Tir sur un avion : Définition et Évolution

Depuis le début de la Première Guerre mondiale, le tir sur un avion, ou le combat aérien, a pris une place de plus en plus importante dans la conduite des opérations militaires. Cet article explore l'évolution de cette pratique, des premiers affrontements rudimentaires aux technologies sophistiquées d'aujourd'hui.

Genèse du combat aérien durant la Première Guerre mondiale

Les avions de chasse sont apparus lors de la Première Guerre mondiale dans le but d'attaquer les avions et ballons de reconnaissance ennemis, puis les premiers bombardiers. La reconnaissance aérienne a pris, dès le début du conflit, une importance majeure dans la conduite des opérations, permettant pour la première fois l'observation directe des fortifications, des dépôts et des mouvements de troupes ennemis, ainsi que le réglage des tirs d'artillerie.

Le premier combat aérien a eu lieu le 5 octobre 1914 près de Reims. Il est né de la frustration des équipages d'avions de reconnaissance croisant l'ennemi dans les airs sans pouvoir le combattre. Des expédients ont d'abord été employés, y compris des armes de poing et d'épaule, voire des grappins.

Très rapidement, les Allemands ont utilisé la puissante mitrailleuse, et le deuxième homme d'équipage, dit observateur, est devenu aussi mitrailleur après le montage d'un tourelleau comme support d'une mitrailleuse. Le Français Roland Garros a conçu le premier un système surmontant cette difficulté après avoir tiré au revolver à travers un ventilateur, puis constaté que peu de projectiles touchaient les pales. Il a monté une mitrailleuse sur son capot moteur et a fait placer par son mécanicien de petites pièces métalliques sur l'hélice pour dévier les rares balles qui risqueraient de l'endommager.

Après la capture de son appareil en bon état et son interrogatoire par les Allemands, l'idée a été reprise par Anthony Fokker qui a décidé de l'améliorer en concevant un ensemble mécanique bloquant le tir lorsqu'une pale de l'hélice se trouvait devant le canon de la mitrailleuse. D'autres systèmes ont été testés, en particulier une mitrailleuse placée sur l'aile supérieure tirant vers l'avant au-dessus du plan de rotation de l'hélice, comme sur le Nieuport 11. Mais les systèmes à synchronisation, bien que plus lourds et complexes, se sont révélés supérieurs car, placés au plus près de l'axe de vol, ils facilitaient la visée. Des systèmes de tir à travers l'axe creux de l'hélice ont été testés ; cependant, outre sa complexité, un tel système ne pouvait concerner qu'une seule arme.

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Les appareils ont été développés très rapidement au cours de ce conflit, souvent en moins de trois mois, ce qui n'offrait qu'une supériorité de quelques semaines ou mois à un nouveau modèle d'appareil performant, avant d'être rendu obsolète. Quelques-uns des premiers aviateurs de la Première Guerre mondiale disposaient d'une expérience de pilote avant l'ouverture du conflit, mais les pertes humaines étaient nombreuses, et les jeunes pilotes avaient généralement une formation ne dépassant pas quelques semaines avant d'être envoyés en mission. De nombreux pilotes se tuaient aux commandes de leurs appareils, en raison des défauts de construction de ces premiers avions. En particulier, le développement des moteurs rotatifs refroidis à l'air qui équipaient la majeure partie des appareils de cette guerre, étaient plus légers, mais généraient une importante masse d'inertie qui provoquait des réactions imprévisibles des appareils.

Ces pionniers de l'aviation de guerre ont découvert le vol, ont rempli des missions d'attaque et d'escorte, et ont mis au point les premières tactiques et manœuvres de combat. La propagande a créé les premiers As, qui sont devenus le symbole de leur aviation nationale. En 1917, le nombre croissant d'appareils dont les armées étaient dotées a conduit à l'apparition de grandes formations de vol, entraînant des combats aériens impliquant plusieurs dizaines d'appareils. Les premiers avions bombardiers ayant une certaine efficacité ont fait leur apparition sur le front Ouest dans cette seconde moitié du conflit, créant un nouvel objectif pour la chasse aérienne.

Évolution technologique durant l'Entre-deux-guerres

Rapidement après la Première Guerre mondiale, le monoplan est devenu la norme pour les avions de chasse. L'épaisseur des ailes permettait l'insertion des mitrailleuses, des munitions et du carburant. L'innovation technologique a été motivée par les grandes courses de vitesse civiles qui étaient organisées, et la vitesse des appareils s'est accrue fortement : elle a plus que doublé entre les deux guerres. À la fin des années 1930, les appareils à revêtement métallique avaient l'ascendant technologique sur les appareils en bois et en toile, considérés généralement comme dépassés.

Rôle prépondérant des chasseurs durant la Seconde Guerre mondiale

Lors de la Seconde Guerre mondiale, les chasseurs ont eu à jouer un rôle prépondérant : le contrôle du ciel et la supériorité aérienne sont devenus une partie vitale de la doctrine militaire, par exemple dans le cadre de la Blitzkrieg. Les recherches destinées à produire des chasseurs de plus en plus performants ont abouti entre autres à l'apparition, en opérations, des premiers avions à réaction, à la fin de la Seconde Guerre mondiale. Les premiers furent les Messerschmitt 262 allemands, mais ils furent peu utilisés car l'État-Major les destinait plutôt au rôle de chasseur-bombardier. Dès les années 1950, des avions de chasse supersoniques furent développés, rapidement suivis par des avions capables de voler à plus de deux fois la vitesse du son.

