Chasseurs et Tireurs Bretons : Une Histoire de Courage et de Sacrifice

Introduction

L'histoire des chasseurs et tireurs bretons pendant les conflits du XIXe et du XXe siècle est riche en exemples de bravoure et de dévouement. Cet article explore l'engagement des Bretons, en particulier lors de la guerre de 1870 et de la Première Guerre mondiale, mettant en lumière leurs contributions souvent méconnues.

Rennes en 1870 : Préparatifs et Départ pour la Guerre

En 1870, Rennes était une ville de garnison importante, abritant plusieurs casernes, une école d'artillerie et un hôpital militaire. Les 7e et 10e régiments d'artillerie montée et le 5e bataillon de chasseurs à pied y étaient stationnés. La vie à Rennes était marquée par l'activité militaire, mais aussi par une vie civile animée, avec ses faubourgs tentaculaires.

La guerre fut déclarée le 19 juillet 1870. Le 22 juillet, à 10 heures, le 5e bataillon de chasseurs à pied quitta son quartier du Palais Saint-Georges. Les soldats, en équipements de guerre, avec des feuillages aux fusils et des bouquets offerts par les habitants, traversèrent le centre-ville. Le cortège suivit un parcours symbolique par la rue Victor-Hugo, la rue Nationale et la rue d'Estrées.

Devant l'hôtel de ville, le commandant leva son épée et lança un vibrant "Vive la France!", repris par les soldats et la foule, qui ajouta "Vive les chasseurs!". Le commandant répondit par un "Vive la ville de Rennes!", suscitant une nouvelle salve d'acclamations. Le bataillon reprit ensuite sa marche, au son de la Marseillaise jouée par la fanfare, en direction de la gare par la rue de Rohan, la rue de Nemours et le boulevard de la Liberté.

L'enthousiasme était palpable, mais la réalité de la guerre allait bientôt rattraper ces jeunes hommes. Entre le 19 juillet et le 2 septembre, date de la défaite de Sedan, 687 jeunes Rennais s'engagèrent. Le cardinal Godefroy Brossays Saint-Marc prescrivit des prières publiques pour le triomphe de la France et de ses défenseurs.

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La situation politique à Rennes était également en effervescence. Les élections municipales furent remportées par la liste conservatrice et M. Armand de la Guistière devint maire. Edgar Le Bastard, candidat battu, fut condamné pour avoir crié "A bas l'empereur!".

Les 3000 gardes mobiles furent rassemblés et logés dans divers établissements de la ville, ainsi que chez l'habitant. Ils s'exerçaient sur la place en haut du contour de la Motte et sur le Champ de Mars. Les premières nouvelles des soldats prisonniers et des blessés commencèrent à arriver, assombrissant l'atmosphère. On apprit que le 5e bataillon de chasseurs avait subi des pertes à Borny.

La capitulation de Sedan, le 2 septembre, et la chute de l'Empire le 4 septembre marquèrent un tournant. Les portraits des souverains furent retirés de l'hôtel de ville. Malgré ce bouleversement politique, le départ du 4e bataillon de la garde mobile le 6 septembre suscita encore un certain optimisme. Les soldats furent acclamés à Paris et défilèrent avec une hermine d'ivoire au képi, symbole de leur identité bretonne. Ils résistèrent à l'assaut des Prussiens à Châtillon et à Clamart le 17 septembre.

Du 2 septembre à février 1871, 678 autres Rennais s'engagèrent. Seuls les artilleurs restèrent à Rennes pour s'entraîner. Le préfet Ange Blaize dissout le conseil municipal et constitua une municipalité de notables qui élirent Edgar Le Bastard comme maire. Les noms des boulevards furent changés pour effacer les références à l'Empire.

La mobilisation générale fut décrétée le 29 septembre, touchant les hommes de 20 à 40 ans. Le 1er bataillon rennais partit pour le camp de Conlie, où se forma l'armée de Bretagne. L'armement était hétéroclite, et beaucoup n'avaient pas le fusil Chassepot. La nouvelle garde sédentaire des hommes de 40 à 50 ans s'entraînait au polygone.

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Quelques conscrits républicains extrémistes furent arrêtés pour avoir arboré un drapeau rouge. Les blessés arrivèrent en grand nombre, et quatre ambulances furent créées. Des francs-tireurs, enrôlés par M. Domalain, furent basés au grand séminaire. La ville lança des emprunts pour soutenir l'effort de guerre.

L'avancée prussienne inquiétait, et les journaux rennais publiaient des conseils aux troupes inexpérimentées. Une grande confusion régna avec l'arrivée de milliers d'hommes en provenance de Conlie. Un ballon venant de Paris assiégé survola Rennes.

Le 13 janvier 1871, le département d'Ille-et-Vilaine fut déclaré en état de guerre. Le 17 janvier, une crue de la Vilaine causa des dégâts. Un plan de défense de Rennes fut établi. Le Journal d'Ille-et-Vilaine fit état du recul de l'armée de Chanzy et critiqua les mobilisés d'Ille-et-Vilaine.

Un armistice fut proclamé le 30 janvier, et de nombreux soldats débandés arrivèrent à Rennes. Le 8 février, des élections pour l'Assemblée nationale eurent lieu. La fin des combats fit un peu oublier les blessés, et un appel fut lancé aux dames de la ville pour apporter leur aide. Le 12 février, un premier train de voyageurs arriva de Paris, annonçant le calme dans la capitale.

