La Pologne, un acteur clé du flanc oriental de l'OTAN, investit massivement dans la modernisation de son armée, notamment dans l'acquisition de fusils et d'autres armements. Cet article explore l'histoire des fusils utilisés par l'armée polonaise, de l'entre-deux-guerres à nos jours, en mettant en lumière les développements récents et les défis à venir.
Un engagement financier important
La Pologne est actuellement le pays européen qui investit le plus dans son armée et l’achat de matériel. Le budget de la défense s’élève à 3 % du PIB depuis 2023 (97 milliards de PLN en 2023, soit 17,7 milliards d’USD), et le Fonds de soutien des forces armées à 1 % supplémentaire (au-delà du budget). Cette volonté d'investissement se traduit par des achats d'équipements importants auprès des États-Unis, de la République de Corée et de l'industrie d'armement nationale.
Aperçu historique : De l'entre-deux-guerres à la Seconde Guerre mondiale
Au lendemain de la Première Guerre mondiale, la Pologne s’est dotée d’une industrie armurière qui a su allier créativité et qualité de fabrication. Alors coincée entre un voisin Germanique bruyant à l’ouest et l’URSS naissante à l’est, cet essor industriel correspond très vraisemblablement à une inquiétude grandissante qui sera légitimée par le début de la Seconde Guerre mondiale. Elle produira des armes de conception étrangère, mais également des armes de conception nationale.
Durant cette période, l'armée polonaise a développé et utilisé des fusils de conception nationale, tels que le fusil antichar wz.35 de calibre 7,92×107 mm dit « Maroszek » du nom de son inventeur, ou le très populaire pistolet VIS-35 de calibre 9×19 mm. Ce dernier, souvent dénommé « RADOM », tire ce surnom de la ville accueillant son usine de fabrication la « Fabryka Broni « Łucznik » - Radom » soit « Fabrique d’Armes « Archer« - Radom ». Cette ville deviendra au cours des années 1930, l’épicentre la fabrication armurière Polonaise pour le demeurer jusqu’à nos jours.
Les Polonais fondent la résistance armée au régime nazi. Au départ, les Polonais ne peuvent compter que sur quelques armes de l'armée comme des fusils Kbk wz. 1929 et Kb wz. Les Alliés (essentiellement anglais) soutinrent la résistance intérieure via des parachutages d'armes. Les principales armes parachutées furent la mitraillette Sten dans sa version MKII et la grenade No. Bien évidemment, les Polonais ajoutèrent à cette collection d'armes hétéroclites d'autres armes prises à l'Occupant. Malgré tout, l'armement resta un problème préoccupant pour la résistance polonaise tout au long du conflit. Il n'y avait tout simplement pas assez d'armes pour les résistants. Dès 1940, les Polonais se tournèrent donc vers des armes de production locales, des créations clandestines élaborées dans le plus grand secret et souvent dans des circonstances rocambolesques. La Pologne bénéficiait d'une population éduquée ayant des ingénieurs, des chimistes, des armuriers, des pyrotechniciens. Nombre d'entre eux avaient travaillés dans l'industrie d'armement au cours de l'entre-deux guerres. Après un début relevant plus du bricolage, une fabrication en série commença.
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L'ère communiste : Production sous influence soviétique
Au lendemain de la Second Guerre mondiale, la Pologne passera sous le giron de Moscou. Le traité qui scellera l’alliance l’URSS avec une grande partie des pays Européens communistes sera d’ailleurs signé le 14 Mai 1955 dans sa capitale et portera le nom de « Pacte de Varsovie ». Si on pourrait croire de prime abord que cette mise sous tutelle aurait pu signer la fin d’une industrie nationale de l’armement, ce ne fut point le cas : la Pologne allait devenir un acteur important de la production d’armes de petit calibre au sein du bloc de l’Est. Pendant l’ère communiste, l’usine de RADOM sera renommée « Zakłady Metalowe im. gen. « Waltera » », soit Usine du Métal du Général « Waltera« et reçu le code 11 dans un ovale comme marque de fabrication. Si cette production sera effectivement marquée par une importante part des armes conçues en URSS avec notamment la production d’AK-47 puis d’AKM en calibre 7,62×39 mm, elle incorpora également des armes de production locale, telles le pistolet-mitrailleurPistolet-Mitrailleur More wz.63 en 9×18 mm Makarov mais aussi, comme souvent dans les pays du Pacte, des variations nationales des armes de conception Soviétique. Ainsi, l’AK-47 sera décliné en fusil lance-grenades sous l’appellation PMK-DGN-60.
On peut aussi évoquer l’intéressant projet « Lantan », fusil d’assaut modulaire (convertible en fusil-mitrailleur comme le fût le Stoner-63) de calibre 7×41 mm étudié dès 1976 qui aurait pu se substituer à l’AKM au sein des forces Polonaises. Celui-ci connut cependant un destin funeste, notamment à cause du veto Soviétique à l’introduction d’une 3e munition intermédiaire dans l’arsenal. Le projet « Tantal » remonte à la fin des années 1970 sous la direction de Bogdan Szpadreski. Pendant la Guerre Froide (et même dans les années qui la suivirent), la coutume Polonaise voulait que les projets d’armement Polonais adoptent un nom de code souvent choisi dans le tableau périodique des éléments : Beryl (élément 4), Lantan (élément 57), Tantal (élément 73), etc. Petite exception, l’Onyx est quant à elle une pierre. Notons que cela ne semble plus être le cas, le dernier étant baptisé « Grot », terme polonais signifiant « Pointe de flèche ».
Le développement du projet Tantal fut ralenti par les troubles de politique interne du pays au début des années 1980 et par quelques rebondissements dans les choix techniques. Après plusieurs séries d’essais, l’arme fut finalement adoptée en 1989 sous l’appellation « 5,45 mm karabinek wz.88 » et mise en production en 1990. Pris dans le torrent de l’histoire, la fin de l’ère communiste en Pologne allait conduire à son rapide remplacement de par l’abandon du 5,45×39 mm au profit d’un 5,56×45 mm devenu otanien. Il est communément avancé que la raison ayant poussé la Pologne à développer sa propre variante de fusil en 5,45×39 mm aurait été d’éviter l’achat d’une couteuse licence de production à l’Union Soviétique. Ceci lui permettait par la même occasion de se soustraire aux règles d’exportation qui y étaient liées. Cependant, l’arme incorporera quelques éléments spécifiques de l’AK-74 notamment son ensemble mobile (interchangeable avec l’arme Soviétique), élément central du système moteur.
Ces pièces diffèrent de l’AKM par différents usinages, et notamment par un nouveau dessin de la cuvette de tirLa cuvette de tir est la partie de la culasse qui accueille … More et de l’extracteur (Photo 05). De même la rampe d’alimentation et la frette des gaz sont dérivées de l’AK-74 et non de l’AKM. Pour mémoire, la frette d’emprunt des gaz de l’AK-74 est pièce de fonderie usinée comportant un coude d’admission des gaz à 90° alors que celle de l’AKM est originellement forgée et usinée avec un coude d’admission à 45°. On note que cette dernière est substituée au milieu des années 1970 sur les AKM nouvellement produites par une pièce fonderie usinée comportant toujours un coude à 45°…sans doute inspiré des travaux de production de l’AK-74 ! L’élément majeur « recyclé » de l’AKM est le boîtier : celui de l’AK-74, très proche de celui de l’AKM, comporte des différences au niveau du système de mise à feu notamment par l’intégration d’un bloc détente monté sur une entretoise pour faciliter le démontage au niveau du soldat (Photo 06). L’incorporation d’un système de détente plus complexe sur cette arme a de toute façon éloigné l’arme du dessin Soviétique. L’interface d’installation de la crosse, rivetée au boîtier, est, elle aussi héritée de la version à crosse fixe de l’AKM, bien que les crosses soient techniquement compatibles. Si ce tour de passe-passe put peut-être faire passer d’un point de vue « légal » des vessies pour des lanternes (on se demande bien auprès de qui ?), il comporte de toute façon l’avantage de changer peu de choses sur les chaînes de production de boîtiers… Enfin, beaucoup de changements incorporés sur l’arme relèvent plus de considérations ergonomiques que d’innovations techniques.
Modernisation récente : Acquisitions et défis
La Pologne est, du moins dans les médias européens, l’un des leaders en matière d’armement dans l’espace européen de l’OTAN. Ce fait peut être confirmé par le ratio du PIB alloué aux forces armées et les fonds provenant de l’extérieur du budget de l’État à allouer à l’achat d’armes et à d’autres formes de modernisation et d’élargissement. En outre, l’augmentation du nombre de soldats dans les unités opérationnelles et les forces de défense territoriale fait l’objet d’un débat permanent. Cependant, après les élections de 2023, il est difficile de dire si le projet de 300 000 soldats sera encore une vision défendue par la nouvelle coalition gouvernementale. D’autant plus que les annonces d’éminents politiciens de la Coalition civique (le principal parti de la nouvelle coalition gouvernementale) ont critiqué ce type de vision promue par le ministre Mariusz Błaszczak. Cependant, elle reste la force armée vitale du flanc oriental de l’OTAN. C’est pourquoi, entre autres, des équipements importants sont nécessaires pour nos hypothèses de défense et la coopération avec les alliés.
