Montagne, Fusil, Lac : Symbolisme et Interprétations Croisées

L'art, dans ses multiples expressions, est un miroir tendu à l'humanité, reflétant ses monstruosités et ses beautés. L'œuvre de Laszlo Krasznahorkai, notamment son roman "Seiobo est descendue sur terre", explore cette mission de l'artiste à travers un voyage kaléidoscopique dans des lieux emblématiques de l'art mondial. Ce roman, divisé en dix-sept chapitres numérotés selon la suite de Fibonacci, est une œuvre d'art en soi, interrogeant la place du regard, de la beauté et de la transcendance dans notre existence. Parallèlement, le symbolisme, qu'il soit littéraire ou visuel, à l'image des drapeaux nationaux, permet d'affirmer une identité, de transmettre des messages et de rassembler des communautés autour de valeurs communes.

L'Esthétisme et la Quête de la Beauté Absolue

Krasznahorkai, à travers "Seiobo est descendue sur terre", nous invite à un voyage initiatique où la beauté se révèle de manière inattendue. Un « grand héron blanc », dans une rivière de Kyoto, incarne « l’artiste sans appel », dans « l’esthétisme de son immobilité parfaite ». Une constante japonaise innerve également un étrange roman du maître des proses vagabondes et initiatiques : Au nord par une montagne, au sud par un lac, à l'ouest par des chemins, à l'est par un cours d'eau. Ce thème du voyage est central, reliant des lieux aussi divers que l’Alhambra de Grenade, l’Italie, Athènes et le Musée du Louvre, avec un accent particulier sur le Japon, de Kyoto au sanctuaire d’Ise.

Dans cet itinéraire, le christianisme se fond dans le polythéisme grec et le bouddhisme, soulignant un syncrétisme spirituel. L'initiation à « l’insoutenable beauté » de l’art est souvent un éblouissement, rappelant le syndrome de Stendhal. Cependant, l'accès à cette beauté n'est pas toujours aisé. La lumière méditerranéenne, par exemple, peut empêcher la contemplation de l’Acropole, illustrant la nécessité d'une préparation, d'une acuité du regard.

L'œuvre explore également la création artistique à travers les âges. La rencontre entre une reine perse et le peintre Filippino Lippi pendant la Renaissance italienne, lors de la commande de l'œuvre « Arrivée d’Esther au palais de Suse », met en lumière la puissance de la beauté et son impact sur ceux qui la contemplent. À la Scuola Grande de San Rocco, le « Christo morto », attribué à Titien ou Bellini, incarne « une paix d’un autre monde ».

L'expérience esthétique peut être radicalement différente selon les individus. À Barcelone, l'architecture de Gaudi peut susciter la répulsion chez certains, tandis que la découverte d'icônes russes peut provoquer une révélation, une prise de conscience de la vanité de l'existence face à l'immensité du divin.

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La restauration d'un Bouddha ancien au Japon illustre la capacité de l'art à apporter le bonheur. De même, la création d'un masque nô, fruit d'un travail méticuleux, révèle la complexité de l'expression artistique, capable de donner naissance à un « monstre, démoniaque ».

Le roman culmine avec la « reconstruction du sanctuaire d’Ise », un rituel qui perpétue la fraîcheur et la vitalité du lieu depuis l’an 600. Krasznahorkai se livre à une étude du regard, de ses limites, de ses efforts et de ses qualités, soulignant l'importance de la perception et de l'interprétation dans notre rapport à l'art.

Symbolisme et Identité : L'Exemple des Drapeaux

Au-delà de la littérature, le symbolisme se manifeste dans d'autres formes d'expression, notamment à travers les drapeaux. Chaque drapeau possède une histoire unique, inspirée par l’histoire du lieu géographique qu’il représente, de symboles liés à sa culture, ou d’autres facteurs très divers. Le drapeau n’est pas le seul fait des États, il constitue un symbole qui permet de représenter « la personne morale » d’un groupe ou d’une communauté. À titre d’exemple, le drapeau blanc est un symbole international pour la paix, ou de reddition dans un contexte guerrier. Le drapeau arc-en-ciel symbolise la communauté LGBTQIA+, et le drapeau de la Croix-Rouge représente l’organisation éponyme.

