L'armement des forces de l'ordre est une question complexe, chargée d'histoire et d'implications pratiques. Cet article vise à fournir un aperçu complet du fonctionnement des armes à feu utilisées par la police, en mettant en évidence les aspects techniques, l'évolution historique et les considérations actuelles.
L'évolution des armes de poing : du revolver au pistolet semi-automatique
L'histoire des armes de poing est marquée par une évolution constante, du revolver initial aux pistolets semi-automatiques modernes.
Le revolver : un ancêtre emblématique
L'invention du premier revolver est attribuée à l'Américain Samuel Colt en 1836, avec le Colt Paterson. À l'époque, le chargement s'effectuait par la bouche du canon et la mise à feu était réalisée à l'aide d'une capsule au fulminate de mercure. L'élément caractéristique du revolver est le barillet, un cylindre rotatif contenant plusieurs chambres à cartouches.
La longueur du canon peut varier pour des revolvers de même marque et de même modèle, généralement exprimée en pouces (2, 2,5, 23/4, 3, 4, 6, 8, 10 pouces). Les longueurs les plus répandues sont de 2 et 4 pouces. La longueur du canon a une influence sur le recul de l'arme à feu, la dispersion des résidus de tirs, la précision et la vitesse du projectile. Plus un canon est court, plus la vitesse du projectile diminue.
Le barillet tourne autour de son axe pour présenter une nouvelle chambre à cartouche face au canon lorsque le chien s'arme. Une fois armé, la position du barillet se verrouille. Le barillet peut tourner dans le sens des aiguilles d'une montre (Colt) ou dans le sens inverse. Le chargement peut s'effectuer par une portière située derrière le barillet. Les revolvers sont généralement équipés d'un extracteur de douilles vides en étoile incorporé au barillet.
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L'un des principaux avantages du revolver est sa capacité à utiliser une grande variété de munitions, selon les modèles. Par exemple, il est possible de tirer des munitions de .38 Special dans un revolver chambré en .357 Magnum, ou du .22 Court dans un revolver chambré en .22 Long Rifle.
Le pistolet semi-automatique : une arme moderne et polyvalente
D'un point de vue historique, le pistolet est apparu avant le revolver. Les cartouches sont disposées en quinconce dans des chargeurs de capacités variables, pouvant aller jusqu'à 20 (Glock®). Un chargeur de pistolet contient généralement 15 cartouches. Il est possible d'insérer le magasin complètement approvisionné dans l'arme, chambrer une munition dans la chambre à cartouche, retirer le magasin et le compléter avec une dernière cartouche. Dans de rares cas (compétitions sportives), le magasin peut dépasser de la crosse de l'arme.
Les cartouches sont introduites dans le magasin de l'arme, puis celui-ci est inséré dans la crosse. Pour chambrer une cartouche, il suffit de tirer la glissière (culasse) vers l'arrière et de la relâcher. Une fois la cartouche chambrée, une simple pression sur la détente libère le marteau qui frappe le percuteur. Ce dernier tape l'amorce de la cartouche et met le feu à la poudre. La pression à l'intérieur du canon (environ 4000 bars) pousse le projectile vers l'extérieur.
Une fois le projectile hors du canon, la pression diminue et la culasse s'ouvre. Une griffe latérale solidaire de la glissière (l'extracteur) saisit la douille au niveau de la gorge et la tire en arrière. Au cours de son mouvement, la douille heurte une butée fixe solidaire de la carcasse (l'éjecteur). Lorsque la glissière recule, elle arme mécaniquement le dispositif de percussion.
Il est essentiel de distinguer les armes automatiques des armes semi-automatiques. Les armes automatiques peuvent tirer en rafale tant que la queue de détente reste pressée, tandis que les armes semi-automatiques ne tirent qu'une seule munition à la fois. Pour effectuer un deuxième coup, il faut relâcher la queue de détente et presser à nouveau.
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Les pistolets semi-automatiques modernes fonctionnant en double action sont équipés de deux sûretés : un levier de désarmement qui permet de rabattre le chien en position de repos et un verrou qui bloque la glissière ouverte lorsqu'il n'y a plus de cartouche et qui permet de ramener la glissière vers l'avant (bloc culasse).
Les armes de service de la police nationale en France
L'arme administrative dite de service ou de dotation est l'arme à feu confiée aux fonctionnaires de la Police nationale à titre individuel pour les besoins du service. Depuis 2002, il s'agit d'un Sig Sauer 2022 semi-automatique conçu en Suisse par SIG (Schweizerische Industrie Gesellschaft) et produit en Allemagne par Sauer, de 9 mm parabellum, 10 ou 15 coups.
Depuis les attentats terroristes de 2015, les policiers sont autorisés à le garder en permanence au lieu de le déposer à la fin de leur service, comme cela se faisait depuis 2006. La raison d'être de ce port d'arme qui caractérise le policier est la légitime défense - la sienne ou celle d'autrui - et elle symbolise le monopole de la force légitime confié à la police.
Un bref aperçu historique de l'armement de la police en France
Avant l'étatisation de 1941, les polices étaient pour la plupart municipales, dépendant des maires et des municipalités. Obligatoires dans toutes les villes de plus de 5 000 habitants depuis vendémiaire an IV, elles comportaient des effectifs insuffisants en nombre et en qualité, ce qui rendait l'armement difficile. La question de l'armement des policiers est donc longtemps restée un problème parisien.
Si les premiers sergents de ville en uniforme mis en poste, au nombre de 100, par le préfet Debeyllème en 1829, portaient une épée, celle-ci servait essentiellement à afficher leur qualité et leurs pouvoirs aux yeux du public. La IIIe République marque un tournant, avec l'armée, la Garde républicaine et la police municipale (gardiens de la paix) ayant le monopole du maintien de l'ordre à Paris.
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Après 1910, les revolvers modèle 1873 ont été remplacés par des pistolets de calibre 6.35 mm, moins lourds, encombrants et plus discrets. Cette infériorité en armement, déplorée par les intéressés et soulignée par les préfets de police et les secrétaires généraux à la police, est restée la règle toute l'Occupation, car les autorités allemandes s'opposaient à doter les policiers d'armes plus efficaces.
Seules exceptions : les policiers des brigades spéciales des RG-PP, chargées de la répression anticommuniste, qui obtiennent des pistolets 7,65 mm et quelques pistolets mitrailleurs (Sten Mk II et Thompson) saisis sur les stocks de la Résistance, et les gardiens des groupes mobiles de réserve (GMR). Les policiers (en civil) de la police judiciaire (brigade criminelle de la PP, brigades mobiles régionales de PJ de la Sûreté) n'ont été que tardivement dotés d'armes à feu par l'administration.
Malgré les dangers encourus, les inspecteurs de la sûreté parisienne n'étaient pas armés par l'administration, qui ne leur fournissait même pas de menottes. Leur seule « arme » consistait en un « cabriolet » (ficelle et deux olives de bois) ou une « ligote » pour entraver les criminels arrêtés. Goron, le chef de la sûreté parisienne au début des années 1890, confirme que « l'administration laisse à ses agents le soin de se défendre ».
Au premier congrès de police judiciaire internationale, qui s'est tenu à Monte Carlo avant la Première Guerre mondiale, il avoue qu'il « défendait à ses agents d'avoir des armes », mais « critiquait tous ceux qui n'en avaient pas ». Jules Belin, le policier qui arrêta Landru, écrit qu'il dut acheter des menottes à ses frais pour opérer sa première arrestation.
Le 24 février 1941, quatre truands commettent, rue du Louvre, le premier hold-up de l'Occupation en faisant un usage meurtrier de leurs armes automatiques. L'impunité assurée par la protection de l'occupant donna aux truands toutes les audaces. À la Libération, ces « gestapaches » se lancèrent dans une escalade de coups audacieux et de cavales meurtrières qui ensanglanta l'après-guerre.
Cette confrontation de plus en plus violente avec des malfrats et des gangs lourdement armés a définitivement changé la donne. L'escalade dans l'affrontement et la dotation en armes de plus en plus lourdes (police python 357 magnum, Manurhin, fusils à pompe, etc.) datent de cette époque.
Le Glock 17 : un pistolet emblématique des forces de l'ordre
Le Glock 17, reconnaissable par son identité forte, noir, rectangulaire et compact, est une arme incontournable de la Police Municipale. Conçu et fabriqué en 1980 par l'entreprise autrichienne d'armement Glock, le Glock 17 est un pistolet semi-automatique dédié aux forces de police et aux militaires. Il existe cinq grandes générations de Glock 17.
Les différentes variantes et caractéristiques du Glock 17
- Le Glock 17L : une version de tir sportif, munie d'un canon de 15 cm.
- Le Glock 17M : destiné aux nageurs de combat et aux commandos marines, équipé d'un kit percuteur contenant des fentes d'évacuation d'eau.
- Le Glock 17C : équipé d'un compensateur de recul qui permet de réduire le relèvement de l'arme au moment du tir.
- Le Glock 17F : équipé d'un canon fileté.
Le Glock 17 : une arme précurseur
Le Glock 17 est l'un des pistolets les plus réputés au monde, notamment pour sa légèreté et son aspect compact, mais surtout pour son côté précurseur. À sa sortie, le Glock 17 est le premier pistolet à être fabriqué en polymère, une matière qui offre de nombreux avantages : possibilité d'utiliser l'arme par des températures extrêmes, coût de production très faible, oxydation nulle et recul amoindri par la souplesse du matériau.
Il possède un percuteur lancé, ce qui permet de réarmer l'arme sans changer de cartouche si une cartouche est mal percutée. Ce système permet de réduire l'enrayage de l'arme. Le Glock 17 utilise des munitions Parabellum de 9 mm et dispose d'un chargeur de 17 cartouches.
Le Glock 17 est reconnaissable à sa couleur noire mate, ses rayures de maintien placées à l'avant et à l'arrière de la crosse, et son pontet rectangulaire se terminant en pointe sur sa partie basse. En France, il est couramment utilisé par la Police Municipale, mais certaines unités d'élite telles que le GIPN, le GIGN et le RAID en sont également équipées. La dernière génération de cette arme (la génération cinq) est désormais l'équipement de l'armée française, en remplacement des PA MAS G1 et PA MAC 50.
La légèreté de ce pistolet en fait une arme à feu précise dans toutes les situations. Les dentelures sur le curseur permettent de manipuler l'arme avec une grande dextérité, même avec les mains mouillées ou moites. Cette arme est ambidextre et son fonctionnement peut être accompli par les utilisateurs droitiers et gauchers.
En 1992, l'entreprise Glock équipait déjà les militaires et les forces de l'ordre de 45 pays. En 2007, on comptait plus d'une soixantaine de pays équipés en Glock 17, notamment les États-Unis, le Royaume-Uni et le Canada.
L'entretien du Glock 17
Un entretien régulier du Glock 17 est essentiel pour assurer sa performance optimale et sa longévité. Il est recommandé de :
- Stocker le Glock 17 dans un endroit sec et frais pour éviter la corrosion.
- Utiliser uniquement des produits de nettoyage et de lubrification recommandés par le fabricant.
- Inspecter régulièrement les pièces pour détecter les signes d'usure ou de dommage et les remplacer si nécessaire.
Le matériel nécessaire comprend de l'huile pour armes à feu, du solvant de nettoyage, des brosses pour canon, des chiffons en coton, une tige de nettoyage et un goupillon.
La fréquence d'entretien recommandée est :
- Après chaque utilisation : un nettoyage rapide pour enlever la poudre et les résidus.
- Mensuellement : un entretien complet si l'arme n'a pas été utilisée.
- Après 500 tirs : nettoyage approfondi et inspection détaillée des composants.
La présence du Glock 17 dans la culture populaire
Le Glock 17 est l'un des pistolets les plus répandus au cinéma et à la télévision depuis le milieu des années 1980. On peut le retrouver dans les mains de nombreux policiers ou criminels, notamment dans New York unité spéciale, Alerte cobra et les Experts. Il apparaît également dans plusieurs jeux vidéo tels que Rainbow Six, The Last of us Part II et Call of duty modern warfare II.
L'armement de la gendarmerie : un aperçu historique
L'armement de la gendarmerie a connu une évolution significative au fil des décennies, reflétant les changements technologiques et les impératifs de maintien de l'ordre.
Des années 1900 à 1940 : un héritage des années 1880
À la fin du XIXe siècle, la gendarmerie est équipée d'armes conçues au lendemain de la guerre de 1870-1871. Parmi ces armes, on trouve les revolvers 1873 et 1874, ainsi que l'adoption du système Gras en remplacement des Chassepots.
En 1874, le fusil Chassepot est remplacé par le fusil Gras, qui utilise une cartouche métallique. La culasse est celle du Chassepot, modifiée pour permettre le passage du levier d'armement, ainsi que le chargement et le déchargement de l'arme. La culasse mobile est dite à verrou.
En 1880, un dispositif est aménagé pour dévier les gaz en cas de problème au départ du coup. Une des faiblesses du Gras est sa capacité de tir, limitée à une seule cartouche après chaque tir.
La gendarmerie ne reçoit pas le fusil Gras, mais la version carabine, retenue sous l'appellation « 1874 Modifié 1880 ». Cette carabine facilite les mouvements du cavalier et est plus aisée à manier lors d'affrontements de rue ou d'opérations de maintien de l'ordre.
