Le stand de tir des Trois Chênes, situé près d'Angoulême, est un lieu chargé d'histoire, marqué par des événements tragiques liés à la Seconde Guerre mondiale et par une longue tradition de pratique du tir sportif. Cet article explore l'histoire complexe de ce site, de ses origines à son développement actuel, en passant par son rôle sombre pendant l'occupation allemande.
Origines et Développement du Stand de Tir
L'histoire du stand de tir des Trois Chênes remonte au début du XXe siècle. En 1925, le stand de tir d'Angoulême est né dans la continuité d’un mouvement amorcé bien plus tôt. « Si on prend l’historique, ça démarre de la guerre de 1870, les stands de tir. On avait perdu l’Alsace et la Lorraine, et il y avait des stands de tir partout dans l’esprit de la revanche », raconte Pierre-Henri Gabaud. En 1927, l'ensemble du site des Trois-Chênes appartenait au club de tir. En 1935, le club, confronté à des difficultés financières pour l'entretien du site, le revend à la Ville d'Angoulême. En échange, le club conserve un droit d'occupation des lieux à titre gratuit et sans limite de date.
Le stand de tir se développe au fil des ans, proposant diverses disciplines, du tir à 10 mètres à air comprimé jusqu'au tir à 200 mètres. Le 10 mètres reste la priorité du club, notamment pour la formation des jeunes.
Le Stand de Tir Pendant la Seconde Guerre Mondiale : un Lieu d'Exécutions
Durant la Seconde Guerre mondiale, le stand de tir des Trois Chênes devient un lieu d'exécution tristement célèbre. L'armée nazie et ses complices de Vichy y ont massacré de nombreuses personnes. Le livret élaboré par l’Office national des anciens Combattants et Victimes de guerre de la Vienne et le Centre régional « Résistance et Liberté » de Thouars rappelle que « Ici, 128 hommes sont passés par les armes des pelotons d’exécution allemands, du 7 mars 1942 au 4 juillet 1944 ». D'autres fusillades ont eu lieu en Poitou-Charentes, notamment dans la forêt de La Braconne.
Parmi les victimes de cette barbarie, on compte cinq résistants bretons, arrêtés en Bretagne (Côtes d’Armor) en mars ou avril 1943. Emprisonnés à St-Brieuc puis à Rennes, ils ont été transférés à la prison Saint Roch à Angoulême. Proches du Parti Communiste clandestin et FTP (Francs Tireurs Partisans), ils furent fusillés aux Trois Chênes et inhumés à Linars le 3 juillet 1944. Il s’agit de :
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- Émile Laurent (né le 03/09/1924 à Warmeriville, Marne)
- Edmond Le Merrer (né le 28/08/1924 à Lannion, Côtes du Nord)
- Charles Le Moal (né le 19/12/1924 à Pleumeur-Gautier, Côtes du Nord)
- Jean-Baptiste Mont (né le 25/04/1924 à Créteil, Seine)
- Marcel Danigo (né le 19/04/1909 à Port Louis, Morbihan)
Ces hommes, ainsi que Justin Crouzaud, fusillé pour son action à la Poste de Ruelle, sont inhumés dans le cimetière de Linars. Sur la stèle érigée en leur mémoire, on peut lire : « Victimes de la barbarie Allemande, ils sont morts pour la liberté en criant : "VIVE LA FRANCE" ».
Hommages et Mémoire
Après la guerre, des hommages sont rendus aux victimes des exécutions. Le 8 mai 1949, jour anniversaire de la reddition sans condition des armées nazies, une foule imposante assiste à l’inauguration du Monument de Biard avec sa dalle de bronze portant 26 dates et les noms des Fusillés. La création en cours d’une ligne TGV a déplacé le monument. Un accord très majoritairement soutenu a fixé l’inauguration officielle du nouveau site « un jour anniversaire de fusillade ».
Ces monuments et commémorations permettent de ne pas oublier les atrocités commises et de rendre hommage à ceux qui ont donné leur vie pour la liberté.
Le Stand de Tir Aujourd'hui : Entre Tradition et Modernisation
Aujourd'hui, le stand de tir des Trois Chênes est un club dynamique qui compte 522 licenciés et continue de croître. Le club propose plusieurs disciplines, du tir à 10 mètres à air comprimé jusqu’au tir à 200 mètres. Le 10 mètres reste la priorité du club, notamment pour la formation des jeunes.
Le club a bénéficié d’investissements importants, notamment de la part de Grand Angoulême, qui a financé des rénovations et de nouvelles infrastructures. « Ils vont investir trois fois 57 000 euros sur trois ans », complète-t-il. Le stand de tir de l’Angoumois devrait ainsi voir naître des couloirs supplémentaires pour les épreuves de 100 mètres.
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Première salariée du stand depuis le 1er janvier 2025, Clémentine Larret est spécialisée dans l’encadrement et la compétition. « Dans le temps, l’école de tir, c’était très calme, ils étaient avec leur portable. Maintenant, c’est fini, ils sont au tableau. Ils posent des questions, c’est dynamique. Clémentine nous apporte beaucoup », réagit le président.
Défis et Avenir
Malgré son succès, le stand de tir des Trois Chênes est confronté à des défis. La situation juridique du site est complexe, avec un droit d'occupation datant de 1935. GrandAngoulême veut aujourd’hui dénouer cette situation complexe - et bancale sur le plan juridique - en signant une convention avec l’utilisateur. Une demande de GrandAngoulême à laquelle les dirigeants d’un des plus gros clubs de l’agglo, avec ses 400 licenciés, répondent par le silence, se retranchant derrière les démarches de l’avocate à qui le président Pierre-Henri Gabaud et son équipe ont confié le dossier.
Un autre problème est l'état du mur utilisé pour le tir extérieur à 200 mètres, dont un large pan s'est écroulé en février dernier. L’agglo trouve urgent d’attendre: "On ne peut pas le réparer si on ne sait pas qui est propriétaire , glisse Gérard Dezier. Et puis peut-être qu’on n’en a pas vraiment besoin, que ça n’a pas d’intérêt pour l’avenir…"
Pour marquer l’anniversaire de son centenaire, le club prépare une célébration spéciale. « On va recevoir les gens, des petits fours, parler du club et diffuser un historique », annonce le président. Plusieurs documents retraçant l’histoire du stand de tir seront présentés, illustrant son évolution au fil des décennies.
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