Le Grand Tétras en Asie : Un Oiseau Emblématique et Menacé

Le grand tétras (Tetrao urogallus), également appelé coq de bruyère, est un oiseau d’allure primitif qui fascine les naturalistes et les photographes animaliers. Ce gallinacé, de la famille des Phasianidés, est le plus grand représentant de son espèce. On le retrouve à travers l’Europe et l’Asie, appréciant particulièrement les latitudes boréales et les forêts de conifères.

Description et Dimorphisme Sexuel

Le grand tétras mâle se distingue par un plumage majoritairement noir, orné de reflets métalliques bleu-violets ou verts sur le plastron, rappelant l’étourneau sansonnet. Ses rectrices sont brunes avec des taches blanches, et une petite tache blanche caractéristique marque l’épaule. Les plumes de la queue sont arrondies et parsemées de taches claires, formant un éventail lors des parades nuptiales. La tête est ornée de caroncules rouges érectiles et d’une barbe foncée.

Le dimorphisme sexuel est prononcé chez cette espèce. La femelle, ou poule, arbore un plumage principalement roux, également doté de caroncules rouges sur la tête, bien que moins importantes que celles du mâle.

En termes de dimensions, le mâle mesure entre 75 et 100 cm et peut peser jusqu’à 4 kg, avec une envergure pouvant atteindre 130 cm. La femelle est plus petite. Chez le grand tétras, les deux sexes se distinguent également par des couleurs très contrastées. Le mâle (ou coq) est sombre, avec un cou gris, un menton noir, des caroncules rouges, un bec blanc et un plastron verdâtre (parfois bleuté). Son dos est brun-gris, ses ailes marron avec une tache blanche à l’épaule, son ventre sombre et ses flancs noirs, puis blancs vers l’arrière. La queue est noire avec des taches blanches dont la densité varie selon les régions. Plus terne, la femelle (ou poule) revêt une livrée rousse barrée de noir et de blanc, avec une poitrine rousse, des caroncules rouges (peu visibles) et un bec gris. Son dos et ses ailes sont marron barrés de noir et de blanc, son ventre et ses flancs blancs tachetés de roux et de noir. Sa queue est rousse, barrée de noir.

Habitat et Répartition Géographique

L’aire de répartition du grand tétras s’étend de la Norvège à l’est de la Sibérie, principalement entre 50° et 66° de latitude nord. Des populations isolées subsistent dans des massifs éloignés tels que l’Écosse, les Alpes, les Pyrénées, les Carpates, le Jura, les Vosges, les Balkans et la forêt noire.

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Le grand tétras vit en Europe et en Asie, dans les zones de relief et boisées. Forêts de conifères des zones montagneuses, collines et plaines du Nord, de l'Ouest et du Sud de l'Europe ainsi qu'en Russie et en Asie centrale constituent son habitat. Il s’établit de préférence dans les milieux riches en conifères ou mixtes, dès l’instant où ceux-ci comprennent une strate arbustive riche en baies, comme la taïga. Cet oiseau des montagnes occupe les régions froides, situées à la lisière supérieure des forêts (entre 700 à 2 200 mètres d’altitude) et recherche les pentes ensoleillées ou pousse sa nourriture.

Répartition géographique :

  • Europe : Cordillère Cantabrique, Pyrénées, Cévennes, Alpes (très rare en France), Jura, Vosges, Forêt-Noire, Suisse, aire dispersée en Allemagne, Pologne et Europe de l'Est (massifs montagneux), Scandinavie, Pays baltes, introduit en Écosse (à partir de 1837).
  • Asie : Grande partie de la Russie (Oural), jusqu’au fleuve Ienisseï, nord du Kazakstan et Nord-Ouest de la Mongolie.

