Fusil Canardier : Histoire et Caractéristiques

Le fusil canardier, une arme à feu de gros calibre, est associé à une forme de chasse exigeante, où l'équipement est constamment exposé aux éléments. Ces fusils étaient utilisés dans des conditions difficiles, confrontés à la tangue, à la pluie, à la neige et aux embruns. De plus, ils subissaient les aléas d'une utilisation peu conventionnelle, servant parfois de gaffe improvisée ou de pagaie de fortune.

Une arme puissante pour la chasse au gibier d'eau

Autrefois, il était courant d'utiliser des calibres importants, allant jusqu'au calibre 8 (21 mm), bien que le calibre 10 fût devenu la limite supérieure acceptable. Ces armes, malgré leur poids d'environ 7 kg, étaient capables de tirer efficacement à des distances considérables, atteignant jusqu'à 80 mètres, grâce à leurs deux canons à étranglement complet (full choke). Avec des charges de poudre et de plomb multipliant par trois celles d'un calibre 12 classique, le recul était conséquent. Ces fusils peuvent être considérés comme les ancêtres des "fusils de sniper" modernes, tels que le 50 BMG utilisé par les tireurs d'élite.

Contexte historique et géographique

La chasse avec le fusil canardier était particulièrement bien documentée dans le monde anglo-saxon, notamment aux États-Unis, dans la baie de Chesapeake, où l'on recensait une centaine de ces armes de gros calibre. Après la guerre de Sécession, ces fusils ont contribué à la reprise générale de l'approvisionnement alimentaire et à la demande de plumes pour les chapeaux féminins. La proximité de cette zone avec les grands centres urbains, facilement accessibles par voie ferrée, et le développement des techniques de réfrigération ont favorisé l'essor de cette chasse.

C'est la chasse au phoque, pratiquée cinquante ans plus tôt à Terre-Neuve, qui a introduit en Nouvelle-Angleterre, mais aussi au Texas et dans le Maryland, ces petits canons allant jusqu'au "bore 2" (environ 37 mm). Ces armes utilisaient jusqu'à 44 grammes de poudre noire pour propulser 380 grammes de plomb, soit dix fois la charge d'une cartouche de calibre 12.

Ces fusils étaient généralement fabriqués sur mesure en Grande-Bretagne, où les restrictions sur les calibres et les munitions étaient moins strictes. Les grands fabricants de l'époque, tels que Greener et Holland & Holland, en produisaient pour des professionnels comme S. Slight, un chasseur du Yorkshire qui, entre 1890 et 1907, a abattu plus de 5 000 oiseaux, avec un record de 44 d'un seul coup. L'intérêt des "gentlemen" pour cette pratique a contribué à la pérennisation de la construction d'embarcations spécifiques et coûteuses, ainsi que des armes associées.

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Aux États-Unis, le Lacy Act de 1900, interdisant le transport de gibier entre les États, et une série de lois fédérales (Bird Treaty Act) après 1918, ont progressivement rendu ces armes illégales. Cependant, elles ont continué à être utilisées clandestinement jusqu'à la Grande Dépression de 1929.

Le fusil canardier en France

En France, le catalogue de la Manufacture Française d'Armes et Cycles de Saint-Étienne (Manufrance) a popularisé ces armes extraordinaires, comme la canardière Darne de calibre 45 mm, tirant 600 grammes de plomb avec 100 grammes de poudre noire. Cette arme mesurait 2,25 mètres de long et pesait 74 kg. Les anciens établissements Pieper à Liège ont même perfectionné le concept en 1890 en forant sept canons de calibre 12 dans une seule pièce d'acier massive. Chaque coup, chambré à 65 mm et chargé de 60 grammes de poudre noire, envoyait 60 grammes de plomb, l'équivalent d'une cartouche super magnum actuelle, avec la possibilité de tirer coup par coup ou les sept coups simultanément.

L'évolution des munitions et des techniques de chasse

L'évolution des munitions a également joué un rôle crucial dans le développement de la chasse au gibier d'eau. La cartouche de la marque Winchester sortie en 1922, a révolutionné le tir à longue distance grâce à sa vitesse de 424 m/s, obtenue avec des poudres progressives Du Pont, sans augmenter excessivement les pressions. Peters et Remington ont rapidement suivi avec leurs propres versions de cartouches à haute vitesse.

