Alors que l'été cède sa place à l'automne, avec ses couleurs flamboyantes qui transforment les forêts, il est temps de se pencher sur un élément méconnu, mais fascinant, du patrimoine finistérien : le champ de tir du Pas de la Fosse. Souvent niché au cœur d'un écrin forestier, ce type de site témoigne d'une histoire riche, à la fois militaire et locale.
Découverte du Site
Une promenade à travers un champ de tir historique comme celui du Pas de la Fosse est une occasion de plonger dans le passé. Le parcours, généralement bien documenté, permet de découvrir les différents éléments constitutifs du site et de comprendre leur fonction :
- Les Plateformes de Tir: Zones aménagées pour les tireurs.
- Les Abris: Structures destinées à protéger les tireurs ou le personnel.
- Les Casemates: Bâtiments fortifiés, servant parfois de stockage de munitions ou d'abri pour le personnel.
- La Chambre à Sable: Dispositif de réception des projectiles, assurant la sécurité et la récupération des balles.
- Le Mât: Signalisation pour alerter les passants pendant les séances de tir.
- Le Bâtiment de Prises de Mesure: Local destiné à évaluer la précision des tirs.
Contexte Historique Général
Pour comprendre l'importance des champs de tir, il est essentiel de se replacer dans le contexte historique. Ces installations ont souvent été créées dans un but militaire, pour entraîner les soldats au tir et améliorer leur précision. L'histoire de France est jalonnée de conflits, et la nécessité d'avoir des troupes bien entraînées a toujours été une priorité.
La guerre franco-prussienne de 1870-1871 illustre bien cette nécessité. Ce conflit, qui opposa le Second Empire français au royaume de Prusse, eut des conséquences importantes, notamment la perte de l'Alsace et d'une partie de la Lorraine. Cependant, la France réussit à conserver le Territoire de Belfort après une lutte acharnée. Cet événement souligne l'importance d'une armée bien préparée et entraînée.
Le Champ de Tir et les Conflits Mondiaux: L'exemple de Lorient et Port-Louis
La région de Lorient et Port-Louis, en Bretagne, offre un exemple poignant de l'impact des conflits mondiaux sur les populations et les infrastructures locales. Durant la Seconde Guerre mondiale, cette zone fut profondément marquée par l'occupation allemande et les combats qui s'ensuivirent.
Lire aussi: Tout savoir sur le champ de tir d'Avord
Lorient sous Occupation Allemande (1940-1945)
Lorient, grande agglomération industrielle, devint une base stratégique pour la mise en œuvre de la politique sous-marine du Troisième Reich dès juin 1940. L'occupation entraîna une expropriation généralisée, avec le transfert de prisonniers de guerre vers l'Allemagne, la réquisition des ressources et des espaces, et la mise en place de zones interdites. La construction de la base de sous-marins de Keroman, de l'aéroport de Lann-Bihoué, des défenses anti-aériennes et du mur de l'Atlantique remodela profondément le paysage.
La population subit de plein fouet les bombardements alliés, la répression et les envois forcés de travailleurs en Allemagne. La ville de Lorient fut massivement détruite entre janvier et mai 1943, entraînant l'évacuation des réfugiés vers les campagnes environnantes. Les communes de Quéven, Pont-Scorff, Caudan et Hennebont furent également dévastées lors de la formation de la poche de Lorient en août 1944.
Port-Louis: Entre Occupation et Répression
A Port-Louis, l'activité économique fut réduite au ralenti, et la population soumise au rationnement. En 1943, la criée de Locmalo et plus de 40 maisons furent détruites par les bombardements. La ville fut évacuée entre 1942 et 1943, et la flotte de thoniers immobilisée. Le sable de Plouhinec et de Gâvres fut exploité en grandes quantités pour la construction de la base de Keroman.
