Villiers-le-Bel : Histoire d'une Fusillade et de ses Conséquences Judiciaires

L'histoire de Villiers-le-Bel est marquée par une atmosphère singulière et électrique, notamment lors de l'ouverture du procès devant les assises du Val-d'Oise concernant les auteurs présumés de la fusillade qui a embrasé la commune fin novembre 2007. Cet événement tragique a laissé une cicatrice profonde dans la ville et a soulevé des questions importantes sur la justice, la police et les relations entre les communautés.

Contexte des Émeutes de 2007

La ville de Villiers-le-Bel a été le théâtre d'émeutes violentes suite à la mort de deux adolescents à minimoto, percutés par une patrouille de police. Ces événements ont dégénéré en affrontements entre les jeunes de la ville et les forces de l'ordre, causant de nombreux blessés et des dégâts matériels importants.

Le Procès des Accusés : Un Récit de Guerre

Le procès des auteurs présumés de la fusillade s'est déroulé dans un climat de tension extrême. Quatre accusés, âgés de 23 à 30 ans et incarcérés, ont été jugés pour tentatives de meurtre sur des fonctionnaires de police et ports d'armes prohibés. Un cinquième homme, sous contrôle judiciaire, a comparu pour complicité, soupçonné d'avoir fourni un fusil à pompe. En face, 90 fonctionnaires se sont constitués parties civiles, réclamant justice.

La simple lecture des événements fait songer à un récit de guerre. Lors des échauffourées ayant embrasé la ville, tout porteur d'uniforme était devenu une cible mouvante. Tiré au jugé, comme à la foire. Près de la caserne, un brigadier-chef avait entendu une première détonation et avait été touché au front par plusieurs impacts. Pris à partie par une centaine de belligérants, épaulant pour certains des fusils à pompe, des CRS et agents de la sécurité publique sont touchés au visage, au cou, aux jambes, aux mollets ou encore aux bras. Plusieurs complices, porteurs d'armes blanches, crient que deux jeunes ayant été tués, il fallait que deux policiers meurent.

L'audience intervient alors qu'environ 200 personnes, dont de nombreux militants d'extrême gauche, ont manifesté en soutien aux cinq accusés à Pontoise, escortées par un impressionnant dispositif de policiers et de gendarmes. Et qu'un des témoins clés de l'affaire, Christopher, 21 ans, dénonce les chantages et intimidations dont il a fait l'objet depuis qu'il a mis en cause les accusés dans le bureau du juge d'instruction. Pris en chasse en avril dernier sur l'autoroute par des inconnus encagoulés, il avait ainsi trouvé refuge in extremis au commissariat de Clichy (Hauts-de-Seine).

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Les Témoignages et l'Enquête

Une demi-douzaine de témoins anonymes, dont un informateur ayant choisi le pseudo de «Blanche Neige», désignaient deux meneurs, dont un surnommé «Abou», et plusieurs complices présumés. Quatre mois après les violences, le 18 février 2008, un vaste coup de filet était tendu par près d'un millier d'hommes.

L'enquête a été complexe, marquée par des témoignages contradictoires et des accusations de pressions sur les témoins. Un des témoins clés de l'affaire, Christopher, a dénoncé les chantages et intimidations dont il a fait l'objet depuis qu'il a mis en cause les accusés.

Le Verdict et les Réactions

La cour d'assises du Val-d'Oise a condamné les tireurs de Villiers-le-Bel à des peines de trois à quinze ans de prison. Le verdict est tombé à 2 h 15 après six heures quinze de délibéré. La décision a été accueillie par les cris et les pleurs des proches, dans un climat extrêmement tendu. L'émotion était palpable cette nuit dans la salle des pas perdus ainsi qu'à la sortie du palais de justice de Pontoise. A 3h30, aucun incident n'était à déplorer et le calme était revenu.

