Les tirs au but sont une composante dramatique et souvent décisive du football moderne. Cette méthode de départage, utilisée lorsque le score reste égal après la prolongation dans un match à élimination directe, suscite de nombreux débats et analyses. Cet article explore en profondeur l'histoire, les règles, l'impact psychologique et les stratégies entourant les tirs au but.
Genèse des Tirs au But : Un Esprit Sportif
L'histoire des tirs au but remonte à 1957, en Espagne, lors du tournoi amical de Ramon de Carranza. L'objectif initial était noble : favoriser l'esprit sportif et éviter que la victoire ou la défaite ne soit déterminée par le simple hasard. Avant cette innovation, les matchs nuls étaient décidés par un tirage au sort, souvent un pile ou face.
Les deux capitaines, en compagnie de l'arbitre, se retiraient dans le vestiaire pour lancer une pièce de monnaie. Bien que cette méthode garantissait une équiprobabilité, elle négligeait l'aspect sportif et le spectacle. Beaucoup d'observateurs du sport, et du football en particulier, avaient un très mauvais souvenir du pile ou face. Oui : dans le tirage au sort par pile ou face, il s’agissait auparavant d’un parfait « 50/50 » en termes de probabilité, un parfait jeu équiprobable, sans aucune reconnaissance des faits de jeu antérieurs. Tout était remis à égalité, tout le monde pouvait battre tout le monde. Mais le jeu ne prenait pas le dessus, seuls comptaient la chance, le destin et le hasard.
L'Olympique Lyonnais, par exemple, n'a dû sa présence en finale de la Coupe de France 1967 qu'après avoir "battu" l'A.S. par ce procédé aléatoire en demi-finale.
Généralisation par la FIFA : Redonner ses Lettres de Noblesse au Sport
Face à ces critiques, l'organe officiel des règles de la FIFA, le Board, a décidé en 1970 de généraliser la séance de tirs au but. Cette décision visait à améliorer l'incertitude et la dynamique des matchs, redonnant ainsi ses "lettres de noblesse" au sport. La séance de tirs au but, avec ses cinq face-à-face à l'issue indécise, promettait un dénouement plus palpitant et mérité.
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Règles et Procédure d'un Tir au But
Un penalty (coup de pied de réparation) est accordé si un joueur commet une faute passible d’un coup franc direct dans sa propre surface de réparation ou en dehors du terrain dans le cadre du jeu, comme décrit dans la lois 12 et la loi 13. Les fautes dans la surface de réparation sont considérées comme particulièrement graves, car elles ont le potentiel de priver une équipe d’une opportunité de marquer un but.Voici les fautes courantes qui conduisent à un penalty :
- Faute dans la surface de réparation : La faute doit se produire à l’intérieur de la surface de réparation de l’adversaire pour qu’un penalty soit accordé.
- Main délibérée : Si un joueur touche intentionnellement le ballon avec sa main ou son bras dans la surface de réparation, un penalty est accordé.
- Obstruction : Une obstruction volontaire d’un joueur empêchant un adversaire de marquer un but peut également entraîner un penalty. Cela peut se produire lorsqu’un défenseur bloque le chemin du tireur ou l’empêche de jouer.
- Tacle violent : Un tacle jugé dangereux ou violent, en particulier dans la surface de réparation, peut aboutir à l’attribution d’un penalty.
Le penalty est l’une des situations les plus intenses dans le football. Voici les étapes clés d'un tir au but :
- Positionnement du ballon : Le ballon est placé sur le point de penalty, qui se trouve à 11 mètres (ou 12 yards) du but.
- Tir du penalty : Le tireur tente de marquer en frappant le ballon de son pied en direction du but.
- Récupération du ballon : Après le tir, le jeu continue. Si le ballon entre dans le but, un but est accordé à l’équipe qui a tiré le penalty.
Impact Psychologique : Un Avantage au Premier Tireur ?
