La question de la sécurité à la chasse est un sujet de préoccupation constant, tant pour les pratiquants que pour les non-chasseurs. Chaque année, des accidents de chasse surviennent, entraînant des blessures, voire des décès. L'analyse des statistiques permet de mieux comprendre les causes de ces accidents et de mettre en place des mesures de prévention adaptées.
Tendances générales de l'accidentologie à la chasse
Les statistiques de l'Office français de la biodiversité (OFB) montrent une tendance globale à la baisse de l'accidentologie à la chasse depuis les années 2000. Le nombre d'accidents a diminué de 42 % en 20 ans, et le nombre d'accidents mortels a chuté de 77 % sur la même période. Cependant, des variations sont observées d'une année à l'autre, et la dernière saison de chasse a connu une hausse du nombre d'accidents mortels, avec 11 décès de chasseurs, contre 6 les deux saisons précédentes.
Pour la dernière saison entière connue, (du 01/06/2018 au 31/05/2019), l’Office national de la chasse et de la faune sauvage (ONCFS) a comptabilisé 132 accidents de chasse (+18 par rapport à la saison précédente). Un nombre toutefois inférieur à la moyenne annuelle sur dix ans (140), et sur 20 ans (160).
Types d'accidents et gibiers concernés
La chasse au grand gibier génère plus d'accidents que celle au petit gibier (63 % contre 37 % lors de la dernière saison). Le non-respect de l'angle des 30° reste la principale cause d'accidents lors des chasses au grand gibier (33 % des cas). Il est suivi par le tir dans la traque et le tir sans identifier. Les accidents au grand gibier sont à 99 % dus à des fautes humaines - seul 1 % est lié à un ricochet imprévisible ou inexplicable. Les tirs à hauteur d’homme ou en direction d’habitations ou de routes ouvertes à la circulation, étaient « les principales circonstances des accidents de chasse au petit gibier. Malgré l’utilisation de cartouches moins puissantes, ceux-ci sont aussi dangereux que les accidents de chasse au grand gibier.
Lors de la saison 2019-2020, les accidents sont principalement advenus lors de chasse au grand gibier (56 %), au petit gibier à plume (36 %) et au petit gibier à poil (8 %). Pour les accidents advenus lors de battues au grand gibier, c’est le « non-respect de l’angle de 30° […] suivi par le tir dans la traque et le tir sans identifier », qui sont en cause.
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Victimes et auto-accidents
En 2020, « 90 % des victimes des accidents étaient des chasseurs », expliquaient la FNC et l’OFB. La part des non-chasseurs parmi les victimes diminue également : ils étaient 12 à subir un accident en 2023-24 contre 23 la saison précédente. De plus, la part des auto-accidents reste élevée : 35 % des accidents enregistrés cette saison (tous gibiers chassés) impliquent une seule personne, avec 5 décès recensés dans ces circonstances.
Dommages matériels
S’agissant des dommages matériels causés par l’utilisation d’une arme, sans blessure corporelle, l’OFB constate une augmentation significative des signalements. Parmi ces incidents, 58 concernaient des tirs vers des habitations, 27 des tirs vers des véhicules et 50 des tirs ayant touché des animaux domestiques. En tout état de cause, cette évolution souligne la réelle nécessité de poursuivre les efforts de formation et de sensibilisation des chasseurs, en particulier sur les risques liés aux tirs en direction des habitations, des routes, des chemins ouverts à la circulation, des véhicules, des animaux domestiques, etc…
L’ONCFS ne dispose d’aucune statistique sur les animaux domestiques victimes d’une « balle perdue » ou d’une « erreur de tir ».
Causes des accidents
Les accidents sont liés à de graves fautes de comportement. Les principales causes d'accidents sont le non-respect de l'angle de 30°, le tir dans la traque, le tir sans identifier la cible, et le tir à balle en direction d'une route. D’une manière générale, la tendance à la baisse observée depuis 20 ans est liée, pour partie, à l’organisation de l’examen du permis de chasser organisé par l’OFB, avec le concours des fédérations départementales des chasseurs chargées de la formation. Depuis 2003, il comprend des exercices pratiques et des questions théoriques. Axé prioritairement sur la sécurité (et en particulier sur les manipulations et la tenue des armes en action de chasse), il sanctionne tout comportement dangereux par une élimination aussi bien en pratique qu’en théorie.
Mesures de prévention et de sensibilisation
Face à ces constats, il est indispensable de continuer à former, informer et sensibiliser les chasseurs sur les risques liés aux tirs vers les habitations, les routes, les chemins ouverts au public, les animaux domestiques… La formation décennale à la sécurité, mise en place par la loi Chasse de 2019, permet une remise à niveau des règles de sécurité. L’OFB réalise chaque année des opérations de communication nationale sur la sécurité et organise, en plus des contrôles quotidiens sur le terrain, une opération d’envergure nationale consacrée à la sécurité à la chasse.