Cette évolution a conduit à une compétition entre les fabricants d'armes, notamment Ithaca et Fox. John Olin, d'Ithaca, a collaboré avec Charles Askins pour créer le NID Super 10, dont le premier exemplaire a été offert à Elmer Keith, qui en a vanté les qualités. Fox a également sorti sa série "Super" de calibres 12 à 20, chambrée en 76 et 70 mm, dont est issu le fameux "Bo Woop" de Nash Buckingham. LC Smith a suivi avec ses "Long Range", produits à environ 2 600 exemplaires entre 1921 et 1941, puis une centaine de "Wildfowl" pendant la guerre. Ces armes, malgré leur poids d'environ 4 kg, permettaient des tirs exceptionnels à longue distance, en utilisant des munitions de l'époque, peu chargées en plomb et sans bourres à jupe.

Autres types de fusils utilisés pour la chasse au gibier d'eau

Outre les fusils canardiers, d'autres types d'armes ont été utilisés pour la chasse au gibier d'eau, notamment les fusils à pompe. Le système Spencer, datant de 1882, a été développé par J.M. Browning, notamment avec le Modèle 12 de Winchester, une évolution du Modèle 97. Browning a également collaboré avec J. Pedersen sur un autre fusil à pompe à succès, l'Ithaca Modèle 37.

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Le fusil Gras modifié pour la chasse

Après la Révolution française, le droit de chasse n'était plus réservé à une élite, et de nombreux campagnards chassaient sans avoir les moyens d'acquérir un véritable fusil de chasse. Ils utilisaient alors d'anciens fusils militaires à canon lisse, chargés par la bouche et amorcés par silex ou capsule, ou des fabrications similaires réutilisant des pièces militaires produites en masse et à faible coût.

Autour des années 1900, l'armée française, ayant remplacé ses fusils Gras par des fusils Lebel, a revendu aux enchères une partie des anciens modèles déclassés. Ces fusils Gras, simples et robustes, pouvaient intéresser les chasseurs peu fortunés, à condition d'être transformés à canon lisse pour la chasse au petit gibier.

Ces modifications "chasse" n'étaient pas standardisées, et un grand nombre de variantes ont été proposées. La transformation en calibre 24 était la plus fréquente, car elle nécessitait simplement d'aléser le canon, de modifier la tête mobile et de retoucher l'extracteur. Les calibres plus gros (20, 16 et 12) demandaient plus de travail, car le canon d'origine n'était pas assez épais pour être réalésé directement, et la boîte de culasse était trop étroite pour le bourrelet de ces calibres.

La hausse, le guidon et le tenon de baïonnette militaires étaient généralement supprimés et remplacés par un grain d'orge et un cran de mire. La longueur des fusils militaires était souvent réduite, et le bois était retouché pour amincir la crosse et dégager le canon. Le levier de culasse droit était plié et rogné pour ressembler aux leviers de carabine ou de mousqueton.

Le fusil Sabatti Canardouze

Le fusil Sabatti Canardouze est un fusil juxtaposé de calibre 12/89, fabriqué par l'armurier italien Sabatti. Il est doté de canons parallèles de 82 cm, avec un pré-perçage de la bande pour le montage d'une optique, de chokes interchangeables, d'une double détente et d'extracteurs. Conçu pour la chasse au gibier d'eau, il est éprouvé pour le tir de billes d'acier et possède une épaisse plaque anti-recul en caoutchouc pour limiter le recul. Son poids est d'environ 5,13 kg.

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La famille Sabatti est impliquée dans la fabrication d'armes en Valtrompia depuis le XVIIIe siècle. Au fil des générations, les Sabatti ont excellé dans différentes spécialités, notamment la fabrication de canons et de platines. Après la Seconde Guerre mondiale, Antonio Sabatti s'est associé à Giuseppe Tanfoglio pour relancer la production de pièces pour fusils de chasse. En 1960, les frères Sabatti ont créé leur propre société et continuent de fabriquer des fusils de chasse et de tir toujours plus perfectionnés.

Le Remington 1889

Le Remington 1889 est un fusil à double canon juxtaposé, à percussion centrale et à chiens extérieurs, fabriqué par E. Remington & Sons. Il a été introduit en 1889 et sa production a été abandonnée en 1908. Environ 135 000 exemplaires ont été produits en calibres 10, 12 et 16.

Certains Remington 1889 ont été modifiés, notamment en raccourcissant les canons. Ces modifications étaient souvent réalisées en dehors des usines, et les armes étaient parfois rapatriées des États-Unis dans cet état.

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