La Suède élimine les États-Unis aux tirs au but : Analyse d'un match historique

Les États-Unis, doubles tenants du titre, ont été éliminés de la Coupe du Monde féminine dès les huitièmes de finale par la Suède (0-0, 5-4 tab) dimanche à Melbourne, au terme d'une séance de tirs au but à rebondissements. Ce scénario fou scelle la sortie de Team USA, sur le podium des huit éditions disputées jusque-là et quatre fois titrée, d'un tournoi qui confirme les progrès de ses rivales à ses dépens. Le triplé, un exploit qu'aucune équipe, femmes et hommes confondus, n'a jamais réalisé, était au-dessus des moyens de la première nation au classement mondial de la Fifa, abandonnée par son attaque.

Un match dominé par les États-Unis, mais sans concrétisation

Les coéquipières de Megan Rapinoe, qui a disputé son dernier match en carrière ce dimanche, ont pourtant largement dominé la rencontre. Ultra-dominantes, les Américaines se sont heurtées à une immense Zecira Musovic et à quelques millimètres lors de la séance de tirs au but. Souverains dans la possession (62% lors de la première période), les Etats-Unis permettent à Alyssa Naeher de passer un premier acte sans le moindre tir cadré suédois. Décevantes durant la phase de groupes, les Américaines ont paradoxalement accompli leur performance la plus aboutie de la compétition contre la Suède, trois victoires sur trois jusque-là. "Nous méritions de gagner ce match. On s'est créé assez d'occasions, on s'est bien battus. On a tout bien fait", a assuré Valtko Andonovski.

De l’autre côté de la pelouse, Zećira Mušović doit s’employer pour boxer une première frappe de Trinity Rodman (19e). Très en jambes, la progéniture de l’ancien ailier des Chicago Bulls et Michelle Moyer s’illustre d’une nouvelle tentative croisée détournée par Mušović (27e). Dominatrices et confrontées à une forte résistance défensive adverse, les Américaines maintiennent la pression à l’image d’une tête de Lindsey Horan sur la barre transversale (34e). La Suède plie, mais ne rompt pas. Pourtant, la deuxième période démarre sur le même rythme : les reines du soccer dictent leur loi, et la proie scandinave en subit les conséquences. Et si par la suite, la meneuse de jeu manque de précision dans le dernier geste (62e), Mušović reste toujours la patronne de sa surface en remportant un duel face à Sophia Smith (63e). Toujours en transe sur sa ligne de but, Mušović détourne quant à elle une tête d’Alex Morgan (89e). Face à une telle organisation en béton, les tenantes du titre sont poussées en prolongation. Morgan contraint Mušović à une nouvelle parade (95e), puis la gardienne de Chelsea sort le grand jeu devant Lynn Williams (101e). À bout de forces, Smith (106e) et Williams (110e) trouvent toujours le même rempart pour contrer leurs offensives.

Zecira Musovic, l'héroïne suédoise

Grâce à une immense Zecira Musovic, la Suède a éliminé les États-Unis aux tirs au but (0-0, 5-4 aux t.a.b) avec l'intervention du VAR. Les vices-championnes olympiques en titre, souvent bien placées mais jamais gagnantes, s'appuient sur une défense de fer, incarnée par leur gardienne Zecira Musovic, qui a livré un grand match, avec onze arrêts.

Autrice de 9 arrêts et victorieuse de deux face-à-face, la portière suédoise a été immense. Elle a écoeuré les Américaines, qui sont restées impuissantes face à son envergure. Mise en confiance par des frappes lointaines en début de match, elle sort une deuxième période impressionnante. À la volée : l'un des arrêts du tournoi sur une frappe d'Horan (53e), une sortie réussie devant Smith (62e) et une horizontale pour arracher la prolongation (89e). Le tout entrecoupé d'arrêts faciles grâce à son bon positionnement et à un jeu au pied épuré. Elle offre littéralement la séance de tirs au but à son équipe, dans laquelle elle n'arrête pas de penalty mais pousse trois adversaires à manquer le cadre.

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Celle-ci s’est retirée de la sélection après l’Euro 2022, et Mušović était bien déterminée à jouer les premiers rôles. Malgré sa relative inexpérience, la portière aux douze petites sélections à ce jour a écœuré les forces offensives américaines durant l’ensemble du match. De Trinity Rodman à Lindsey Horan en passant par Sophia Smith, elle a totalisé pas moins de onze arrêts. Une performance décryptée en conférence d’après match par la deuxième gardienne de Chelsea, toujours derrière l’Allemande Ann-Katrin Berger dans la hiérarchie en Angleterre : « J’ai eu un très bon sentiment avant le match, il y avait un bon sentiment dans l’équipe. Pendant la rencontre, il faut se soutenir mutuellement car nous savions que nous avions affaire à une très bonne équipe.

Dans une interview accordée au média britannique The Guardian, Mušović est longuement revenue sur son enfance et ses premiers pas dans le football. Précoce, elle a fait ses débuts en catégorie Seniors à l’âge de 13 ans au club de Stattena IF, en D6 suédoise. Mais son premier contrat professionnel, elle l’a signé avec Rosengård en 2015 en ayant déjà soufflé sa 18e bougie. Loin de proposer un profil classique, l’héroïne du jour apprécie beaucoup de sports, et en particulier le tennis de table : « Je ne voulais pas commencer le football, parce que je voulais faire du tennis de table. Mais je suis allée à l’entraînement et j’ai complètement adoré, j’étais coincée ! Mais pas dans les buts, j’étais une joueuse de champ jusqu’à l’âge de 12 ans environ. » C’est à ce moment qu’elle a décidé de passer de l’autre côté, lorsqu’elle doit remplacer une camarade blessée. Pour une expérience pas folichonne, explique-t-elle : « Je pensais que c’était ennuyeux, je voulais marquer des buts.

