Les archives offrent une multitude de possibilités de recherche, qu'il s'agisse de retrouver un ancêtre, de retracer l'histoire d'une maison, d'étudier la vie d'une personnalité célèbre ou le déroulement d'événements historiques. Pour mettre en valeur les 4 000 km linéaires d'archives conservées en France, les archivistes réalisent des publications, des expositions et diverses activités culturelles et éducatives, tandis que les historiens exploitent ces documents pour leurs travaux. Les services d'archives publiques, répartis sur tout le territoire, comprennent les Archives nationales, départementales, régionales, communales et intercommunales, ainsi que les archives des ministères de l'Europe et des Affaires étrangères, des Armées et de nombreux autres organismes publics. Ces archives publiques, produites par des organismes publics et privés chargés d'une mission de service public, sont soumises à des règles spécifiques de collecte, de traitement, de conservation et d'accès.
Dans le cadre des commémorations des 80 ans de la Libération, les Archives de Montpellier proposent une évocation des événements marquants de l'été 1944, depuis les bombardements du 5 juillet qui ont durement touché le sud de la ville jusqu'au défilé de l'armée française de libération commandée par le général de Lattre de Tassigny dans les rues de Montpellier le 2 septembre.
Montpellier pendant la Seconde Guerre mondiale
Après quatre années de guerre, le débarquement du 6 juin 1944 en Normandie marque un tournant décisif. L'occupant allemand est débordé au nord, puis au sud par le débarquement en Provence le 15 août, tandis que la Résistance intensifie ses actions, soutenue par les bombardements anglo-américains. La victoire des Alliés sur l'Allemagne nazie semble alors inéluctable.
Durant l'été 1944, Montpellier est confrontée à des difficultés croissantes. Les restrictions alimentaires pèsent lourdement sur la population, aggravées par l'insuffisance de diversification des cultures dans la plaine viticole. La ville manque cruellement de lait, de viande, de matières grasses, d'œufs et de pain, sans parler des pénuries d'essence, de pneus, de vêtements et de chaussures. Les files d'attente devant les magasins s'allongent, et les services municipaux du ravitaillement distribuent les titres d'alimentation au Pavillon Populaire.
La surpopulation accentue ces difficultés. On estime que la population de Montpellier passe de 90 000 à 104 000 habitants au début de la guerre, avec l'arrivée de réfugiés du nord de la France, d'Alsace-Lorraine, de Belgique et du Luxembourg, ainsi que la présence allemande à partir de l'automne 1942. L'occupation militaire entraîne la réquisition de nombreux logements (hôtels, clinique mutualiste Beau Soleil, villas) pour héberger les officiers, les soldats et les bureaux de la Kommandantur (à l'hôtel de Guidais) ou de la Gestapo (à la tristement célèbre villa des Rosiers).
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Les autorités municipales, face à cette situation complexe, s'efforcent de protéger la population en cas de bombardements. Elles organisent les services de « défense passive », sous la direction de Jean Guizonnier et Marcel Bernard, et aménagent des caves en refuges, nettoient les puits et creusent des tranchées couvertes sur les terrains de sport. Des « chefs d'îlot » sont désignés pour assurer la sécurité dans chaque secteur de la ville, notamment pour faire respecter le couvre-feu et le camouflage des lumières. Les départs vers les campagnes environnantes sont encouragés.
Dès l'été 1943, les alertes se font de plus en plus fréquentes dans l'Hérault, devenant quotidiennes au printemps 1944. Les premiers bombardements alliés en 1944 visent l'aéroport de Fréjorgues, touchant également le territoire montpelliérain. Le bombardement du 27 janvier 1944 fait trois victimes civiles, tandis que celui du 27 mai 1944 cause une dizaine de morts et une trentaine de blessés au sud-est de la commune. Le bombardement de Sète, Frontignan et Balaruc le 25 juin 1944 fait véritablement prendre conscience du danger à la population.
Le témoignage de Charly Samson
À l'été 1944, Charly Samson, âgé de 16 ans, réside boulevard Pasteur, près du collège Legouvé. Engagé à la Chambre de commerce, il consigne dans un carnet les événements importants dont il est témoin. Son carnet de l'année 1944 constitue aujourd'hui une source essentielle pour ressentir la « vie mouvementée » des Montpelliérains pendant la Libération.
Selon les notes de Charly Samson, avec l'été, le mois de juin a ravivé la guerre sur le sol de France. Tout le monde a hâte que tout soit terminé. La vie devient de plus en plus pénible, autant moralement que physiquement. A Montpellier, les alertes se font de plus en plus fréquentes. Cependant, depuis les bombardements de Sète et de Frontignan, les gens sont beaucoup plus prudents.