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Exemples d'accidents
Malgré les efforts de prévention, des accidents continuent de se produire. Voici quelques exemples récents :
- « Un grave accident s’est produit ce dimanche 16 septembre, en fin d’après-midi, à Limoges, dans la Vienne. Un chasseur a tiré sur un Faisan depuis son domicile et a touché au thorax une fillette de 10 ans qui pique-niquait avec ses parents sur les bords de la Vienne.
- « Un chasseur de 50 ans est décédé ce jeudi soir à la suite d’un tir de chevrotine lors d’une chasse. L’accident s’est produit à Blanquefort, au lieu-dit Florimond. Quatre chasseurs se trouvaient dans un champ de maïs pour une chasse à l’affût. Un homme posté sur un mirador a tiré sur l’un de ses collègues en pensant que c’était un Sanglier.
- « Un adolescent de 13 ans qui accompagnait un groupe de chasseurs est mort dimanche 18 à Triaize, près de Luçon, après avoir reçu un coup de fusil en pleine tête. Coup de fusil qui provenait de son grand-père. Le jeune garçon était en train de ramasser le cadavre d’un animal lorsque le tir est parti.
- « Dimanche dans le Loir-et-Cher, à Chouzy-sur-Cisse, un labrador qui se trouvait dans la cour de ses maîtres a été atteint par une balle de chasseur », rapporte La Nouvelle République. « Le chien est mort. Le chasseur a indiqué aux gendarmes qu’il avait tiré sur un Sanglier, mais que sa balle aurait été déviée par une pierre. Il se serait trouvé à 300 m du domicile de la cour de la maison où était le labrador ».
- « Dimanche 30 septembre 2018, à Cahagnes (Calvados), au nord de Vire, une ponette a reçu une balle. Grièvement blessée, elle a été euthanasiée. Son propriétaire a porté plainte.
- « Une vache a été abattue dans un parc par des chasseurs qui visaient une troupe de Sangliers. Les vaches se trouvaient à une centaine de mètres des Sangliers. L’accident a eu lieu lors d’une battue mercredi en fin de matinée à Gruey-lès-Surance (Vosges)… Le président Gérard Mathieu assure que « la balle a ricoché. Ce n’est pas rare.
- « Hautes-Pyrénées : lors d’une battue, alors qu’il visait un Renard, il tue une vache.
Comparaison internationale
En 2020, en Espagne, sur près de 750 000 chasseurs, on a dénombré 605 accidents de chasse pour 51 cas mortels. Ces chiffres ont été récemment publiés par le gouvernement, qui dresse un bilan de la pratique dans le pays. De plus, cette communauté autonome a la province qui enregistre de loin le plus grand nombre d’accidents, Tolède, avec un total de 67. Elle est suivie par Ciudad Real qui en compte 50, puis Córdoba et Jaén avec 31, Cuenca avec 28, et Albacete et Asturies avec 25. Dans les décès, Tolède enregistre également le maximum avec un total de 6, suivi des Asturies avec 5, puis d’Orense avec 4. La faible incidence des femmes blessées dans cette pratique ressort, avec 15 victimes et une seule décédée. Toutefois, les mineurs ont également été impliqués dans des accidents de chasse. En ce qui concerne les licences de chasse, une évolution a été observée au cours des années 2017, 2018 et 2019 qui montre une diminution du nombre total de licences d’armes de chasse. Pourtant, en même temps, il y a une augmentation des licences d’armes pour la chasse au grand gibier. En termes de ratio de licences d’armes à feu, celle qui compte le plus grand nombre est Cáceres avec 14 560 licences pour 100 000 habitants, suivie de Badajoz avec 13 600, Ciudad Real avec 12 998, Jaén avec 11 229 et León avec 10 351, le reste des provinces étant en dessous le seuil des 10 000. Plus précisément, le nombre d’armes pour la chasse au grand gibier se produit dans une grande partie des mêmes provinces, qui sont à nouveau dominées par Cáceres avec 2 527 pour 100 000 habitants, suivie de Ciudad Real avec 2 204, León avec 1 988, Badajoz avec 1 635, Tolède avec 1 591, Jaén avec 15,35 et les Asturies avec 1 217. Le reste des provinces est sous le seuil de 1 000.
Débat et perspectives
La question des accidents de chasse suscite un débat important en France. Certains, comme Yannick Jadot, candidat à l’élection présidentielle pour Europe Écologie Les Verts, souhaitent interdire la chasse le week-end ainsi que durant les vacances scolaires. D'autres estiment que la chasse doit être régulée, mais pas interdite. Willy Schraen, président de la FNC, a déclaré : « On sait que l’accident peut arriver, le risque zéro n’existe pas. » Il a aussi rappelé que les chasseurs reçoivent des formations de sécurité. Barbara Pompili s’est dite favorable au débat concernant le week-end sans chasse, concluant : « La majorité n’a pas de volonté d’interdire la chasse d’une manière ou d’une autre. Par contre, elle doit être régulée.
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