Abou Kamara a été condamné à quinze ans de réclusion criminelle pour avoir tiré sur les policiers lors des émeutes des 25 et 26 novembre 2007, et son frère, Adama Kamara, à une peine de douze ans de réclusion criminelle. Agés de 29 ans, tous les deux avaient été désignés par l'accusation comme les meneurs. Vingt ans de réclusion criminelle avaient été requis à leur encontre. Ibrahim Sow, 26 ans, a écopé d'une peine de neuf ans d'emprisonnement. La cour n'a pas retenu la tentative de meurtre à l'encontre de Maka Kante, 23 ans, condamné à trois ans de prison pour port d'arme de 4e catégorie. Quinze ans de réclusion criminelle avaient été requis contre ces deux accusés. Samuel Lambalamba, 24 ans, poursuivi pour avoir fourni un fusil à pompe et des munitions aux tireurs, a été condamné à trois ans de prison, contre sept requis.

Les avocats de la défense avaient réclamé l'acquittement de leurs clients, jugées depuis le 21 juin pour tentative de meurtre en bande organisée sur des policiers, ainsi que pour détention et port d'arme prohibés. «Je m'attendais à ça, un verdict se respecte, mais je ne peux pas l'accepter. On ne va pas m'oter de l'esprit qu'il y a un contexte particulier dans ce dossier», a réagi Me Morad Falek à la sortie du tribunal. L'avocat d'Abou Kamara fait référence aux déclarations faites par Nicolas Sarkozy, le président de la République, après les émeutes. Une peine qui révolte Me Michel Konitz, l'avocat d'Adama Kamara, même s'il s'attendait à une condamnation. «Je suis déçu. C'est bien le procès de la banlieue, tout ce dossier a reposé sur les témoignages sous X en voulant démontrer qu'à Villiers-le-Bel, on ne peut pas parler. C'est un cercle vicieux.»

Un policier blessé : «Justice est rendue». Un verdict salué, en revanche, par les parties civiles. «Il est proportionné aux attentes des parties civiles et il est surtout équilibré par rapport aux faits qui étaient reprochés aux cinq accusés», souligne David Collignon, secrétaire départemental du syndicat de police Alliance. «Je suis satisfait, justice est rendue», réagit un policier blessé lors des tirs.«C'est une décision intelligente qui fait la part des responsabilités, qui n'est pas sévère eu égard à la nature du crime et très équilibrée», estime aussi Me Laurent-Franck Lienard, avocat de parties civiles.

La défense dénonce «l'absence totale d'éléments probatoires». Les six avocats de la défense avaient demandé aux jurés l'acquittement de leurs clients. «Bien sûr qu'on le plaide même si cela paraît impossible, parce que ce procès est extraordinaire», avait lancé Me Morad Falek. Tous ont dénoncé avec des expressions plus ou moins fortes le vide de ce dossier d'assises. «Le néant absolu», d'après Me Falek, «l'absence totale d'éléments probatoires» pour Me Tymoscko, l'avocat de Lambalamba. Et de s'arrêter longuement sur la seule ossature du dossier : les témoignages. «Le témoin sous X est un poison pour la défense, on ne peut rien vérifier. Ces choses-là ne sont pas acceptables !» hurle Me Falek. «Le civisme est incompatible avec l'argent, un acte civique ne se rémunère pas», assène Me Gaelle Dumond, qui défend Maka Kanté, afin de dénoncer la rémunération promise aux témoins.

Avant que la cour d'assises se retire pour délibérer, la présidente avait donné une dernière fois la parole aux cinq accusés. «Je suis père de trois enfants, je suis triste de ce qui est arrivé à Villiers-le-Bel. je n'ai jamais tiré sur les forces de l'ordre ni incité les gens à le faire…», a déclaré Adama Kamara. «J'ai trois enfants que j'aime et si j'ai une lourde de peine, c'est fini… les voir une demi-heure par semaine pendant des années, c'est impossible.» Maka Kanté, frappe sa poitrine : «Mon coeur, il bat très fort», avant de citer Nelson Mandela.

Les Rapports de Police et la Gestion de Crise

Les deux rapports de police, révélés ce matin par Mediapart, sont centrés sur les événements violents de Villiers-le-Bel, survenus à la suite du choc mortel de deux adolescents à moto et d’une voiture de police, le 25 novembre 2007. En un sens, ils sont accablants pour les forces de l’ordre. Du moins, sur le volet gestion de crise. Ils expliquent en partie pourquoi les deux premiers soirs, et cela n’avait jamais été dit, il y eut tant de blessés chez les policiers par tirs de plomb de chasse ou de grenaille : soixante-quinze, selon un comptage définitif.

