Le fusil de traite africain : histoire et utilisation

Introduction

Le fusil de traite africain représente un pan méconnu mais essentiel de l'histoire des échanges commerciaux et des relations entre l'Europe et l'Afrique du XVIIe au XXe siècle. Ces armes à feu, souvent issues de surplus militaires ou d'assemblages hétéroclites, ont joué un rôle significatif dans les transactions eurafricaines, influençant les dynamiques politiques, économiques et sociales des sociétés africaines. Cet article se propose d'explorer l'histoire et l'utilisation de ces fusils de traite, en mettant en lumière leur origine, leur évolution, leur impact sur les populations africaines et les spécificités qui les distinguent des autres types d'armes à feu.

Origines et fabrication des fusils de traite

Armes de surplus et assemblages

Les fusils de traite ne sont pas des armes produites selon un modèle standardisé. Ils se distinguent des armes militaires par leur nature composite. Ils sont souvent le résultat d'un assemblage de pièces provenant d'armes diverses, ou de la fabrication de pièces spécifiques qui s'éloignent des modèles réglementaires. Dès 1855, la manufacture de Châtellerault avait installé des ateliers pour transformer des fusils et mousquetons à silex hors service (modèles 1777, An 9, 1816, 1822, etc.) qui étaient revendus aux armateurs commerçant en Afrique.

Distinction entre armes de traite et fusils "pou-pou"

Il est essentiel de distinguer les armes de traite des fusils "pou-pou". Les armes de traite sont fabriquées en Europe, tandis que les fusils "pou-pou" incorporent une part non négligeable de pièces fabriquées ou adaptées localement, voire sont entièrement fabriqués sur place à partir de pièces non armurières et en copiant plus ou moins habilement les modèles européens. Cependant, après des décennies d'utilisation et de remplacement local de pièces, il devient difficile de distinguer une arme de traite d'un fusil "pou-pou".

Le rôle des armes à feu dans les transactions eurafricaines

Les transactions commerciales

Les armes à feu ont joué un rôle prépondérant dans les transactions commerciales entre Européens et Africains. Les comptoirs côtiers et les grands centres commerciaux de l'intérieur du territoire sont devenus des zones de diffusion des armes dès la fin du XVIIe siècle. Au XVIIIe siècle, avec l'intensification de la traite négrière, l'esclave s'impose comme le principal produit d'exportation, et les armes à feu deviennent une marchandise de premier plan en contrepartie.

Le prix des armes à feu

Le prix des armes à feu variait en fonction de leur qualité et de la conjoncture. Sur la côte ouest-africaine, le prix d'un esclave pouvait correspondre à une demi-livre de poudre, à 50 pierres à fusil, à un fusil, ou encore à 15 livres d'acier. Ce prix pouvait parfois atteindre celui d'un fusil à deux coups, ou de 24 livres de poudre à canon.

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L'omniprésence des armes à feu dans les échanges

Bouet Willaumez, dans sa description de la côte ivoirienne en 1838, souligne l'omniprésence des armes à feu dans les échanges. Sur la Côte des Mauvaises Gens, le Cam-Wood s'échangeait contre des fusils, de la poudre, du tafia et des étoffes. Sur la Côte de l'Or, l'huile de palme et l'ivoire étaient échangés contre des fusils et des étoffes.

Les produits les plus demandés

En 1850-1851, le tabac, les cotons blancs, la poudre Longivine et les fusils Towers étaient les produits les plus demandés à Assinie et Grand Bassam. Ce commerce d'armes à feu se prolongeait dans l'arrière-pays par le biais des grandes cités marchandes.

Les relations diplomatiques

Les armes à feu ont également joué un rôle fondamental dans la consolidation des empires africains et dans les relations diplomatiques entre les États. La possession d'armes à feu était perçue comme un signe de modernité et de puissance. La proximité de royaumes puissants, comme le royaume Ashanti, encourageait la "course aux armements".

