L'Uzi : Histoire d'une Mitraillette Israélienne Légendaire

L'Uzi, une mitraillette israélienne, est une arme emblématique du XXe siècle, comparable à la Kalachnikov en termes d'influence et de reconnaissance. Conçue par Uziel Gal en Israël à partir de 1948, elle est produite par Israel Military Industries (IMI). Son design distinctif a marqué l'imaginaire collectif, au point que le mot "Uzi" est parfois utilisé comme terme générique pour désigner une mitraillette.

Genèse et Développement

La création de l'Uzi est intimement liée à la naissance de l'État d'Israël. Le 14 mai 1948, Israël proclame son indépendance et se retrouve immédiatement en guerre avec ses voisins arabes. Le nouvel État fait face à une pénurie d'armes, son arsenal étant disparate et constitué de matériel récupéré en urgence. Dans ce contexte, Uziel Gal, un ingénieur né en Allemagne en 1923 (sous le nom de Gothard Glas) et ayant immigré en Palestine dans les années 1930, joue un rôle crucial.

En 1951, IMI organise des essais comparatifs entre le prototype de Gal et une version concurrente signée Chair Kara. Les deux concepteurs se sont inspirés de pistolets-mitrailleurs tchécoslovaques, notamment le CZ 23 et ses dérivés. Toutefois, le design de Gal l'emporte pour deux raisons essentielles : sa fiabilité sur le terrain et sa facilité de production grâce à l'utilisation d'acier embouti plutôt que d'un boîtier usiné, ce qui réduit considérablement les coûts.

Gal fait breveter son arme en 1952, mais les droits de production restent entre les mains du ministère de la Défense. Une première commande de 8 000 exemplaires et 80 000 chargeurs est passée en mars 1954 pour le marché intérieur. L'Uzi entre en service dans l'armée israélienne en 1955.

Caractéristiques Techniques

L'Uzi est une mitraillette légère à canon court, chambrée en 9 mm Parabellum. Elle se distingue par sa précision, sa facilité de démontage et sa puissance de tir. Ses caractéristiques principales sont les suivantes :

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  • Calibre : 9 mm Parabellum (des kits de conversion permettent également de tirer en .45 ACP et en .22 Long Rifle)
  • Poids : 3,7 kg
  • Chargeur : 25 ou 32 balles
  • Cadence de tir : 600 coups par minute
  • Portée : 150 à 200 mètres

L'Uzi est une arme simple, fiable et compacte. Elle est équipée de trois sécurités :

  1. Un sélecteur de tir offrant les positions de sécurité, tir semi-automatique et tir automatique.
  2. Une sécurité située à l'arrière de la poignée qui empêche le tir si elle n'est pas enfoncée.
  3. Un loquet sur le levier de culasse qui bloque son mouvement.

La conception générale de l’Uzi est simple, avec une carcasse en tôle emboutie et un nombre limité de pièces, ce qui réduit les coûts de production et facilite la maintenance sur le terrain. Il se caractérise par sa poignée située au centre de l’arme et dans laquelle est inséré le magasin, cette disposition permettant de placer le centre de gravité au niveau de la main droite et d’ainsi mieux contrôler le recul.

Lorsque l’Uzi est armé, le bloc de culasse est en position arrière et le ressort de retour tendu. Lorsque l’opérateur presse la queue de détente, la gâchette libère le bloc, qui est entraîné en avant par le ressort de retour. En atteignant le puits du magasin, le bloc en extrait une cartouche et la conduit dans la chambre. L’inertie due à la masse du bloc de culasse empêche celui-ci de subir les effets de la mise à feu pendant une fraction de seconde, ce qui est suffisant pour permettre à la balle de quitter le canon.

Le bloc est alors propulsé en arrière par la pression des gaz et ce mouvement entraîne également l’étui et actionne le mécanisme d’extraction, qui éjecte la douille lorsque le bloc atteint la fenêtre d’éjection. Une fois le bloc de culasse revenu en position arrière, il repart immédiatement en avant si le sélecteur de tir est placé en mode automatique.

Le sélecteur de tir comprend trois mode : A pour automatique, qui permet le tir en continu, R pour repetion, qui limite le tir en semi-automatique, et S pour safe, qui bloque mécaniquement la détente pour empêcher le tir.