Un passage de la note de la Direction centrale des CRS résume l’ambiance qui règne alors dans les rangs policiers. «Des moyens tactiques fondamentaux, l’information est celui qui fait le plus défaut aux compagnies, condamnées à détecter les pièges en tombant dedans. A de nombreuses reprises, la possession d’une information même très sommaire sur le position des regroupements adverses aurait été de nature à inverser le rapport de force.»C’est en fait le rapport de synthèse de la Direction centrale de la Sécurité publique (DCSP) qui est le plus précis. Le plus minutieux. Le plus chronologique. Logique: son auteur, Eric Le Douaron, souhaite que ses services soient mis en avant sur les questions de maintien de l’ordre. Alors, il se dédouane et charge… ses collègues.

L'Affaire du Lycéen de Sarcelles : Un Écho de Violence

On se regarde, on se toise; on s'insulte et on se cherche; avant de se tirer dessus à la récréâ?¦ En quelque mot, c'est l'affaire qui occupera pendant deux jours, à partir de ce matin, la cour d'assises du Val-d'Oise. En novembre 2008, un lycéen de Jean-Jacques-Rousseau à Sarcelles, âgé de 21 ans aujourd'hui, avait tiré dans la tête d'un autre avec un révolver bricolé, pour une histoire de regard insistant. Accusé de tentative d'assassinat, il risque la réclusion criminelle à perpétuité. Sa victime survit depuis avec une balle de calibre 22 logée dans le crâne. C'était un vendredi vers 15 h 30. Le coup de feu vient de claquer devant le lycée quand le tireur prend le large en criant : « Sarcelles! Sarcelles! » Diaphiu, la victime, s'écroule, une plaie saignante à la tête. Il est transporté à l'hôpital Beaujon, à Clichy (Hauts-de-Seine), son pronostic vital est engagé. L'auteur des coups de feu, Mohamed, identifié, se rendra à la police, le lendemain.

Au cours du procès, les jurés vont tenter de comprendre cet enchaînement violent, remonter le fil d'un geste qui aurait pu coûter une vie, reprendre les trois journées pendant lesquelles il aura suffi de presque rien pour aboutir à une tentative d'assassinat. Cela commence donc en se croisant à la cantine le mercredi. Un regard, une dispute, Daphiu aurait insulté l'accusé en l'attrapant par la veste. Le conseiller principal d'éducation entend Mohamed partir en lançant à la cantonade : « Sur la tête de ma mère, je suis un pédé si je le fume pas. » Le lendemain, nouvelle dispute. Mohamed invite Daphiu à s'expliquer dans un face-à-face à l'extérieur du lycée. Mais c'est avec son revolver qu'il compte en fait le régler : il tire dans sa direction à trois reprises et le blesse légèrement. L'auteur à t-il tiré pour impressionner ou froidement ? Le vendredi, Daphiu qui sent la pression monter, se munit d'une bombe lacrymogène et demande à des copains de l'entourer au cas où. Les deux jeunes se croisent à nouveau, un autre tente de s'interposer. Daphiu s'avance, Mohamed le met en joue et tire à moins de deux mètres. A-t-il tiré par peur comme il l'assure, pour impressionner sa victime, ou, au contraire, froidement? C'est tout l'enjeu de ce procès. Me Ivaldi, l'avocat de l'accusé, a contesté au cours de l'instruction la volonté de tuer du tireur, tout comme la préméditation de son geste. Il a fait appel de la décision d'un renvoi devant la cour d'assises pour tentative d'assassinat, estimant qu'il s'agissait de violences avec arme. Mais la cour d'appel ne l'a pas suivi et a confirmé la nature des accusations portées contre le lycéen.« Daphiu souffre de migraines invalidantes, de crises d'épilepsie et il a toujours la balle dans la tête, confie l'avocate de la victime, Me Caty Richard.

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