Les traités et la distribution d'armes

La signature de traités était souvent l'occasion pour les puissances européennes de distribuer des armes à feu et de la poudre à leurs alliés africains. Par exemple, le traité de protectorat signé en 1842 entre la France et le roi Peter de Grand-Bassam prévoyait le paiement au roi de 5 barils de poudre de 25 livres et de 10 fusils à un coup. De même, le traité conclu en 1843 entre la France et le roi d'Assinie mentionnait la fourniture de cent barils de poudre, cent fusils à un coup, deux sacs de tabacs, six pièces d'eau-de-vie et quatre caisses de liqueur.

Conséquences de la prolifération des armes à feu

Renforcement des résistances à la présence européenne

La prolifération des armes à feu dans les sociétés africaines a eu des conséquences complexes et souvent contradictoires. D'une part, elle a permis à certains États africains de se renforcer et de résister à la pénétration européenne. D'autre part, elle a alimenté les conflits interethniques et les guerres civiles.

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L'ampleur de la prolifération des armes à feu

Il est difficile d'établir des statistiques fiables sur le nombre de fusils acheminés vers la Côte d'Ivoire et d'autres régions d'Afrique. Cependant, les chiffres disponibles indiquent une augmentation significative du commerce des armes à feu au XIXe siècle, en relation avec les évolutions politiques, militaires et industrielles en Europe.

Les stocks issus des guerres napoléoniennes

La première impulsion à ce commerce provient des stocks d'armes accumulés à la suite des guerres napoléoniennes. Birmingham, par exemple, qui fournissait environ 30 000 fusils par an entre 1775 et 1800, se retrouve avec près d'un million de fusils à écouler.

L'évolution des armes à feu

La généralisation des fusils à culasse à canon d'acier, tels que les Chassepot (1866) et Gras (1874), ainsi que l'apparition des fusils à répétition de type Winchester, Lebel, Mannliecher et Lee Metfort, ont également contribué à l'intensification du trafic d'armes en Afrique.

Le fusil "pou-pou" : une arme de fabrication locale

Caractéristiques et origine

Le fusil "pou-pou" est une arme de fabrication locale, souvent très artisanale, faite de bric et de broc. Ces fusils sont issus d'un remontage hétéroclite, parfois à partir de pièces d'armes européennes incomplètes, avec des pièces diverses assemblées pour le rendre opérationnel.

Anecdotes et utilisations

Ces armes étaient parfois offertes par des chefs de village aux visiteurs européens, sur instruction des pouvoirs publiques en place ou du fait de leur métier. Elles pouvaient également être utilisées lors de conflits locaux ou de cérémonies rituelles.

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Le tromblon : une arme spécifique

Usage et description

Le tromblon est une arme à très courte portée, caractérisée par son canon évasé. Il était utilisé dans la marine pour les abordages et, plus rarement, dans l'armée de terre. Le tromblon était également employé par les civils pour la défense des navires marchands contre les pirates.

Le tromblon des mamelouks

Les mamelouks de la garde impériale française étaient équipés de tromblons fabriqués par Boutet. Ces tromblons étaient chargés de plusieurs balles et étaient considérés comme des armes de parade plutôt que de combat.

L'espingole : une arme de marine

L'espingole est une arme de marine, plus longue et moins évasée que le tromblon. Elle était utilisée pour repousser les abordages et pour faire fondre un déluge de plomb sur le pont de l'adversaire.

Le fusil 1822 Tbis : un exemple d'arme transformée

Description et transformations

Le fusil d'infanterie 1822 Tbis est un exemple d'arme transformée. Il pouvait être modifié à percussion et rayé, avec un canon alésé à 17,8 mm. Ces transformations étaient réalisées dans les manufactures d'armes, comme à Tulle, où 11 000 fusils à silex 1822 ont été transformés en 1860.

Hypothèses sur son utilisation

L'utilisation de ces fusils transformés est sujette à débat. Ils pouvaient être destinés à la Garde nationale, vendus à l'étranger, ou assemblés à partir de pièces détachées restantes dans les manufactures.

La fin du commerce des armes de traite

L'acte de Bruxelles

L'acte de Bruxelles de 1890 interdit le commerce des fusils à tir rapide en Afrique, mais le commerce des armes à feu continue malgré tout.

La diffusion des surplus de la Seconde Guerre mondiale

Le marché des armes de traite a progressivement disparu au début des années 1950, avec la diffusion des surplus de la Seconde Guerre mondiale et l'omniprésence de l'AK47.

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