La politique de contrôle des armes à feu de Justin Trudeau au Canada

Alors que le débat sur les armes à feu mine les États-Unis depuis des décennies, le Canada a décidé d'agir avec de nouvelles mesures de contrôle des armes à feu. Le Premier ministre canadien, Justin Trudeau, a annoncé un projet de «gel national sur la possession d’armes de poing». Ce projet de loi a suscité des réactions mitigées, allant du soutien des groupes de contrôle des armes à feu à l'opposition des conservateurs qui mettent en avant la nécessité de lutter contre la criminalité liée aux armes à feu illégales.

Gel national sur la possession d'armes de poing

Le projet de loi proposé par Justin Trudeau vise à interdire l'achat, la vente, le transfert et l'importation d'armes de poing partout au Canada. Selon Justin Trudeau, « Cela signifie qu’il ne sera plus possible d’acheter, de vendre, transférer ou importer des armes de poing où que ce soit au Canada ». Cependant, le projet dont les contours sont encore flous devra être soumis au Parlement, où le Parti libéral de Trudeau est minoritaire.

Interdiction des armes à feu de type militaire

Le Canada avait déjà interdit 1.500 modèles d'armes à feu de type militaire après une tuerie en avril 2020, la pire de l’histoire du pays, qui avait fait 23 morts en Nouvelle-Ecosse (est). Parmi les armes prohibées se trouvent notamment la carabine Ruger Mini-14, avec laquelle Marc Lépine tua 14 jeunes femmes à l’Ecole polytechnique de Montréal en 1989, la carabine VZ-58 dont était armé Alexandre Bissonnette, le responsable de l’attentat contre la grande mosquée de Québec en janvier 2017 (6 morts), deux épisodes tragiques qui ont durablement marqué le pays. Sont aussi concernées par le décret les carabines M16 et AR-15 utilisées lors de tueries de masse aux Etats-Unis ou à Christchurch en Nouvelle-Zélande en 2019. « Ces armes n’ont été conçues qu’à une seule et unique fin : tuer le plus grand nombre de personnes le plus rapidement possible, a déclaré le premier ministre. Elles n’ont pas leur place chez nous. » Le gouvernement estime à 100 000 le nombre de ces armes au Canada.

Réactions et critiques

La proposition de Justin Trudeau a été critiquée par l'opposition conservatrice. Pour les conservateurs, les armes ne sont pas le problème. « Le vrai problème dans ce pays, ce ne sont pas les propriétaires d’armes à feu respectueux de la loi, qui sont strictement encadrés et strictement contrôlés », a déclaré John Brassard, leader de l’opposition à la Chambre des communes, à Radio-Canada. « Le vrai problème dans ce pays, ce sont les gangs et les criminels qui importent des armes à feu, principalement des Etats-Unis, et qui utilisent des armes illégales dans nos rues », a-t-il ajouté. Même son de cloche pour la députée conservatrice Raquel Dancho : « L’annonce d’aujourd’hui ne se concentre pas sur la cause fondamentale de la violence armée dans nos villes : les armes à feu illégales introduites clandestinement au Canada par des gangs criminels.

La National Firearms Association évoque “un mépris historique et irrespectueux des processus démocratiques du Canada et le vol tyrannique de la propriété des citoyens respectueux des lois”, et enjoint à ses quelque 70 000 membres de demander à Justin Trudeau de révoquer ce “non-sens”.

Lire aussi: Chevalets de tir pour armes longues : Le guide

Cependant, la Coalition pour le contrôle des armes, fondée après le meurtre de 14 femmes dans une université de Montréal en 1989, a applaudi le projet. « La proposition de suppression progressive de possession privée d’armes de poing est une avancée majeure, et montre que le gouvernement a écouté la voix des victimes », a déclaré la présidente de l’organisation, Wendy Cukier, dans un communiqué.

Mesures supplémentaires

Le projet de loi canadien prévoit aussi d’empêcher quiconque est impliqué dans des violences domestiques d’obtenir un permis de port d’arme, et de durcir les peines pour le trafic d’armes. Les chargeurs de fusils pouvant contenir plus de cinq balles seront également interdits. Il a également souligné “l’introduction de protocoles rouges et jaunes pour mieux protéger les femmes et les jeunes filles”. Ces protocoles, explique La Presse, “permettront à quiconque de demander au tribunal de confisquer des armes à feu par mesure de sécurité ou de suspendre le permis [de port d’arme] du titulaire”.

Le rôle des États-Unis

Selon des statistiques officielles, les armes à feu ne sont impliquées que dans 3 % des crimes violents au Canada. Mais le ministre de la sécurité publique, Marco Mendicino, estime qu’environ un million d’armes de poing circulent dans le pays, dont beaucoup sont importées illégalement des Etats-Unis. Francis Langlois, spécialiste des armes à feu, affirme que "Les 85 à 90% des armes qui se retrouvent au Canada proviennent des États-Unis".

Contexte politique

Pour la seule année 2021, Statistique Canada a recensé 8 047 victimes de crimes violents au Canada “sur les lieux desquels une arme à feu était présente”. Une des particularités de la politique canadienne, “c’est que les hommes et les femmes du Parti libéral donnent toujours l’impression d’être en campagne pour se faire élire aux États-Unis”, souligne le Wall Street Journal dans un éditorial cinglant contre le projet de loi présenté le 30 mai par le gouvernement Trudeau pour réglementer les armes de poing au Canada.

Le moment choisi par Justin Trudeau pour présenter son projet de loi “n’avait rien d’une coïncidence”, poursuit le quotidien financier, qui souligne que le Premier ministre canadien s’est contenté de “répondre au débat sur les armes à feu et les tueries de masse aux États-Unis”, quelques jours seulement après la tuerie dans l’école primaire d’Uvalde, au Texas.

Lire aussi: Armoire à fusil 4 armes : conseils de pro

Visiblement, “la vie politique canadienne est trop ennuyeuse ou trop provinciale”, ironise le quotidien, car Justin Trudeau a également promis de défendre le droit à l’avortement “juste après la fuite dans la presse du projet de décision de la Cour suprême” en faveur d’une abrogation de l’arrêt Roe vs Wade qui a légalisé l’avortement aux États-Unis. Et le Wall Street Journal rappelle même qu’en juin 2020 Justin Trudeau s’était “fait fort de mettre un genou à terre lors d’une manifestation Black Lives Matter” organisée à Ottawa, dans le sillage de la mort de George Floyd aux États-Unis.

Pourtant, le Premier ministre Justin Trudeau ne peut s’empêcher de “brosser dans le sens du poil une certaine partie de l’opinion publique du Canada qui aime à croire que les Canadiens sont plus éclairés que leurs voisins du sud”. Certes, la gauche américaine va pouvoir “vanter l’exemple canadien en matière de limitation des armes à feu”, mais les autres Américains vont voir “dans la politique de Trudeau de confiscation des armes” un présage alarmant de ce que “les progressistes américains voudraient faire au pays”.

Lire aussi: Armoire à fusil 8 armes : guide d'achat

tags: #Trudeau #armes #à #feu #politique

Articles populaires: