L'histoire de l'attelage est intimement liée à celle de la relation entre l'homme et le cheval. Avant de devenir une monture, le cheval a d'abord été un animal de trait, rendant d'innombrables services à son maître. Il est donc naturel de le retrouver fréquemment représenté attelé à des voitures de toutes sortes.
L'Évolution de la Voiture et de l'Attelage à Travers les Âges
La voiture, apparue dès le troisième millénaire avant J.C., est restée rudimentaire jusqu'à la fin du Moyen Âge. Pendant cette longue période, elle était principalement utilisée sous la forme de chars, de charrettes et de chariots utilitaires. Son usage pour le transport de personnes ne s'est véritablement développé qu'à partir du XVIe siècle.
L'essor de la voiture est étroitement lié aux progrès techniques, au développement du réseau routier et à la recherche d'un plus grand confort. Cependant, son utilisation croissante résulte avant tout de comportements sociaux. La voiture s'est rapidement imposée comme un moyen de paraître et d'être remarqué. Comme le constatait Sébastien Mercier dans ses "Tableaux de Paris", elle était "le but où veut atteindre chaque homme dans le chemin de la fortune".
Indispensable et présente dans la plupart des activités humaines, la voiture est omniprésente dans les tableaux, gravures et dessins. On la voit sillonnant les routes et les chemins lors de longs voyages, encombrant les rues et les places des villes, pénétrant dans les cours des palais et des châteaux, stationnant aux abords des salles de spectacle et des lieux à la mode, promenant les élégantes dans les allées des jardins et des parcs, conduisant les chasseurs en forêt, portant les charges les plus diverses, ou cahotant sur les champs de bataille.
L'Anonymat des Chevaux dans l'Art
Si les représentations d'attelages nous renseignent sur la typologie et la forme des voitures, leur apparence, leur décor et la manière dont elles sont attelées, les chevaux y sont souvent relégués à un anonymat total et à un traitement uniforme.
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Pour bien fonctionner, un attelage doit marcher d'un même pas, sans "tirer à hue et à dia", et former un tout homogène. L'appareillage des chevaux exige de chacun la même taille, la même conformation, la même force, la même amplitude des allures et la même régularité des cadences. Cet impératif était connu de tous durant les siècles où la locomotion dépendait quasi entièrement de la traction hippomobile, et les artistes ne l'ignoraient pas.
Ils ont donc traité l'attelage comme une entité dans laquelle chaque partie doit se fondre et dont la beauté ne réside pas seulement dans la perfection de tel ou tel élément, mais dans la cohérence de l'ensemble. De là, s'est établie une manière, devenue un poncif, consistant à représenter les chevaux d'un même attelage de façon identique et répétitive. Attelé, le cheval perd son caractère individuel et n'est plus qu'une des composantes d'un ensemble harmonieux : l'équipage. Et quelle que soit l'époque, pour que ce dernier "fasse bon effet quand on l'embrasse tout entier d'un coup d'œil, il faut que les chevaux, la voiture, les hommes forment un tout sans défauts" (Crafty : Paris au Bois, 1890).
Une seule dérogation était parfois admise à cette règle de l'uniformité : le mélange des robes, en vogue à certaines périodes ou pour certains attelages. Cette pratique séduisait souvent les peintres, car elle permettait des effets chromatiques plus chatoyants que la plate monotonie des attelages d'une seule couleur.
Le rôle de premier plan que les voitures et les attelages occupent dans la représentation sociale, comme symboles de pouvoir, de fortune et de distinction, ainsi que dans les activités quotidiennes ou les événements particuliers, explique leur présence dans de nombreuses œuvres à partir du XVIIe siècle. Cependant, ils n'y occupent le plus souvent qu'une place secondaire et sont introduits à titre anecdotique pour animer les places ou les rues d'une cité, pour donner l'échelle d'un édifice, ou pour mettre du mouvement dans un paysage.
Évolution Typologique de la Carrosserie et Représentation Équine
La peinture de l'époque classique rend fidèlement compte de l'évolution typologique de la carrosserie. Les voitures apparaissent au fur et à mesure de leur invention avec des caractéristiques formelles précises permettant de les identifier sans erreur. Aux pesants coches et carrosses du XVIIe siècle succèdent au XVIIIe les chaises de poste rapides, les berlines confortables et sûres, les cabriolets et les phaétons légers.
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En revanche, la peinture nous renseigne peu sur les chevaux. Peints, dessinés ou gravés, les chevaux de carrosse sont des animaux sans identité. Il est impossible de reconnaître une race ou d'identifier une origine. Tous ont la même conformation : forte corpulence, sous laquelle les membres semblent souvent graciles, têtes busquées, crinières et queues très fournies et à tous crins. Calmes et tranquilles, ces chevaux à sang froid, attelés aux carrosses du Grand Siècle ou aux berlines du Siècle des Lumières, ont tous un air bonasse et rassurant.
Sont ainsi confondus sous une même apparence les chevaux des "Grands Attelages à dix" réservés au roi pour les cérémonies, les Noirs d'Espagne, les Brandebourg bais, les suédois Gris d'Oldenbourg, les Tigrés de Poméranie, les "Feuille morte" d'un poil très rare, les Hollandais, les Frisons, les Grandes et Petites Pies, les Zélande, les Grands et les Petits Danois "les plus beaux carrossiers" selon Garsault, les Petits Normands "ceux qui tiennent le mieux le pavé", et même les petits chevaux noirs - des Napolitains ?
