Chris Kyle : Légende du tir à longue distance et son héritage complexe

Vous avez peut-être vu American Sniper, le film réalisé par Clint Eastwood en hommage à Chris Kyle, le tireur d’élite le plus connu des États-Unis. Son histoire, à la fois héroïque et tragique, soulève des questions importantes sur la guerre, la gloire, et les conséquences du stress post-traumatique. Cet article explore la vie de Chris Kyle, ses exploits, et l'héritage complexe qu'il a laissé derrière lui, en mettant en perspective son record de tir à longue distance et les controverses qui l'entourent.

Un héros de guerre controversé

Chris Kyle, tireur d’élite des Marines, a obtenu toutes les médailles possibles, mais pas à titre posthume. Il a garanti la sécurité de très nombreux militaires en ciblant ses attaques, souvent à très longue distance, sur les djihadistes qui pouvaient porter atteinte aux vies américaines. Les insurgés irakiens l'ont surnommé "Al-Shaitan", le diable. À Ramadi, sa tête fut mise à prix 60 000 dollars.

L'Amérique, qui s’est lancée à corps perdu en Irak après le 11-Septembre, a envoyé de nombreux militaires à la chasse à l’homme. Chris Kyle, lui, se disait fier : « Quand je vois les massacres, les tortures et toutes les horreurs que nos ennemis ont commis, je n’ai aucun regret. J’ai fait ça pour mon peuple, pour défendre mes camarades et empêcher ces ordures de perpétrer encore plus d’atrocités. Si j’avais pu en tuer davantage, je l’aurais fait. »

Malgré son profil de tueur, Chris Kyle était quelqu’un d’extrêmement sympathique, de profondément gentil. Il croyait en Dieu et allait à la messe. Chris s’aventurait rarement hors du cloisonnement mental qui lui permettait d’éviter de vivre hanté par la mort qu’il provoquait, sans aucune nuance de gris entre le bien et le mal. Lorsqu’il parlait de ses exploits, il en éprouvait encore une forme de jubilation : « La guerre n’a rien d’amusant. Pourtant, il se trouve que je m’amusais. » Ainsi, il était très fier d’avoir abattu un type à la distance prodigieuse de 1,6 kilomètre, et fier aussi de cette balle tirée un jour à Ramadi et qui a tué deux insurgés d’un coup.

Le mythe American Sniper

L'histoire de Chris Kyle s'inscrit dans la mythologie américaine du héros de guerre. Né au Texas en 1974, il reçoit à sept ans sa première arme, un fusil à verrou Springfield. Après avoir rêvé de faire des rodéos en tant que cow-boy professionnel, il s’engage finalement en 1999 dans l’US Navy. Après les attentats de septembre 2001, il intègre les forces spéciales de la marine de guerre (les célèbres US Navy SEALs) et participe à la guerre d’Irak (seconde guerre du Golfe) entre 2003 et 2008. Forgeant sa légende en tuant des dizaines d’ennemis (dont un à une distance de deux kilomètres en 2008 !), Kyle est surnommé le Diable de Ramadi par les insurgés irakiens qui mettront sa tête à prix pour 80 000 dollars. De retour au pays en 2009, Kyle quitte l’armée et se réinstalle au Texas avec femme et enfants, tout en créant une entreprise de sécurité privée (Craft International) et en aidant les vétérans à reprendre pied. Publiées en 2012, ses mémoires seront traduites en français sous le titre ronflant de American Sniper, l’autobiographie du sniper le plus redoutable de l’histoire militaire américaine.

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L'adaptation cinématographique de son autobiographie par Clint Eastwood a contribué à renforcer ce mythe, tout en suscitant des débats sur la représentation de la guerre et du rôle des snipers.

Pourtant, la vie civile de Chris Kyle était remplie d’histoires inventées. Conforté par la stature qu’il s’était créée au front, bercé des compliments que, chaque jour, ses compatriotes texans ne manquaient pas de lui adresser, il a fini par dire n’importe quoi. Il racontait par exemple qu’il avait cassé la figure du lutteur Jesse Ventura dans un bar parce que ce dernier insultait les Navy Seals. Il prétendait aussi avoir abattu deux hommes qui l’avaient braqué dans une station-service. Rien de tout cela n’était vrai. Il donnait aux autres l’image qu’ils voulaient de lui, et parfois un peu plus. Dans le fond, personne ne pouvait sonder les abysses de sa propre solitude. En se cherchant une place dans la société, Chris Kyle n’a jamais pu échapper à sa condition de sniper. Même dans la vie, la mort semblait le poursuivre.

