Le Fusil de Chasse à l'Éléphant : Histoire, Pratiques et Symbolisme

L'histoire du fusil de chasse à l'éléphant est intimement liée à la fois à l'aventure, au pouvoir, à la subsistance et à une complexité culturelle souvent mal comprise. Cet article explore cette histoire, en se concentrant particulièrement sur le contexte ivoirien des années 1960 et en élargissant la perspective à d'autres régions et époques.

Les Chasseurs d'Éléphants en Côte d'Ivoire dans les Années 1960 : Héros et Traditions

Dans les années 1960 en Côte d’Ivoire, plus précisément dans la région du Ndényé, les chasseurs d’éléphants (esuinbofwe ou bofwe) étaient perçus comme des héros, suscitant fierté et admiration. Le souvenir de leurs exploits était encore vif, bien que les derniers d'entre eux fussent en train de disparaître, en raison de la raréfaction des éléphants. Ces chasseurs incarnaient une figure respectée, leurs noms et leurs prouesses gravés dans la mémoire collective des villages. Amian Pascal, à Zaranou en 1969, se souvenait de « Koadio Kpãhi, père de Koadio Kabran, Etieñ, père de Badou Antoine, Ndia Boadou, père de Brofwe Kadio, Koabran Bouakro et Nda Ettien », ce dernier étant considéré comme « le plus fort de tous ».

Malgré leur statut héroïque, les chasseurs d'éléphants partageaient des points communs avec une autre figure, plus sombre, celle des bourreaux (adumu). Les deux groupes étaient liés par une allégeance à un même bosson (déité), nommé Aboya chez les chasseurs et Alu chez les bourreaux. Ils formaient des corps autonomes, avec leurs propres règles, et se recrutaient en lignée paternelle dans une société pourtant dominée par la matrilinéarité. Enfin, ils dépendaient directement du roi, qui les commandait.

Rôle et Statut des Chasseurs : Entre Pouvoir Royal et Monde Invisible

Le pouvoir du roi des Ndényé n’était pas sans limites. Avant la colonisation, plusieurs entités cohabitaient dans l’espace territorial actuel du Ndényé, et l’autorité du roi n’était pas toujours assurée. De plus, le royaume subissait la pression constante des Asante, qui pouvaient intervenir dans la succession royale et prélever de l’or et des hommes.

Dans ce contexte, le rôle des chasseurs d'éléphants était crucial. Ils étaient bien plus que de simples pourvoyeurs de viande. Ils jouaient un rôle déterminant dans l'histoire de l'occupation de l'espace, apparaissant comme des éclaireurs armés dans les récits de migration, prospectant les sites pour de futures implantations. Des villages furent fondés grâce à eux, comme Apoisso par Aka Koassi. En temps de guerre, ils se portaient au cœur des combats, connaissant les chemins secrets de la forêt pour frapper l'ennemi.

Lire aussi: Meilleur fusil semi-automatique

La chasse à l'éléphant était une activité qui reliait étroitement le monde visible au monde invisible. La description du déroulement « technique » de la chasse était indissociable des opérations qui s’effectuaient parallèlement dans le monde invisible. Pour les Akan, l’éléphant faisait partie des êtres dont on redoutait la vengeance après la mort. À Koakuro, au Sefwi, un chasseur guettait le gibier quand il entendit une musique provenant du sol, et vit des hommes sortir de terre, précédés par le chef des adumu, portant une chaîne en fer et une mâchoire humaine. Le chasseur tira, effrayant l'adumuhene qui disparut, laissant sa chaîne.

Transmission du Savoir et Rites d'Initiation

Devenir chasseur d'éléphants était un processus rigoureux et codifié. Presque toujours, le bofwe était fils de bofwe, héritant de son père ses aïre (« médecines ») et ses amwã (objets protecteurs). Cependant, l'hérédité ne suffisait pas. Il fallait faire son apprentissage en tant que bofweba et passer par une initiation. Le corps enduit de « médecines », le postulant devait retirer des morceaux de viande d’une marmite d’huile bouillante sans se brûler, une épreuve attestant de sa force et de sa protection spirituelle.

Malgré la prédominance de la lignée paternelle dans la transmission du statut de chasseur, l’aura des chasseurs d’éléphants pouvait entourer certains abuswã (lignages matrilinéaires). Le village d'Atiamé, par exemple, était célèbre pour ses chasseurs, et le nom du village désignait également l'abuswã qui y dominait.

Atiamé : Un Village de Chasseurs et de Guerriers

Le village d’Atiamé, aujourd'hui disparu suite aux regroupements opérés par l'administration coloniale, était un symbole de la culture des chasseurs. Ses habitants étaient à la fois chasseurs et guerriers, soutenant le roi des Ndényé en cas de conflit. Brou Ndakoa, le chef du village, menait les guerriers au combat.

Lors d'une visite du site d'Atiamé en 1968, des monticules de terre et des tessons de poterie témoignaient de l'ancien village. On y trouvait des pierres servant à préparer les médicaments et à travailler les pilons. Les anciens habitants montrèrent l'endroit où les chasseurs dansaient komiale, leur danse propre, sous les bambous de Chine.

