Le 25 septembre 2024, la Chine a procédé à un tir de missile balistique intercontinental (ICBM) dans l'océan Pacifique, un événement qui a suscité des réactions vives et des inquiétudes à l'échelle internationale, particulièrement en Polynésie française et dans les nations du Pacifique Sud. Ce test, le premier de ce type depuis mai 1980, a mis en lumière les enjeux de sécurité et les dynamiques de puissance dans la région Asie-Pacifique, où les grandes puissances rivalisent pour affirmer leur influence.
Un essai surprenant et une trajectoire préoccupante
Le missile, transportant une ogive factice d'entraînement, est tombé à environ 700 kilomètres des îles Marquises et 875 kilomètres de Bora-Bora, à proximité de la zone économique exclusive (ZEE) de la Polynésie française. Bien que les autorités françaises aient été notifiées, le président de la Polynésie française, Moetai Brotherson, a exprimé sa surprise et son regret de ne pas avoir été averti avant le tir. "J'aurais préféré, en tant que président de la Polynésie, d'être averti avant que le tir ait lieu", a-t-il déclaré.
Le Dongfeng-31AG : un missile de longue portée
Selon les experts, le missile utilisé était probablement une variante de l'ICBM Dongfeng-31 (DF-31AG), un engin capable de parcourir plus de 13 200 kilomètres. Contrairement aux DF-31 originaux déployés en silo, le DF-31AG possède un lanceur mobile tout-terrain, ce qui le rend plus difficile à détecter et à neutraliser. Ce missile de trois étages utilise du propergol solide et est réputé être en service dans plusieurs brigades de l'Armée populaire de libération (APL).
Le tir n'a pas été effectué depuis l'une des bases habituelles, mais depuis un site ad hoc sur l'île de Hainan. Ce choix a permis d'éviter de survoler des parties du territoire chinois ou étranger et ainsi de limiter les risques, tout en gardant une trajectoire de vol relativement optimisée et permettant de tester différents capteurs et capacités satellitaires de détection de ce type d’activités.
Réactions internationales : inquiétudes et condamnations
Le tir de missile chinois a provoqué une vague de réactions internationales. Le Japon a fait part de sa "préoccupation sérieuse", la Nouvelle-Zélande a qualifié l'essai de "malvenu et préoccupant", l'Australie a regretté une action "déstabilisante" et les Fidji ont appelé au "respect". Même les Kiribati, un allié du Pacifique de la Chine, ont critiqué le lancement, soulignant que le tir d'ICBM chinois n'était "pas bienvenu" et appelant à l'arrêt de ces actes pour maintenir la paix et la stabilité mondiale.
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Ces réactions reflètent une inquiétude croissante face à la modernisation de l'arsenal nucléaire chinois et à sa posture militaire de plus en plus affirmée dans la région Asie-Pacifique.
Un message géopolitique clair
Au-delà de l'aspect technique, le tir de missile chinois est interprété comme un message politique clair, adressé à la fois aux États-Unis et aux pays de la région. Selon Hui Zhang, chercheur de Harvard, "ce rare essai public d'ICBM semble avoir eu pour objectif spécifique de dissuader Washington d'utiliser des armes nucléaires lors d'un potentiel conflit de part et d'autre du détroit de Taïwan". Pour Drew Thompson, chercheur à Singapour, "ce lancement est un signal puissant destiné à intimider". Nicholas Khoo, spécialiste de la politique étrangère chinoise, voit dans cet essai "un rappel aux États de la région du fait que la Chine est une puissance" comparable aux États-Unis.
Sémir Al Wardi, professeur des universités spécialisé en science politique, souligne que ce tir s'inscrit "dans un contexte géostratégique entre les nouvelles routes de la soie d'un côté et l'indo-pacifique de l'autre". Il met en évidence la compétition géostratégique croissante dans la région, où les grandes puissances déploient des stratégies militaires et participent à des exercices conjoints.
La Polynésie française au cœur des enjeux de sécurité
Pour la Polynésie française et toute la région du Pacifique Sud, ce tir marque un tournant. Les enjeux de sécurité vont désormais devoir intégrer cette nouvelle donne chinoise dans les calculs stratégiques. La zone où est tombé le missile est considérée comme exempte d'armes nucléaires en vertu d'un traité international, ce qui rend le test d'autant plus préoccupant pour les populations locales.
L'ancien président de la Polynésie française, Edouard Fritch, a exprimé son inquiétude quant aux intentions de Pékin, affirmant que la Chine "affiche clairement ses intentions d'être en capacité de menacer nos îles". Le député autonomiste Moerani Frébault a également souligné les inquiétudes face aux indépendantistes venus réclamer leur décolonisation à l'ONU.
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Transparence et dialogue nécessaires
Plusieurs voix se sont élevées pour demander plus de transparence et de dialogue de la part de la Chine. Les documents confidentiels néo-zélandais obtenus par l'AFP suggèrent que la Chine aurait "minimisé de manière trompeuse" l'importance de ce tir d'essai. Le Japon s'est indigné de ne pas avoir été "prévenu" de cette manœuvre, tandis que l'Australie a demandé une "explication" à Pékin.
Bien que la Chine ait notifié les États-Unis, la France et la Nouvelle-Zélande avant le tir, ces notifications ont été jugées tardives, ne permettant pas, dans le cas de la France, de relayer l'information aux différents services concernés en Polynésie.
Un tournant ou un événement isolé ?
L'avenir nous dira si ce tir restera un événement isolé ou s'il marque le début d'une nouvelle ère de démonstrations militaires chinoises dans le Pacifique. Quoi qu'il en soit, il souligne la nécessité d'un dialogue renforcé et d'une coopération accrue entre les puissances régionales et internationales pour garantir la paix et la stabilité dans cette zone stratégique.
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