La tragédie d'Eddie Ray Routh

L’Homme qui tua Chris Kyle est un récit historique mené comme une enquête policière ou plutôt un reportage, sur les pas d’Eddie Ray Routh. Cet ancien Marines, qui venait pourtant de recevoir l’aide de Kyle, souffrait de symptômes post-traumatiques. Eddie Ray, quant à lui, a été sur des bases militaires en Irak sans vraiment être confronté aux combats. Il a été sur des scènes plus traumatisantes en Haïti. Il en ressort perturbé, choqué et souffre d’une grave dépression communément appelée symptômes post-traumatiques. Sa vie dénuée de sens l’enferme dans la solitude, le plonge dans l’alcool, la drogue et une évidente misère humaine. Pour l’aider, sa mère contacte la « légende » Chris Kyle qui, bénévolement, accompagne d’anciens militaires.

Le 2 février 2013, Kyle a été abattu à bout portant par cet ancien marine souffrant d’un syndrome de stress post-traumatique, qu’il essayait d’aider. Il est mort sur le stand de tir, à l’endroit même où nous l’avions rencontré, d’une façon très rapide, facile : simple pression de l’index, quatre balles dans le corps, une dans la tête. Pour la plupart d’entre nous, cette mort personnifie l’adage antique « Qui vit par l’épée périra par l’épée », mais ce n’est pas que cela. Elle comporte quelque chose de proprement incompréhensible. En rencontrant Kyle, je me disais qu’il serait difficile pour quelqu’un comme lui de mourir dans son lit… Il a péri ailleurs, d’une façon horrible et étrange, comme si le royaume des morts lui avait désigné une place à part, un lieu inconnu du commun des mortels, très loin derrière les lignes ennemies.

Cette tragédie met en lumière les conséquences dévastatrices de la guerre sur les soldats, ainsi que les difficultés rencontrées par les vétérans pour se réintégrer dans la société. Elle soulève également des questions sur la responsabilité de la société envers ceux qui ont combattu en son nom.

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La réalité du tir à longue distance

Chris Kyle est resté dans les mémoires comme un tireur d'élite exceptionnel, capable d'atteindre des cibles à des distances incroyables. Il est très fier d’avoir abattu un type à la distance prodigieuse de 1,6 kilomètre. Cependant, il est important de replacer ces exploits dans leur contexte et de comprendre les enjeux du tir à longue distance.

L'art du sniper

Le sniper est essentiel dans la stratégie militaire, car il inspire la peur chez l’ennemi. Il ne s’agit pas de tuer simplement. Il faut susciter dans le camp d’en face l’étrange impression d’être observé, de devenir peu à peu une cible. La chance est un impératif pour un sniper. Chris en a eu beaucoup en Irak, tellement qu’il lui suffisait, parfois, de planter sa pupille marron clair perçante dans sa lunette pour qu’un ennemi pointe son nez.

Le record canadien

Un tireur d’élite canadien a battu le record du tir mortel le plus long lors d’une opération en Irak. Il a abattu sa cible à 3 450 mètres de distance. « Le tir en question a interrompu une attaque contre les forces de sécurité irakiennes », détaille une source militaire anonyme, l’opération étant classée « secret défense ». C’est également bien plus que le tir du soldat américain Chris Kyle, héros du film American Sniper de Clint Eastwood. Les Canadiens excellent dans les tirs longue distance. Une pratique qui permettrait aux forces déployées sur le terrain d’épargner les populations. « Plutôt que de lâcher une bombe qui peut potentiellement tuer des civils, c’est une application très précise de la force. Le sniper était armé d’un fusil McMillan TAC-50 depuis un poste en hauteur.

L'armée canadienne a affirmé avoir réalisé le tir d'élimination confirmé le plus long du monde. "Au lieu de larguer une bombe qui aurait pu tuer des civils, c'est une application très précise de la force. Le tireur, placé en hauteur et armé d'un fusil de précision McMillan Tac-50, a atteint sa cible placée à 3.450 mètres. La balle a mis dix secondes pour parcourir la distance, soit une vitesse moyenne de 1.274 km/h. Il bat de plus de mille mètres l'ancien record appartenant à un soldat britannique qui avait touché sa cible située à 2.475 mètres, en Afghanistan en 2009.

Tir de chasse à longue distance

L’utilisation de munitions de guerre par carabine à canon rayé permettant les tirs à longue distance, respecte sois disant l’animal par des tirs « propres ». Les tirs en battue, dans la majorité des cas se pratiquent entre 30 et 80 mètres, exceptionnellement en plaine à plusieurs centaines de mètres. De même pour les tirs en approche qui revêtent tout leurs sens par manque de précision de la part des tireurs pour cause de manque de pratique.

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Justin Charles Nicholson, directeur commercial de Deerhunter en France, mais ancien sous-officier au 1er régiment étranger de cavalerie, explique que « La notion de distance est toute relative. C’est au chasseur de déterminer sa zone de confort, et ceci ne peut être fait autrement qu’en passant des centaines d’heures au stand de tir et en tirant des centaines de cartouches sur des cibles ! » En clair, un programme suivi par une infime partie de la population cynégétique. Et attention, car réussir un placement de balle létal systématique, ne serait-ce qu’à 100 m à un moment donné, ne vous garantit pas cette capacité pour la vie. Et Justin de poursuivre : « Les capacités s’acquièrent, mais se perdent également si l’on ne s’entraîne pas régulièrement. Arme, munition, optique de visée doivent être maîtrisées à 300 %. » Nous sommes loin des mirages distillés par les publicités diverses et variées, qui font croire aux chalands qu’un Chris Kyle sommeille en eux.

Le Petit Robert est très clair sur ce point, car « approcher » signifie « se déplacer pour venir (plus) près ». C’est là que Justin sonne le glas du tir de chasse à longue distance, en rappelant que « tirer à 500 m ou plus et tuer à 100 %, c’est très facile pour moi car c’était mon métier, mais jamais je ne tire un gibier à cette distance, car chasser ne consiste pas à faire la guerre au gibier. Les animaux méritent notre plus grand respect, c’est à nous de défier leur instinct et, si nous sommes meilleurs qu’eux en réussissant à nous approcher au plus près, alors nous gagnons la possibilité de les tirer pour les manger. Il faut se comporter en prédateurs ! On l’aura compris, tirer à des centaines de mètres, en plus de ne pas être digne d’un acte de chasse, nécessite une préparation de niveau professionnel dont les chasseurs amateurs ne bénéficient pas, et pour cause, puisque leurs tirs sont effectués dans le cadre d’un loisir.

Ces propos sont rejoints par ceux de Lilian Camalet, directeur de l’école de tir 4 Stable Stick Académie, qui forme chaque année un nombre croissant de chasseurs désireux de perfectionner leurs aptitudes au tir d’approche : « Tous nos stages débutent par une série de tirs à 25 m et, dans la plupart des cas, nos stagiaires ont du mal à grouper leurs balles à cette distance ! Après deux jours de stage, les moniteurs amènent leurs stagiaires à un meilleur niveau de connaissances techniques et, surtout, à se rendre compte de leurs limites. « Tirer moins loin pour tirer mieux », un message qui creuse son sillon parmi les chasseurs, et pas uniquement les chasseurs à l’arc, souvent présentés comme étant la quintessence des chasseurs à l’approche. Que ce soit à l’arc ou à la carabine, le tir à courte distance rencontre un succès croissant et nécessite lui aussi un entraînement régulier, ne serait-ce qu’en raison de la nécessaire maîtrise de soi au moment où chaque battement de cils peut révéler votre présence à l’animal chassé. Une balle de calibre 12 n’est plus, selon les spécialistes, létale à partir de 150 mètres, idem pour les ricochets.

Un héritage complexe et ambigu

La vie et la mort de Chris Kyle, ainsi que son statut de héros américain, sont sources de nombreuses controverses.

Les critiques

Entre discours et imagerie laconique, récits des « exploits » guerriers et séquences domestiques, la relecture politique de la vie de Chris Kyle devient plus ambivalente. L'ambition d'utiliser les armes pour soigner : un projet dangereux… De fait, comme souvent dans les albums de Nury et Brüno, la violence dévore volontiers sa propre image âprement séductrice : les premières planches alterneront ainsi les cadavres laissés en territoire ennemi et les rêves illusoires de retrouver un foyer serein, le bilan humain du héros et sa déchéance psychologique (un cocktail d’insomnies, de cauchemars, d’alcoolisme et de bagarres), la sincérité de Kyle à aider les vétérans et l’inhumanité dont est victime (directement ou indirectement) son futur meurtrier Eddie Ray Routh.

Lors des funérailles de Kyle, avec Marines en apparat, bannières étoilées omniprésentes, salves d’honneur et milliers de spectateurs, une certaine émotion accompagne les gestes et paroles de Taya, veuve du héros assassiné. Pourtant, le ver est déjà dans le fruit : c’est bien la violence américaine qui s’est retournée contre elle-même, son hybris et ses dérives ayant conduit à la folie et au carnage, en éloignant de fait toute sympathie pour le personnage central, transformé en rouleau compresseur impérialiste lancé au service d’une démocratie par les médias. Taya versera pour sa part dans l’absence d’autocritique et le mercantilisme en faisant fortune avec une légende éteinte.

La responsabilité individuelle

Fabien Nury enfonce un peu plus avant le clou : « Chaque mythologie peut s’avérer nocive si elle n’est pas remise en question. […] Elle devient réactionnaire puisqu’elle propose toujours de vieilles solutions à de nouveaux problèmes. » Malins, Nury et Brüno réussissent fort heureusement à réimprimer la vérité sur la légende : « Le bonheur de chaque personne est de sa propre responsabilité.

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