Étienne-Jules Marey (1830-1904), physiologiste et médecin français, a consacré sa vie à l'étude du mouvement, tant humain qu'animal. Face à la complexité de saisir les mouvements rapides et à la subjectivité de la perception humaine, Marey cherchait des moyens objectifs de capturer et d'analyser le mouvement. Il se méfiait de nos sens, dont la perception est trop lente et trop confuse. « Je voudrais tellement arriver à comprendre les mécanismes de plusieurs lois de la Nature. Je cherche tous les moyens de capter des traces visuelles de ces mouvements car je me méfie de nos sens dont la perception est trop lente et trop confuse. La trace reste, le mouvement s’en va. » C'est dans ce contexte qu'il développa le fusil photographique, un instrument révolutionnaire qui allait non seulement préfigurer le cinématographe, mais aussi ouvrir de nouvelles perspectives dans la science et l'art.
Les Origines et Inspirations
Les recherches de Marey furent inspirées par les travaux d'Eadweard Muybridge sur la locomotion animale à l'aide de la photographie, ainsi que par les résultats de la méthode graphique qu'il avait lui-même développée. En 1881, Marey rencontre Muybridge. Marey, un scientifique visionnaire, voyait dans la photographie un outil pour mieux appréhender les fonctionnements des organismes vivants. Il disait : « Je suis fasciné par le mouvement qui est le signe le plus apparent de la vie. »
Développement du Fusil Chronophotographique
Étienne-Jules Marey consacre l’hiver 1881-1882 dans sa villa napolitaine, à construire le fusil photographique. Cette période marque un véritable tournant dans ses recherches. Renonçant provisoirement à la méthode graphique, il vit comme une renaissance son immersion dans un univers nouveau : « Je m’ouvre à la photographie… ». Enthousiasmé, il écrit à sa mère : « Je suis tout à mes expériences qui donnent des résultats étonnants ; on en parlera dans Landerneau quand je publierai mes résultats… J’ai un fusil photographique qui n’a rien de meurtrier et qui prend l’image d’un oiseau qui vole ou d’un animal qui court en un temps moindre de 1/500e de seconde.
Caractéristiques Techniques
Le fusil photographique de Marey, mis au point en 1882, est un appareil ingénieux conçu pour capturer des images successives d'un sujet en mouvement à intervalles réguliers. En 1882, pour observer des oiseaux en vol, le scientifique invente un fusil photographique, qui prend douze images par seconde avec un temps de pose d’1/720e de seconde sur une plaque en verre photosensible circulaire. Le fusil de Marey, en 1882, est muni d’une chambre circulaire dans laquelle se trouve une plaque permettant de prendre douze images consécutives en une seconde.
L'appareil est équipé d’un disque tournant actionné par un rouage d’horlogerie. Un tour de ce rouage commande toutes les pièces de l’appareil, et l’instrument assure le mouvement nécessaire pour enregistrer une image pendant le défilement. Le système utilise d’abord un disque opaque percé d’une étroite fenêtre pour contrôler l’intensité de la lumière et la vitesse de rotation du disque.
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Évolutions et Améliorations
Avec l’aide de son assistant Georges Demenÿ, Marey fait évoluer son invention au fil des années et publie régulièrement ses découvertes. En 1888, il utilise une pellicule mobile, et, enfin, en 1890 une pellicule souple Kodak dans le cadre de l’observation du vol d’une cigogne. Cela permet de corréler la forme des structures impliquées avec le mode de déplacement. En 1889, il adapte son fusil chronophotographique pour passer de la plaque photosensible à la pellicule souple. Marey présente son nouveau fusil au Photo-Club de Paris le 10 janvier 1900.
Applications Scientifiques et Influence
Marey ouvre ainsi la voie à l’étude, par exemple, de la morphologie fonctionnelle : on comprend mieux le mode de déplacement des animaux et des humains grâce à la décomposition des étapes des mouvements. Ainsi, en comprenant le lien entre les structures, les contraintes qu’elles exercent et les mouvements possibles, on peut extrapoler et reconstituer des postures et des modes de déplacement d’animaux dont il ne nous reste que les os… La chronophotographie permet également à Marey de contribuer à l’étude de la physiologie cardiaque et de la circulation sanguine… et bien d’autres sujets.
Marey s’intéresse principalement à la locomotion humaine car la Station physiologique qu’il bâtit avec Demenÿ au Parc des Princes, près de Paris, est subventionnée par l’État pour analyser la biomécanique de l’homme dans le but d’améliorer l’entraînement des soldats après la défaite de la France dans la guerre de 1870. Cependant, Marey continue d’étudier les animaux. Tout l’enjeu de la méthode graphique défendue par Marey est de croiser les résultats obtenus pour opérer des déductions. En enregistrant les images de plusieurs espèces, le scientifique effectue également des études comparées, qui lui permettent notamment de dégager les liens entre les formes d’un organe et les particularités de ses fonctions.
Avec la chronophotographie, Marey porte le nombre d’images à plus de cent par seconde. Ainsi, « dans un coup d’aile que l’œil n’a pas le temps de saisir, l’appareil détermine, avec une précision parfaite, plus de vingt phases successives, passant de l’une à l’autre par transitions presque insensibles ». En comparant les données recueillies sur de nombreuses espèces d’oiseaux, il peut conclure en 1887, que tous les oiseaux utilisent leurs ailes d’une façon similaire.
Impact Artistique et Culturel
Les travaux révolutionnaires de Marey et Muybridge ont eu immédiatement des applications. D’abord, ils ont eu une profonde influence sur des artistes comme Rodin, Bouguereau, Whistler, Eakins et Degas, lequel s’inspira de Marey pour peindre des danseuses dans diverses positions.
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