Le Fusil Berthier : Histoire et Caractéristiques d'une Arme Française Emblématique

Les mousquetons et les fusils Berthier représentent un ensemble cohérent d'armement, basé sur le mécanisme de chargement Mannlicher et dérivé du fusil Lebel modèle 1886. Adoptés par l'armée française à partir de 1890, ils ont participé à de nombreux conflits, de la Grande Guerre à la guerre d'Algérie.

Genèse et Développement du Fusil Berthier

L'histoire du fusil Berthier commence avec les travaux de Paul Vieille, un ingénieur français qui met au point la « poudre sans fumée » en 1884/85. Cette invention majeure offre un avantage significatif à l'armée française, incitant le Ministre des Armées à exiger la conception rapide d'une cartouche et d'un fusil adaptés.

Dans ce contexte d'urgence, l'arme est conçue comme un hybride entre un fusil Gras et un fusil Kropatchek, intégrant un système de chargement Mannlicher. Malgré les améliorations apportées au fusil Lebel, les Allemands développent une version "Karabiner" de leur modèle 1888, incitant les Français à adopter une arme courte plus moderne pour remplacer les mousquetons Gras.

Les versions raccourcies du Lebel ne donnant pas satisfaction, une arme basée sur le Lebel mais dotée d'un système de chargement Mannlicher est adoptée en 1890. Cette arme est l'œuvre d'un ingénieur du nom de Berthier. Pour des raisons qui restent obscures, la capacité du chargeur est limitée à 3 coups, contrairement au projet initial du concepteur.

De cette carabine (ou mousqueton), il sera tiré un fusil « court » pour les tirailleurs « indochinois », de petite stature généralement. Ce sera le Berthier modèle 1902.

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Afin d'équiper les troupes coloniales d'Afrique, il est décidé de fabriquer cette arme, avec une version plus longue, adaptée à la morphologie des troupes coloniales africaines et nord-africaines. Ce sera le fusil Berthier modèle 1907.

Adoption et Modifications du Fusil Berthier

En 1915, le fusil Berthier est officiellement adopté par le ministère de la Guerre, recevant la désignation de fusil Mle 1907 modifié 1915, ou 07/15. Cette adoption intervient dans un contexte où le fusil Lebel, malgré ses qualités, montre ses limites et sa production est concentrée dans une seule manufacture, limitant les quantités disponibles. La fabrication du Berthier modèle 1907 est alors intensifiée pour pallier ce manque.

Cependant, le fusil Berthier souffre d'un handicap initial : son chargeur ne contient que 3 cartouches, contre 5 pour le fusil allemand. Une décision est prise pour modifier l'arme et la rendre compétitive avec son homologue allemand.

En retenant pour les fabrications de guerre un fusil de la longueur du Lebel, parallèlement à la relance de la fabrication du mousqueton Mle 1892, plutôt que le fusil 1902, la France laissait passer l’occasion d’homogénéiser les armes d’épaule avec un fusil de longueur intermédiaire, comme l’avait fait la Grande-Bretagne en 1902 avec le SMLE et les États-Unis en 1903 avec le Springfield ainsi que, entre les deux guerres, l’Allemagne avec le Mauser 98K1.

Les Différentes Versions du Fusil Berthier

Le fusil Berthier a connu plusieurs versions, adaptées à différents usages et troupes :

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  • Carabine de Cavalerie Mle 1890 : Appréciée pour sa légèreté, sa maniabilité et son efficacité, elle est principalement utilisée par les cavaliers. Toutefois, son magasin est trop petit avec 3 cartouches alors que la plupart des concurrents en ont 5. De plus, elle ne peut être chargée qu’à l’aide de clips. Elle est un peu fragile car elle n’est construite que d’une seule pièce. Son canon est trop court pour lui donner des caractéristiques balistiques optimum. Compte tenu de la taille réduite de son canon, le recul de l’arme est très important.

  • Carabine de Gendarmerie : Ressemble trait pour trait à la carabine de cavalerie. Sa différence consiste en une épée baïonnette qui ressemble à celle du Lebel, avec un dispositif d’accrochage particulier. De plus, il est doté d’un emplacement pour une baguette de nettoyage.

  • Carabine de Cuirassiers Mle 1890 : Pour remplacer le revolver Mle 1873, qui n’est pas adapté à leur combat, une carabine particulière pour les cuirassiers est aussi produite. En effet, les cuirassiers porteurs, par définition, de la cuirasse, ont des difficultés à épauler sans l’endommager. A partir de 1916, les carabines de cuirassiers Mle 1890 ne sont plus réparées avec leurs éléments spécifiques.

  • Mousqueton Berthier 1892 M16 : Se distingue par son sabre-baïonnette Mle 1892, principalement utilisé comme un outil. Le canon porte les organes de visée et le tenon de baïonnette.

