L'histoire fascinante des carabines anciennes à canon octogonal

Les carabines anciennes à canon octogonal évoquent une époque révolue, marquée par l'innovation armurière et l'esthétique soignée. Cet article explore l'histoire de ces armes, en particulier celles dotées d'un levier de sous-garde, et met en lumière des modèles emblématiques et des fabricants influents.

L'évolution des armes à levier de sous-garde

Le levier de sous-garde, mécanisme de réarmement, a été utilisé sur de nombreuses armes à répétition. Parmi les plus remarquables, on retrouve des modèles qui, bien que n'ayant pas tous connu un succès commercial retentissant, ont marqué l'histoire. L'association entre les armes à levier de sous-garde et les cartouches métalliques autonomes est forte, situant leur apparition au plus tôt à la fabrication de ces dernières, qu'elles soient à percussion annulaire ou centrale.

Les prémices : De la cartouche à broche à la Volcanic

Avant l'avènement des cartouches métalliques, la cartouche à broche perfectionnée par Lefaucheux en 1836, bien que significative, n'était pas adaptée aux armes à répétition, exception faite des revolvers. Il est important de noter que François Prélat est le véritable inventeur de la cartouche à broche en 1808, ayant collaboré avec le Suisse Jean Samuel Pauly. Prélat a également inventé l'amorce en 1818. De même, la cartouche Flobert de 1845, dépourvue de poudre et d'intérêt militaire notable, est exclue de cette étude.

Un jalon important est la Roket Ball de Walter Hunt en 1848, qui a permis le développement de la carabine Volition Repeater, brevetée en 1846. Jenning a par la suite tenté d'améliorer cette arme. Ces évolutions ont mené à la Volcanic de 1854, une véritable cartouche à percussion centrale, utilisée avec le pistolet et la carabine du même nom, tous deux dotés d'un levier de sous-garde et élaborés avec Smith & Wesson.

L'âge d'or : Henry, Spencer et Winchester

L'année 1860 marque un tournant avec deux armes à répétition à levier de sous-garde qui ont marqué l'histoire : le fusil Henry en calibre .44 Henry Rimfire (HF) et le fusil Spencer en calibre .56. La Winchester 1866, surnommée "Yellow Boy", a suivi, devenant un symbole grâce à sa popularité dans le cinéma.

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Il est souvent admis que la Winchester 1866 a connu un succès commercial retentissant, bien que cet avis soit nuancé. Winchester, plus financier que génie inventif, s'est entouré des meilleures compétences et a su, comme Colt, s'imposer sur le marché. La Winchester 1866, arrivant après la guerre de Sécession, a été en grande partie vendue à l'exportation.

La carabine Spencer, brevetée par Christopher Miner Spencer le 6 mars 1860, a équipé l'armée du Nord pendant la guerre de Sécession. Cette arme à levier de sous-garde utilisait un chargeur tubulaire amovible, inventé par Blakeslee, logé dans la crosse et contenant sept cartouches de calibre .56-56 Spencer à percussion annulaire.

La concurrence : Evans et les autres

Entre 1866 et 1873, les ingénieurs de Winchester ont continué à innover, comme en témoigne un prototype de 1872 en calibre .45 avec une porte de chargement coulissante. En 1873, Winchester a été concurrencé par la carabine Evans, conçue à partir de 1870 par les frères Warren R. et Georges Evans. Cette carabine à répétition à levier de sous-garde se distinguait par un tube magasin rotatif dans la crosse, d'une capacité de 34 cartouches de calibre .44 Evans. Produite par la Mechanic Falls Maine à partir de 1873, elle a connu quatre types différents avec de nombreuses variantes, mais en petit nombre.

Selon un article de Stephen F. Blancard en 1985, le premier modèle, produit à 500 exemplaires de 1873 à 1876, avait une demi-crosse et une porte de chargement sans couvercle. Environ 50 exemplaires du fusil militaire avaient un canon de 30 pouces. Courant 1873, Warren Evans s'est retiré et son frère Georges Evans a repris la société. Début 1876, un nouveau modèle de transition a vu le jour, avec une crosse en deux parties et un tube magasin redessiné.

On reprochait à cette arme sa munition trop faible. Il faudra attendre 1877 pour qu'une nouvelle cartouche plus longue de calibre .44 voie le jour et qu'un nouveau modèle soit créé. Ce nouveau modèle, plus robuste, avait une porte de chargement mobile et était conçu pour la nouvelle cartouche, réduisant la capacité du magasin à 28 cartouches. Au total, environ 15 000 carabines Evans ont été produites de 1873 à 1879, toutes versions confondues.