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Il convient de noter qu’il existe des disproportions significatives en ce qui concerne la répartition des achats entre les différentes branches des forces armées, où le principal bénéficiaire est d’abord l’armée de terre, puis l’armée de l’air (en tenant compte également de la défense antiaérienne). C’est la situation de la marine qui suscite le plus de doutes en ce qui concerne les achats d’équipements. Il faut souligner que dans le cas de la Pologne, la dimension quantitative des achats d’équipements et des équipements lourds - MBT, systèmes de défense aérienne, avions de combat et hélicoptères militaires - est également importante. En effet, en l’espace de quelques années, voire de quelques mois, d’importants achats d’équipements ont été annoncés aux États-Unis, en République de Corée et dans l’industrie d’armement du pays. Mais, comme dans le cas de la taille de l’armée polonaise, il faut reconnaître que les nouvelles autorités expriment des objections significatives à la méthode actuelle de commande d’équipements. Il s’agit également de prendre du recul sur leur impact sur l’armée polonaise, car ils ne peuvent pas être placés uniquement dans le contexte des deux mandats des gouvernements de droite de la Droite Unie (2015-2023) et de la mise en œuvre de concepts politiques relatifs aux questions de défense.
Il est essentiel de noter l’attitude particulière et ancienne des Polonais à l’égard des questions militaires. Elle oscille autour d’un consensus concernant les besoins de défense du pays, mais accepte également, au fil des ans, la réduction du potentiel militaire ou les processus de modernisation prolongés de nombreux segments d’armes clés. Il faut donc souligner d’emblée qu’il ne s’agit pas d’une image homogène et qu’elle est facile à présenter à un destinataire extérieur. L’approche polonaise de la taille des forces armées en est un exemple : d’une part, de nombreuses études montrent que les Polonais sont très conscients de leurs besoins en matière de défense par rapport à de nombreux pays d’Europe occidentale. Cependant, après l’achèvement des processus de formation des réservistes dans le cadre du service militaire obligatoire (2008/2009), même la guerre en Ukraine n’a pas conduit au rétablissement de la formation de masse des réservistes. Toutefois, en ce qui concerne les achats d’armes, nous devrions commencer par établir un historique, en particulier en ce qui concerne les grands programmes d’armement. Ceux qui sont en cours (des accords ont été signés) ou qui pourront être poursuivis/initiés à l’avenir après le changement de gouvernement de la Pologne. Subjectivement, outre les aspects substantiels et stratégiques, il faut également inclure l’approche des gouvernants des années 2015-2023 quant à l’utilisation instrumentale de la question des armements dans le cadre de leur positionnement sur la scène politique. Ceci a pu être observé principalement dans l’analyse de la stratégie choisie pour la campagne politique 2023 du parti Droit et Justice.
Un autre aspect qui est devenu de facto un dérivé de la question de l’agression russe contre l’Ukraine et qui a influencé l’armement polonais est le transfert d’un important paquet d’armes, d’équipements et de munitions à l’armée ukrainienne. La Pologne est devenue un leader dans ce type d’assistance militaire, en particulier juste avant l’attaque russe de février 2022 et au cours des premiers mois critiques de l’agression. En dehors des questions politiques (importantes, mais pas le sujet critique de cette analyse), dans le cas de la Pologne et de ses armements, il faut reconnaître que le facteur russe est devenu décisif dans l’accélération de nombreux programmes de modernisation. Cela est particulièrement vrai en ce qui concerne les achats effectués dans le cadre de ce que l’on appelle les besoins opérationnels urgents.
L’état quantitatif et qualitatif des systèmes antichars pose encore de nombreux problèmes. Compte tenu des besoins résultant de l’observation de la guerre en Ukraine, l’augmentation du nombre d’armes antichars est un grand défi. En Pologne, nous disposons d’une combinaison de missiles et de lanceurs des familles Spike, Javelin et Brimstone.
En ce qui concerne les effets du retard technologique, qui n’ont été mis en évidence que par la menace russe entre 2014 et 2022, les décisions relatives à la modernisation rapide des systèmes de défense aérienne et antimissile doivent également être prises en compte. À cet égard, la Pologne s’est attachée à combiner les technologies polonaises, américaines et européennes (principalement britanniques).
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Les plus grands défis du processus d’achat sont le maintien du niveau élevé de financement par le nouveau gouvernement et le rythme de réarmement de toutes les forces armées avec des équipements nouveaux ou modernisés. Jusqu’à présent, le problème d’équipement le plus visible de l’armée polonaise a été son développement en îlots. Ainsi, les îlots de technologie moderne étaient entourés de problèmes liés à des équipements anciens et non modernisés, principalement post-soviétiques. En même temps, un défi pour les gouvernements suivants est d’équilibrer les grands programmes d’armement et les investissements plus modestes pour éliminer les problèmes et les lacunes, par exemple, dans les systèmes anti-drones et les achats de petits drones. Un autre problème peut résulter d’une vision différente du développement de l’industrie polonaise de l’armement offerte par l’administration gouvernementale suivante. Par exemple, l’attention est attirée sur la mauvaise approche du groupe WB, dont les munitions pour les drones et les solutions de flânerie sont appréciées sur les marchés mondiaux. Pourtant, l’ampleur des commandes en Pologne pourrait être plus satisfaisante. Les contrats et les prêts en République de Corée suscitent actuellement des inquiétudes particulières.
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