Le Fusil Berthier Cuirassier : Histoire et Caractéristiques

Le fusil Berthier, souvent éclipsé par son prédécesseur, le Lebel, a pourtant joué un rôle crucial dans l'armement de l'armée française, notamment durant la Première Guerre mondiale et la guerre du Rif. Son histoire est une véritable saga, marquée par des adaptations et des modifications pour répondre aux besoins changeants des forces armées. Cet article explore l'histoire et les caractéristiques de la carabine de cuirassier 1890, une version particulière du système Berthier.

Origines et Développement du Système Berthier

Dans les années 1884-1885, l'ingénieur français Paul Vieille met au point la poudre sans fumée, offrant un avantage significatif à l'armée française. Le ministre des Armées de l'époque, le Général Boulanger, exige la conception rapide d'une cartouche et d'un fusil adaptés à cette nouvelle poudre.

L'arme qui en résulte est un hybride entre un fusil Gras et un fusil Kropatchek à système Mannlicher, doté d'un magasin tubulaire. La munition est dérivée de la cartouche de 11 mm Gras, avec un collet réduit à 8 mm, lui donnant une forme caractéristique de "bouteille".

Les versions raccourcies du Lebel ne donnant pas satisfaction, une arme basée sur le Lebel mais équipée d'un système de chargement de type Mannlicher est adoptée en 1890. Elle est l'œuvre de l'ingénieur Berthier. Pour une raison indéterminée, la capacité de l'arme est réduite à trois coups, contrairement au projet initial.

Les Différents Modèles Berthier

De cette carabine initiale découleront plusieurs modèles, dont un fusil "court" pour les tirailleurs indochinois, de petite taille. Pour équiper les troupes coloniales d'Afrique, il est décidé de fabriquer une version plus longue, adaptée à la morphologie des troupes africaines et nord-africaines.

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Le conflit de la Première Guerre mondiale révèle les limites du Lebel, malgré ses qualités. De plus, sa production est concentrée dans une seule manufacture, limitant les quantités disponibles. Il est décidé d'augmenter la production du Berthier modèle 1907 pour remplacer le Lebel. Cette décision, prise en 1915, donne naissance au Berthier modèle 07-15.

Cependant, cette arme souffre d'un handicap : bien que le Berthier permette un rechargement rapide grâce à des clips, comme son homologue allemand, ce dernier dispose de cinq coups contre trois pour le soldat français. La décision est donc prise de modifier l'arme pour qu'elle rivalise avec son homologue allemand.

La Carabine de Cuirassier 1890 : Une Version Spécifique

Parmi les différentes versions du système Berthier, la carabine de cuirassier 1890 occupe une place particulière. Destinée à remplacer le révolver 1873, jugé insuffisant en termes de puissance de feu, auprès des cuirassiers, elle se distingue par deux spécificités uniques :

  • L'absence de busc de crosse : Cette particularité permettait de prendre la visée malgré les joues de maintien du casque porté par les cuirassiers.

  • La plaque de couche en cuir : Cette plaque évitait à l'arme de glisser sur la cuirasse portée par les cavaliers.

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Ces caractéristiques spécifiques faisaient de la carabine de cuirassier 1890 une arme adaptée aux contraintes de la cavalerie cuirassée de l'époque.

Les Mérites de Berthier

Un civil, chef de bureau des chemins de fer algériens pour la compagnie Bône-Guelma, propose un mousqueton sur la base d'un fusil identique au Lebel mais avec un système de chargement Mannlicher. En 1887, il propose son invention au Comité de l'Artillerie qui le refuse et qui l'éconduit. Il corrige ses plans et propose à nouveau son projet en mai 1888. Il reçoit alors un avis favorable d'essai.

Les essais démontrent la supériorité du système Berthier face au Lebel, notamment dans le domaine de la rapidité du tir. Les membres de la commission décident alors de créer une carabine de cavalerie et un mousqueton d'artillerie sur la base de cette arme.

La Section Technique de l'Armée (STA) essaye l'arme et la modifie de manière conséquente. Elle est adoptée le 14 mars 1890. Les mérites de M. D'un calibre de 8 mm Lebel, le système Berthier comprend à l'origine 3 carabines : une carabine de cavalerie, n'acceptant pas de baïonnette ; une carabine de cuirassier, carabine de cavalerie modifiée pour pouvoir être épaulée avec la cuirasse (allongement de 7 mm, pente plus accentuée de la crosse et absence de busc, ajout d'une plaque de couche en cuir pour ne pas abîmer la cuirasse lors du tir) ; une carabine de gendarmerie, modifiée pour recevoir une baïonnette.

Le Système de Chargement Berthier

Le système Berthier est approvisionné par une boîte-chargeur de type Mannlicher de trois cartouches. Les cartouches sont glissées en pile unique sur une lame-chargeur, laquelle est ensuite introduite dans le magasin de l’arme. Une fois la dernière cartouche tirée, la lame-chargeur tombe automatiquement en glissant sous le boîtier d’alimentation.

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Le mousqueton Berthier 1892 M16 se distingue par son sabre-baïonnette Mle 1892, principalement utilisé comme un outil. Conçu pour s’adapter à la petite stature des troupes indochinoises, ce fusil a été élaboré à la demande du gouverneur de l’Indochine, Paul Doumer. Ce fusil colonial de 1915 a subi certaines modifications pour devenir le nouveau fusil réglementaire.

