Le Tir à l'Arc Adapté pour les Déficients Visuels : Une Discipline Inclusive et Bénéfique

Le tir à l’arc, activité de précision par excellence, peut sembler paradoxalement inaccessible aux sportifs déficients visuels. Pourtant, cette discipline adaptée offre de nombreux avantages, tant sur le plan physique que mental, et s'avère être un puissant vecteur d'inclusion.

Bienfaits du Tir à l'Arc Adapté

Aude Legeay souligne que le tir à l’arc permet de travailler sur la concentration, la mémorisation par la répétition de mouvements identiques, et la représentation du corps dans l’espace. Ce dernier point est particulièrement pertinent, car la représentation spatiale peut être difficile à appréhender pour une personne déficiente visuelle. De plus, le tir à l’arc sollicite l’équilibre et la mobilisation globale des muscles, ce qui en fait un sport complet.

Technique de Visée et Adaptation

Pour une technique de visée efficace, il est essentiel que l’archer ait un bon positionnement sur son pas de tir. La mise en tension de l’arc et l’allonge doivent être constants à chaque tir. Toute variation dans la posture de départ ou l’allonge peut entraîner un changement de trajectoire et une perte de précision.

Les archers malvoyants ou aveugles utilisent un repère tactile positionné sur une potence de manière horizontale pour régler et contrôler leur visée. Le placement du tactile sur le dos de la main doit être identique à chaque tir.

La technique de visée la plus répandue fait appel à un guide qui aide à orienter la flèche, mais surtout à communiquer le score et le résultat du tir en indiquant une couleur et une orientation horaire. Ces indications verbales permettent à l’archer de s’auto-corriger. Il est important de noter que le guide n’est pas autorisé à donner des conseils techniques, rôle réservé à l’entraîneur, qui intervient de préférence entre deux volées pour ne pas perturber l’archer.

Communication et Pédagogie

La communication est essentielle entre l’archer non-voyant et son guide et/ou entraîneur. Il est important de questionner l’archer sur ses sensations et son ressenti lors des différentes actions pour mieux le comprendre, l’accompagner et le corriger. La communication est principalement verbale et tactile. Les consignes et corrections sont apportées par la voix, avec des annonces claires et précises de tous les paramètres, en suivant une pédagogie évolutive (une consigne/correction à la fois).

La plupart des archers non-voyants connaissent le système du « cadran horaire », appris en institut spécialisé ou à l’école. Si ce n’est pas le cas, il est indispensable de leur apprendre, car cet outil permet d’annoncer le résultat et de corriger la personne avec précision. Par exemple, si l’on annonce « tir dans le bleu à 3h », l’archer peut situer et imager la position de sa flèche.

Compétitions de Para-Tir à l'Arc

En compétition, le para-tir à l'arc a le même objectif que le tir à l’arc « ordinaire » : marquer un maximum de points. Les règles sont similaires, avec des ajustements concernant la distance, le temps de tir et les aides techniques pour répondre aux besoins spécifiques des para-archers. Les compétitions sont organisées en différentes catégories en fonction du type et du degré de handicap. Les archers peuvent tirer assis ou debout, avec un arc classique ou à poulies, et des aides techniques peuvent être utilisées pour améliorer les conditions de tir.

Tous les quatre ans, les Jeux Paralympiques proposent des épreuves de para-tir à l'arc accessibles aux archers ayant un handicap physique. Lors des Jeux Paralympiques de Paris, les épreuves de para tir à l’arc se dérouleront du 29 août au 5 septembre sur l’esplanade des Invalides.

Histoire du Para-Tir à l'Arc

Le para-tir à l’arc est un sport pionnier du mouvement paralympique, ayant même lancé les compétitions internationales. Dans les années 1940, le docteur Ludwig Guttmann a utilisé le para-tir à l’arc à l’hôpital de Stoke Mandeville comme activité de réadaptation pour les vétérans de guerre blessés. En 1948, il a organisé le premier tournoi pour 16 patients, un événement reconduit chaque année. En 1952, une équipe néerlandaise y a participé, jetant les bases du premier événement international pour les athlètes handicapés. Le para-tir à l’arc a fait partie des premiers Jeux Paralympiques à Rome en 1960, avec 19 athlètes de 8 pays différents concourant dans 8 épreuves.

Catégories de Para-Tir à l'Arc

Le para-tir à l’arc est adapté aux athlètes avec des handicaps physiques, notamment ceux atteints de paraplégie, tétraplégie, amputation et infirmité motrice cérébrale. Les principales catégories sont :

  • Open arc classique : Les archers tirent de 70 mètres, debout, sur un siège haut ou en fauteuil roulant.
  • Open arc à poulies : Ouvert aux mêmes handicaps que l’arc classique, la distance est de 50 mètres.
  • W1 : Réservé aux archers en fauteuil roulant avec une perte de force musculaire, de coordination ou de portée du mouvement dans les bras.

Le but est de marquer le plus de points en visant une cible avec des zones allant de 1 à 10. Les épreuves individuelles comprennent un tour de qualification où les archers tirent 72 flèches en 12 volées de 6 flèches, avec 4 minutes par volée. Ce tour permet de classer les participants pour un tableau à élimination directe. Les oppositions se font en 5 volées de 3 flèches.