Dès 2006, Ignacio Palacios-Huerta a alerté les instances dirigeantes du football sur un possible déséquilibre dans la séance de tirs au but. Selon ses recherches, l'équipe qui commence la séance a 60% de chances de l'emporter, contre seulement 40% pour la seconde. Ce rapport de 60/40 serait déterminé par le pile ou face initial, effectué par l'arbitre avant le début de la séance. Autrement dit, pour gagner les tirs au but, il ne fallait pas être seulement être bon, il était également préférable d’avoir remporté le pile ou face initial. Cela permettait, en décidant de commencer la séance, de disposer d’un avantage psychologique sur l’adversaire et de lui imposer la pression du résultat. En commençant, on ouvre le score, on montre la voie et on impose son rythme alors qu’en étant deuxième, on doit suivre le jeu et rattraper les buts.
Pour affiner ses résultats, Palacios-Huerta a utilisé des outils économétriques, vérifiant si le 60/40 pouvait être expliqué par la force de l'équipe, le fait de jouer à domicile ou à l'extérieur, ou encore la domination du match. Après avoir bloqué plusieurs variables exogènes, sa conclusion restait inchangée : la loterie du pile ou face avait été remplacée par une séance de tirs au but inéquitable.
Remise en Question de l'Avantage Initial
Cependant, d'autres études ont nuancé ces résultats. Des chercheurs allemands, M. G. Kocher, M. V. Lenz et M. Sutter, ont analysé un échantillon plus large de séances de tirs au but et ont obtenu un écart différentiel moins marqué, avec un rapport de 53/47, jugé statistiquement non significatif.
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De même, les économistes Luc Arrondel, Richard Duhautois et Jean-François Laslier ont étudié le cas français, en se concentrant sur la Coupe de la Ligue et la Coupe de France. Ils ont également analysé le championnat argentin de 1988/1989, où une règle particulière obligeait à une séance de tirs au but à la fin de chaque match nul. Cette situation a permis d'étudier les séances de tir au but pour un groupe de joueurs s'habituant à celles-ci. Ils ont constaté que la répartition des victoires entre l’équipe tirant en premier et la seconde était de 50/50 au bout de la saison.
L'Effet Émotionnel : Peur et Adaptation
Ignacio Palacios-Huerta a également examiné le championnat argentin 88/89 et a constaté qu'au début du championnat, le rapport était de 60/40, mais qu'avec la répétition des séances, les joueurs s'adaptaient à la peur et contrôlaient leurs émotions.
Pour Palacios-Huerta, l’exemple de cette saison argentine permet de confirmer sa théorie. Il y aurait bien un effet émotionnel. La deuxième équipe a moins de chances de remporter la séance parce qu’elle a « peur ». Elle doit combattre le résultat de la première équipe qui, elle, avance dans le vide, n’a pas la pression du résultat. Seulement, à force de répétitions, les équipes s’adaptent et maîtrisent leurs sentiments.
La pression n’est tout simplement pas la même entre une finale de coupe du monde et un quart de finale de coupe du Luxembourg ! Empiler les données sans considérer que certaines sont plus importantes que d’autres pose problème. Mettre sur un même pied d’égalité une compétition majeure, comme la Coupe du Monde ou la Ligue de Champions, et une compétition « mineure », comme la Coupe nationale d’Écosse, pose question. L’aspect émotionnel et l’importance du stress sont vraisemblablement dilués dans l’étude de Kocher, Lenz et Sutter. D’ailleurs, la FIFA, connaissant ce débat, a décidé de réfléchir à un changement des règles.
Stratégies et Préparation : L'Art de Gérer la Pression
La préparation mentale et la gestion du stress sont essentielles pour réussir une séance de tirs au but. Voici quelques stratégies et conseils :
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- Regardez le gardien de but : Gardez un œil sur le gardien de but pour déceler des signes de sa direction prévue. Si le gardien penche d’un côté, visez l’autre côté.
- Restez imprévisible : Ne devenez pas prévisible dans votre choix de coin ou de style de tir de penalty. Diversifiez-vous pour maintenir le gardien de but dans l’incertitude.
La stratégie optimale serait donc de choisir les cinq meilleurs tireurs et de les faire tirer dans l'ordre croissant de leur aptitude. Deux chercheurs, Ian Franks et Tim McGarry, suggèrent aussi aux entraîneurs de ne pas hésiter à faire entrer en jeu un spécialiste des pénalties en fin de prolongation, voire à changer de gardien si le remplaçant est particulièrement habile dans l’exercice.