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Les organes de visée standards sont des mires métalliques installées à l’avant et à l’arrière de la carcasse et encadrées d’épaisses ailettes les protégeant contre les chocs qui pourraient les fausser. L’Uzi standard est chambré en 9 mm Parabellum et peut-être utilisé avec des magasins de 25 ou 32 cartouches.

Production et Diffusion

L'exportation de l'Uzi commence en 1956. Cependant, IMI se révèle incapable de répondre à la demande croissante, ce qui conduit à la recherche d'autres fabricants. En 1958, l'entreprise belge FN Herstal obtient une licence de production, à condition de ne vendre qu'à des clients approuvés par Israël. Une autre licence est accordée à la Rhodésie dans les années 1970 pour faciliter l'exportation vers les pays africains.

Évolution et Déclinaisons de l'Uzi

Afin de maintenir sa production, IMI se tourne vers le marché civil en commercialisant l'Uzi Carbine à partir de 1979. Pour conserver son avantage en termes de compacité, l'Uzi est améliorée, donnant naissance au Mini Uzi en 1980 et au Micro Uzi en 1989.

Le Mini Uzi

Apparu en 1980, le Mini Uzi est une version raccourcie de l'Uzi (360 mm contre 470 mm). La réduction des composants internes entraîne une augmentation de la cadence de tir à 1 100 coups par minute, ce qui nécessite des évents de compensation sur le canon pour réduire le recul et améliorer le contrôle en mode automatique.

Un autre changement majeur est que l’arme est disponible en deux versions : l’une tirant culasse ouverte, comme l’Uzi original, et l’autre fermée, c’est-à-dire que lorsque l’arme est armée, le bloc de culasse est en avant et non en arrière.

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Le Micro Uzi

Le Micro Uzi reprend le concept du Mini Uzi en réduisant davantage la taille et le poids (282 mm de longueur pour un peu plus de 2 kg à vide).

L'Uzi Pro

Présenté en 2010 au salon Eurosatory, l'Uzi Pro est une évolution du Micro Uzi à culasse fermée. La principale différence réside dans la poignée redessinée, intégrant un pontet de grande taille pouvant servir de poignée. Cette garde dispose d’une protubérance s’étendant sous le canon et comportant trois rails Picatinny. L’Uzi Pistol est une variante encore raccourcie du Micro Uzi ne dépassant pas 240 mm de long.

Le pistolet mitrailleur IWI Uzi Pro est une version moderne et améliorée du légendaire Uzi, développé par Israel Weapon Industries (IWI) et lancé en 2010. Basé sur la plateforme compacte Micro Uzi, l'Uzi Pro allie matériaux de pointe, design ergonomique et technologie moderne, tout en conservant la fiabilité et la simplicité qui ont fait la renommée de la famille Uzi.

La conception de l'Uzi Pro présente de nombreuses améliorations par rapport au Micro Uzi. La carcasse inférieure est fabriquée en polymère haute résistance, ce qui réduit le poids de 20 à 30 % par rapport à la construction en acier de l'Uzi classique. La poignée d'armement a été déplacée du haut vers le côté gauche de la carcasse, permettant l'installation d'un rail Picatinny sur toute la longueur pour le montage de viseurs optiques tels que le Mepro 21.

L'Uzi Pro est sûr grâce à trois mécanismes : une sécurité de poignée manuelle, un bloc percuteur et une sécurité de pontet qui nécessite une pression complète pour tirer. L'arme peut être équipée d'un silencieux, ce qui la rend idéale pour les opérations secrètes.

L'IWI Uzi Pro est fabriqué par Israel Weapon Industries à Ramat Hasharon, en Israël, depuis 2010. Sa conception est optimisée pour une fabrication moderne, utilisant des matériaux polymères et de l'acier embouti pour réduire les coûts et le poids tout en préservant sa robustesse.

L'IWI Uzi Pro a été peu utilisé par les forces spéciales et les forces de l'ordre, notamment les forces indiennes et ukrainiennes. Sa taille compacte (317 mm avec crosse repliée) et son poids léger (2,4 kg sans chargeur) le rendent idéal pour les opérations urbaines, les prises d'assaut de bâtiments et la protection des personnalités.