Adam-François Van der Meulen (1632-1690) est le peintre qui a le plus souvent mis au centre même de ses tableaux les somptueux carrosses en bois doré, appartenant à Louis XIV et à son entourage, copiés dans l'Europe entière tant ils sont magnifiques. Il les a montrés dans tout l'éclat de leur richesse décorative et avec toute la splendeur de leurs attelages à la française : les quatre ou les six premiers chevaux menés en grandes guides par un cocher, les sixièmes ou huitièmes par un postillon. On dénombre les chevaux depuis la main du cocher : les premiers sont les plus proches de la voiture ; les plus éloignés, dits les derniers, sont en tête de l'attelage. Ses chevaux sont toujours de même modèle, corpulents avec de petites têtes, crinières et queues à tous crins. Chaque attelage est sous même poil : blancs, gris, bais, pies.
Le XVIIIe Siècle : Continuité et Innovations
Le XVIIIe siècle n'apporte pas de changement notoire dans la vision que les artistes donnent du cheval attelé. Le carrossier des Lumières est tout aussi banalisé que celui du Grand Siècle. Gourmé comme son prédécesseur par l'éducation que lui ont inculquée de savants écuyers, il tire sagement de somptueuses voitures.
"La place Navona sous l'eau" (Hanovre, Niedersächsische Landesmuseum), toile peinte par Giovanni Paolo Pannini en 1756, offre la vision la plus merveilleuse d'une réunion d'attelages au XVIIIe siècle. Autour de la place artificiellement inondée, deux rangs de voitures, en majorité des berlines, quelques calèches, un ou deux coupés, tournent en sens inverse, comme sur un immense miroir. Toutes sont attelées à deux chevaux, noirs pour plus de la moitié, blancs pour une vingtaine d'autres. Dans l'angle inférieur droit, deux alezans splendides arborent d'abondantes crinières blondes.
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Toutes ces œuvres sont riches d'informations précieuses. Des perspectives de Saint-Pétersbourg et de Moscou montrent des équipages dont les chevaux de volée sont attelés loin devant les timoniers avec des traits interminables : exagération due à la fantaisie des peintres ? La représentation latérale d'un équipage, seule susceptible de le montrer dans son total développement avec une lisibilité parfaite de chacune de ses composantes, au contraire des vues frontales ou de trois-quarts, réductrices, est toujours la plus courante au XVIIIe siècle.
Parmi de nombreux autres, un tableau anonyme représentant le roi "George III se rendant à l'ouverture du Parlement avec le Golden State Coach le 25 novembre 1762" (Londres, Royal Collection) illustre cette capacité à donner la meilleure et la plus complète vision d'un équipage. Livré aux Ecuries royales la veille de l'ouverture du Parlement, le tout nouveau carrosse en bois doré et son riche décor sculpté sont fidèlement représentés : guirlandes de feuillages à la ceinture, palmiers scandant les divisions verticales, mufles de lions aux angles de la caisse, trophées d'armes et cimiers empanachés aux quatre coins de l'impériale, tritons athlétiques et gerbes de roseaux sur l'avant-train. On peut vérifier la scrupuleuse exactitude de ces détails en visitant les Royal Mews, les écuries royales, à Londres où la voiture est conservée. Le "Golden State Coach very superb" est tiré par huit chevaux blancs garnis de somptueux harnais à bricoles en maroquin rouge et boucles de bronze doré, des cocardes de soie bleu ciel piquées dans la crinière et sur la croupe, menés à la française par un postillon et un cocher assis sur le siège à housse qu'Edouard VII fera supprimer en 1901. La représentation des chevaux, identiques, reste conventionnelle malgré l'artificiel "cabré fléchi" de deux d'entre eux, le second et le quatrième dans le rang de droite de l'attelage. Supposé donner vie à la composition, le mouvement de défense qui agite les deux équidés ne trouble en rien la marche majestueuse du carrosse.
Innovations à la Fin du XVIIIe Siècle
À la fin du XVIIIe siècle, quelques œuvres rompent brusquement avec la manière traditionnelle qui présidait à la représentation des attelages. Parmi elles, deux sont très significatives : "Le phaéton du prince de Galles" (Londres, Royal Collection), peint en 1793 par George Stubbs, et "Une situation désagréable" de Jacques-Laurent Agasse (Collection privée).
Dans la première, George Stubbs (1724-1806), le peintre “très-anglais” du cheval, renouvelle le genre du portrait équin en vogue depuis l'apparition du pur-sang en Angleterre au milieu du XVIIIe siècle. Dans « Le phaéton du prince de Galles » (Londres, Royal Collection)la posture des chevaux, campés, est la seule concession au genre. Le colley noir et blanc bondissant par jeu à la tête d'un des deux carrossiers, le cocher, bicorne en tête, tenant l'autre par la bride, le jeune prince, futur George IV, de dos, en gilet et bras de chemise, introduisent dans cette œuvre une spontanéité inhabituelle, véritablement moderne. Ici, le prince a choisi d'apparaître non en personnage officiel dans une voiture solennelle de cérémonie ou de gala, mais en sportif et en homme de cheval accompli, au moment où il s'apprête à partir en promenade aux guides de la voiture la plus fashionable du temps, un Highflyer phaeton, auxquels vont être mis deux rapides chevaux de sang, bais foncés, harnachés à la dernière mode, avec des colliers anglais, invention récente, et des brides à œillères carrées et frontaux à grosses cocardes écarlates assortis au train du véhicule. Dépouillés et réduits aux seuls éléments utiles, ces harnais fins laissent voir les chevaux dans toute leur beauté.
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