Douze sous-espèces ont été décrites sur des critères morphologiques et comportementaux :

  • T. u. cantabricus dans les Monts Cantabriques
  • T. u. aquitanicus dans les Pyrénées
  • T. u. major en Europe centrale
  • T. u. rudolfi dans le sud des Balkans
  • T. u. urogallus en Scandinavie et dans le Nord de la Russie
  • T. u. uralensis
  • T. u. volgensis dans la partie du Sud-Ouest de la Russie
  • T. u. taczanowskii
  • T. u. kureikensis dans la partie la plus orientale de l’aire.

Régime Alimentaire

Le régime alimentaire du grand tétras est principalement végétal. Il se compose de bourgeons de conifères, d’aiguilles de pins, de feuilles vertes, de graines et surtout de baies telles que les myrtilles, airelles et framboises. L’été, il complète son menu avec des invertébrés comme les fourmis, coléoptères, vers, limaces, et divers insectes et leurs larves. Les poussins sont quasi exclusivement insectivores durant leur premier mois avant de devenir végétariens à l’automne.

Si son régime alimentaire varie en fonction des saisons, le Grand Tétras est avant tout un amateur de végétaux. Les poussins sont essentiellement insectivores jusqu’à l’âge d’un mois. Leurs besoins en protéines va décroître au fur et à mesure et leur régime alimentaire va être similaire à celui des adultes à partir de 11 semaines. De novembre à avril, le Grand Tétras va se nourrir d’aiguilles de conifères qu’il peut assimiler grâce à un système digestif à la faune bactérienne particulière.

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Comportement et Reproduction

Le grand tétras est une espèce diurne qui passe la majeure partie de la journée au sol à chercher sa nourriture dans les broussailles et l’humus. La nuit, il se perche sur un arbre pour se protéger des prédateurs. Le mâle est peu grégaire et vit principalement en solitaire ou en couple, tandis que les femelles se regroupent en petites bandes de 3 à 7 individus.

En période de reproduction, les coqs deviennent territoriaux et agressifs, n’hésitant pas à se battre entre eux. Au printemps, ils paradent sur des « places de chants » (leks), où ils sont repérés par les femelles. Ils chantent et peuvent se battre pour gagner les faveurs d’une femelle. Ils chantent comme un fou au point d'en devenir aveugle et sourd pendant quelques secondes et se battent furieusement avec ses rivaux pour séduire les femelles. Parallèlement, les rivaux se réunissent dans un endroit spécifique appelé “place de chant” où ils s’adonnent à la parade nuptiale : qu’ils soient deux ou trente, chacun déploie sa queue en d’éventail, redresse la tête et étend ses ailes pour séduire les poules à grand renfort de cris gutturaux.

La femelle pond en général de 5 à 8 œufs de mai à juillet, qu’elle couve pendant environ 4 semaines dans un nid sommaire placé au sol, souvent au pied d’un arbre ou caché dans la végétation. Le nid consiste en un simple creux tapissé d'herbes, de feuillages, de brindilles, d’épines de conifères et parfois de duvet et de plumes. Quand elle s’absente pour se nourrir, la poule recouvre sa ponte avec des feuilles. Les poussins sont nidifuges, c’est-à-dire qu’ils peuvent se déplacer dès la naissance. Ils ne sont cependant capables de voler qu’entre le 13e et 17e jour. Leur mère les emmène très tôt dans les landes et prairies alentours pour leur montrer comment se nourrir avec des insectes et des baies.

Menaces et Conservation

Les populations de grands tétras sont confrontées à de nombreuses menaces. Le loup gris et le lynx sont parmi les principaux prédateurs, tandis que l’aigle royal peut attaquer lors des parades nuptiales. Les sangliers, renards, martres et autres rapaces représentent également une menace pour les jeunes tétras.

