Vie de Carabin : Définition, Culture et Défis

L'expression « vie de carabin » évoque un univers particulier, celui des études de médecine, souvent associé à un folklore spécifique, des traditions parfoisExcessives, et un certain esprit de corps. Cet article explore les différentes facettes de cette culture, en s'appuyant sur des témoignages et des faits récents, notamment les dérives sexistes et les violences sexuelles qui peuvent y être associées.

L'entrée dans le monde carabin : bizutage et traditions

Pour les étudiants en médecine, l'intégration commence souvent par le bizutage, une période d'initiation marquée par des épreuves et des traditions spécifiques. Une étudiante en deuxième année témoigne de son expérience : « La première année n’a pas été simple, mais j’ai pu compter sur le soutien de mes proches et de mes amis de lycée pour réussir le concours. Me voilà donc en 2e année, réputée facile, année du relâchement et de tous les excès. »

Le parrainage est une autre tradition courante, où les étudiants de troisième année encadrent les nouveaux arrivants. Cependant, ce système peut parfois déraper, comme en témoigne le questionnaire d'un étudiant : « Parmi les questions me viennent pêle-mêle : le tour de poitrine, la position sexuelle favorite et le nombre de partenaires. On doit bien sûr y ajouter notre photo. Une sorte de Tinder avant l’heure… »

Le week-end d'intégration (WEI) est souvent perçu comme un rite de passage, mais il peut aussi être le théâtre d'humiliations et de comportementsExcessifs. L'étudiante poursuit : « Autrement dit un weekend où les 3e années peuvent humilier les 2e année en toute légitimité. Plusieurs bus sont affrétés pour amener les quelques 400 étudiants sur les lieux. Les réjouissances commencent sur le trajet : on demande aux candidates à la couronne de « Miss Chaudière » de se mettre « à poil ». Les garçons sont encouragés à faire « l’hélicoptère » et un concours de la plus grande chaîne de soutien-gorge fait rage entre les différents bus. A l’arrivée, après quelques animations bon enfant, commence le parcours du combattant des bizuths : jets de farine, lait, nourriture pour chien, ingestion d’alcool, d’huile, café ou autres pour nous faire vomir. Les plus récalcitrants auront le droit à un lavement rectal, ou à leur pénis dans la moutarde. Les festivités se poursuivent et on déroule le classement de la promotion, invitant les 1er, 69e et dernier du classement à montrer (au choix, on est sympa) leurs fesses ou leurs seins. »

Sexisme, violence et culture de l'omerta

Malheureusement, la « vie de carabin » est parfois entachée de sexisme et de violences sexuelles. L'étudiante raconte son expérience traumatisante lors du WEI : « Mon parrain, très alcoolisé lui aussi, vient me voir pour me demander si je veux passer « un moment ensemble ». Il sort en premier et me demande de compter jusqu’à dix avant de le rejoindre à l’extérieur. Dans ma naïveté, j’espère secrètement qu’il va m’embrasser. Mais les choses ne se déroulent pas exactement comme je les avais imaginées. Contre des poubelles, il me plaque, m’embrasse et baisse mon pantalon. Je ne réagis pas, j’ai le cerveau embrumé. Il force mais ça ne passe pas, c’est un peu douloureux. Puis me vient une pensée absurde : au moins ce sera fait, je ne serai plus vierge. Je panique un peu, que va-t-il penser de moi si je ne participe pas ? Je tente un geste maladroit vers lui. Il me retourne contre les poubelles. Je glisse dans un murmure « pas là, pas comme ça ». La suite n’est que brouillard. Voilà donc, comment s’est passée ma « première fois » au pays des carabins. »