Pendant l'invasion de 1871, Mgr Brossay Saint-Marc décida d'offrir un cierge à Notre-Dame de Bonne Nouvelle si la ville était épargnée.

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Les Bretons sur le Front d'Orient pendant la Première Guerre Mondiale

Bien que l'historiographie ne mentionne pas souvent la présence bretonne sur le front d'Orient pendant la Première Guerre mondiale, de nombreux Bretons ont combattu dans ces contrées lointaines. Alors que les noms de batailles comme la Marne, Verdun et le Chemin des Dames résonnent dans la mémoire collective, les Dardanelles, la Macédoine, Monastir et Salonique évoquent une autre réalité, celle d'un front oublié.

Entre 1915 et 1919, plus de 300 000 soldats français ont combattu en Orient, loin de leur patrie, dans des conditions souvent difficiles. Ces soldats, dont de nombreux Bretons, ont été les laissés-pour-compte de la mémoire collective, malgré l'importance de leur contribution à la victoire finale.

Les sources directes provenant de combattants bretons sont rares, mais les témoignages d'autres soldats, les archives militaires et les tombes dans les cimetières des Balkans permettent de reconstituer leur histoire. Ces soldats ont fait face aux mêmes dangers que leurs camarades du front français, tout en étant confrontés à un climat éprouvant et à des maladies.

Le front d'Orient a débuté en 1915 avec l'expédition navale franco-britannique des Dardanelles. L'objectif était de défaire la Turquie, alliée aux puissances centrales, et de désenclaver la Russie. Cependant, l'expédition fut un échec, et les troupes de l'Entente durent se retirer après avoir subi de lourdes pertes.

Face à cet échec, il fut décidé de soutenir la Serbie, attaquée par les forces austro-hongroises et bulgares. Des troupes françaises furent envoyées en Serbie, mais elles durent se replier en Grèce, se fortifiant autour de Salonique.

En 1916, le front se stabilisa, et les restes de l'armée serbe furent reconstitués avec l'aide de l'Entente. En août 1916, une offensive permit de reprendre une partie de la Macédoine serbe, mais le front se figea à nouveau avec l'arrivée de l'hiver.

Ce n'est qu'en septembre 1918 qu'une nouvelle offensive permit de percer le front lors de la bataille de Dobropol. Les troupes françaises et serbes avancèrent rapidement, et la Bulgarie signa l'armistice le 29 septembre 1918.

Après l'armistice, certaines unités furent envoyées en Russie pour lutter contre les bolcheviks. Les soldats ne revirent la France qu'un an après la fin de la guerre. Des mutineries éclatèrent parmi les marins, qui refusaient de se battre contre les "rouges".

L'absence de régiments bretons spécifiques engagés sur le front d'Orient rend difficile l'étude de la participation bretonne à ce conflit. Il est nécessaire de consulter des sources spécifiques, telles que les listes de morts pour la France, les journaux de marche des unités, la presse et les témoignages de poilus.

La Bretagne, avec sa tradition maritime, entretenait des liens étroits avec l'Orient, tant sur le plan commercial que militaire. Bien qu'aucun régiment breton n'ait été envoyé en tant que tel sur le front d'Orient, des Bretons se sont retrouvés dans des unités d'autres régions militaires, qui ont été déployées dans les Balkans.

Il est possible d'identifier des Bretons dans des régiments d'infanterie coloniale, d'infanterie et d'artillerie. Le navire-hôpital Sphinx, sur lequel servait l'infirmière Marguerite Jourdan, a également été engagé dans les Balkans.

On estime à plus de dix mille le nombre de soldats et marins bretons engagés sur le front de Macédoine, dans la flotte de Méditerranée et dans les opérations postérieures aux armistices de 1918.

Des aviateurs bretons ont également participé aux combats dans les Balkans, à l'instar du pilote Yves Kervadec.

En tant que marins, les Bretons ont été nombreux à participer aux opérations militaires d'Orient. La marine de guerre a joué un rôle primordial dans le transport des troupes et l'approvisionnement. De nombreux navires ont été torpillés en Méditerranée, infligeant de lourdes pertes.

Pierre Lefeuvre : Un Héros Breton de la Première Guerre Mondiale

La rue Pierre Lefeuvre à Rennes témoigne de l'héroïsme d'un soldat breton pendant la Première Guerre mondiale. Fils de fermiers de Bédée, Pierre Lefeuvre était un excellent tireur et chasseur. Nommé caporal en 1914, il reçut l'ordre de défendre un carrefour stratégique à Tamines en Belgique.

Avec son escouade de quinze hommes, il tint tête à une compagnie allemande. Lefeuvre, placé à l'endroit le plus exposé, vit ses compagnons tomber les uns après les autres. Résolu à défendre sa vie, il utilisa les cartouches de ses camarades tués. Avant de mourir, Lefeuvre aurait tué plus de 50 Allemands, dont 9 officiers, et fait un nombre considérable de blessés.

Furieux de la défense acharnée des Français, les Allemands exercèrent de terribles représailles le lendemain. Bien que les faits d'armes de Lefeuvre ne soient pas mentionnés dans les archives militaires, son courage et son sacrifice sont reconnus et honorés à Rennes.

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