La Cadence de Tir : Définition, Facteurs et Évolution

L'univers des armes à feu est vaste et complexe. Bien que toutes ces armes partagent un objectif commun, celui de lancer des projectiles, leurs mécanismes et leurs performances varient considérablement. Parmi les caractéristiques qui distinguent les armes à feu, la cadence de tir occupe une place centrale. Cet article se propose d'explorer en profondeur la notion de cadence de tir, en définissant ce qu'elle représente, en examinant les facteurs qui l'influencent, et en retraçant son évolution à travers les âges.

Composants Essentiels d'une Arme à Feu

Avant d'aborder la cadence de tir, il est essentiel de comprendre les composants de base qui constituent une arme à feu :

  • Canon : C'est la partie tubulaire de l'arme qui guide le projectile lors de son expulsion. L'intérieur du canon, appelé l'âme, peut être lisse ou rayé. Les rayures, qu'elles soient droites ou hélicoïdales, ont pour but d'imprimer une rotation au projectile, améliorant ainsi sa stabilité et sa précision.
  • Chambre : C'est l'endroit où se produit l'explosion de la poudre propulsive, fournissant l'énergie nécessaire pour propulser le projectile.
  • Culasse : C'est la pièce métallique qui ferme la chambre, assurant l'étanchéité lors de l'explosion et supportant la pression des gaz. La culasse peut être fixe ou mobile, et elle intègre souvent le percuteur et l'extracteur.
  • Chargeur ou Magasin : C'est le dispositif qui contient les cartouches prêtes à être introduites dans la chambre. Le chargeur peut être amovible ou intégré à l'arme. L'utilisation d'un chargeur ou d'un magasin est essentielle pour augmenter la cadence de tir, car elle permet d'avoir les cartouches immédiatement disponibles.
  • Poignée : C'est la partie de l'arme qui permet sa préhension. Certaines armes peuvent être munies de deux poignées pour une meilleure stabilité.

Dimensions et Maniement des Armes à Feu

La première distinction notable entre les armes à feu concerne leurs dimensions et la manière dont elles sont tenues. On distingue principalement deux catégories :

  • Armes de poing : Ce sont les armes qui peuvent être utilisées d'une seule main, tenues dans le poing. Cependant, l'utilisation des deux mains est possible et même recommandée pour améliorer la précision. Les pistolets et les revolvers sont des exemples d'armes de poing. Un pistolet automatique ou semi-automatique possède un chargeur contenant les cartouches, généralement logé dans la poignée.
  • Armes d'épaule : Ce sont les armes qui nécessitent un appui sur une partie du corps, généralement l'épaule, pour absorber le recul. La masse du tronc absorbe l'impulsion du recul, et la proximité de l'œil permet une visée plus précise. Les fusils et les carabines sont des exemples d'armes d'épaule. Elles sont munies d'une crosse qui prend appui dans le creux entre l'épaule et le thorax.

Mécanismes de Détente : Simple Action vs Double Action

Le mécanisme de détente est un élément clé de l'arme à feu, car il permet de déclencher le tir. Il existe deux principaux types de mécanismes de détente :

  • Simple Action : Dans ce mode, le marteau (ou le chien, un marteau sur lequel est fixé le percuteur) est préalablement armé. Un simple appui sur la détente libère le marteau, qui vient percuter l'amorce de la cartouche et déclenche le tir. La course de la détente est courte et la force à appliquer est faible.
  • Double Action : Dans ce mode, le marteau est initialement abattu. L'action du doigt sur la détente entraîne une série d'événements : rotation du marteau vers l'arrière, compression du ressort de percussion, et finalement, libération du marteau qui percute l'amorce. La course de la détente est longue et la force à appliquer est importante.

Le tir en simple et double action a été longtemps la caractéristique des seuls revolvers. À l'origine, les pistolets semi-automatiques ne pouvaient tirer qu'en simple action. Depuis, la possibilité de tirer en double action a été implémentée dans de nombreux pistolets semi-automatiques modernes. Il est à noter cependant que, dans le cas des pistolets semi-automatiques, le tir en double action nécessite le chargement préalable de l'arme et, dans le cas de tirs successifs, seule la première cartouche est tirée en double action puisque le marteau se trouve préalablement à l'abattu. Les autres cartouches sont tirées en simple action car le marteau a été placé à l'armé lors du mouvement arrière de la culasse à l'occasion du tir précédent.