Le tir sur un avion de pénétration : Défis et stratégies

L'intervention de l'aviation de combat a joué en 1939-1945 un rôle décisif que les divers conflits limités qui se sont succédé depuis n'ont cessé de confirmer. Selon l'éternel principe de la lutte du glaive contre le bouclier, les possibilités de pénétration des vecteurs aériens et leur armement se sont constamment améliorés face à une défense antiaérienne de plus en plus performante. C'est ainsi que l'avion de pénétration, grâce aux progrès de la technique, conserve son aptitude à évoluer dans un environnement de plus en plus dangereux. La vitesse, la mobilité, le rayon d'action sont les caractéristiques principales de l'avion de pénétration.

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Chaque nation dispose d'une défense aérienne dont l'efficacité globale dépend essentiellement de ses choix politico-militaires, de ses capacités techniques et de ses moyens financiers. L'interception puis la destruction d'un raid aérien résultent, schématiquement, d'un processus qui se déroule en trois phases :

  1. La détection, qui doit être la plus lointaine possible.
  2. L'acquisition et la poursuite de l'hostile.
  3. Le tir.

Pour l'avion de pénétration, tout le problème consiste à dégrader au maximum les capacités de l'adversaire à réaliser les deux premières phases afin d'interdire l'exécution de la troisième. Cet objectif ne peut être atteint que si l'on réussit à combiner judicieusement de nombreux éléments tant techniques que tactiques.

Diminution de la "signature radar"

La première approche consiste à diminuer la "signature radar" de l'avion. Les États-Unis (et très certainement l'URSS aussi) poursuivent activement des recherches dans ce domaine. On pense, bien que l'Armée de l'air américaine n'ait jamais confirmé l'information, qu'une unité de chasseurs "furtifs" est opérationnelle. À la discrétion structurale, dont bénéficieront largement les avions futurs, s'ajoute celle procurée par les progrès réalisés en matière de navigation et d'attaque.

Vol à basse altitude et suivi de terrain

Depuis très longtemps, on sait que plus un avion se déplace vite et bas, plus ses chances de succès augmentent. Lorsque les conditions météorologiques sont bonnes, ces exigences sont faciles à réaliser. Le problème est tout autre lorsqu'on ne peut plus maintenir les conditions de vol à vue. Dès à présent, on dispose d'un dispositif qui permet d'assurer cette fonction. Il s'agit du Radar de suivi de terrain (RST) associé bien sûr à un système inertiel de navigation. Le pilote ayant déterminé l'altitude de vol, le système, en fonction des échos de sol détectés par le RST, élabore une trajectoire qui épouse le terrain survolé à l'altitude prévue. Dans la plupart des cas, cette manœuvre se déroule d'une façon totalement automatique sous la surveillance du pilote.

Guerre électronique et contre-mesures

Pour espérer franchir les défenses adverses, l'avion de pénétration doit être le plus "furtif" possible et posséder des systèmes de navigation et d'attaque, tout temps, très performants, mais cela n'est pas suffisant. En effet, ces deux éléments lui permettent seulement de retarder l'instant où il sera détecté. Il faut donc lui fournir des moyens supplémentaires pour se défendre, en particulier dès qu'il est détecté : c'est le domaine de la Guerre électronique (GE). Introduite dans les opérations lors de la Seconde Guerre mondiale, la GE a pris une place très importante dans toute opération aérienne.

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Dans un premier temps, grâce à des moyens spécialisés en GE (sols ou aériens) agissant en deçà des lignes, on va aider indirectement les vecteurs de pénétration en effectuant un brouillage offensif, ponctuel ou de barrage, des moyens de détection et de communication adverses. La GE s'applique bien sûr aux deux autres phases : l'acquisition et le tir. C'est le domaine des Contre-mesures électroniques (CME). Après avoir acquis la certitude d'être "poursuivi" par un radar ou un missile, il faut agir pour faire cesser la menace. C'est le rôle des détecteurs-brouilleurs. Ces derniers, en comparant les signaux électroniques reçus avec les "signatures" des radars adverses mis en mémoire (importance du renseignement électronique), fournissent à l'équipage le secteur, le niveau et la nature de la menace.

Armement "stand-off"

Il existe un autre moyen pour améliorer la capacité d'intervention d'un tel avion, c'est de le doter d'un armement type "stand-off". Ces munitions tirées à grande distance des objectifs permettent d'éviter les concentrations de missiles sol-air ou de canons antiaériens qui assurent la protection rapprochée des objectifs importants tout en augmentant la distance d'intervention.

L'avion de pénétration est une machine extrêmement performante mais très complexe. Malgré l'importante intégration de ses systèmes et un fonctionnement automatique d'un grand nombre de matériels embarqués, la charge de travail imposée est très lourde compte tenu de l'environnement particulièrement hostile dans lequel il est amené à évoluer.

