Le Champ de Tir du Bêle : Histoire et Fonctionnement à Nantes

Nantes, souvent décrite comme une « ville à soldats », a une longue histoire militaire intimement liée à son développement et à son économie. Cette relation a nécessité la construction de casernes, de champs de manœuvres et de champs de tir pour l'entraînement des troupes. Parmi ces installations, le champ de tir du Bêle occupe une place particulière, notamment en raison de son rôle tragique pendant la Seconde Guerre mondiale.

Nantes, une ville de garnison : Aperçu historique

Depuis longtemps, l'activité militaire a été une composante importante de la vie nantaise, stimulant le commerce et les finances locales. La présence de soldats impliquait des dépenses, faisant prospérer le commerce. La ville devait donc fournir des infrastructures adaptées, notamment des champs de tir et de manœuvre. Avant le Bêle, plusieurs sites ont servi à cet usage, comme la place Viarme, les prairies du bas Chantenay et la prairie de Mauves. Cependant, ces lieux se sont avérés insuffisants ou problématiques en raison de l'urbanisation croissante, des inondations fréquentes ou des conflits avec les agriculteurs locaux.

L'institution du service militaire obligatoire à la fin du XIXe siècle a accentué le besoin d'infrastructures militaires adéquates. La ville a alors construit des casernes pour loger les conscrits et aménagé des champs de manœuvres et de tir pour entraîner la troupe.

L'acquisition et l'aménagement du Bêle

Au début du XXe siècle, l'arrivée du 51e Régiment d'Artillerie de campagne à Nantes a nécessité un champ de manœuvre plus vaste que celui du Petit-Port, devenu trop petit en raison de l'urbanisation. La ville s'est alors tournée vers les grands domaines situés du côté de Saint-Joseph-de-Porterie. En 1909, la ville acquiert une partie de la propriété du Housseau, appartenant à la marquise de Dion, à Carquefou. Ce terrain, nommé le Bois du Bêle, faisait partie du domaine de Porterie depuis des siècles. L'acquisition complète du terrain par la ville en 1910-1911 n'a pas été sans difficultés, nécessitant même des expropriations.

Avant de devenir un champ de tir, le Bêle était constitué de terres agricoles, de prairies et d'une pépinière, louées à des fermiers qui y pratiquaient le maraîchage, la viticulture et la culture d'arbres fruitiers. Des familles y habitaient également. L'installation du champ de tir à proximité des routes nationales et de la voie ferrée a suscité des protestations en raison des accidents causés par les balles perdues.

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Le champ de tir du Bêle : Fonctionnement et utilisation

À partir de 1879, le Bêle devient un camp d'entraînement militaire. Le champ de tir était initialement sommaire, avec une simple butte de terre pour arrêter les balles, ce qui entraînait des accidents fréquents. En 1921, les fermes du Bêle sont abandonnées et une poudrière militaire y est installée. Seule la maison du gardien reste habitée par un militaire et sa famille.

Le Bêle pendant la Seconde Guerre mondiale : Un lieu d'exécution

Le champ de tir du Bêle est tristement connu pour avoir été le principal lieu d'exécution des résistants à Nantes pendant la Seconde Guerre mondiale. Le 30 août 1941, Marin Poitiers, premier résistant nantais, y est fusillé. En octobre 1941, 16 des 50 otages y trouvent la mort. Le "procès des 16" s'achève en 1943 par 11 exécutions au Bêle.

La mémoire de ces événements tragiques est aujourd'hui honorée par un monument commémoratif inauguré en 1991, à l'occasion du 50e anniversaire de la première exécution. Ce monument témoigne du sacrifice des résistants et de leur engagement pour la liberté.

Le Bêle après la guerre : Dépôt de munitions et dépollution

Après la Seconde Guerre mondiale, le champ de manœuvres du Bêle sert de dépôt de munitions. Cependant, en raison d'un manque de personnel et de moyens, le déminage et l'évacuation des munitions ne sont pas réalisés correctement. En 2007, lors de la construction de la nouvelle prison de Nantes sur le site du Bêle, des munitions non explosées sont découvertes, entraînant l'arrêt des travaux et une opération de dépollution pyrotechnique.

L'exposition "Nantes, ville à soldats"

L'histoire des champs de tir et de manœuvres à Nantes, dont le Bêle, est retracée dans l'exposition "Nantes, ville à soldats". Cette exposition, pilotée par Louis Le Bail, un passionné d'histoire locale, présente des documents d'archives et des cartes postales anciennes qui illustrent le passé militaire de la ville. L'exposition met en lumière l'importance de l'activité militaire dans le développement de Nantes, ainsi que les infrastructures mises en place pour l'entraînement des troupes.

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Les 50 otages nantais

L'affaire des "50 otages nantais" a eu un impact considérable en France et à l'étranger. En représailles à l'attentat contre le chef de la Kommandantur de Nantes, Hitler exige l'exécution de 50 otages. Cet événement tragique a suscité une vague d'indignation et de condamnation, notamment de la part du général de Gaulle, de Churchill et de Roosevelt. Parmi les otages fusillés au Bêle, figuraient cinq habitants de Saint-Julien-de-Concelles, en mémoire desquels une plaque commémorative a été inaugurée en 2016.

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