La citadelle de Port-Louis devint un point névralgique de la défense allemande. Des aménagements furent réalisés, tels que des bunkers, des batteries et des créneaux de tir. En mai 1944, le général Düvert ordonna l'installation d'une prison dans la citadelle, où de nombreux résistants furent enfermés, torturés et fusillés.
Le Champ de Tir et la Mémoire des Résistants
Soixante-neuf résistants furent fusillés près de trois fosses situées à l'extérieur de la citadelle, à l'emplacement d'un ancien stand de tir de l'armée. Ces hommes, originaires du Morbihan, du Finistère et des Côtes du Nord, avaient pour la plupart entre 18 et 25 ans. Leurs corps furent découverts en mai 1945, et un mémorial fut érigé en 1960 sur le lieu de leur exécution.
Lire aussi: Excursions inoubliables à Cracovie
Cet exemple tragique illustre comment un champ de tir, initialement conçu pour l'entraînement militaire, peut devenir un lieu de répression et de mémoire. Il souligne l'importance de se souvenir des sacrifices consentis par les résistants pour la libération du pays.
Fonctions et Évolutions
Les champs de tir ont connu des évolutions au fil du temps, tant dans leur conception que dans leur utilisation. Initialement destinés à l'entraînement militaire, ils ont parfois été utilisés par des sociétés de tir civiles.
La Société de Tir de Foncine: Un Exemple d'Utilisation Civile
L'exemple de la société de tir de Foncine illustre bien cette évolution. Les tireurs étaient postés relativement loin des cibles d'entraînement, dans une casemate rustique qui facilitait le tir couché. En face, une fosse abritait les personnes chargées du maniement des cibles. Cette pratique perdura de nombreuses années, sous l'impulsion de la société de tir locale.
Le Sentier Mémoriel de Foncine-le-Haut
En 2012, la commune de Foncine-le-Haut a réalisé un sentier mémoriel pour honorer les victimes des conflits, témoignant ainsi de la volonté de préserver la mémoire des événements passés.
Champs de Bataille et Monuments Commémoratifs: L'exemple de Braye-en-Laonnois
La région de Braye-en-Laonnois offre un autre exemple de lieu marqué par l'histoire et la mémoire des conflits. Les abords du canal sont aujourd'hui propices aux promenades, mais un panneau hors du temps rappelle un événement tragique : le monument du 27e BCA (Bataillon de Chasseurs Alpins).
Lire aussi: Promise Falls
Les Combats de Juin 1940
En mai 1940, les chasseurs alpins du 27e BCA furent chargés de défendre les bords du canal de l'Oise à l'Aisne, dans un paysage de fourrés quasi impénétrables. Le 5 juin, ils furent attaqués par les troupes allemandes, qui lancèrent un violent assaut. Malgré leur infériorité numérique et le manque de munitions, les chasseurs alpins résistèrent avec acharnement, infligeant de lourdes pertes à l'ennemi.
Le 6 juin, les Allemands relancèrent leur attaque, et les chasseurs alpins, épuisés et à court de munitions, durent se replier. Leur résistance héroïque permit cependant de ralentir l'avancée allemande et de protéger le reste de la division.
Le Monument du 27e BCA
Depuis 1947, un monument commémoratif s'élève à l'emplacement du poste de commandement du lieutenant Romieu, en hommage aux chasseurs alpins qui ont combattu à Braye-en-Laonnois. Ce monument témoigne de la bravoure et du sacrifice de ces hommes, et rappelle l'importance de se souvenir des événements tragiques du passé.
Conservation et Valorisation
La conservation et la valorisation des champs de tir historiques sont essentielles pour préserver la mémoire collective et transmettre l'histoire aux générations futures. Ces sites peuvent être aménagés pour le tourisme, avec des panneaux explicatifs, des sentiers de randonnée et des visites guidées. Il est également important de sensibiliser le public à l'histoire de ces lieux et à leur importance dans le patrimoine local.
tags: #champ #de #tir #du #pas #de
