Paris, autrefois une capitale incontestée de l'armurerie, a vu ses ateliers et ses boutiques prospérer au fil des siècles. Des noms tels que Lepage, Lefaucheux, Vidier, Modé, Flobert, Devisme, Houllier-Blanchard, Léopold Bernard et Gastinne-Renette ont marqué le paysage parisien. Ces artisans ne se contentaient pas de fabriquer des armes, mais ils innovaient, inventant de nouveaux mécanismes et façonnant des crosses et des canons. Ils s'approvisionnaient également auprès des manufactures de Saint-Étienne et de Liège, enrichissant ainsi leur offre. Aujourd'hui, le poinçon de Paris a disparu des armes de fabrication récente, mais l'histoire de ces armuriers reste gravée dans la mémoire de la ville.
L'âge d'or de l'armurerie parisienne
Vers 1900, Paris intra-muros comptait plus de 120 commerces dédiés à l'armurerie. Ces établissements étaient bien plus que de simples boutiques ; ils étaient des centres d'innovation et de savoir-faire. Les armuriers parisiens étaient réputés pour leur ingéniosité et leur capacité à créer des armes d'une qualité exceptionnelle. Ils ont contribué à façonner l'histoire de l'armement, en développant de nouvelles technologies et en améliorant les modèles existants.
L'évolution des collections princières et des armes décorées
Au XVIe siècle, les princes européens, notamment les princes allemands, ont commencé à collectionner des armes et des armures. Ces collections, souvent composées de trophées de guerre et de cadeaux, étaient également enrichies par des achats directs. La collection d'armes des électeurs de Saxe, en particulier les armes décorées (épées, dagues, pistolets), témoigne de cet engouement.
La décoration des armes était un art à part entière. Les thèmes religieux, tels qu'Adam et Ève, l'arche de Noé et la Crucifixion, étaient fréquemment utilisés, reflétant le contexte religieux de l'époque. Ces épées « parlantes », ornées de citations bibliques, étaient des objets de prestige, maniées lors de tournois et de jeux chevaleresques.
Les armures, quant à elles, étaient décorées de motifs floraux, de figures mythologiques ou de scènes de bataille. L'arme décorée, qu'il s'agisse d'une épée, d'une hallebarde ou d'un poignard, était un instrument offensif, capable de blesser et de donner la mort. L'obtention par Maurice de Saxe, en 1547, de la dignité électorale en échange de son soutien à Charles Quint a marqué un tournant, plaçant sa branche sur un nouveau rang au sein de l'Empire.
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Les figures emblématiques de l'armurerie parisienne
Fauré Le Page
Au 8 rue de Richelieu, Fauré Le Page, célèbre armurier parisien, s'est illustré en distribuant des armes à la foule lors de la révolution de 1830. Cet acte témoigne de l'engagement politique de certains armuriers de l'époque. La boutique a déménagé à plusieurs reprises, passant de la rue Baillif à la rue de Richelieu, puis au 21 rue Cambon. Bien que Fauré Le Page se soit aujourd'hui tourné vers la maroquinerie, son histoire reste intimement liée à celle de l'armurerie parisienne.
Gastinne-Renette
L'armurerie Gastinne-Renette, fondée en 1812 et située au 39 avenue Franklin Roosevelt, était réputée pour son club de tir, ses pistolets de duel et son prestige. Son histoire remonte à la Révolution Française, lorsque M. Renette contracta un prêt pour s'établir rue de Popincourt. L'armurerie a traversé les décennies, surmontant les crises et les guerres. Cependant, en 2002, elle a fermé ses portes, marquant la fin d'une époque.
Modé-Pirlet
La maison Modé-Pirlet, située au 91 avenue de Richelieu, était une armurerie de renom, installée dans un hôtel construit par Cartault pour le financier Pierre Crozat. En 1913, Charles Modé a racheté la société du célèbre fabricant Lefaucheux, puis Pirlet en 1924. L'armurerie a pris le nom de Modé-Pirlet en 1933.
Pirlet
Au 24 rue du faubourg Saint-Honoré, l'armurerie Pirlet employait une dizaine d'artisans pour fabriquer des fusils réputés.
Devisme
Devisme, armurier et inventeur, proposait ses pistolets, carabines et fusils au 36 boulevard des Italiens dans les années 1850. Fabricant réputé, il avait même proposé certains de ses modèles à l'armée. Ses carabines étaient prisées pour la chasse au lion, un témoignage de l'imaginaire collectif de l'époque. Devisme innovait également, proposant des capsules qui détonaient sans éclater dès 1840.
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Flobert
L'armurerie Flobert, située au 12 boulevard Saint-Michel, avait ouvert ses portes en 1889. Auparavant, elle était installée au 3 rue Racine, puis au 10-12 boulevard de Sébastopol. Flobert a déposé le brevet de la cartouche à percussion annulaire en 1849, ouvrant ainsi la voie aux munitions de calibre 22.