Une séance de tirs au but haletante et controversée

Il a fallu attendre l'assistance vidéo (VAR) pour que l'arbitre française Stéphanie Frappart valide le penalty de l'élimination signé Lina Hurtig, qui a franchi la ligne de but d'un cheveu. Team USA avait gâché plus tôt une balle de qualification, par sa jeune star Sophia Smith. Avant elle, Megan Rapinoe avait raté sa tentative, pour la dernière apparition à une Coupe du monde de l'icône de 38 ans."Ca ressemble à une mauvaise blague, un mauvais film", a-t-elle déclaré. "Je sais que c'est la fin, et c'est triste…"La gardienne américaine Alyssa Naeher, elle, n'a pas tremblé quand elle s'est élancée comme sixième tireuse, une situation rarissime qui a fait basculer la séance de tirs au but dans la légende.

Le premier penalty est tiré par les Américaines, et transformé par Andi Sullivan. Fridolina Roflö transforme également son penalty, 1-1 donc. Les deux prochains termineront également au fond des filets, l’américain par Lindsey Horan et le suédois par Elin Rubensson. Pour les 3èmes tirs au but, l’Américaine Kristie Mewis transforme son penalty, ce qui ne sera pas le cas de Nathalie Björn, qui envoie donc les États Unis devant. La Suède a donc l’opportunité d’égaliser, mais occasion manquée par Rebecka Blomqvist, qui laisse donc toujours l’avance aux adversaires du jour. Les cinq tirs au buts ayant été tirés de chaque côté, désormais tout se jouera à la « mort subite ». La gardienne Alyssa Naeher inscrit son penalty, au même titre que Magdalena Eriksson pour la Suède. Cette lourde tâche sera confiée à l’attaquante d’Arsenal, Lina Hurtig. La joueuse de vingt-sept ans formée à Umeå s’élance… et bute malheureusement sur la gardienne américaine, qui arrête en deux temps ce ballon. Cependant, sentiment étrange apparaît, la joueuse suédoise paraît convaincue d’avoir transformé son tir au but, et la gardienne américaine, d’un air sérieux mais stressée, s’empresse d’aller voir l’arbitre pour lui signifier que le ballon n’a pas franchi la ligne. Quelques secondes plus tard, après une discussion entre Stéphanie Frappard et ses assistantes de la VAR, l’arbitre française fait signe à la joueuse suédoise que son penalty a bien été transformé ! Suit donc un moment de folie mixée à de la joie, où la Suède commence à réaliser qu’elle vient de sortir les Etats-Unis, probables plus grande nation de l’histoire du football féminin !

Alors qu'elle frappait pour la victoire, Lina Hurtig a vu son penalty stoppé par Alyssa Naeher. Mais la portière américaine n'a pas eu la main suffisamment ferme pour détourner totalement le cuir, qui a fini par franchir la ligne. Après un imbroglio et l'intervention du VAR, la goal-line a montré que le ballon avait bien franchi la ligne, éliminant ainsi les USA.

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Conséquences et perspectives

L'ambitieuse Suède, troisième nation mondiale, jouera contre le Japon, vendredi à Auckland, pour une place dans le dernier carré.

Pour la première fois depuis plus de six ans, les États-Unis chutent de leur piédestal. Éliminées dès les huitièmes de finale de la Coupe du monde féminine en Australie, les Américaines abandonnent leur première place au classement FIFA féminin à leur bourreau : la Suède. Troisièmes du Mondial australien, les Blågult deviennent, après les États-Unis et l'Allemagne, la troisième nation à occuper la première place mondiale depuis la création du classement en juillet 2003. Sacré champion du monde face à l'Angleterre, l'Espagne grimpe à la deuxième marche du podium, devant les États-Unis, éjectés du top 2 pour la première fois de leur histoire. La France, éliminée aux tirs au but par l'Australie en quarts de finale, conserve une cinquième place qu'elle occupe depuis le 5 août 2022. Malgré sa quatrième place, l'Australie, co-hôte de la compétition, sort du top 10 (11e, -1) tandis que le Japon fait son retour parmi l'élite (8e, +3). La plus grande progression revient au Maroc (58e, +14) après avoir atteint les huitièmes de finale lors de sa première participation en Coupe du monde.

Le match en chiffres

  • Match : 0-0 (5-4 aux tirs au but)
  • Arrêts de Musovic : 9
  • Dernière défaite des États-Unis en Coupe du Monde avant ce match : 2011 (face à la Suède)
  • Possession (première période) : États-Unis 62%
  • Composition de la Suède (4-2-3-1) : Mušović - Andersson, Eriksson, Ilestedt, Bjorn - Angeldal (Bennison, 97e), Rubensson - Rolfo, Rytting (Jakobsson, 82e), Asllani (Hurtig, 82e) - Blackstenius (Blomqvist, 112e).
  • Composition des États-Unis (4-2-3-1) : Naeher - Dunn, Girma, Ertz, Fox (O’Hara, 120e) - Sullivan, Sonnett (Mewis, 120e) - Smith, Rodman (Williams, 66e), Horan - Morgan (Rapinoe, 99e).

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