L’animal reste toutefois principalement menacé par la modification de son habitat et le braconnage. La dégradation et la modification des habitats sont des facteurs majeurs de son déclin, comme pour de nombreuses espèces. Ainsi, la fermeture des milieux due à un pâturage moindre et l’intensification de la sylviculture perturbe les exigences écologiques du Grand Tétras. La création de pistes de ski et les travaux forestiers comptent parmi les facteurs aggravant son fort déclin. L’implantation d’infrastructures afin de développer les domaines skiables fractionnent les habitats favorables. Le développement des activités touristiques en montagne entraîne de forts dérangements sur cette espèce sensible. Or, en hiver, le Grand Tétras ne peut se permettre de dépenser de l’énergie inutilement. Les conditions météorologiques le contraignent, comme d’autres espèces de montagne, à un rythme de vie plus « ralenti ». Tout dérangement met directement en péril la survie d’un oiseau. Le braconnage et la chasse dans certaines zones impactent également la densité des populations.

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En France, le grand tétras est classé vulnérable sur la liste rouge de l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN). Ayant disparu des Alpes et du Jura, l’oiseau a vu des effectifs fortement régresser dans les Pyrénées. Le Grand Tétras a fini par disparaître des Alpes françaises en 2000 et ses populations connaissent un déclin important dans les autres massifs (Cévennes, Jura, Vosges et Pyrénées).

Pour tenter de contrer la diminution de ses populations, une stratégie nationale en faveur du Grand Tétras a été mise en place et est en cours depuis 2012 et ce, pour 10 ans. Le statut de protection du Grand Tétras est pour le moins incongru. Il est totalement protégé dans les Cévennes où il a été réintroduit. Sa chasse a été suspendue en Haute-Savoie en 1967, en 1973 dans le Jura et en 1974 dans les Vosges.

Mesures de Protection

Pour tenter de contrer la diminution de ses populations, une stratégie nationale en faveur du Grand Tétras a été mise en place et est en cours depuis 2012 et ce, pour 10 ans. En France, le Parc national des Pyrénées constitue un des derniers bastions de la présence du Grand tétras. Ainsi, diverses actions sont menées en faveur de sa protection notamment avec les gardes-moniteurs du parc qui, tout au long de l'année, mènent des actions de suivi et de conservation. L'hiver notamment, des "zones de tranquillité" ont été mises en place.

Définie pour une durée de 10 ans (2012-2021), la SNGT visait à répondre à des objectifs de court terme, qui s'inscrivent dans un objectif à plus long terme (40 ans). À court terme (10 ans), cette stratégie doit permettre d'augmenter la survie des adultes et de favoriser le recrutement. Les mesures d'éducation à l'environnement et de sensibilisation visent à prendre en compte les besoins vitaux du Grand tétras dans tout projet d'aménagement, et, d'une façon plus générale, une appropriation croissante de cet enjeu par les populations concernées. La surface d'habitats favorables ainsi que l'aire de présence actuelle doivent être maintenues. On espère ainsi un infléchissement de la régression des populations voire une stabilisation des effectifs.

À moyen terme (20 ans), la gestion courante et les travaux d'amélioration de l'habitat doivent permettre de réduire la fragmentation du milieu, et d'augmenter la surface d'habitats favorables. L'application de mesures en faveur du Grand tétras doit permettre aux effectifs d'augmenter et d'étendre leur aire de présence. À long terme (40 ans), des habitats de recolonisation potentielle deviendront favorables et pourraient être colonisés par le Grand tétras. Les effectifs retrouveraient alors des niveaux proches de ceux de 1975 soit environ 5 000 individus dans les Pyrénées. Une nouvelle stratégie est en cours de rédaction.

La gestion forestière du Parc national des Pyrénées est adaptée à la présence du Grand tétras.

Le Grand Tétras et l'Homme

Le Grand Tétras est au cœur d’une bataille juridique, entre chasseurs et associations de protection de la nature, qui dure depuis plus de dix ans. Depuis 2022, et l’arrêté ministériel du 1er septembre, le Grand Tétras est protégé par un moratoire de 5 ans, sa chasse ayant été jugée incompatible avec le mauvais état de conservation de ses populations.

