L'histoire des Tir, une famille d'origine berbère chaouie, est un récit complexe tissé de succès d'intégration, de descentes dans la criminalité et de tragédies sanglantes. Arrivée à Marseille dans les années 1950, cette famille a connu l'ascension sociale grâce au travail acharné de son patriarche, Mahboubi Tir. Cependant, certains de ses descendants ont basculé dans le banditisme, entraînant une spirale de violence et de règlements de comptes qui a décimé une partie du clan.
Les Racines d'une Famille Marseillaise
La saga des Tir commence dans les montagnes des Aurès, en Algérie, avec Mahboubi Tir, né en 1915. Cadet d'une famille de onze enfants, il émigre à Marseille après la Seconde Guerre mondiale, comme beaucoup de Chaouis, à la recherche de meilleures opportunités. À la fin des années 1950, Mahboubi et sa troisième épouse, Fatima, s'installent dans le bidonville de Saint-Barthélemy, à Marseille.
Mahboubi Tir : Le Patriarche Respecté
"Monsieur Tir", comme on l'appelait, ouvre un commerce d'alimentation qui devient rapidement un lieu de rencontre et d'échange pour la communauté. Il accorde facilement du crédit et aide les familles dans le besoin. Son sens de l'écoute et sa générosité lui valent l'affection et le respect de tout le quartier. Après son décès en 1997, des milliers de personnes viennent lui rendre hommage. En 2004, une rue de Marseille est rebaptisée en son honneur, témoignant de l'empreinte positive qu'il a laissée.
La Dérive Criminelle : Saïd Tir et la Drogue
À la mort du patriarche, un autre membre de la famille se fait connaître, mais d'une manière bien différente : son neveu Saïd Tir. Surnommé le "parrain des quartiers Nord", Saïd se spécialise dans le banditisme, notamment dans le trafic de stupéfiants.
Saïd Tir : Le "Parrain" Cynique et Discret
Natif de Bouderhem, comme son oncle Mahboubi, Saïd Tir est décrit comme un homme intelligent, discret et cynique. Après avoir travaillé dans la comptabilité et la soudure, il se lance dans le business des machines à sous et du trafic de drogue aux côtés de Farid Berrahma, dit "le Rôtisseur". Au début des années 2000, il s'installe à Paris, officiellement pour des raisons médicales, mais probablement aussi pour développer ses affaires. Saïd Tir est assassiné en avril 2011, un mois avant l'ouverture d'un procès où il devait comparaître pour trafic de stupéfiants.
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La Spirale de Violence : Règlements de Comptes et Vendetta
L'assassinat de Saïd Tir marque le début d'une série de règlements de comptes sanglants qui déciment le clan Tir. Entre 2011 et 2014, plusieurs membres de la famille sont tués par balle :
- Saïd Tir lui-même, abattu en avril 2011.
- Akim Grabsi, son beau-frère, tué en juillet 2011.
- Farid Tir, un homonyme et oncle de Saïd, criblé de balles en avril 2012.
- Karim Tir, frère de Farid et manager du rappeur Jul, exécuté en juin 2014.
- Yanis Tir, foudroyé sur le parking de la Consolat en juin.
D'autres membres de la famille échappent de peu à la mort, comme Hichem Tir, frère de Farid et Karim, qui est visé par des tirs à deux reprises. Eddy Tir, cousin de Hichem, est également la cible d'une tentative d'assassinat en 2011.
La Guerre des Clans : Tir contre Remadnia
Les enquêteurs soupçonnent une vendetta entre les Tir et un autre clan, les Remadnia, sur fond de trafic de stupéfiants. Cette rivalité aurait déjà fait plus de vingt morts depuis 2010. En juillet 2014, Zakary Remadnia, soupçonné d'avoir participé à l'assassinat de Karim Tir, est abattu. Eddy Tir est mis en examen pour ce meurtre, qu'il est accusé d'avoir commandité depuis sa cellule.
Farid Tir : "Le Mesrine du Nord"
Un autre Farid Tir, différent de ceux déjà mentionnés, s'est illustré dans le banditisme. Surnommé "le Mesrine du Nord" par la presse et "le Solitaire" par les policiers, Farid Tir a braqué de nombreuses banques dans le Nord-Pas-de-Calais au début des années 2000.
Braquages Audacieux et Évasion Spectaculaire
Farid Tir braque au moins huit banques, souvent seul et à visage découvert. Son mode opératoire est précis, et ses otages le décrivent comme un homme poli. En mai 2005, il s'évade spectaculairement du CHU d'Amiens-Nord, avec la complicité d'un commando armé. Il est finalement arrêté en 2008 à Lille.
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Condamnation et Accusations
Condamné à plusieurs reprises, Farid Tir a toujours nié son implication dans les braquages. Son avocate a dénoncé l'acharnement médiatique et policier à son encontre, soulignant l'absence de preuves matérielles et les témoignages contradictoires.
Entre Ombre et Lumière : L'Intégration et la Délinquance
L'histoire des Tir est un mélange complexe d'intégration réussie et de dérive délinquante. Si certains membres de la famille sont impliqués dans le banditisme, la majorité des quelque 300 membres du clan est inconnue des services de police. Certains, comme Rachida Tir, petite-fille de Mahboubi, se battent pour offrir un avenir meilleur aux jeunes des cités.
Une Famille Nombreuse aux Destins Contrastés
La famille Tir est un microcosme de la société marseillaise, avec ses réussites et ses échecs. Certains de ses membres ont choisi la voie de l'intégration, tandis que d'autres ont basculé dans la criminalité, entraînant une spirale de violence et de tragédies.
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