Un groupe de chercheurs emmené par Geir Jordet a décomposé en 2009 les différentes phases d’un tir au but dans les grandes compétitions. En effet, les joueurs amenés à tirer des pénalties très régulièrement au cours de la saison tendent à «randomiser»: afin d'être moins prévisibles, ils ne tirent pas tout le temps du même côté et n'alternent pas non plus binairement entre gauche et droite, mais tirent en gros 60% du temps de leur côté «naturel» (à gauche du but en regardant le gardien pour un droitier) et 40% du temps de l'autre côté.
Au tireur, donc, d'oser la «variante Neeskens», du nom du Néerlandais qui tira plein centre, en force, un penalty (dans le cours du jeu) en finale de la Coupe du monde 1974. Elle a ensuite été magnifiée, en feuille morte, par le tchèque Panenka en finale de l'Euro 76, notamment imité en Coupe du monde par l'Uruguayen Abreu en 2010, contre le Ghana.
Le Rôle Crucial des Entraîneurs dans le Choix des Tireurs
En avouant s'être « trompé » dans le choix des tireurs, après l'élimination de l'Espagne par le Maroc, mardi en huitièmes de finale de la Coupe du monde (0-0, 3 tab à 0), Luis Enrique a relancé un éternel débat sur l'approche d'une séance de tirs au but.
Mieux vaut-il des joueurs désignés à l'avance et préposés à l'exercice ou des volontaires qui, le moment venu, se proposent parce qu'ils sentent bien le coup ? Pour la plupart des observateurs, le tir au but peut sembler avant tout technique, pour les courageux qui s'avancent avec le ballon, il est surtout question de savoir gérer ses émotions.
Pour Bazdarevic par exemple, « il paraît difficile de pousser un joueur à y aller au dernier moment ». À l'inverse de Didier Deschamps, qui assimile les séances de tirs au but à « une loterie » et préfère ne pas les préparer avec les Bleus, Mehmed Bazdarevic a toujours eu pour habitude dans les clubs où il est passé de les travailler « un peu quand même ». Histoire d'assurer le coup.
Parfois il arrive « que personne ne veuille tirer », témoigne Bazdarevic. Ce fut le cas par exemple la saison passée au PSG, en huitièmes de finale de la Coupe de France contre Nice. Plusieurs coéquipiers plus expérimentés n'ayant pas voulu s'y coller, après les cinq premiers tirs marqués, le jeune Xavi Simmons s'était dévoué, avait échoué et été désigné comme responsable de l'élimination du club parisien (0-0, 5 tab à 6).
Évolution des Règles : Vers un Système Plus Équitable ?
Consciente du débat sur l'équité des tirs au but, la FIFA a exploré des modifications des règles. Dès 2017, le Board a acté le début d’une expérimentation en modifiant les règles de passage, sur le modèle du tie-break en tennis. Plutôt que de suivre un ordre simple entre les tireurs des deux équipes A et B, de type ABAB, une séance de tirs au but devrait se jouer sur le mode ABBA.
Ignacio Palacios-Huerta a testé cette règle, en reproduisant 200 séances de tirs au but sur l’ordre du tie-break. Conclusion ? Un avantage de 54/46 pour la première équipe (contre 61/39 pour l’ordre ABAB pour le même échantillon). Pour l’économiste espagnol, c’est à la fois un résultat statistiquement significatif par rapport à la base de données et une faiblesse dans l’échantillonnage puisque trop peu de séances ont été réalisées. Mais c’est une avancée majeure.
Prolongations : Un Préambule Intense
Dans les matchs à élimination directe, la prolongation est une phase redoutée. Ce format est souvent utilisé dans des compétitions internationales et nationales comme la Ligue des Champions, la Coupe du Monde, l’Euro ou encore la Coupe de France. Ce temps de jeu supplémentaire est exclusivement utilisé dans des compétitions où une équipe doit être déclarée vainqueur à la fin d’une partie.
Une prolongation au football dure 30 minutes et se compose de deux périodes de 15 minutes. Les prolongations se terminent à la fin des deux périodes de 15 minutes. L’arrêt définitif du match dépend du score entre les deux équipes. Après avoir joué 90 minutes avec une forte intensité, les joueurs doivent trouver l’énergie pour maintenir cette intensité pendant 30 minutes de plus. Certaines formations cherchent à limiter les risques et se replient en défense pour fermer les espaces exploitables par l’adversaire et maintenir le score jusqu’au terme des prolongations.
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