Si le Grand Tétras est revenu au cœur de l’actualité récemment, ce n’est donc plus pour des questions de chasse mais en raison d’un projet controversé d’introduction de nouveaux individus dans le massif des Vosges. Porté par le Parc Naturel Régional (PNR) des Ballons des Vosges, validé par son Comité syndical constitué de représentants de communes, des conseils départementaux et du Conseil régional, ce projet de « renforcement » prévoit la capture de 40 oiseaux adultes par an en Norvège, durant cinq ans, oiseaux qui seraient ensuite relâchés dans le massif vosgien. Associations naturalistes, scientifiques et experts ont alerté sur l’échec annoncé de cette opération.

Comportements Atypiques : Coq Mou et Coq Fou

Espèce particulièrement farouche, le Grand Tétras a besoin de quiétude. Pourtant, il arrive que certains individus souffrent d’un trouble du comportement qui les rend moins farouches. Ils ne respectent plus leur distance de fuite habituelle et se rapproche des humains par deux attitudes. Le Grand Tétras peut ainsi montrer une indifférence ou un curiosité envers un humain : on l’appelle le « coq mou ». A l’opposé, il peut se montrer particulièrement vindicatif, par des comportements de parade nuptiale démonstrative : c’est un « coq fou ».

Le nombre de cas recensés n’a cessé d’augmenter ces 30 dernières années d’après une étude menée en France, en Suisse et en Italie. Ce trouble du comportement toucherait 1 individu sur 1000 pour les populations en bonne santé. Pour « nos » populations, dont la dynamique est moins bonne, le ratio serait de 1 sur 100. Dans la majorité des cas, ce comportement est observé chez les mâles. Il semble que les deux attitudes alternent chez un même individu. Pour autant, on ne peut pas considérer cette perturbation comme une maladie.

On connait mal les raisons de ces comportements. Origine génétique, trop faible sociabilisation en raison de la petite taille de la population…L’hypothèse actuellement préférée par les scientifiques est un excès de dérangements dans les premiers mois de vie de l’oiseau. Attention à ne pas confondre ces comportements anormaux avec de la défense de territoire. Si le Grand Tétras défend effectivement son territoire contre ses congénères, il reste méfiant envers l’humain.

Photographie du Grand Tétras

Le grand tétras se photographie pendant la période des parades nuptiales sur un territoire qu’on nomme le lek (signifiant arène en suédois) ou la place de chant. Le grand tétras fait partie des rares oiseaux dont le mode de reproduction est basé sur la promiscuité. Le coq est polygame, l’espèce parade collectivement. Cette période s’étale généralement en Finlande du 20 avril au 20 mai.

Nous photographions le grand tétras depuis des affûts. Nous utilisons des affûts mobiles en bois pour une personne qui disposent de 4 à 6 manchons pour faire passer les objectifs, ce qui permet d’avoir une vision à 180° de la forêt de conifère. Chaque affût dispose d’une chaise, d’un sac de couchage, d’un tapis de sol. Il n’y a pas de véritable toilette dans les affûts, mais un seau et un urinoir portatif permettent de faire ses besoins.

L’installation dans les affûts se réalise la veille de la séance photographique vers 18h00. Les trépieds sont à proscrire. Seule une tête de trépied est à emporter et à fixer sur une plaque métallique, elle-même posée sur une tablette. Je recommande chaudement d’emmener une tête pendulaire pour photographier le grand tétras. Les affûts disposant de plusieurs manchons, je recommande d’emporter deux boitiers et deux objectifs, les plus lumineux possibles. La forêt boréale peut-être sombre et les coqs actifs alors que le jour n’est pas levé.

Pour photographier le grand tétras en Finlande, il est recommandé d'utiliser une focale de 300 mm pour les photos d’ambiance forestière et d’action (envol) et une focale de 500 à 600 mm pour les portraits. Notez cependant que c’est le grand tétras qui décide de la distance.

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