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Cadence de Tir : Définition Précise

La cadence de tir est un paramètre essentiel pour évaluer l'efficacité d'une arme à feu. Elle se définit comme le nombre de coups qu'une arme peut tirer en un laps de temps donné, généralement exprimé en "coups par minute". Il est important de distinguer deux types de cadence de tir :

  • Cadence de tir théorique : C'est le nombre maximal de coups que l'arme peut mécaniquement tirer dans des conditions idéales.
  • Cadence de tir pratique : C'est le nombre de coups réellement tirés par un tireur, en tenant compte des contraintes liées à la visée, au rechargement et à la manipulation de l'arme. La cadence pratique est généralement inférieure à la cadence théorique.

Modes de Chargement et Cadence de Tir

Le mode de chargement des munitions est un facteur déterminant de la cadence de tir d'une arme. On distingue plusieurs modes de chargement, chacun ayant un impact différent sur la cadence de tir :

  • Chargement Manuel : Ce mode concerne les armes à un seul canon, dépourvues de magasin. Après chaque tir, le tireur doit recharger manuellement l'arme en basculant le canon, en éjectant l'étui, en introduisant une nouvelle cartouche et en refermant le canon. La cadence de tir est donc très lente.
  • Répétition Manuelle : Ce mode constitue une évolution du chargement manuel. Les armes sont munies d'une culasse mobile actionnée par le tireur. Elles sont approvisionnées par un magasin interne ou un chargeur amovible contenant les cartouches. L'action du tireur se limite, après approvisionnement de l'arme, à charger l'arme. La culasse étant en position arrière, le tireur pousse la culasse vers l'avant, par l'intermédiaire du levier de culasse, pour assurer la fermeture et le verrouillage. Lors de son mouvement vers l'avant, la culasse entraine la première cartouche et l'introduit dans la chambre. L'espace dans le magasin, libéré par la première cartouche est aussitôt occupée par la seconde cartouche qui monte sous l'action du ressort élévateur et se place en appui sous la culasse. Il s'agit du premier demi-transport. Le tir effectué, le tireur déverrouille la culasse et la tire vers l'arrière, extrayant l'étui de la cartouche tirée. La cartouche qui était en appui sous la culasse est libérée, elle monte et se trouve en contact avec les lèvres d'alimentation du chargeur ou du magasin. Il s'agit du second demi-transport. La cadence de tir est plus rapide qu'avec le chargement manuel, mais elle reste limitée par la nécessité d'actionner manuellement la culasse.
  • Semi-Automatique : Dans ce mode, le chargement de la première cartouche nécessite l'action du tireur sur la culasse ou sur l'ensemble mobile s'il existe une pièce de manœuvre. Ce premier chargement effectué manuellement, l'action du tireur se limite à déclencher le tir en appuyant sur la queue de détente. L'ensemble du cycle d'alimentation est assuré de manière automatique par l'arme elle-même. À chaque appui sur la détente, un coup et un seul part jusqu'à épuisement des cartouches du magasin ou du chargeur. Bien que le cycle d'alimentation soit automatique, l'arme disposant de ce mode de fonctionnement est dite semi-automatique car le tireur doit actionner la détente pour chacun des coups tirés. La cadence de tir est nettement supérieure à celle des armes à répétition manuelle.
  • Automatique : Ce mode est propre aux armes tirant par rafale. Tant que le tireur appuie sur la détente, les coups s'enchaînent jusqu'à ce que le chargeur soit vide. Certaines armes, par conception, ne peuvent tirer que par rafale. D'autres, généralement plus modernes, disposent d'un sélecteur de mode de tir qui permet, la plupart du temps, de choisir entre le tir au coup par coup, par rafale de trois cartouches et par rafale continue. La cadence de tir est la plus élevée de tous les modes de chargement.

Principes de Fonctionnement des Armes et Cadence de Tir

La cadence de tir est également influencée par le principe de fonctionnement de l'arme. On distingue principalement deux principes :

  • Fonctionnement Manuel : Dans ce cas, tous les mouvements nécessaires au rechargement et au tir sont effectués manuellement par le tireur. La cadence de tir est donc limitée par la vitesse à laquelle le tireur peut effectuer ces mouvements.
  • Fonctionnement Automatique : Dans ce cas, une partie de l'énergie des gaz générés par la poudre propulsive est utilisée pour effectuer les mouvements de rechargement et de tir. La cadence de tir est donc beaucoup plus élevée, car elle ne dépend plus de la vitesse du tireur.