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La compétition au début du 20e siècle

Si Winchester dominait le marché des carabines à pompe à chien extérieur en .22, elle devait faire face à la concurrence de Marlin et Stevens. En 1906, Marlin a lancé son modèle 18 "Baby", une carabine à crosse droite éjectant par le côté, chambrée en .22LR, mais livrée avec un auget élévateur pour .22 Short. Cette approche a dérouté le public, et le modèle 18 a été abandonné après trois ans.

La Marlin suivante, le modèle 20, a évolué en la 20-S. De 1907 à 1922, un nombre respectable de ce modèle à carcasse démontable a été produit. Il acceptait les .22 Short, Long et Long Rifle et possédait un canon octogonal de 23 ou 24 pouces. Le modèle 25, fabriqué uniquement en 1909 et 1910, avait un canon rond de 23 pouces et une carcasse non démontable. En 1913, Marlin a commencé une production de quatre ans de son modèle 29, une version à canon rond du modèle 20 avec une pompe sans rainure et un demi-magasin.

L'année 1923 a vu l'introduction de la plus populaire des .22 à pompe de Marlin, le modèle 37, qui a connu un certain succès pendant une dizaine d'années. Entre 1925 et 1931, elle a eu un cousin rare, le modèle 47, une version économique à canon court du modèle 37, offerte gratuitement aux acheteurs d'actions Marlin.

Stevens, moins prolifique que Marlin ou Winchester, a offert en gros la même arme de 1908 à 1934. La Stevens "Visible Loading" se vendait moins bien que les Winchesters ou les Marlins. Jusqu'en 1931, les Stevens à crosse droite portaient la désignation de modèle 70. Cette arme était chambrée pour les cartouches S, L et LR de manière interchangeable ou uniquement en .22S. Les carabines Stevens extrayaient l'étui vide à l'arrière de la carcasse.

En 1931, le nom modèle 71 a été réutilisé par Stevens pour une carabine esthétiquement revue avec une crosse à poignée-pistolet et un canon octogonal de 24 pouces. La disparition de la gamme de carabines à pompe en .22 de Stevens en 1934 a laissé Winchester seul maître à bord jusqu'en 1958.

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La réplique par Rossi

Dix ans après que la 62-A avait été retirée du catalogue, Amadeo Rossi a repris le flambeau. Dès 1969, la première version, dénommée Gallery Rifle, était en test. La reconstruction en métrique à partir d'un exemplaire original avait permis de créer une réplique presque parfaite de la 62-A, à l'exception des marquages et du type de bois. Une version en finition nickelée fut également proposée.

En 1970, Harrington et Richardson ont commandé 2000 carabines Rossi modifiées dotées d'un canon de 19 pouces. En 1974, Rossi a proposé une version courte de sa Gallery : soit nickelée soit bronzée et avec un canon de 16 1/4 pouces. En 1980, après avoir vendu 200 000 Gallery, Rossi est revenu sur le projet en .22 magnum.

L'attrait des canons octogonaux : esthétique et performance

L'attrait pour les canons octogonaux sur les armes anciennes est indéniable, mais leur influence sur la performance est un sujet de débat. La forme du canon, qu'elle soit ronde ou octogonale, est souvent perçue comme une question d'ordre esthétique plutôt que pratique pour le tireur. Cependant, pour le fabricant, la réponse peut être différente.

Au 19e siècle, l'industrie était en pleine naissance, avec l'invention des premières "machines-outils" et une course aux nouvelles technologies. Généralement, les canons octogonaux étaient utilisés pour les armes à canon long, tandis que les canons ronds étaient plus courants pour les versions "carbine". En matière de tir longue distance, plus le canon est long, plus l'arme a des chances d'être précise.

Certains préfèrent les canons octogonaux pour leur esthétique, les trouvant plus jolis. D'autres estiment qu'il n'y a pas d'incidence sur le tir, hormis le fait qu'un rifle est souvent octogonal et qu'une carbine aura un canon rond. Tirer est aussi une question de feeling. On est capable de bien tirer avec une arme qui nous plaît et de rien faire avec une arme qu'on n'aime pas vraiment.

La Winchester 1866 : un exemple emblématique

La Winchester modèle 1866 originale a été fabriquée exclusivement en calibre .44 Henry rimfire. Il existe trois versions différentes de cette carabine :

  • La 1866 Rifle, à canon de type Henry octogonal, de 24.5 pouces.
  • La 1866 Rifle Short, avec canon octogonal de 20 pouces.
  • La 1866 Carbine, avec canon rond de 19 pouces.

Le premier modèle numéroté (et peut-être même le premier modèle produit) est une version carbine 20 pouces, canon rond. L'impression que le canon octogonal était le premier modèle semble fausse.

Lors de l'achat d'une réplique de Winchester 1866, plusieurs options s'offrent à vous. Une option est la Chapparal W 1866 Carbine, dont les seules différences avec une vraie sont le canon de 19 pouces au lieu de 20 pouces et le calibre (.45 Colt au lieu de .44 rimfire).

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