Léopold Bernard
Nicolas Bernard, ancien chef ouvrier de la Manufacture d'Armes de Versailles, s'est établi à Paris en 1821. Son fils Albert Bernard a été le premier canonnier parisien à s'intéresser à la fabrication de canons au moyen de machines. Leur travail a été récompensé par de nombreuses médailles. La fabrique a déménagé à plusieurs reprises, passant par Passy, la rue de Villejust et l'avenue de Versailles.
Houllier-Blanchard
Houllier-Blanchard, arquebusier, s'était installé à Paris au milieu du 19e siècle. Sa fabrique était située rue de Cléry. Son travail a été récompensé par de nombreuses médailles. Après son décès en 1871, son fils Jacques Houllier a repris l'entreprise, avant que Charles Pidault ne lui succède.
Vidier
En 1902, le fabricant Vidier était installé au 1 bis, rue de Chaillot. Il proposait le fusil Czar, doté d'un canon monobloc, une innovation pour l'époque. Vidier usinait ses bascules à Paris et disposait d'un atelier près de la porte de La Villette.
Lefaucheux
Le nom de Lefaucheux évoque le fameux fusil de chasse basculant tirant des cartouches à broche. Casimir Lefaucheux a déposé le brevet de la cartouche à broche en 1827, donnant naissance à une production importante de fusils utilisant cette munition, non seulement à Paris, mais aussi à Saint-Étienne et à Liège. Eugène Lefaucheux a suivi les traces de son père, en créant un revolver breveté en 1854, destiné à l'armement de la Marine. Les premiers modèles ont été fabriqués à Paris, dans un atelier employant jusqu'à 225 ouvriers. L'ancienne maison Lefaucheux de la rue Vivienne aurait pu devenir un magasin quelconque, mais son héritage perdure.
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Lepage Frères
L'armurerie Lepage Frères a ouvert ses portes à Paris en 1823, offrant un grand choix d'armes, y compris des modèles importés de Liège et de Saint-Étienne. Lors de l'insurrection de mai 1839, leur dépôt rue Bourg-l'Abbé a été attaqué et pillé par des émeutiers. La maison Lepage Frères a déménagé à plusieurs reprises, avant d'être reprise par différents associés, puis finalement par Piot-Lepage.
Geerinckx
Dans les années 1860, Geerinckx, successeur de Gauvain arquebusier, tenait boutique boulevard de Montparnasse. Il était l'un des rares arquebusiers à fabriquer encore des fusils et des pistolets de tir entièrement à Paris.
Aux armes de Saint-Jean
Au 126 rue Lafayette, Aux armes de Saint-Jean existait depuis au moins 1936. Dans les années 1970, le propriétaire a été tué par des malfaiteurs, et le fonds a été vendu à la fin des années 1980.
Ateliers Saint-Eloi
Fondés en 1978, les Ateliers Saint-Eloi ont produit des armes fines et de luxe pendant un quart de siècle. L'entreprise était située près du carrefour des Quatre-Chemins.
Armes Gambetta
Armes Gambetta se trouvait 8 bis rue Belgrand.
L'importance de la cartoucherie Gévelot et de la Manufacture d'Armes de Saint-Étienne
La ville d'Issy-les-Moulineaux était étroitement liée au monde de l'armurerie parisienne, grâce à la présence du Banc d'Epreuve de Paris et de la cartoucherie Gévelot. Joseph Marin Gévelot a inventé la cartouche à fulminate dans les années 1820. En 1867, la cartoucherie employait 500 ouvriers. En 1901, une explosion a causé la mort de 18 personnes dans l'atelier de chargement des cartouches de guerre.
La Manufacture d'Armes et Cycles de Saint-Étienne a également joué un rôle essentiel dans l'armurerie parisienne, à partir de 1885. En 1970, elle assurait 65 % de la production d'armes de chasse en France. Cependant, des problèmes financiers ont conduit au dépôt de bilan en 1985.
Le déclin de l'armurerie parisienne
Plus de la moitié des armuriers ont disparu en France depuis les années 1950, en raison du durcissement de la législation et de l'évolution de la réglementation sur les armes dans le cadre de l'Union européenne. La disparition des importateurs et des grossistes a également supprimé toute possibilité d'approvisionnement local pour les armuriers parisiens.
L'armurerie aujourd'hui
Malgré le déclin de l'armurerie parisienne, certains acteurs continuent de perpétuer la tradition. Chassetir.com, à Saint-Denis-de-Vaux, a évolué pour se concentrer sur les armes à feu, de chasse et de tir. L'entreprise propose un large choix de références dans son entrepôt.
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