Le canon 30M791 du Rafale

Développé par la société Nexter (anciennement GIAT), le canon 30M791 du Rafale remplace le DEFA 30 mm équipant les Mirage 2000, F-1 ou Super Etendard.

En ce qui concerne la cadence de tir, celle-ci provient de l'adoption d'un barillet à 7 chambres, contre 5 pour le DEFA. En conséquence, cela limite le déplacement des munitions dans l'arme. Enfin, il fonctionne par emprunt des gaz et est donc indépendant en énergie en atteignant sa cadence maximale dès le deuxième coup.

Le calage de l'arme semble établi à 0° par rapport à l'horizontale (source Air Fan n°350 en 2008), mais à la lecture de "Rafale en Afghanistan", la hausse peut être ajustée à -2,5° pour des tirs à 3500 mètres en air-sol. Loin d'égaler les performances des obus du A-10, celui-ci pèse 275 grammes. Le pilote a le choix entre des salves de 0,5 ou 1 seconde à programmer au sol sur le Tableau Armement Mécanicien. Ceux-ci sont conçus pour s'autodétruire après un certain temps de vol, lorsque la vitesse de rotation diminue.

Au moment du tir, le pilote ne ressent qu'une légère vibration accompagnée d'un crépitement sec. De nuit, on perçoit une flamme par vision périphérique. La séquence de tir, selon la pente choisie, s'accompagne d'une ressource plus ou moins accentuée et fonction des emports. Les tirs à courtes portées (800 à 1000 m) exigent de limiter les corrections de trajectoires. Pour cela le pilotage en boucles ouvertes est souvent adopté. En revanche, les tirs à longues distances à 45° entraînent d'autres pratiques.

En octobre 2014, les Rafale engagés dans l'Opération Chammal ont ouvert le feu avec leur canon sur des positions de Daesh en Irak. À l'époque, une très faible distance entre les positions ennemies et les troupes au sol irakiennes avait nécessité d'opter pour l'emploi du canon (article DefensAero).

Tir au-delà de la vue directe (TAVD) et drones

Dans la perspective d'un engagement dans le haut du spectre, en haute intensité, il est essentiel de préserver la discrétion des dispositifs et de dissimuler le plus longtemps possible les intentions, tout en infligeant des pertes significatives à l'ennemi par des tirs et actions sur des objectifs à forte valeur tactique (véhicule de commandement, moyens d'appui, …).

Masquée derrière un relief, l'équipe missile observe sur la tablette du chef de groupe l'image d'un véhicule blindé ennemi situé de l'autre côté. Cette image est prise par un microdrone envoyé en éclaireur par l'équipe. La cible est identifiée et l'ordre de tir est donné. Les senseurs du drone permettent d'obtenir les coordonnées de la cible qui sont envoyées via le système d'information au poste de tir missile. Le tireur ne voit pas directement sa cible. Le missile est tiré sur coordonnées et survole le relief en direction de son objectif grâce à un guidage inertiel.

Passé au-dessus du masque, la cible se dévoile à l'autodirecteur à imagerie qui renvoie en permanence le flux image au tireur. Ce dernier dispose de quelques secondes pour retrouver la cible dans l'image et accrocher l'AD sur le point visé. Grâce à l'image précédemment reçue par le drone, il sait exactement à quoi ressemble sa cible et où la retrouver. L'AD est accroché sur le blindé qui, malgré sa mobilité, n'a plus aucune chance d'échapper au missile.

Dans cette séquence, le rôle du drone est double car, outre la fourniture des coordonnées de l'objectif compatibles de la précision nécessaire au missile, il assure la transmission d'images de la cible dans son environnement, ce qui facilite son accrochage par l'opérateur au cours du vol missile. Par ailleurs, la mobilité du drone permet de le placer au voisinage de l'axe d'arrivée du missile, apportant au tireur une vue oblique proche de celle qu'il aura avec le retour image de l'autodirecteur.

Cette capacité TAVD est rendue possible grâce à la synergie de nouvelles technologies, notamment les micro-drones ou les robots terrestres pour effectuer le ciblage, et les missiles de dernière génération de la famille MMP, permettant le tir au-delà de la vue directe.

L'engagement peut s'effectuer en mode "tire et oublie" offrant la possibilité au tireur de quitter sa position en laissant le missile se diriger de façon autonome vers la cible qu'il a préalablement accrochée. Le tireur peut aussi choisir de suivre l'engagement en restant en position, de façon à pouvoir, en cours de vol du missile, affiner le point d'impact sur la cible voire changer de cible en cas de besoin.

Ces missiles intègrent de nombreuses nouvelles technologies très performantes qui font du MMP le premier système de 5e génération en service et "combat proven". Dimensionné pour permettre une utilisation en combat débarqué, le MMP a une portée de 4000 mètres qui le rend pertinent pour le combat blindé.

La plus-value opérationnelle apportée par la capacité TAVD de la famille MMP a été reconnue par plusieurs États européens qui l'ont identifiée comme capacité européenne prioritaire en 2018.

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