La carabine des gendarmes à cheval se caractérise par un levier d'armement coudé et aplati, ainsi que par l'emploi d'une baïonnette cruciforme à douille. L'exemplaire réservé aux gendarmes à pied est en grande partie identique à la précédente, avec un fût légèrement plus court.
En 1886, le Général Boulanger impose un nouveau fusil réglementaire : le Lebel. Berthier, chef de bureau des chemins de fer algériens, se penche sur les armes Lebel et crée la carabine modèle 1890, prévue pour accueillir un chargeur de quatre cartouches.
En 1892, la gendarmerie change de carabine et prend celle de l'Artillerie. L'arme la plus intéressante de cette série reste le pistolet-revolver 1892, qui est attribué à l'ensemble de l'institution en 1907. Cette arme est plutôt révolutionnaire pour son époque, avec un chien rebondissant équipé d'un percuteur qui frappe l'amorce perpendiculairement, diminuant ainsi le nombre de ratés. La portière de chargement sert de verrou au barillet.
Après la Première Guerre mondiale : expérimentation et évolution
Après la Première Guerre mondiale, un événement international permet à une partie du personnel de la gendarmerie d'expérimenter une arme allemande : le Mauser Bolo 1912. L'inconvénient de cette arme est son encombrement et son poids.
Le pistolet Ruby est directement issu de la Première Guerre mondiale. Produit par la société Gabilondo et Urresti, c'est une arme au fonctionnement simple et à l'entretien facile, chambrée en 7,65 mm et munie d'un chargeur de neuf cartouches. En 1924, une modification concernant la sécurité du PA est apportée.
Le Ruby est la copie d'un pistolet automatique (PA) existant : le Browning 1906. À son tour, le PA Ruby est reproduit par d'autres firmes, connues sous le nom d'Astra et d'Izarra.
Autant la gendarmerie reçoit pendant l'entre-deux-guerres un nombre relativement important de PA, autant l'univers des mousquetons reste quasi inchangé. Le Berthier 1892 est toujours en service mais, en 1921, l'institution donne sa préférence au modèle 1916, avec un nouveau chargeur de cinq coups.
La Seconde Guerre mondiale et ses conséquences
En matière d'armement, la Seconde Guerre mondiale provoque de profonds bouleversements au niveau de la dotation des unités. Après la défaite, l'Occupation entraîne une restriction drastique de l'armement des unités. Conformément aux clauses de l'armistice de juin 1940, les gendarmes ne peuvent plus disposer que de leur seul armement individuel, c'est-à-dire de leur pistolet.
Lors de la Libération, les connaissances du personnel de l'Arme en matière d'armement sont particulièrement appréciées par les maquis. Avec la fin de la guerre, les sources d'approvisionnement en matière d'armement se multiplient pour la gendarmerie.
Vers une lente gendarmisation de l'armement
Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, la Gendarmerie nationale recense un grand nombre d'armes alliées ou ennemies, comme le pistolet-mitrailleur (PM) américain Thompson, la mitraillette anglaise Sten, le MP 38 et le MP 40. Une seule de ces armes fait carrière : la Sten.
Les pistolets Luger P 08 et Walther P 38 sont en service de 1945 au début des années 1970. L'arrivée officielle de ces deux PA au sein de l'armée française, et plus particulièrement dans la gendarmerie, fait suite à une prise de guerre conséquente. En 1945, l'armée de De Lattre se rend maître des usines Mauser à Oberndorf.
Le Gouvernement français ordonne la réouverture de l'usine et sa production reprend au profit des armées de De Lattre. Grâce à ces différentes prises de guerre et au manque d'armes françaises, la gendarmerie utilise officiellement dès 1945 les P 08 et P 38.
Deux PA et un PM d'origine française sont également à l'honneur : les PA 35 A et 35 S et le PM MAS 38. En 1945, le PA 35 A rejoint les rangs de la gendarmerie. En 1951, le PA 35 est attribué à son tour à la gendarmerie.
Au début des années 1970, ces PA sont recyclés pour l'instruction des gendarmes en écoles. En ce qui concerne le pistolet-mitrailleur, les militaires de l'institution reçoivent le PM MAS.
Considérations actuelles et alternatives
Les policiers troquent progressivement leur revolver Manhurin contre un pistolet automatique, d'origine suisse, mais fabriqué en Allemagne : le Sig Sauer.
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