En décembre, le penalty a célébré ses 130 ans d'histoire. Devenu un élément fondamental du football, ce coup de pied arrêté est aussi celui qui peut procurer les plus grosses émotions, pour le meilleur, mais aussi pour le pire. L'occasion est belle de revenir sur ceux ayant marqué l'histoire du ballon rond au Brésil, une nation où le football est plus qu'un sport, c'est une passion.
L'Essence du Penalty : Plus qu'un Simple Tir
C'est devenu au fil du temps un geste anodin, vu tous les week-ends sur les terrains de football du monde entier. Après une faute dans la surface de réparation, un joueur s'empare du ballon, le pose sur le point blanc situé à 11 mètres du but, attend le coup de sifflet de l'arbitre et tire le ballon en direction de la cage pour y faire trembler les filets. Certains en sont même devenus des spécialistes comme Neymar ou Zlatan Ibrahimovic grâce à leur sang-froid et leur technicité hors pair. Pourtant, l'exercice du penalty est loin d'être une sinécure.
Des Légendes Brésiliennes Face au Point de Penalty
Le Brésil, pays du "futebol-arte", a vu naître des tireurs de penalty d'exception, mais aussi des échecs douloureux qui ont marqué l'histoire. Des joueurs comme Zico, Sócrates, Neymar et bien d'autres ont été confrontés à la pression immense de cet instant décisif.
Zico : La Technique et le Sang-Froid Mis à l'Épreuve
Zico dispute sa troisième coupe du monde, il a 33 ans, 44 sélections depuis 1976, 26 buts inscrits, ce n'est pas un « trembleur ». Des penalties, il en a réussi partout. Avant de jouer contre la France, en quart de finale, Zico n’a fait que deux entrées en quatre matches, à la place de Sócrates pour les 20 dernières minutes… À Guadalajara, contre les Bleus, Zico entre en jeu à la 71e minute, à la place de Muller cette fois. Une minute après, son premier ballon est une passe lumineuse qui lance Branco dans la surface de réparation française. Le gardien Joël Bats, pris de vitesse, fauche Branco : penalty indiscutable. Ce penalty, Zico n’est pas très chaud pour le tirer : il vient d’entrer en jeu, il hésite, mais son capitaine, Edinho, le convainc d’y aller et lui pose le ballon sur le point de penalty.
Paradoxalement, Zico qui a manqué ainsi l’occasion de donner l’avantage aux siens, a été moins durement critiqué au Brésil que Julio Cesar lequel, pendant la séance de tirs au but décisive, avait loupé son essai en frappant sur le poteau, juste après celui raté de Michel Platini.
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Neymar : Le Talent Brut Confronté à la Stratégie
Neymar après l'élimination du BrésilCrédit: Getty ImagesC'est peut-être le meilleur tireur de penalty au monde. Dans sa carrière, Neymar a frappé 89 penalties. Il en a marqué 74. 83% de réussite et même un tout petit plus depuis que la FIFA l'a obligé à changer de méthode de frappe. Bref, dans le domaine, le Brésilien est un crack. Mais la Seleçao n'a pas pu compter sur ses qualités dans l'exercice au moment où elle en aurait eu le plus besoin.Face à la Croatie, ce vendredi, Neymar n'a pas tiré lors de la séance de tirs au but ayant éliminé le Brésil en quart de finale. Non pas que la star n'ait pas voulu tirer, simplement, elle n'a pas eu le temps. La raison ? Sa position sur la liste brésilienne, comme l'a confirmé Tite en conférence de presse. "Il était le cinquième tireur, a-t-il révélé. Le cinquième tir au but est le plus décisif, le plus dur à tirer. Celui qui le tire a la plus grosse pression".Neymar pendant la séance de tirs au but du Brésil face à la CroatieCrédit: Getty ImagesQuatrième tentative, la plus risquée statistiquementSouci : l'échec initial de Rodrygo et le sans faute-croate ont mis Marquinhos, le quatrième tireur brésilien, dans une position délicate. Opta expliquait avant les 8es que la quatrième tentative d'une équipe était celle qui présentait le taux de conversion le plus faible des cinq tentatives initiales (64%).Ça n'a pas manqué, le défenseur du Brésil a raté sa tentative, privant Neymar d'un dernier tir au but décisif. Au Brésil, de nombreux médias se sont interrogés sur la pertinence de désigner Neymar comme dernier tireur. Ils ne sont pas les seuls.