La France et le Para-Tir à l'Arc

La France, avec la Grande-Bretagne et les USA, est l’un des seuls pays à avoir participé à toutes les éditions des Jeux Paralympiques. Les Bleus sont troisièmes au classement historique des médailles avec 39 breloques (15 en or, 12 en argent et 12 en bronze).

Le Comité Paralympique de Sélection a dévoilé la sélection officielle des archers Français pour les prochains jeux. Parmi eux, Guillaume Toucoullet, numéro 2 mondial en Open arc classique, Aziza Benhami, Julie Rigault-Chupin en Open arc à poulies, Maxime Guérin, Thierry Joussaume, et Damien Letulle en W1.

L'Inclusion des Déficients Visuels dans le Sport

La Fédération Française Handisport (FFH) inclut les personnes en situation de handicap visuel. Certaines disciplines comme le cécifoot, le torball ou le judo sont même exclusivement pratiquées par ces sportifs. Des athlètes comme Assia El Hannouni, Nicolas Vimont-Vicary et Thomas Clarion montrent que les personnes ayant un handicap visuel peuvent s’épanouir dans des sports mixtes. Le sport facilite la reconstruction et l’intégration des personnes en situation de handicap visuel. Antoine Moreno souligne que la pratique sportive développe la prise de conscience du corps et de l’espace, favorisant l’autonomie et la confiance.

Julien Zéléla ajoute que le sport engendre une mixité naturelle avec les valides et les autres familles de handicap, facilitant l’intégration et changeant les mentalités sur les personnes en situation de handicap visuel. La FFH a mis en place des compétitions ouvertes exclusivement aux jeunes déficients visuels, comme des critériums de torball, de natation et de tir à l’arc.

L’augmentation du nombre de personnes en situation de handicap visuel licenciées à la FFH témoigne de cette dynamique. La FFH souhaite accroître son ouverture à ce public en répondant à son goût pour la pratique loisir, en collaboration avec les grandes associations traitant du handicap visuel.

Gérard Masson approuve l’évolution des outils de communication (logiciel de synthèse vocale, applications informatiques…) qui a accéléré le processus d’inclusion. La FFH propose des disciplines dédiées uniquement aux déficients visuels, comme le cécifoot, le torball, le goalball et le judo. Ces sports se pratiquent sur des aires de jeu aux dimensions fixes, facilitant l’intégration des repères indispensables à une pratique sûre et de qualité.

Adaptations et Spécificités des Disciplines

Dans le judo, les athlètes s’affrontent selon des catégories de poids et non de classification visuelle. La seule différence avec les valides est que la garde est prise au départ. Au torball, les yeux des voyants sont couverts par un masque opaque, permettant aux personnes atteintes de déficience visuelle de pratiquer en toute autonomie. En escrime « 100 % DV », les tireurs évoluent debout et les modifications sont minimes.

Le cécifoot, populaire, compense les difficultés d’un jeu complexe en se basant sur un ballon muni de grelots et des repères tactiles. Les déficients visuels s’épanouissent également dans des sports mixtes comme l’athlétisme, le cyclisme (en tandem), le ski ou la voile, souvent en donnant une dimension collective à des sports individuels grâce à la présence d’un guide.

Nicolas Vimont-Vicary insiste sur l’importance d’avoir un rôle établi et une communication claire avec ses équipiers, car la perception visuelle peut être différente de la réalité. Les activités de plein air favorisent l’anticipation et l’adaptabilité. La communication, la kinesthésie et la qualité du sommeil sont des éléments essentiels à aborder lors des formations proposées par la DTN.

Formation et Accompagnement

La FFH souhaite mutualiser les expériences des éducateurs du goalball, du torball ou du cécifoot pour définir un socle commun destiné aux éducateurs sportifs désireux d’encadrer des déficients visuels. Les sports extrêmes et/ou ludiques attirent aussi les plus jeunes déficients visuels, et la FFH possède un savoir-faire pour accompagner ces publics dans la découverte de ces activités sportives en toute sécurité.

Déficiences Visuelles et Rythme Circadien

La régulation de l’horloge interne se fait grâce à la sécrétion de mélatonine par le cerveau. Chez les personnes atteintes de déficience visuelle, cette sécrétion est minime. Les difficultés d’adaptation sont liées aux conditions dans lesquelles les personnes sont devenues déficientes visuelles. On distingue trois catégories : les DV congénitaux, ceux qui ont subi une déficience visuelle sévère ou totale assez jeunes, et ceux touchés après la majorité.

Les DV congénitaux ont peu de problèmes de sommeil. Les personnes ayant des troubles visuels sévères assez jeunes sont déphasées pendant six à douze mois. Les problèmes de sommeil sont plus importants et plus longs chez les personnes dont le handicap visuel est intervenu à l’âge adulte. La perte de repères est totale, et le retour à une vie sociale est essentiel pour réguler l’horloge interne.

Importance du Sommeil et de l'Environnement

Le sommeil revêt une importance exponentielle chez les personnes atteintes de déficience visuelle. Il est crucial de se renseigner sur l’environnement des sportifs et la qualité de leur sommeil pour éviter les blessures.

Inclusion Scolaire et Sport Individuel

De nombreux aménagements sont prévus pour faciliter l’inclusion scolaire des enfants en situation de handicap visuel. Le sport individuel peut être pratiqué par tous, et de nombreuses disciplines sont aujourd’hui adaptables et praticables pour un public déficient visuel. Découvrir une nouvelle activité sportive peut permettre de se réapproprier son corps différemment.

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