Lire aussi: Premier Ergal Extracteur : Test et Performance

La Danse Komiale et les Amwã : Rituels et Objets de Protection

La danse komiale était un rituel essentiel pour les chasseurs. Vêtus de la tenue baoulé aafo et armés de leurs fusils, ils tournaient sur eux-mêmes et tiraient en dansant. Ils tremblaient, entendant le barrissement de Ple, « le chef des éléphants », et le coup de fusil tiré par Aboya dans la brousse. Les amwã des chasseurs, des objets protecteurs, étaient déposés dans un adjowakokore (bassin de laiton). À Atiamé, ces amwã se nommaient ebwe et angora, auxquels s’ajoutaient des dufale. Ils étaient aspergés de sang de chien et de mouton, et d'œufs écrasés, pour invoquer les bosson et les Eboroninge (êtres d'eboro).

À Niabley, le rite de komiale était légèrement différent : on emplissait le bassin de laiton d’eau « pure, sainte », blanchie de kaolin, et on y mettait des feuilles et des lianes nouées. Après des coups de fusil, la danse se poursuivait jusqu’à ce que le chasseur voie apparaître dans l’eau l’image de l’éléphant qu’il devait tuer.

Chaque chasseur possédait ses propres amwã. Ceux de Brou Ndakoa, angora et ebwe, avaient une histoire particulière. Angora contenait une queue de bœuf et des substances végétales, tandis qu'ebwe était une pierre taillée en biseau, d'origine mystérieuse : certains disaient que Brou Ndakoa l'avait retirée de l'anus d'un éléphant femelle, d'autres qu'il avait surpris des éléphants en train de l'adorer. Brou Ndakoa utilisait cette pierre pour couper la queue de l'éléphant qu'il tuait, avant de la sécher. Koffi Kiumassi raconta que les gens d’Atiamé éventaient le roi des Ndényé Boa Koassi avec cette queue pendant les cérémonies.

Pendant la chasse, si les chasseurs ne trouvaient pas d’éléphant après plusieurs jours, ils mettaient ebwe sur la tête d'un apprenti, et la pierre tournait toute seule, indiquant la direction à suivre.

La Fin Tragique de Brou Ndakoa : Un Destin Paradoxal

Brou Ndakoa, dixième enfant de Nana Afala, chef du village d'Atiamé et de l'abuswã, connut une fin tragique. Alors qu'il se rendait au Ghana pour désigner l'héritier du chef d'un village réputé pour sa connaissance des « médecines », il croisa plusieurs éléphants. Il en tua deux, mais le troisième se jeta sur lui et le tua. Cette fin, loin de l'apothéose attendue pour un grand chasseur, fut expliquée par un événement antérieur : Brou Ndakoa avait un jour refusé de partager un butin de chasse avec un vieillard, ce qui lui avait attiré une malédiction.

Lire aussi: Fusil de ball-trap idéal : guide d'occasion

L'évolution des techniques de chasse et la diminution des proies

Il y a environ 400 000 ans, au Moyen-Orient, les premiers humains chassaient des éléphants à défenses droites (Palaeoloxodon antiquus), des mastodontes pouvant peser jusqu'à 15 tonnes. Ces animaux étaient tués grâce à la "chasse par désavantage", où l'animal était attiré dans un piège pour y être battu à mort ou laissé s'affamer. Cette méthode était dangereuse, mais un seul éléphant suffisait à nourrir une communauté pendant des mois. La graisse de ces animaux était particulièrement recherchée, car elle fournissait deux fois plus d'énergie que la viande.

La disparition des éléphants à défenses droites, due à un changement climatique et à la chasse, a contraint les humains à s'adapter. La "chasse par désavantage" était moins efficace sur des animaux plus petits et plus rapides, comme les bisons, les zèbres et les gazelles. Les humains ont alors développé de nouvelles techniques de chasse, comme l'arc et les flèches. La grotte de Qesem, habitée entre 400 000 et 200 000 ans avant notre époque, témoigne de ces transformations. Des outils trouvés sur le site montrent que les habitants avaient commencé à forger leurs nouvelles armes de chasse dans le feu il y a environ 300 000 ans.

La Chasse à l'Éléphant Aujourd'hui : Controverse et Conservation

Aujourd'hui, la chasse à l'éléphant est un sujet de controverse. Si elle est pratiquée de manière responsable et encadrée, elle peut contribuer à la conservation des espèces et au développement des communautés locales. Cependant, la chasse aux trophées, qui consiste à tuer des animaux pour le simple plaisir de posséder un trophée, est de plus en plus critiquée.

En 2012, une polémique a éclaté en Espagne lorsque le roi Juan Carlos a été photographié devant un éléphant mort lors d'un safari au Botswana. Cette affaire a suscité l'indignation de l'opinion publique, qui a dénoncé le manque de transparence de la Maison royale et le caractère indécent de ce loisir de luxe, alors que le pays était en pleine crise économique.

Plusieurs pays européens, dont la Belgique, les Pays-Bas et la Finlande, ont interdit l'importation de trophées de chasse de certaines espèces protégées. En France, une proposition de loi visant à interdire l'importation de trophées de chasse de plusieurs centaines d'espèces protégées est en cours de discussion à l'Assemblée nationale.

tags: #fusil #de #chasse #elephant #histoire

Articles populaires: