Les drones sont devenus de plus en plus présents dans notre société, transformant divers secteurs d'activité et ouvrant de nouvelles perspectives. Cependant, cette prolifération soulève également des questions de sécurité et de confidentialité, notamment en ce qui concerne l'utilisation malveillante de ces appareils. Face à ces défis, le fusil anti-drone émerge comme un outil essentiel pour contrer les menaces potentielles posées par les drones, assurant ainsi la protection des espaces sensibles et la sécurité publique.
L'essor des drones armés et la nécessité de contre-mesures
Ces dernières années, l'utilisation de drones a connu une croissance exponentielle, allant des applications civiles telles que la surveillance et la livraison, aux applications militaires telles que la reconnaissance et l'attaque. Cette évolution a conduit à l'émergence de drones armés, capables de transporter des charges utiles explosives ou des armes à feu, ce qui représente une menace sérieuse pour la sécurité des populations et des infrastructures.
Dans ce contexte, le fusil anti-drone est devenu un élément clé des stratégies de lutte anti-drone (LAD), offrant une solution efficace pour neutraliser les drones indésirables et prévenir les attaques potentielles. Ces dispositifs, initialement conçus pour perturber ou brouiller les signaux de contrôle des drones, ont évolué pour inclure des technologies plus avancées, telles que la détection radar, l'imagerie thermique et les systèmes de ciblage assistés par intelligence artificielle.
L'Ukraine : un champ de bataille pour les innovations en matière de drones
Le conflit en Ukraine a mis en évidence l'importance des drones sur le champ de bataille, tant pour la reconnaissance que pour l'attaque. L'utilisation généralisée de drones commerciaux de type FPV (First Person View) dotés d'une charge militaire a conduit à des destructions significatives de blindés, soulignant la nécessité de développer des contre-mesures efficaces.
Face à cette menace, l'armée ukrainienne a adopté une approche pragmatique, combinant des solutions technologiques avancées avec des méthodes plus « rustiques », telles que l'utilisation de fusils de chasse pour abattre les drones FPV. Cette approche hybride témoigne de l'adaptabilité et de l'innovation dont font preuve les forces ukrainiennes dans cette guerre d'usure.
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Le fusil anti-drone : un outil polyvalent pour la neutralisation des drones
Le fusil anti-drone est un dispositif conçu pour neutraliser les drones indésirables en perturbant leurs systèmes de navigation et de contrôle. Il existe différentes méthodes de neutralisation, allant du brouillage des signaux radio au brouillage du signal GPS, en passant par des techniques plus avancées telles que l'usurpation de signaux et l'attaque informatique.
Fonctionnement et composants
Les fusils anti-drone utilisent la technique de perturbation des signaux radio pour neutraliser les drones. Une autre méthode utilisée par les fusils anti-drone est le brouillage du signal GPS. Le brouillage GPS est une technique efficace pour contrer les drones, car de nombreux drones modernes dépendent fortement du signal GPS pour leur navigation.
Les fusils anti-drones sont équipés de divers composants technologiques avancés pour détecter, suivre et neutraliser les drones indésirables. La manipulation des fusils anti-drones exige une formation spécialisée pour garantir une utilisation efficace et sécurisée. Ces armes sont conçues pour être légères et faciles à manœuvrer, permettant aux opérateurs de réagir rapidement aux menaces de drones.
Utilisation domestique vs militaire
Lorsqu’il s’agit de l’utilisation des fusils anti drone, il est essentiel de considérer la différence entre une utilisation domestique et militaire. La protection de la vie privée et le respect des réglementations de l’espace aérien sont des aspects cruciaux à prendre en compte lors de l’utilisation de fusils anti drone. En France, l’utilisation de fusils anti drone est encadrée par la réglementation de la Direction générale de l’aviation civile (DGAC) qui fixe les règles à suivre en matière d’exploitation des drones et des dispositifs anti drone.
Technologies émergentes
Les technologies émergentes dans les systèmes anti-drone offrent des solutions de plus en plus avancées pour contrer les menaces des drones. L’intégration des fusils anti-drone avec des solutions de sécurité globale est essentielle pour assurer une protection complète contre les menaces aériennes.
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Le fusil de chasse : une méthode rustique et son efficacité
Il est commun de dire que l’on redécouvre toujours le « fil à couper le beurre». La dernière illustration est de la « découverte » de l’efficacité des fusils de chasse pour abattre des drones évoluant à faible vitesse à très basse altitude. Déjà dans les années 1970, certains gardes du corps du président sud-coréen étaient équipés de fusils de chasse destinés à contrer toute menace aérienne de proximité qui pouvait être mise en œuvre par les services nord-coréens à l’aide de maquettes d’avions téléguidées bourrées d’explosifs.
L’emploi des fusils de chasse pour la protection à courte portée est aussi vielle que l’existence même de cette arme mais il a trouvé ses premières lettres de noblesse dans l’Ouest américain. Le fusil de chasse palliait à leur médiocrité en tant que pistoleros car la gerbe de plombs permettait une visée plus approximative. La première utilisation militaire répertoriée a eu lieu lors de la guerre menée par les États-Unis aux Philippines de 1899 à 1902. Cette expérience conduisit les forces armées américaines à doter en 1917 leurs nettoyeurs de tranchées de riot guns équipés d’une baïonnette. Le premier modèle standard était le Winchester Modèle 1897 qui sera complété par le Winchester M12 (mis en service en 1912) ; une version améliorée n’ayant en particulier pas de marteau extérieur qui pouvait être source d’incidents. Les Allemands ont considéré cette arme comme « inhumaine » et tout porteur pouvait être exécuté sur place.
La guerre de Vietnam a fait apprécier cet armement particulièrement efficace dans une végétation luxuriante où les combats pouvaient avoir lieu à très courte distance. La variété des munitions disponibles est un atout précieux pour l’utilisation de cette arme. Il en existe des perforantes permettant également d’ouvrir des portes ou de bloquer des véhicules. Défaut de l’affaire, les truands les ont parfois utilisés pour attaquer les fourgons blindés.
Utilisation actuelle et limitations
L’utilisation de ce type d’arme pour contrer les drones représente un développement intéressant dans les tactiques militaires et de sécurité actuelles. La décision du commandement de la base aérienne belge de Kleine-Brogel d’annoncer publiquement la dotation de ses sentinelles de fusils Benelli M4 Super 90 souligne cette évolution. Ces armes offrent plusieurs avantages dans la lutte contre les drones, principalement en raison de leur facilité d’utilisation et de leur disponibilité à grande échelle. Mais leur efficacité est intrinsèquement limitée par la portée et le besoin de contact visuel avec la cible. En outre, l’utilisation de fusils de chasse nécessite des considérations de sécurité et de dommages collatéraux, en particulier dans les zones peuplées ou à proximité d’installations sensibles.
Réponse militaire et contre-mesures
Récemment, le chef d’état-major de l’armée de Terre [CEMAT], le général Pierre Schill, a estimé que l’usage généralisé de drones commerciaux de type FPV [First Person View - Vue à première personne] dotés d’une charge militaire, comme c’est le cas en Ukraine, ne durerait pas. « C’est un instantané dans le temps. […] Aujourd’hui, l’épée - c’est-à-dire ces drones aériens - est puissante, plus puissante que le bouclier. Mais le bouclier va s’améliorer », a-t-il en effet affirmé lors d’un entretien accordé à Defense News.
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En attendant, ces drones FPV seraient responsables de 80 % des destructions de blindés sur la ligne de front. Ayant une portée pouvant être trois fois supérieures à celle d’un missile antichar « classique », ces engins peuvent aisément suivre leurs cibles avant de les frapper à l’endroit où elles sont les plus vulnérables. Pour le moment, les parades contre les drones FPV sont essentiellement technologiques dans la mesure où elles reposent sur des capacités de guerre électronique. Pour neutraliser un tel appareil, l’idée est de brouiller son système de navigation et/ou de couper la liaison avec son opérateur.
Cependant, un moyen plus « rustique » peut être mis en œuvre : le fusil de chasse, les plombs d’une cartouche de chevrotine pouvant être suffisants pour déstabiliser un drone FPV et le rendre inefficace. D’ailleurs, en avril dernier, il a été rapporté que l’armée ukrainienne venait de commander de telles armes - en l’occurrence des Escort BTS12 - auprès de l’armurier turc Hatsan. L’Escort BTS12 est un fusil de chasse semi-automatique qui tire des cartouches de calibre 12 contenant de la grenaille de plomb [chevrotine]. En configuration « bullpup », cette arme est relativement courte, ce qui fait qu’elle peut éventuellement être utilisée par les équipages de véhicules blindés.
En France, le fusil de chasse fait aussi partie des moyens de lutte antidrone [LAD]. Ainsi, et l’information était passée un peu inaperçue quand elle fut publiée en juin 2023 à l’occasion de la première édition de l’exercice LADA Day, les fusiliers marins disposent de « fusils à pompe approvisionnés en munitions ALDA » pour abattre les drones aériens. Et cela en complément de leurs fusils BADA [brouilleur anti-drone autonome]. Un an plus tôt, le PDG de l’entreprise Humbert CTTS s’était félicité de la notification par le ministère des Armées d’un contrat de 4,5 millions d’euros pour la fourniture de fusils à pompe Benelli Supernova Tactical de calibre 12, en trois versions différentes [canon 18,5 pouces Tactical, canon 14 pouces Tactical et canon 28 pouces Anti-drone].
Cela étant, le fusil de chasse a le défaut d’avoir une portée très limitée [50 mètres en moyenne, voire un peu plus pour certains modèles], ce qui en fait une arme de dernier recours, sachant que les drones FPV peuvent voler à une altitude d’environ 120 mètres, à une vitesse maximale comprise entre 140 et 160 km/h. En tout cas, l’armée ukrainienne est convaincue de l’utilité de telles armes. « L’industrie militaire russe ne se développe pas en jours, mais en heures, leurs drones ont des fréquences différentes, qui changent également à la volée, si bien que, souvent, les dispositifs de guerre électronique ne peuvent pas les neutraliser. Aussi, l’ancienne méthode fiable pour abattre une cible volante demeure », a fait valoir l’un de ses officiers.
Innovations et perspectives d'avenir
L'évolution des drones armés a stimulé l'innovation dans le domaine des systèmes anti-drone, conduisant au développement de technologies de plus en plus sophistiquées. Parmi ces innovations, on peut citer :
- Les drones chasseurs de drones : Ces drones sont équipés de capteurs avancés et d'armes légères pour intercepter et neutraliser d'autres drones en vol.
- Les systèmes de conduite de tir assistés par intelligence artificielle : Ces systèmes utilisent des algorithmes d'apprentissage automatique pour améliorer la précision et l'efficacité des tirs contre les drones, même à grande vitesse.
- Les armes à énergie dirigée : Ces armes utilisent des lasers ou des micro-ondes de haute puissance pour endommager ou détruire les drones à distance.
L'intelligence artificielle au service de la lutte anti-drone
L'armée américaine a récemment testé un système de conduite de tir amélioré par l'intelligence artificielle permettant aux fusils sur lesquels il est installé de cibler et traquer des engins ennemis pilotés à distance : un tournant dans la lutte anti drones?
Forte de ses expériences au Proche-Orient et de ses observations effectuées en Ukraine, l'armée américaine tente en conséquence de trouver des solutions au rapport qualité-prix acceptable, comme d'équiper ses F-15E de roquettes à guidage laser APKWS II. Une autre innovation pourrait bien révolutionner la lutte anti-drones : un fusil capable d'abattre des engins pilotés à distance à l'aide de l'intelligence artificielle. Présenté lors d'un exercice en Allemagne le 6 juin, le SMASH 2000L est un système de conduite de tir amélioré par l'IA développé par l'entreprise israélienne Smart Shooter. Installé sur une arme à feu telle qu'une carabine M4A1, utilisée lors de l'exercice, le SMASH 2000L permet de cibler et traquer des cibles aériennes, ne permettant de tirer que lorsque le tir est assuré d'atteindre son objectif. Cette technologie de pointe combine capteurs électro-optiques, analyse d'images en temps réel, logiciel d'acquisition des cibles et intelligence artificielle, résume Interesting Engineering.
De nombreuses autres entreprises développent actuellement des systèmes d'armements de l'intelligence artificielle afin d'abattre des cibles tels que les drones, l'Ukraine finançant par exemple actuellement des tourelles "Sky Sentinel" contrôlées par l'IA pour protéger ses villes. Cette innovation reste onéreuse, mais bien plus efficace que d'autres solutions : débordée par les drones, l'armée Kiev n'a d'autre choix que de monter des mitrailleuses lourdes sur des pick-up pour tenter d'abattre les Shahed ennemis.
L'innovation ukrainienne
Du côté de l’armée et de la base industrielle de défense ukrainiennes, on voit apparaître depuis peu des images de drones armés d’ALI, notamment d’une mitrailleuse PKM en août dernier. La visée se fait de manière assez rudimentaire à l’aide d’une croix placée dans le cadre de la caméra, zérotée sur l’arme embarquée. En septembre, ce sont les Dragon Drones équipés de lanceurs de thermite qui sont apparus dans les médias.
La thermite est un composé incendiaire extrêmement puissant sous forme de granules d’oxyde de fer et de poudre d’aluminium. La chaleur générée par réaction chimique peut atteindre 2 200 °C et l’incendie reste inextinguible tant que la totalité de la thermite n’a pas fini de brûler, ce qui rend très efficaces les munitions incendiaires qui en contiennent : la thermite peut ainsi trouer le blindage et mettre le feu à des chars, et brûle y compris sous l’eau. Un drone FPV peut ainsi emporter 500 g de thermite et mettre le feu à une tranchée sur une longueur impressionnante. Associé à la vitesse très élevée que peuvent atteindre ces drones, la thermite produit ainsi un effet psychologique redoutable sur les troupes au sol, en plus de l’effet d’interdiction provoqué par l’incendie dans une tranchée.
Drone MALE d'appui au sol
Dans un autre registre, la société américaine General Atomics a mené en avril 2024 un test à munitions réelles à l’US Army Yuma Proving Ground, en Arizona, lors duquel un drone Mojave a engagé de multiples cibles terrestres à l’aide de deux pods DAP‑6 armés de mitrailleuses Dillon Aero M‑134 Minigun. La M‑134 est une mitrailleuse rotative de type Gatling dont les six canons lui permettent d’atteindre une cadence de tir de 6 000 coups/min. Les pods DAP‑6 permettent l’emport de 3 000 coups de 7,62 mm OTAN et le Mojave, un drone MALE dérivé du MQ‑1C Gray Eagle optimisé pour les décollages courts à partir de terrains sommaires, peut devenir une plateforme à longue endurance apportant de solides capacités de strafing telles qu’on les trouve sur l’hélicoptère d’attaque AH‑6 Little Bird utilisé par les forces spéciales américaines. Ce type d’appui peut avoir une utilité dans de nombreux schémas opérationnels où un tir de Hellfire ou de Small diameter bomb s’avérerait surdimensionné, tout en offrant, si l’on considère l’endurance élevée d’un Mojave ou d’un Reaper, un ratio coût/efficacité bien mieux adapté.
Défis et considérations éthiques
Malgré leur efficacité potentielle, les fusils anti-drone soulèvent également des défis et des considérations éthiques importants. Parmi ces défis, on peut citer :
- La prolifération des fusils anti-drone : La disponibilité croissante de ces dispositifs pourrait entraîner leur utilisation abusive par des acteurs non autorisés, tels que des criminels ou des terroristes.
- Les dommages collatéraux : L'utilisation de fusils anti-drone dans des zones peuplées pourrait entraîner des blessures ou des décès accidentels, ainsi que des dommages matériels.
- Les questions de confidentialité : Les fusils anti-drone peuvent être utilisés pour intercepter ou surveiller les communications des drones, ce qui soulève des questions de confidentialité et de protection des données.
L'utilisation légale des drones et les droits des propriétaires
L’utilisation d’un drone est strictement encadrée par la réglementation relative aux drones. Mais face à ce type de situation, peut-on tirer sur un drone en France pour se défendre ? Est-ce légal de détruire un drone au-dessus de chez soi ? Hors situations très spécifiques prévues par la loi, il est interdit d’utiliser une arme à feu contre un drone, que ce soit sur la voie publique ou dans un cadre privé. La chasse, bien que réglementée, ne concerne jamais les drones, même dans des zones rurales. De même, le tir sportif est une activité encadrée, qui se pratique uniquement dans des lieux adaptés.
Un drone reste un bien appartenant à autrui. Tenter de le détruire ou de le faire tomber volontairement constitue une infraction. En abîmant un drone en vol, vous risquez aussi de créer un danger physique : un drone déséquilibré peut devenir un projectile incontrôlé, tomber sur une personne ou heurter un véhicule. Oui, l’espace aérien au-dessus d’une propriété n’appartient pas à son propriétaire. Mais l’article L. La loi reste floue, et il n’existe pas encore de jurisprudence tranchée. Les drones avec indication de classe C0 sont autorisés à survoler des personnes. Les drones sans indication de classe qui pèsent moins de 250 grammes sont autorisés à survoler des personnes.
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