14 et 15 juillet 1928 avec un effectif de 104 gymnastes. La même année, la Laurentia envoya une équipe de 10 gymnastes à Paris, dont les frères ANDLAUER Victor et Joseph.
Parmi les noms régulièrement cités au palmarès des concours de gymnastique, on trouvait SAAS Eugène, FREPPEL Paul, FREPPEL Ernest, JEHL Adolphe, KAYSER Marcel, REIBEL Gustave, KISSENBERGER J-B., SCHNEIDER Xavier. En 1928, la fanfare locale remporta une première place en division "Excellence" au concours de Molsheim, avant de tomber en "veilleuse" par manque d'assiduité de ses membres.
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L'année 1937 fut particulièrement active pour la gymnastique à la Laurentia. Les pupilles reçurent en grande pompe un beau fanion le 5 septembre lors d'un tournoi gymnique doublé d'une grande fête sportive au parc du docteur Sieffermann, en présence du maire Edouard KERN et de SCHANNE de l'AGR. À cette occasion, le président de la Laurentia rappela le rôle fondamental de l'AGR et de ses sociétés dans l'éducation civique, morale et physique de la jeunesse française.
L'année 1938 continua la vie de la Laurentia avec notamment le 23 août une grande fête gymnique dont le succès fut tel que le cercle ne put contenir tous les spectateurs intéressés. Lors de la fête sportive à Fegersheim le 3 mai 1938, la Laurentia se distingua en gymnastique et en athlétisme, emportant des premiers prix avec les jeunes KIRSTETTER Raymond et SCHMITT Herrmann. La même année, le diplôme de moniteur de gymnastique fut acquis par BANZET Alphonse et DISCHERT Pierre. La section de gymnastique participa activement à l'aménagement du terrain de basket pour la nouvelle discipline.
Les Épreuves de la Guerre et la Renaissance de la Laurentia
Malheureusement, au fur et à mesure des incorporations de force de ses jeunes gymnastes, les effectifs se réduisirent et la gymnastique s'arrêta en 1943. Le 29 octobre 1946, un nouveau comité technique fut élu, comprenant Robert HAAS, Joseph SUR, Jean-Paul THIELEN, Xavier ECKENFELDER, René ANDLAUER et René THIELEN. Affiliée à l'AGR, la Laurentia reprit ses entraînements au cercle avec des agrès limités et dans un local très rudimentaire.
Durant la Deuxième Guerre Mondiale, l'Occupant allemand dissolut toutes les associations. L'incorporation de force de nombreux jeunes membres entraîna l'arrêt total de toutes les activités. Pour plusieurs de ces jeunes gens qui trouvèrent la mort sur les champs de bataille, cet arrêt fut sans retour.
Dès 1946, un comité d'anciens actifs, sous l'impulsion de M. l'Abbé Hatterer et du président, M. relança les activités. En 1952-1953, le président François Steinbach continua cette dynamique et créa une section de danse rythmique. En 1953, cependant, le manque d'ouverture d'esprit de la tutelle du Cercle entraîna la société dans un sommeil léthargique de plusieurs années : seules les sections de gymnastique, animée par MM. Alphonse Koehler et René Siffert, et de tennis de table, entraînée par M. Jean Kastner, poursuivirent leurs activités.
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L'Ère Moderne : Diversification et Construction du Stand de Tir
1958 marqua le début d'une renaissance. Face à un besoin sans cesse grandissant de loisirs pour la jeunesse, un nouveau Comité, présidé par M. Georges Aubry, reprit le flambeau. La section de théâtre, sous la direction de M. En 1961, M. De 1965 à 1980, sous l'égide de M. René Thielen, la Laurentia poursuivit son expansion et justifia, par ses effectifs et sa gamme d'activités, sa vocation d'association sportive et culturelle soucieuse de promouvoir la personne à travers des loisirs constructifs. Après avoir déjà modifié ses statuts en 1924, 1946 et 1958, la S.G.S. célébra avec faste ses 75 ans d'activité en 1975.
La gymnastique masculine, sous la responsabilité de M. Le tennis de table confirma ses promesses, dirigé successivement par MM. Le volley-ball se développa sous l'impulsion de MM. Claude Jund et Bernard Amann. La section de tir fut formée en 1972 à l'initiative de M. Autour de M. L'association acquit un trampoline en 1971 et en 1973, M. Denis Aubry créa une section pour lancer ce sport-spectacle.
La ville de Benfeld disposa désormais d'une Salle des Sports moderne, munie de tous les équipements techniques et sanitaires permettant de pratiquer les diverses disciplines dans de très bonnes conditions : la gymnastique, le trampoline, le volley et la boxe française furent installés dans ces nouveaux locaux. Le tennis de table et la fanfare poursuivirent leurs activités au Cercle Catholique.
C'est dans ce contexte de diversification et de développement que la construction du stand de tir débuta en 1978 sur la route de Rossfeld. De 1981 à 1983, M. assura la présidence, suivi d'un intérim assuré par M. pour la saison 1983-1984. De 1984 à 1987, c'est M. Robert Bildstein, responsable du tennis de table, qui présida la Laurentia avec ardeur et compétence jusqu'à ce que des difficultés de santé l'obligent à démissionner. L'intérim fut alors assuré par M. Eugène Wernert lequel, en 1988, et par défaut de candidature, accepta la présidence, cumulée avec sa fonction de trésorier.
Défis et Perspectives d'Avenir
En 1990, la Laurentia souffla ses 90 bougies dans un climat où confiance et réflexion se conjuguèrent pour envisager l'avenir. En 1995, une tentative fut faite pour réactiver le basket. Le tennis de table resta dynamique sur le plan du secteur, mais aussi dans les compétitions départementales et régionales. Toujours soucieuse de progrès, de rencontres et de contacts, la Laurentia sut négocier le tournant de la sécularisation sans renier son enracinement dans la tradition chrétienne.
Comme le démontrent les soirées "Baeckeoffe", les bourses aux armes et les parcours du Saint Nicolas, la Laurentia sait toujours jouer la carte de la convivialité au sein de la cité. L'un des moteurs qui l'ont menée au cours de ce siècle d'activité, le plus précieux peut-être, c'est le bénévolat de ses responsables - dirigeants, chefs, moniteurs, entraîneurs…
L'évolution des structures techniques et administratives du sport, les exigences matérielles et financières que cette évolution implique, tout cela bouscule également cette foi dans le service gratuit offert à l'autre : l'avenir est fait aussi de questions et de réflexion.
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