Rogério Ceni : Le Gardien Buteur, une Anomalie Brésilienne
S'il y a bien une raison de regarder des vidéos sur Rogério Céni, c'est bien ses coups francs et ses penalty transformés. Légende vivante dans son Brésil natal, le gardien ne s'est jamais exporté sur nos terres où il demeure un inconnu. Né dans l’État du Paraná où sa famille a vécu jusqu’en 1985, Rogério Ceni ne répond pas à l’archétype du footballeur auriverde dont les pieds nus caressaient les vieux ballons déchiquetés des favelas brésiliennes. Ses parents ont toujours fait partie de la classe moyenne, si bien que lorsqu’ils s’installent à Sinop, ils décident d’acquérir une petite ferme. Lui travaille dans une agence bancaire et fait ses débuts professionnels à 17 ans dans le club de Mato Grosso avant d’être transféré au São Paulo FC. Malgré un talent certain, le natif de Pato Branco a du mal à s’adapter à l’immense capitale paulista. Au SPFC, il met du temps à gravir les échelons, si bien qu’il n’est toujours pas titulaire quand l’équipe junior atteint la finale de la Coupe de l’État de São Paulo en 1992. Seul un nouveau clin d’œil du destin, cette fois bien plus tragique, l’installera définitivement dans les buts des espoirs. Après un titre de champion de São Paulo avec les espoirs un an plus tard, l’ancien portier de Sinop voit Têlé Santana lui accorder sa confiance à l’occasion d’un match amical contre Tenerife lors duquel il fera ses preuves. Rogério, comme on l’appelait à ses débuts, est un homme de défis. Mais il faut plus que du cran et quelques apparitions prometteuses pour déloger la légende Zetti qui devient, au fil du temps, son mentor. En fait, Ceni ne parviendra à détrôner personne dans sa carrière, puisqu’en 1996, il ne devient titulaire qu’à la faveur du départ de son "maître" pour le rival de Santos. C’est le début du M1TO. Auteur de son premier but après trois rencontres, vainqueur du championnat de São Paulo à son deuxième essai, le gardien brésilien devient rapidement indiscutable. Et capitaine. Son professionnalisme et son attachement au club font de lui le joueur préféré de la "torcida paulista". Et il devient en 2005 le tireur numéro 1 des coups de pieds arrêtés de São Paulo. Le point de départ d’une année hallucinante pour lui et son équipe. Sur un nuage, Ceni réussit une saison statistiquement exceptionnelle, que beaucoup d’attaquants peuvent lui envier. Il termine meilleur buteur du club avec le total hallucinant de 21 réalisations (onze coups-francs, dix penalties), et le triplé Championnat Paulista-Copa Libertadores-Mondial des Clubs porte profondément sa griffe. Neuf buts dans le championnat brésilien, cinq dans le championnat d’état, cinq en Copa Libertadores, où il marque à chaque tour à l’exception de la finale, et un but durant le Mondial des Clubs. Soit 21 en 75 matchs. En Libertadores, il réussit un doublé sur coup-franc en demi-finale contre les Tigres (4 buts à 0), et sauve un penalty sur la finale retour (4 buts à 0). Injouable. Au Mondial des clubs, après avoir marqué un penalty décisif en demie contre Al-Ittihad (3 buts à 2), il écœure le Liverpool champion d’Europe en finale 1 but à 0. Sortant notamment un coup-franc parfait de Steven Gerrard, après avoir volontairement décalé son mur pour voir le départ du ballon. En plus de la coupe, le Pelé des cages est sacré Ballon d'or de la compétition. Mais ce n’est pas tout. Le natif de Pato Branco fait encore mieux en remportant le Bola de Ouro en 2008 et réussit à se hisser au sommet de la hiérarchie nationale aux côtés des Zico, Ronaldinho et Neymar. Du haut de ses 42 ans, Rogério Ceni a raccroché les gants le 6 décembre 2015. Et les crampons.
