L'histoire de l'armurerie Kettner à Corbeil-Essonnes est celle d'une ascension fulgurante suivie d'une chute inattendue. Autrefois présentée comme la plus grande armurerie de France, elle a finalement succombé à un ensemble de facteurs, dont sa taille imposante et les coûts élevés liés à sa sécurité. Située à proximité de la cité sensible des Tarterêts, son existence a été marquée par la controverse dès le début.
Une Ouverture Controversee
L'inauguration de ce "supermarché des armes", selon ses détracteurs, en janvier 2001, s'est déroulée dans un climat de vive opposition. Riverains et élus locaux manifestaient leur désapprobation face à la présence de centaines de fusils à proximité des tours des Tarterêts. Leurs inquiétudes portaient notamment sur le risque d'attaques visant à s'emparer des armes. Un élu d'opposition s'alarmait : « Comment éviter des attaques à la voiture-bélier pour s'emparer des trois cents armes qui se trouveront à l'intérieur ? ».
Malgré les craintes exprimées, l'armurerie a ouvert ses portes, suscitant un débat passionné sur la sécurité et l'opportunité d'un tel commerce dans un quartier sensible.
Tentative de Cambriolage et Réactions
Trois semaines après son ouverture, l'armurerie a été la cible d'une tentative de cambriolage. Deux individus à bord d'une 405 break volée ont tenté d'enfoncer une porte latérale du magasin. L'alarme s'est déclenchée et les malfaiteurs ont pris la fuite, abandonnant leur véhicule sur place.
Cet incident a ravivé la polémique autour de l'armurerie. Bruno Piriou, élu communiste, a déploré : « Cette tentative de cambriolage montre que le risque existe bien. Cela prouve que Corbeil, et plus encore les Tarterêts, n'ont pas besoin de magasins d'armes mais de services, de petits commerces, de supermarchés ! »
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En réponse, Bruno Miele, président de Kettner France, a affirmé que l'entreprise ne lésinait pas sur la sécurité : « Une mouche n'entrerait pas. Alarme, matériau, éclairage instantané du magasin, intervention des policiers… d'un bout à l'autre de la chaîne, notre système de sécurité a parfaitement fonctionné. Et s'il en fallait une, c'est une preuve de son efficacité ! » Serge Dassault, maire RPR de la commune, a également dénoncé cet incident comme une provocation.
L'Apaisement et le Changement d'Avis
Au fil des années, l'armurerie a réussi à s'intégrer dans le paysage local. Loin de l'image sulfureuse de ses débuts, le magasin de 1 200 m² est devenu un commerce comme les autres.
Même les opposants de la première heure ont fini par changer d'avis. Jacques Picard, conseiller municipal (Verts), a déclaré : « C'est bien triste de voir ce magasin fermer. Pour nous, à l'époque, il y avait un risque à implanter ce magasin ici. Mais les faits ont donné raison aux responsables du magasin. » En plus de sept ans d'activité, une seule tentative de braquage a été à déplorer.
Impact sur le Commerce Local
La fermeture de l'armurerie a eu des conséquences sur le commerce local. Les commerçants voisins, qui craignaient initialement d'être situés à proximité d'un commerce d'armes, ont regretté sa disparition.
Nicolas Vandenborre, directeur de Pacific Adventure, a confié : « C'est dommage, une partie de leur clientèle venait chez nous ensuite ». Tony Escuain, responsable de Culture Vélo, a ajouté : « On a fait tout un scandale sur l'ouverture de Kettner, mais il ne s'est jamais rien passé. Sans l'armurerie, certains clients ne seraient jamais venus ici de l'Yonne ou du Loiret. »
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Les Raisons de la Fermeture
Malgré une bonne campagne publicitaire initiale, le magasin Kettner de Corbeil-Essonnes n'a pas réussi à atteindre la rentabilité escomptée. Hugues Iffli, directeur exécutif de Kettner, a expliqué : « Ce magasin était surdimensionné, nous avions surévalué le potentiel de chasseurs dans le bassin du Sud parisien. Il n'était plus rentable ces deux dernières années. »
Le poids des charges financières, notamment les coûts liés à la sécurité, a finalement contraint les responsables à fermer boutique, sept ans et demi après son ouverture.
Conséquences Fiscales
La fermeture de l'armurerie a également entraîné une perte de recettes fiscales pour la commune de Corbeil-Essonnes et les villes voisines. Près de 230 000 € de taxe professionnelle s'envolent ainsi, pénalisant les finances locales.
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