Les drapeaux nationaux, tels que nous les connaissons aujourd'hui, sont nés dans des nations maritimes, qui hissaient leurs pavillons. Lorsqu’un drapeau est hissé sur la mer, on ne parle plus de drapeau, mais de pavillon. À l’époque, le pavillon faisait état de la nationalité de rattachement de l'embarcation qui l'arbore. En général, il était hissé dans la mâture ou à l’arrière du navire. C’est pour cette raison que généralement, les drapeaux d’aujourd’hui se lisent de façon horizontale, « car comme les pavillons bougeaient au vent, c’était plus lisible. » C’est également pour cela que le drapeau du Qatar, nation de tradition navale, est très long, il devait pouvoir flotter au vent, quand celui de la Suisse, de tradition militaire, est carré. « Si l’on marche ou que l’on est à cheval, tenant un drapeau à l’aide d’une hampe, il ne faut pas qu’il ait trop de prise au vent, car sinon le drapeau peut vous échapper. »

Autrefois, le drapeau permettait de transmettre un message. « À l'époque, quand on était sur mer, la seule façon de communiquer était via ce bout de tissu », résume Cédric de Fougerolle. Ainsi, un pavillon à l’envers envoyait un signal de détresse, et un pavillon jaune : « contagion à bord, surtout ne m’approchez pas. » Aujourd’hui, la seule exception concerne le drapeau des Philippines, pour lequel l’envers signifie que le pays est en situation de guerre.

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Les formes et les couleurs des drapeaux sont également porteuses de sens. Autrefois, les formes des drapeaux nationaux étaient beaucoup plus variées. En Chine par exemple, où l’on retrouve les plus anciennes représentations de « drapeaux » connues, on en trouvait de formes triangulaires. Et même sur le vieux continent, le rectangle n’a pas toujours été la règle. « En Europe jusqu’à l’Ancien Régime, les drapeaux n’étaient pas obligatoirement de forme rectangulaire. Toutes les bannières religieuses notamment, ne l’étaient pas. » Mais au fil des siècles, le rectangle est devenu la norme et l’Occident a, petit à petit, imposé sa conception. Il existe néanmoins deux exceptions. D’un côté les drapeaux de la Suisse et du Vatican, de forme carrée, et de l’autre le drapeau du Népal, qui est une combinaison de deux pennons. Il incarne les hautes altitudes de l'Himalaya ainsi que les deux religions les plus présentes au Népal, l'hindouisme et le bouddhisme. D’après Cédric de Fougerolle, « c’est une manière d’affirmer que le pays n’est pas un état Occidental. »

Les couleurs sont également significatives. Le rouge, noir, vert et blanc sont les couleurs dites « panarabes », issues du drapeau de la révolte arabe de 1916-1918. On les retrouve dans la quasi-totalité des drapeaux arabes et musulmans. De même, les couleurs panafricaines sont le jaune, le vert et le rouge. « C’est une façon de montrer que l’on appartient à un groupe », déclare Cédric de Fougerolle. Les symboles, tels que l’étoile et le croissant pour l’islam, ou la croix de Saint-Georges pour le christianisme, renforcent ce sentiment d'appartenance. La couleur rouge est souvent associée au communisme, héritage du drapeau rouge de la révolte ouvrière.

Le Drapeau : Affirmer son Identité sur la Scène Internationale

Aujourd’hui, le drapeau remplit également une fonction d’échange et de reconnaissance à l’échelle internationale. Le drapeau est alors ce qui permet à un pays de s’affirmer comme tel aux yeux du monde. « Le drapeau n’est pas quelque chose d’obligatoire, mais il se trouve que, de fait, tous les États du monde ont un. » Certains drapeaux, comme celui de l’Arabie Saoudite ou encore du Brésil, comportent du texte, ce qui interroge sur la vocation universelle du drapeau. « Au fond, cela revient à se demander si le premier rôle du drapeau, c’est pour l'extérieur ou pour soi-même ? », explique Cédric de Fougerolle, avant d’ajouter : « beaucoup de drapeaux militaires dans le monde possèdent des écritures, cela n’est pas anormal. »

Le choix du drapeau est souvent le fruit d’une longue histoire. L’histoire du drapeau tricolore français, par exemple, est encore assez floue. Le bleu, le blanc et le rouge, « existaient déjà avant la révolution, mais elles n’étaient pas des couleurs nationales. » C’est à partir de juillet 1789 que les couleurs deviennent les couleurs de la révolution, elles deviennent les couleurs d’une nouvelle conception du pouvoir, de l’état de la nation. Pour autant, un drapeau ne devient symbole national que lorsqu’il est adopté par la nation. « Aujourd’hui, le drapeau tricolore nous paraît évident » relève Cédric de Fougerolle. « Mais entre la révolution de 1789 et la fin du 19ᵉ siècle, ce n’était pas évident. La frange la plus à gauche préférait le drapeau rouge, la frange la plus à droite préférait le drapeau blanc. » De fait, « ce qui a créé l’unanimité autour du drapeau tricolore, c’est la guerre de 1914 », estime l’expert.