Les Tirs au But en Compétitions Majeures : Une Montagne Russe d'Émotions
Les séances de tirs au but sont souvent synonymes de suspense, de drame et d'émotions fortes dans le football. Pour le Brésil, ces moments ont gravé des souvenirs indélébiles, tant positifs que négatifs, dans l'histoire de la Coupe du Monde et de la Copa América.
La Coupe du Monde : Entre Triomphe et Désillusion
- Coupe du Monde 1994 : Le Sacre aux États-Unis
La finale de la Coupe du Monde 1994 aux États-Unis a opposé le Brésil à l'Italie. Après un match nul et vierge à la fin du temps réglementaire et des prolongations, les deux équipes ont dû se départager lors d'une séance de tirs au but. Les échecs initiaux de Romário côté brésilien et d'Albertini côté italien ont mis les deux équipes sous pression. Branco et Evani ont ensuite réussi leurs tirs, mais l'échec de Massaro pour l'Italie a donné l'avantage au Brésil. Dunga a transformé le quatrième tir brésilien, laissant Roberto Baggio avec la responsabilité de maintenir l'Italie dans le match. Le monde entier a retenu son souffle lorsque Baggio a envoyé son tir au-dessus de la barre, offrant ainsi au Brésil sa quatrième Coupe du Monde. La Seleçao soulève alors sa 4e Coupe du Monde de football, après les succès de 1958, 1962 et 1970.
- Coupe du Monde 1986 : La Défaite Crève-Cœur contre la France
Le quart de finale de la Coupe du Monde 1986 entre le Brésil et la France est considéré comme l'un des plus grands matchs de l'histoire de la compétition. Le match, disputé dans une ambiance électrique, s'est soldé par un match nul 1-1 après les prolongations, avec des buts de Careca pour le Brésil et de Michel Platini pour la France. À vingt minutes de la fin, les Brésiliens ont une occasion en or de faire le break. Sur une balle perdue par Luis Fernandez, Zico - qui vient d’entrer en jeu - fait une ouverture sur Branco fauché dans la surface de réparation par Joël Bats. Penalty. Les Auriverde se félicitent avant même de le tirer. Le « Pelé Blanc » exécute la sentence et voit sa frappe repoussée par le portier tricolore qui réalise le match de sa vie. Après 120 minutes de jeu, c’est la séance de tirs au but. Comme souvent, les meilleurs ratent leur penalty : Socrates d’un côté (arrêté par Bats) et Platini de l’autre (envoyé à côté) loupent leur TAB. Les conséquences de cette défaite ont été tragiques au Brésil, avec des témoignages de décès et d'hospitalisations liés au choc émotionnel causé par l'élimination.
