Statistiques des tirs au but au football : Comment optimiser ses chances de succès

La fin de saison approche, avec son lot d'enjeux cruciaux : montée, maintien, finales de coupe. Dans ces moments décisifs, la séance de tirs au but ou un simple penalty peuvent faire basculer le destin d'une équipe. Cet article propose une analyse statistique pour mieux comprendre comment optimiser ses chances de succès, que l'on soit tireur ou gardien.

La psychologie au cœur du penalty

Le penalty est une épreuve psychologique intense. La disproportion entre la faute commise et la sanction qui en découle crée une dramaturgie particulière. Un match se joue souvent à un but près, et le penalty représente une occasion en or de faire basculer la rencontre. Le choix d'un tir au but fait intervenir la psychologie et la réflexion pour le tireur, mais aussi pour le gardien. Le long moment qui sépare la faute et le tir est un temps de concentration, mais aussi de décision.

Pour le joueur, les questions fusent : où placer le ballon ? Que va faire le gardien ? Où plonge-t-il habituellement ? Est-ce que je modifie ma course ?

Pour le gardien, le questionnement est similaire : le tireur est-il droitier ou gaucher ? Est-ce que j'anticipe son tir ? Est-ce que je feinte un mouvement ?

Les actions du gardien dépendent de celles du tireur, et inversement. Tout compte : la pose du ballon, le placement, la course d'élan, la prise d'appui du joueur, le placement sur la ligne, l'attitude, le regard, la prise d'appui du gardien.

Règles et observations statistiques

Bien qu'il n'existe pas de recette miracle, certaines règles et observations statistiques peuvent aider à optimiser ses chances de succès :

  1. Côté naturel : Les joueurs ont tendance à privilégier leur côté naturel. Les droitiers tirent plus souvent à droite, et les gauchers à gauche. Dans cet instant où ils ont besoin d’être sûrs d’eux.
  2. Hauteur du tir : Les tirs situés entre 20 cm et 1,5 m du sol sont plus faciles à arrêter pour les gardiens, car ils se trouvent sur leur trajectoire de plongeon.
  3. Immobilité du gardien : Avec la tolérance des courses d’élan à arrêt, les gardiens ne doivent absolument pas bouger avant le tout dernier moment. Le moindre mouvement du gardien peut donner le sens du plongeon au tireur et donc le modifier. S’il doit y avoir un mouvement de la part du gardien c’est vers l’avant.
  4. Avantage du premier tireur : L'équipe qui gagne le pile ou face doit choisir si elle tire ou arrête en premier. Il faut toujours en ce cas choisir de tirer en premier. Selon les statistiques, l'équipe qui tire en premier remporte la séance dans 60% des cas. Une étude plus récente, basée sur un échantillon plus large, nuance cette affirmation, avec un taux de victoire de 51,5 % pour l'équipe qui commence.
  5. Choix des tireurs : C'est l'entraîneur qui décide qui doit tirer ou non. Bien entendu certains joueurs s’imposent d’eux même et il n’y a pas de choix à faire pour eux. Mais souvent les places 4ème et le 5ème tireur sont vides car certains n’osent pas, ont peur de se désigner. C’est à ce moment là que l’entraineur doit choisir les joueurs les plus aptes à réaliser cette tache (état de faichuer mentale et/ou physique).
  6. Gestion du temps : Prendre son temps, bien évidemment pour avoir l’esprit clair, se calmer et prendre le temps de préparation pour choisir sa manière de tirer.
  7. Observation et analyse : Il est crucial d'observer et d'analyser ce que font les tireurs ou les gardiens tout au long de la séance. Cela permet de voir si une équipe a mis au point une stratégie ou si le gardien a une manière spécifique de plonger.
  8. Regarder le gardien : Une étude révèle qu'il est préférable pour le tireur de regarder le gardien lors de sa prise d'élan, afin d'observer ses mouvements, plutôt que de fixer le ballon.
  9. Se faire justice : Un échec suscite souvent des justifications plus ou moins rationnelles. Un classique est de regretter que le frappeur soit le joueur qui a subi la faute. Pourtant, ce n'est pas un facteur aggravant. L'étude ne relève que 0,17 % de réussite en moins.
  10. Le latéral, faut pas l'inviter: France-RFA 1982, France-Italie 1998, OM-Étoile Rouge 1991 : dans ces trois séances de tirs au but, le latéral tricolore (Bossis, Lizarazu, Amoros) a échoué. Mais ce n'est pas qu'un mal français.

L'importance de la préparation mentale

Christophe Revel, ancien entraîneur des gardiens, souligne l'importance de la préparation technique et mentale, à travers la répétition de gestes et de situations proches de la réalité. Il insiste sur la nécessité de rendre le gardien acteur de ce moment, de le mettre à l'aise et de lui enlever toute pression. Cédric Carrasso, quant à lui, met en avant l'importance de l'intuition et de l'observation. Il est crucial de donner des renseignements au gardien, mais cela ne constitue pas une science exacte.

Le cas Redmayne : guerre psychologique et déstabilisation

L'exemple d'Andrew Redmayne, gardien australien, illustre l'importance de la guerre psychologique lors des séances de tirs au but. Entré en jeu juste avant la séance décisive contre le Pérou, il a déstabilisé l'adversaire par ses gesticulations et ses provocations. Il s'est même emparé de la gourde du gardien péruvien pour la jeter dans les tribunes. Une étude a révélé qu'un gardien qui tente de déconcentrer le tireur réduit de 10% le nombre de buts marqués.

Les lacunes françaises et les solutions envisagées

Le football français a connu une série d'échecs lors des séances de tirs au but. Les gardiens français, comme Fabien Barthez et Hugo Lloris, n'ont pas réussi à stopper les tentatives adverses. Les tireurs ont également failli, avec un faible taux de réussite. Face à ce constat, la DTN a décidé de s'emparer du sujet. Hubert Fournier a souligné la nécessité de mieux maîtriser la gestion des émotions et d'accompagner les joueurs sur le plan émotionnel, en faisant appel à des psychologues. L'Allemagne, par exemple, donne accès à des psychologues sportifs à toutes ses sélections de jeunes.

L'exemple anglais : préparation minutieuse et analyse statistique

L'Angleterre, qui possède le pire ratio des grandes nations dans l'exercice des tirs au but, travaille spécifiquement cet aspect du jeu. Le sélectionneur Gareth Southgate, lui-même traumatisé par un échec personnel, a mis en place une préparation minutieuse, basée sur l'analyse statistique et la répétition de gestes. Les Three Lions utilisent notamment des filets aux entraînements pour travailler les frappes dans les coins du but.

Stratégie optimale et théorie des jeux

La théorie des jeux offre un éclairage intéressant sur la stratégie optimale à adopter lors des tirs au but. Le tireur doit choisir un côté au hasard, mais avec une préférence pour son côté fort. Ignacio Palacios Huerta a déterminé que la probabilité optimale pour un droitier de tirer à gauche (son meilleur côté) est d'environ 58%. Sur les 1419 penaltys qu'il a analysés, environ 60% ont été tirés du côté favori du joueur, ce qui est très proche de la stratégie optimale.

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