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Elle décrit ensuite la difficulté de surmonter ce traumatisme, le sentiment de honte et l'absence de soutien : « Je n’arrive pas à m’endormir le soir et je me lève très difficilement le matin. Je passe un temps fou à me préparer, je change plusieurs fois de tenues, je me maquille, je me démaquille. Rien ne va, je suis laide. Au moment de sortir pour aller en cours, je fais parfois des crises d’angoisse. J’ai l’impression que tout le monde me regarde, mon cœur s’emballe, je dois rebrousser chemin. Je ne vais presque plus à la fac. Je m’alcoolise énormément lors des soirées (aux thèmes variés du type « SM », « putes et macs », « blanc et moulant »), jusqu’à faire des black-out. Lorsque j’ai bu, ma langue se délie, je lâche quelques bribes de l’histoire à des amis qui ne comprennent pas toujours mes dérives. Je ne leur en veux pas, moi non plus je ne me reconnais pas. Je confronte plusieurs fois mon parrain qui finit par sortir un rageux « bon ça va, je t’ai pas violée ! ». »

La culture de l'omerta, le silence qui entoure ces agissements, est un problème majeur. L'étudiante témoigne : « Etudiantes et étudiants, nous sommes constamment jugés sur notre participation au folklore. Ces comportements sont sans cesse encouragés et valorisés. La non-adhésion vaut exclusion tacite du club fermé de l’élite médicale. Puis il y a « l’omerta ». Pourquoi parler alors que tout le monde, à l’université comme au CHU, sait déjà et ne levé pas le petit doigt ? Qu’est-ce que ça changera ? »

Les remarques sexistes et les comportements déplacés persistent même au-delà des années d'études, lors des stages d'externat. L'étudiante raconte : « On entend les bruits de couloirs, on sait qu’un chirurgien a les mains baladeuses et aime se frotter aux étudiantes au bloc sous prétexte de montrer les gestes techniques. Lors d’une opération d’une tumeur du pancréas, il demande à l’interne de toucher la masse. « Tu aimes quand c’est long et dur, hein ? ». Elle veut devenir chirurgienne, pas moi. Elle rit, pas moi. Lorsque je m’essaie sans succès aux sutures, il me dit de ne pas tenir ma pince « comme une pince à sucre » mais je sais pertinemment qu’aux autres il conseille de la tenir « comme une bite ». Il a dû sentir que je ne partageais pas son « humour ». »

Récentes affaires et réactions

Plusieurs affaires récentes ont mis en lumière les problèmes de sexisme et de violences sexuelles dans le milieu médical. En septembre 2024, une banderole sexiste a été déployée lors d'une soirée étudiante à Tours, représentant une femme nue et inconsciente dans un verre à cocktail, avec un pénis éjaculant au-dessus. La légende était un jeu de mots douteux avec l'acronyme GHB, surnommé "la drogue du violeur". L'université de Tours a condamné cette banderole avec la "plus grande fermeté" et a signalé les faits au procureur.

Ces événements s'inscrivent dans un contexte de dénonciations de violences sexistes et sexuelles visant indirectement l'université de Tours, suite à la condamnation d'un étudiant de la fac de médecine pour avoir agressé sexuellement deux anciennes camarades.

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Face à ces problèmes, des mesures sont prises pour lutter contre le sexisme et les violences sexuelles dans le milieu médical. L'Ordre des médecins a lancé une enquête d'envergure sur les violences sexuelles, suite aux révélations de l'infectiologue Karine Lacombe et aux nombreux témoignages de soignantes victimes de violences sexistes et sexuelles. Le ministre de la Santé a annoncé un renforcement de la formation des professionnels de santé et l'amélioration de l'accompagnement des victimes.

L'humour carabin : entre stéréotypes et dérives

L'humour carabin est un élément central de la culture médicale, mais il peut parfois être vecteur de stéréotypes et de dérives sexistes. Une étude menée par de jeunes médecins généralistes sur les blagues médicales a révélé que les chirurgiens sont souvent décrits comme idiots et mégalomanes, tandis que les gynécologues sont la cible privilégiée des blagues liées à l'intimité féminine.

Certaines blagues médicales à caractère sexuel véhiculent des stéréotypes sur les médecins perçus comme "pervers, salaces, obsédés sexuellement voire immoraux, n'hésitant pas à coucher avec leur patiente ou leur secrétaire".

Si l'humour peut être un moyen de décompresser face à la pression du métier, il est important de veiller à ce qu'il ne devienne pas un prétexte pour banaliser le sexisme et les violences sexuelles.

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