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- Coupe du Monde 2022 : L'Élimination Précoce contre la Croatie
Lors de la Coupe du Monde 2022 au Qatar, le Brésil, favori de la compétition, a été éliminé en quart de finale par la Croatie lors d'une séance de tirs au but. Après un match nul 1-1, la Croatie s'est imposée 4-2 aux tirs au but. Neymar n'a pas eu l'occasion de tirer lors de la séance de tirs au but, car il était désigné comme cinquième tireur. Cependant, les ratés de Rodrygo et de Marquinhos ont empêché Neymar de prendre part à la séance. Cette stratégie de placer les meilleurs tireurs en fin de liste a été remise en question, car elle ne garantit pas que ces joueurs auront l'opportunité de tirer. La défaite du Brésil en quart de finale aux tirs au but a été un énorme choc après l'élimination des favoris du tournoi par la Croatie, mais la sélection sud-américaine a perdu parce que ses meilleurs tireurs ne sont pas intervenus en premier lors de la séance de tirs au but, a déclaré le membre du groupe d'étude technique de la Fifa, Jürgen Klinsmann lundi. Le meilleur buteur de l'histoire du Brésil, Neymar, cinquième sur la ligne de tir, n'a même pas eu l'occasion de tirer son penalty après le ratage de ses coéquipiers. «Après avoir concédé le but égalisateur à la 117e minute, le Brésil n'a pas eu le temps de changer de vitesse. De la déception d'avoir encaissé un but à la dernière minute à la séance de tirs au but, il n'a pas eu le temps de se poser et d'aborder la séance de manière positive.
La Copa América : Une Rivalité Intense et des Tirs au But Décisifs
- Copa América 2004 : Le Triomphe contre l'Argentine
La finale de la Copa América 2004 a opposé le Brésil à son rival de toujours, l'Argentine. Après un match nul 2-2, le Brésil s'est imposé aux tirs au but. Adriano a été le héros de la finale, marquant un but crucial dans les dernières secondes du temps additionnel et réussissant son tir au but lors de la séance. Chaque Brésilien se souvient de ce match. On perdait contre ces enfoirés dans les dernières minutes. Ils faisaient de l’antijeu, se moquaient se nous, essayaient de rentrer dans nos têtes pour gagner du temps. Luís Fabiano voulait frapper tout le monde. “Oublie le match, on va les défoncer”. Ce qui s’est passé ensuite, c’était comme un rêve. Un film, une musique, je ne sais pas, mais ça ne semblait pas être la réalité. Un ballon en hauteur, une confusion, des corps, des coups de coude. Je ne voyais rien ! Si tu regardes la vidéo, j’envoie mon coude pour toucher quelqu’un. Et le ballon arrive sur mon pied. Un cadeau du ciel. Je te mentirais si je te disais que je savais où je visais. J’ai juste frappé avec le pied gauche, le plus fort possible. Et voilà, bisous du gros pour les Argentins ! Le ballon a fait trembler les filets et je ne saurais expliquer la sensation. Incroyable. On a juste égalisé mais on savait qu’on leur avait fait mal. On savait ce qui allait se passer aux tirs au but. Juan a mis le sien et c’était bon, on était champions, l’Argentine non. Battre l’Argentine de cette façon, pour mon pays, avec ma famille qui regarde le match… C’est sûrement le plus beau jour de ma vie.
Stratégies et Controverses Autour des Tirs au But
L'Ordre des Tireurs : Un Débat Sans Fin
La question de l'ordre des tireurs lors d'une séance de tirs au but est un sujet de débat constant. Faut-il placer les meilleurs tireurs en premier pour donner confiance à l'équipe, ou les réserver pour la fin, en espérant qu'ils auront l'occasion de marquer le tir décisif ? L'élimination du Brésil en 2022 a relancé ce débat, car Neymar, considéré comme l'un des meilleurs tireurs de l'équipe, n'a pas eu l'occasion de tirer.
L'Importance Cruciale du Gardien de But
Le gardien de but joue un rôle crucial lors d'une séance de tirs au but. Un gardien capable d'arrêter des tirs peut donner un avantage psychologique à son équipe et déstabiliser les tireurs adverses. Joël Bats, le gardien français lors de la Coupe du Monde 1986, est un exemple de gardien qui a marqué l'histoire grâce à ses arrêts lors de la séance de tirs au but contre le Brésil.
L'Expérience et la Préparation Mentale : Des Atouts Indéniables
L'expérience et la préparation mentale sont également des facteurs importants lors d'une séance de tirs au but. Les joueurs qui ont déjà participé à des séances de tirs au but sont généralement mieux préparés à gérer la pression et à prendre des décisions éclairées.
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