Son intégration d'optiques et d'un silencieux le rend idéal pour les opérations secrètes, notamment en combat rapproché. L'IWI Uzi Pro est une tentative de modernisation de la famille emblématique Uzi pour le XXIe siècle, tout en conservant ses atouts clés : compacité, fiabilité et simplicité.

Utilisation Militaire et Policière

L'Uzi est initialement utilisée par les unités de parachutistes, les forces spéciales et les équipages de véhicules. Elle se répand ensuite dans les unités impliquées dans les combats urbains. Cependant, l’Uzi est par conséquent remplacé par le Galil dans la plupart des unités conventionnelles à partir de 1973. Par ailleurs, il reste en service dans les forces spéciales, notamment le Sayeret Matkal, ainsi que de manière limitée dans les troupes parachutistes.

Exportée dans plus de cinquante pays, l'Uzi est utilisée dans de nombreux conflits et épisodes de violence à travers le monde au cours des XXe et XXIe siècles. Un événement historique démontrant le déploiement rapide, la compacité et la pertinence de l'utilisation de l'UZI, en particulier dans les opérations spéciales et la protection des VIP, est la situation de l'assassinat raté du président américain Ronald Reagan.

Le United States Secret Service adopte l’Uzi dans les années 1960. La diffusion de l’Uzi dans les forces de maintien de l’ordre s’accroît à partir de la fin des années 1960, notamment en Amérique du Nord. En effet, même des services de police mineurs des États-Unis et du Canada s’en équipent parfois, même lorsque la criminalité locale ne justifie pas un tel armement.

Inconvénients et Limites

Le faible pouvoir pénétrant du 9 mm Parabellum et sa portée utile assez limitée constituent un désavantage majeur de l’Uzi. Bien qu’élevée, la cadence de tir de l’Uzi original reste raisonnable, facilitant le contrôle de l’arme par l’opérateur. La précision est toutefois considérablement dégradée en cas de rafale prolongée.

Aspects Légaux et Marché Civil

L’Uzi est considéré dans la plupart des pays du monde comme une arme de guerre dont l’acquisition et la détention est interdite, à moins que l’arme ait été rendu définitivement incapable de tirer, par exemple par la soudure de son mécanisme. Un important marché civil légal existe toutefois aux États-Unis, où la législation est plus accommodante.

L'Uzi dans la Culture Populaire

L’Uzi est propulsé au rang d’icône de la culture populaire après son apparition dans le film Terminator de James Cameron en 1984. À la suite du cinéma, l’Uzi se diffuse dans le pop art, mais c’est surtout dans le genre musical du gangsta rap qu’il revient de manière récurrente, avec des chansons telles que My Uzi Weighs a Ton du groupe Public Enemy.

Controverses et Implications Éthiques

La production et l'exportation d'armes, y compris de l'Uzi et de ses composants, sont des sujets de controverse en raison de leur utilisation potentielle dans des conflits armés et des violations des droits humains. Des révélations récentes ont mis en lumière la livraison de matériel militaire français à Israël, notamment des composants pour des fusils mitrailleurs susceptibles d'être utilisés contre des civils à Gaza.

En mars 2024, une enquête menée par Disclose et Marsactu a révélé qu'une entreprise basée à Marseille, Eurolinks, produisait des composants militaires qu'Israël utilisait dans la guerre contre le Hamas à Gaza. Ces composants, des liens métalliques reliant les balles de fusils mitrailleurs, permettaient des tirs en rafale. Le ministre français des Armées, Sébastien Lecornu, a démenti ces accusations, affirmant que la licence accordée à Eurolinks ne permettait que la réexportation de ces composants vers des pays tiers et non leur utilisation par l'armée israélienne.

Cependant, ces révélations ont suscité des critiques et des appels à la suspension des ventes d'armes à Israël. Des organisations non gouvernementales (ONG) ont souligné que la France était en contradiction avec les traités internationaux qu'elle avait signés en continuant à fournir du matériel militaire à Israël. Amnesty International a rappelé que le Traité sur le commerce des armes interdisait aux États signataires de vendre des armes à un autre État s'ils avaient connaissance que ces armes pourraient servir à commettre des crimes de guerre ou des crimes contre l'humanité.

Ces controverses soulignent la nécessité d'une plus grande transparence et d'un contrôle plus strict des exportations d'armes, ainsi que d'une prise en compte des implications éthiques de la production et du commerce d'armements.

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