Dans les systèmes automatiques, il est crucial de temporiser l'ouverture de la culasse. Il faut laisser le temps au projectile de quitter le canon avant que ne s'enclenche la suite des opérations qui permettront le tir suivant. Si l'ouverture de la culasse se produisait trop tôt, une partie des gaz s'échapperait par l'arrière du canon provoquant une chute de pression dans ce dernier. Le projectile n'atteindrait pas sa vitesse initiale nominale, voire resterait bloqué dans le canon. Du côté du tireur, un retour accidentel des gaz lors de l'ouverture imprévue de la culasse n'est pas une expérience agréable.

Inertie de la Culasse et Cadence de Tir

Pour les calibres de poing de faible puissance (.22, 6,35 mm, 7,65 mm), l'inertie de la culasse associée à la force du ressort récupérateur d'énergie sont suffisantes pour permettre au projectile de quitter le canon avant l'ouverture, c'est à dire avant la séparation du canon et de la culasse. Si les dimensions de l'arme le permettent, il est possible d'augmenter la masse de la culasse qui devient alors une pièce percutante. C'est le cas par exemple du pistolet mitrailleur français MAT 49 de calibre 9 mm Parabellum dont la culasse est une pièce d'acier usinée pesant un peu plus de 500 g.

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Systèmes à Court Recul du Canon et Cadence de Tir

De poing de calibre 9x19 mm Parabellum et au-delà, l'inertie de la culasse, épaulée par la force du ressort récupérateur d'énergie, n'est plus suffisante. Il est nécessaire de retarder la séparation du canon de la culasse. Dans ce but, le canon et la culasse sont solidarisés par un dispositif de verrouillage. Durant la phase d'accélération du projectile dans le canon, l'ensemble canon-culasse commence à reculer. Après quelques millimètres de course vers l'arrière de l'ensemble culasse-canon, le projectile à eu le temps de sortir du canon. A ce moment là, la séparation du canon et de la culasse (l'ouverture) peut se produire, après déverrouillage. La culasse continue seule son mouvement de recul, entamant ainsi un nouveau cycle d'alimentation. Le canon aura accompagné la culasse un bref instant, sur une courte distance, durant la phase initlale du tir.

La percussion à lieu au temps t0. Entre t0 et t1, le projectile parcourt le canon et l'ensemble canon-culasse commence à reculer conformément au principe de conservation de la quantité de mouvement.

L'image ci-dessus présente un pistolet Beretta 92 FS démonté. Les pièces à considérer concernant le système à cours recul du canon sont le verrou de canon et son poussoir. Le verrou de canon permet, durant la phase initiale du recul, de rendre solidaires le canon et la culasse mobile. Dans l'image, le verrou de canon est libre et se trouve en position basse. Lorsque l'arme est en fonction et avant le tir, le verrou, forcé par la carcasse de l'arme se trouve en position haute. Au départ du coup, l'ensemble canon et culasse mobile recule. Après une course de 9 millimètres, le talon du poussoir du verrou de canon vient prendre appui sur une partie de la carcasse. Le poussoir du verrou ainsi bloqué, sa tête entre en contact avec une rampe usinée sur le verrou et force ce dernier à descendre. Le canon est relié à la carcasse de l'arme par la biellette fixée sur cette dernière par la clavette d'assemblage.

Évolution Historique de la Cadence de Tir

L'histoire des armes à feu est intimement liée à l'évolution de leur cadence de tir. Les premières armes à feu, chargées par la bouche avec de la poudre noire et un projectile, avaient une cadence de tir extrêmement lente. Le tireur devait introduire la poudre, puis le projectile, et tasser le tout avec une baguette.

L'invention de la mèche, puis de la roue, ont permis d'améliorer l'allumage de la poudre, mais la cadence de tir restait très faible. L'apparition de la platine à silex au XVIIe siècle a marqué une avancée significative, mais le rechargement restait une opération longue et complexe.

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L'invention de la capsule fulminante au début du XIXe siècle a révolutionné les armes à feu. Elle a permis de simplifier l'allumage de la poudre et d'augmenter la cadence de tir. Les armes à percussion ont rapidement supplanté les armes à silex.

L'invention de la cartouche métallique au milieu du XIXe siècle a permis de regrouper en un seul élément la poudre, le projectile et l'amorce. Les armes se chargeant par la culasse ont fait leur apparition, et la cadence de tir a considérablement augmenté.

Aujourd'hui, les armes automatiques modernes peuvent atteindre des cadences de tir théoriques de plusieurs centaines de coups par minute.

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