  • Fusil de Tirailleur Indochinois Mle 1902 : Conçu pour s’adapter à la petite stature des troupes indochinoises. En tant que troupe supplétives, les tirailleurs indochinois sont équipés de toute sorte d’armes, le Mousqueton Mle 1892 au mieux, dont le recul est difficilement supportable, la carabine Gras de gendarmerie à pied voire le Lebel, trop lourd et trop long. En 1901, le gouverneur de l’Indochine demande donc expressément une arme nouvelle. Le comité de l’artillerie se met donc au travail et aboutit à un fusil fondé sur un prototype issu de la carabine de gendarmerie Mle 1890. Ce fusil est dénommé "Fusil de tirailleur indochinois Mle 1902" et une commande pour 10 000 exemplaires est passé à la manufacture d’arme de Chatellerault.

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  • Fusil Colonial de 1915 : A subi certaines modifications pour devenir le nouveau fusil réglementaire. Adopté à la fois par les troupes françaises et allemandes, sa longueur permettait des tirs sur deux rangs.

  • Carabine BERTHIER MLE 1907-15 modifiée 1916 : Une version améliorée avec des modifications apportées en 1916 pour améliorer sa performance.

André Virgile Paul Berthier : Le Concepteur

André Virgile Paul Berthier, né en 1858 à Neuilly-sur-Seine et décédé dans la même ville en 1923, est l'homme derrière le fusil Berthier. De 1886 à 1888, il présente à l'Administration de la Guerre divers systèmes de tir réduit pour armes de guerre, fusils et revolvers. En 1888, il soumet au Ministère de la Guerre un modèle de fusil à répétition, qui deviendra la carabine Mod.1890, mise en service au sein des forces militaires françaises.

On lui doit le développement de la carabine Mod.1890. Les modèles 1902 et 1907 ont été conçus pour armer les troupes coloniales de tirailleurs indochinois et sénégalais. Face à une pénurie de Lebel 1886/93 neufs, l'armée française adopte le modèle 1907, qui deviendra ensuite, durant la Grande Guerre, le classique Mod.1907-15. En 1916, le Mod.16 voit le jour, se distinguant par l'ajout d'un magasin de 5 munitions.

Caractéristiques Techniques

Voici un aperçu des caractéristiques techniques des différentes versions du fusil Berthier :

ModèleCalibreLongueurPoidsMagasinPortée
Modèle 1907-19158 mm (8x50R Lebel)1,30 m3,9 kg3 cartouchesPratique 400 m, Utile 2.000 m
Carabine de cavalerie modèle 18907.5 mm0,945 m3,25 kg5 cartouches
Mousqueton M16 Modèle 07/158 mm959 cm3,750 kg6 coups

Mise en Service des 1907-15 M16

Un débat existe quant à la mise en service effective des fusils Berthier 1907-15 M16. Certains experts suggèrent que les 280 000 fusils fabriqués entre fin 1917 et novembre 1918 auraient été tenus en réserve en raison de difficultés logistiques et de la complexité de localiser les unités à équiper.

Le Berthier et l'Industrie Civile

La production du fusil Berthier, en particulier pendant la Première Guerre Mondiale, a fait appel à l'industrie civile française. Face à la demande massive d'armes, le ministère de la Guerre a fait appel aux entreprises privées pour compléter la production des manufactures d'État.

En 1915 est créé le Groupement des Constructeurs d’Armes Portatives, qui, sous la férule de l’organisateur Louis RENAULT va organiser la mobilisation de l’industrie privée notamment dans la production de pièces détachées pour les armes portatives et tout particulièrement le MANNLICHER BERTHIER. Ce sont les seuls à disposer des machines-outils de très haute précision, d’ateliers, d’usines (on démobilise les ouvriers !), etc. qui permettent de fabriquer en masse des pièces détachées pour ces armes portatives à la bonne côte ! c’est important cette haute précision, car pour la première fois on a atteint le niveau d’usinage nécessaire pour rendre toutes ces pièces vraiment interchangeables.

On retrouve dans ce groupement, qui constitue d’ailleurs incidemment le fond baptismal des syndicats patronaux, quasiment tout le petit monde précité. Pour une fois où l’entente n’est pas illicite…(?)Bien entendu, on retrouvera ces industriels dans l’effort de guerre pour les armes lourdes, les chars, les obus, etc. mais c’est une autre histoire.

Cette collaboration a donné lieu à des marquages spécifiques sur les fusils Berthier, témoignant de l'implication de différentes entreprises. Par exemple, les boîtiers CONSTINSUZA étaient fabriqués dans les ateliers mécaniques de ce fabricant de projecteurs de cinématographe à Tulle, tandis que les boîtiers DELAUNEY BELLEVILLE portaient leur propre marquage. D'autres entreprises, comme PANHARD LEVASSOR et LORRAINE DIETRICH, ont également contribué à la production de pièces détachées.

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