Le bombardement du 5 juillet 1944 et le stand de tir de Montmaur
Le 5 juillet 1944, l'armée de l'air américaine (Fifteenth US Air Force) décide de détruire des ponts ferroviaires et des gares de triage entre la frontière espagnole et Montpellier, afin de stopper le mouvement de deux divisions allemandes sur le front de l'ouest. L'offensive aérienne vise Montpellier, Béziers, Narbonne, Rivesaltes, Carcassonne et Toulon. À Montpellier, l'objectif est de bombarder la gare d'Arènes, où se trouvent deux trains militaires allemands transportant soldats, munitions et essence.
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La gare de triage d'Arènes, aménagée dans les années 1920 sur les terres du domaine des Prés d'Arènes, est située au point de convergence de trois voies ferrées. Elle sert principalement de gare de marchandises.
L'alerte est donnée à 12h40, signalant des appareils volant en direction de Montpellier. À 13h08, un avion largue des papiers argentés pour brouiller les radars, puis marque l'objectif par un cercle de fumée. À 13h40, les premières bombes sont lancées sur la gare d'Arènes. L'attaque se déroule en trois vagues d'avions. La première vague cadre bien l'objectif, mais le cercle de fumée se déplace, trompant les deux autres vagues dont les bombes tombent plus au nord, touchant la Cité Mion, le boulevard Rabelais et l'avenue de Palavas. Le manque de précision est également dû au vol en haute altitude des avions américains. Vers 14h00, l'attaque est terminée. À 14h15, l'alerte-menace est levée.
Le bombardement laisse un paysage lunaire. 975 bombes ont été larguées, dont 230 sur la gare d'Arènes. L'objectif est atteint : les lignes de chemin de fer et les voies de triage sont détruites. L'explosion d'un train de munitions à proximité d'un train de soldats allemands provoque la mort de plus d'une centaine d'entre eux. Au dépôt des locomotives, une bombe s'écrase sur la rotonde, endommageant plusieurs locomotives.
Le bilan des victimes civiles est lourd, malgré la faible densité de population. Les habitants s'étaient réfugiés dans les abris, principalement des tranchées creusées par les services de la Ville. On relève 53 morts (57 en comptant les personnes décédées des suites du bombardement), dont 29 femmes et 5 enfants, et 87 blessés parmi les civils. Les dégâts matériels sont importants : 64 immeubles détruits, 35 partiellement détruits et 338 endommagés. Les rues les plus touchées sont le boulevard Berthelot, le chemin de Maurin, le chemin de l'Herbette, le chemin de la Perruque et le boulevard Rabelais.
Le témoignage de Charly Samson sur le bombardement
Selon le journal de Charly Samson, l'alerte sonne à 12h45 alors qu'il termine de déjeuner. Il descend rapidement vers les abris. Les avions apparaissent, très haut et brillants dans le ciel. Il entend un bombardement au loin, puis tout s'apaise. Soudain, des avions apparaissent moins haut et il entend de violentes détonations. Tout le monde se précipite dans l'abri. Le sol tremble, des gens pleurent. De la fumée obscurcit le ciel. De fines cendres tombent. L'alerte finit à 14h10. Charly Samson se rend aux équipes nationales au Peyrou et apprend que la cité Mion, la gare d'Arènes et les quartiers voisins ont été bombardés. Il est affecté agent de liaison et part sur les lieux sinistrés. Il décrit des maisons éventrées, des entonnoirs pleins d'eau sale, un immeuble coupé en deux. Il voit une locomotive recouverte de terre qui fume encore et un train de munitions qui explose continuellement. Il apprend qu'il y a de nombreuses victimes.
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La mobilisation des secours
Alors que le bombardement est toujours en cours, les équipes de la Défense passive se rendent sur les lieux du drame : ambulances de la Croix Rouge pour porter les premiers secours, camions des sapeurs-pompiers pour déblayer les décombres et éteindre les incendies. Le service sanitaire de la Faculté de Médecine envoie des équipes d'urgence constituées de médecins et d'étudiants. Les blessés français et allemands sont dirigés vers les hôpitaux.
Sitôt l'alerte levée, les Montpelliérains se mobilisent pour prêter main forte aux secours. De nombreux jeunes gens enrôlés au sein des « équipes nationales » ou des groupes de scouts interviennent au milieu des cadavres, entre les cratères et les décombres. Vers 17h, toutes les victimes ont pu être secourues. Les autorités saluent l'attitude exemplaire de la population et expriment publiquement leur reconnaissance.
La Résistance et la répression
Avec le débarquement des Alliés en Normandie le 6 juin 1944, les forces de la Résistance s'activent pour affaiblir l'occupant allemand. Les sabotages, les coups de main et les pillages redoublent. Cependant, elle doit faire face à une violente répression de la Gestapo et de la Milice. La villa des Rosiers, siège de la SIPO-SD, était une pension de famille bourgeoise située avenue de Castelnau. Au début de l'année 1943, la villa est réquisitionnée.
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