Évolution du Système Berthier au Fil des Années

Les circonstances ont amené l'autorité militaire à utiliser le même mécanisme pour réaliser d'autres modèles, avant, pendant et après la Première Guerre mondiale. Devant faire face à une pénurie de Lebel 1886/93 neufs, l'armée française adopte le modèle 1907, qui deviendra ensuite, durant la Grande Guerre, le classique Mod.1907-15. En 1916, le Mod.16 voit le jour. Plus tard, dans l'entre deux guerres, la version de 1934, conçue sur base du modèle 1907-15, verra le calibre passer de 8mm à 7,5 mm (Mle 29C).

Lorsque les Allemands conçoivent leur fusil Mannlicher M 1888, ils ajoutent une variante carabine destinée aux troupes montées. Dans le cadre de la "course aux armements" qui s'est développée entre ces deux nations, il est urgent de prendre des mesures. En 1887, il propose son invention au Comité de l’Artillerie qui le refuse et qui l’éconduit. Il corrige ses plan et propose à nouveau son projet en mai 1888. L’atelier de Puteaux (APX) réalise alors une dizaine de prototypes qui sont essayés au Mont-Valérien.

La carabine de cavalerie est la première arme développée à partir du système. Elle est esthétique, légère, maniable et efficace. Toutefois, son magasin est trop petit avec 3 cartouches alors que la plupart des concurrents en ont 5. De plus, elle ne peut être chargée qu’à l’aide de clips. Elle est un peu fragile car elle n’est construite que d’une seule pièce. Son canon est trop court pour lui donner des caractéristiques balistiques optimum. Compte tenu de la taille réduite de son canon, le recul de l’arme est très important.

La carabine de gendarmerie ressemble trait pour trait à la carabine de cavalerie. Sa différence consiste en une épée baïonnette qui ressemble à celle du Lebel, avec un dispositif d’accrochage particulier. De plus, il est doté d’un emplacement pour une baguette de nettoyage.

En tant que troupe supplétives, les tirailleurs indochinois sont équipés de toute sorte d’armes, le Mousqueton Mle 1892 au mieux, dont le recul est difficilement supportable, la carabine Gras de gendarmerie à pied voire le Lebel, trop lourd et trop long. En 1901, le gouverneur de l’Indochine demande donc expressément une arme nouvelle.

Le comité de l’artillerie se met donc au travail et aboutit à un fusil fondé sur un prototype issu de la carabine de gendarmerie Mle 1890. Ce fusil est dénommé "Fusil de tirailleur indochinois Mle 1902" et une commande pour 10 000 exemplaires est passé à la manufacture d’arme de Chatellerault.

En 1915, ce fusil est officiellement adopté par le ministère de la guerre. Il reçoit donc l’appellation fusil Mle 1907 modifié 1915 ou 07/15. En retenant pour les fabrications de guerre un fusil de la longueur du Lebel, parallèlement à la relance de la fabrication du mousqueton Mle 1892, plutôt que le fusil 1902, la France laissait passer l’occasion d’homogénéiser les armes d’épaule avec un fusil de longueur intermédiaire, comme l’avait fait la Grande-Bretagne en 1902 avec le SMLE et les États-Unis en 1903 avec le Springfield ainsi que, entre les deux guerres, l’Allemagne avec le Mauser 98K1.

Caractéristiques Techniques Générales

Les fusils Berthier présentent des caractéristiques variables selon les modèles. Voici quelques exemples :

  • Modèle 1907-1915 dit "de tirailleur sénégalais" :

    • Longueur : 1,30 m
    • Poids : 3,9 kg
    • Calibre : 8 mm
  • Carabine de cavalerie modèle 1890, mousqueton d'artillerie modèle 1892 et modifié en 1916, en calibre 7.5 mm :

    • Longueur : 0,945 m
    • Canon : 0,453 m
    • Poids : 3,25 kg
    • Magasin de 5 cartouches
    • Portée : Pratique 400 m, Utile 2 000 m

D'autres modèles incluent :

  • Berthier M16 mod. 1907/15 5 coups

    • Cal. : 8 mm (8x50R Lebel)
    • Vélocité : 701 m/s
    • L : 1.306 cm ; 1.825 cm avec baïonnette
    • Poids : 4.195 kg
  • Berthier M16 Modèle 07/15 6 coups

    • Cal. : 8 mm
    • Vélocité : 637 m/s
    • L : 959 cm ; 1.359 cm avec baïonnette
    • Poids : 3,750 kg

André Virgile Paul Berthier : L'Ingénieur Derrière le Système

André Virgile Paul Berthier (1858-1923) était un ingénieur civil français. Il fut officier dans l'armée française, ensuite général-pacha, aide de camp du Sultan de l'Empire ottoman (avant 1914-18), et sous-directeur de l'usine Gévelot. De 1886 à 1888, il présente à l'Administration de la Guerre divers systèmes de tir réduit pour armes de guerre, fusils et revolvers. En 1888, il présente au Ministère de la Guerre un modèle de fusil à répétition, ensuite une carabine de cavalerie vouée à devenir la carabine Mod.1890 mise en service au sein des forces militaires françaises.

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