Dans d'autres cas, le drapeau est le résultat d’une réflexion nationale, comme en Afrique du Sud, où le peuple fut invité à faire des propositions. L’objectif était de changer le drapeau précédent adopté en 1928, trop associé à l’histoire de la seule communauté blanche du pays. Cette participation citoyenne est loin d’être un cas unique. En Papouasie-Nouvelle-Guinée, le drapeau national a été dessiné par une jeune étudiante de quinze ans, Susan Karike Huhume, qui a gagné un concours organisé dans tout le pays.

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La création d’un nouveau drapeau a fréquemment été l’occasion, pour d’anciennes colonies, d’affirmer leur indépendance. Le Mozambique et le Guatemala ont par exemple fait le choix de faire figurer une arme sur leur drapeau, pour alléguer leur « détermination à protéger leur liberté ».

Exemples de Drapeaux et Leurs Significations

Le drapeau mozambicain, adopté en 1983, est inspiré du drapeau du Frelimo, un mouvement anti-colonial d’orientation communiste. Les couleurs (blanc pour la paix, rouge pour le sang versé, vert et noir pour le panafricanisme) et les symboles (étoile jaune pour le socialisme, livre blanc pour l’éducation, houe et fusil d’assaut croisés) représentent l’histoire et les valeurs du pays.

Le drapeau du Guatemala, avec ses deux bandes bleues (océans Atlantique et Pacifique) et sa bande blanche, arbore une couronne de rameaux d’olivier, des sabres et des fusils en croix, un parchemin portant la mention “Libertad 15 de Septiembre de 1821” et un quetzal, symbole de la liberté.

D'autres drapeaux, comme celui du Lesotho ou du Vanuatu, témoignent de l'histoire et de la culture de pays moins connus. Le drapeau croate, avec ses couleurs panslaves inversées, indique la présence d'une majorité d'habitants d'origine slave.

Évolution du Drapeau Français

Au Moyen Âge, l’histoire du drapeau est liée à la naissance du blason. Un chef se signale par ses armoiries ou par une ou plusieurs couleurs issues des armoiries et composées en un drapeau. Les couleurs des drapeaux changent vite au gré de l’humeur des individus ou des aléas des combats ; une couleur ou composition de couleurs amenant la victoire est pérennisée.

À partir du XVe siècle, la couleur blanche est reconnue comme symbole du roi de France et ce jusqu’à la Révolution. En juillet 1789, en réaction à la couleur blanche, symbole de la royauté, la milice parisienne arbore une cocarde aux couleurs de la ville de Paris, bleu et rouge. Lors de la venue de Louis XVI à l’Hôtel de Ville, le maire Bailly accroche cette cocarde sur celle, blanche, du roi. Les trois couleurs - bleu, rouge, blanc - deviennent ainsi les couleurs de la Révolution, après avoir été les couleurs des livrées de nombreux rois de France, comme Louis XIV.

Celles-ci sont adoptées officiellement, le 4 octobre 1789, en tant que symbole de la nation et de la réconciliation entre le peuple et le roi mais leur ordre n’est pas fixé. Le 20 juillet 1790, est élu le comité militaire de la ville de Paris, qui propose que les couleurs de la Révolution soient composées comme suit : la couleur blanche, considérée alors comme la couleur nationale, associée au bleu et au rouge pour indiquer les couleurs de la Ville sur les uniformes et les drapeaux. Les couleurs sont disposées horizontalement.

Le 28 novembre 1792 un décret oblige les régiments et les bataillons à faire disparaître avant le 15 janvier 1793 tout ce qui rappelle la royauté sur les drapeaux, à commencer par la croix blanche sur les emblèmes de l’infanterie. Mais ce décret ne sera pas suivi d’effet et il faut attendre le 2 mars 1794 pour que le rapport du citoyen Calon à la Convention supprime définitivement les drapeaux de la royauté et les remplace par des drapeaux aux couleurs de la Révolution dont l’ordre des couleurs n’est pas arrêté. Ces drapeaux portent de nouveaux symboles (faisceaux de licteurs, couronnes de feuilles de chêne et de laurier, bonnet phrygien) et ils sont accompagnés de banderoles portant : « République française ». « Discipline », « Obéissance aux lois militaires », en lieu et place des anciennes devises des rois.

Le décret de 1796 fixe la forme et l’ordre des couleurs tel que nous les connaissons aujourd’hui d’après l’étude demandée au peintre David. Les premiers à arborer ces couleurs sont les marins sur les pavillons. Au cours des campagnes d’Italie (1796-1797), Bonaparte donne un sens nouveau au drapeau. Désireux de développer l’esprit de corps et d’exalter le sentiment d’honneur, il fait glisser le drapeau du statut de symbole de la nation à celui d’objet de culte pour chaque unité. Le principe de l’emblème régimentaire se met en place.

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