Le Prisonnier : Analyse d'une série culte

"Le Prisonnier" est une série d'espionnage-science-fiction britannique allégorique et psychologique qui a profondément marqué son époque. Diffusée pour la première fois le 29 septembre 1967 sur le réseau anglais ITV, cette série OVNI se compose d'une saison de 17 épisodes de 48 minutes chacun.

Genèse et Contexte de la Série

Pour comprendre la naissance de cette œuvre unique, il faut remonter aux années 1960. Patrick McGoohan, alors âgé de 32 ans, incarne pour la première fois à la télévision anglaise, dans la série "Destination Danger", un agent secret du nom de John Drake. Drake, un agent redoutablement rusé et intelligent qui ne porte pas d'armes, séduit le public. Le succès de "Destination Danger", qui compte 86 épisodes, lance la mode des séries policières britanniques des années 60, telles que "Chapeau Melon et Bottes de Cuir", "Le Saint", "Randall et Hopkirk", "Département S", "Le Baron", "L'Homme à la Valise" et "Amicalement Vôtre".

George Markstein, chef scénariste de "Destination Danger" et ancien des services secrets pendant la Seconde Guerre mondiale, partage avec McGoohan l'existence de lieux étranges en Écosse où des agents "récalcitrants" ou "défaillants" étaient isolés. Ces agents ne pouvaient plus quitter ces lieux, mais leur captivité était confortable, ne leur donnant pas l'impression d'être prisonniers. Cette révélation, combinée à l'information selon laquelle les agents à la retraite étaient "pris en charge" avec voiture, maison et indemnités pour éviter les défections, inspire McGoohan et David Tomblin, réalisateur de "Destination Danger", à travailler sur ce sujet.

Plusieurs épisodes de "Destination Danger", dont le pilote, sont tournés dans le village de Portmeirion, au Pays de Galles, un lieu à l'architecture riche et colorée qui s'intègre harmonieusement dans la nature. Au printemps 1966, McGoohan présente un dossier de 40 pages à Lew Grade, responsable financier du réseau ITV, sur son projet. Séduit, Grade accepte la production de cette série peu orthodoxe. McGoohan doit cependant terminer une saison de "Destination Danger" avant de se consacrer à ce nouveau projet.

Synopsis et Thèmes

L'histoire du "Prisonnier" débute avec la démission soudaine et inexpliquée d'un agent secret britannique. Alors qu'il prépare ses valises pour un voyage, il est gazé et se réveille au Village, un lieu idyllique en apparence, mais qui est en réalité une prison dont il est impossible de s'échapper. L'homme est désormais connu sous le nom de « Numéro 6 », comme tous les autres prisonniers du Village. Le dirigeant du Village est le Numéro 2, mais il change à chaque épisode. L'identité du Numéro 1, le véritable chef, ne sera révélée qu'à la fin de la série. Le but des dirigeants est d'extorquer à leur prisonnier les raisons de sa démission et de l'intégrer au Village pour qu'il y demeure un citoyen comme les autres.

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La série aborde des thèmes tels que le collectivisme outrancier, la dépersonnalisation de l'individu, les systèmes politiques, l'éducation, le lavage de cerveau, la méfiance, la désinformation et l'importance accrue des machines. "Le Prisonnier" se montre visionnaire en anticipant des aspects de notre monde contemporain, y compris la révolution Internet. La série explore la lutte de l'individu pour conserver son identité et sa liberté face à une autorité oppressive.

La Production et le Contrôle de McGoohan

McGoohan s'impose rapidement comme le chef de la nouvelle série, participant à tous les détails : musique, réalisation, scénario, montage. Cette mainmise se transforme en dictature, où il régit le moindre aspect de la série. Voulant à tout prix maintenir un niveau de très haute qualité pour chaque épisode, il se montre dur envers l'équipe et ses partenaires, ce qui provoque des crises et des dissensions internes.

Initialement, la série ne devait comporter que sept épisodes. Sous l'insistance de Grade, McGoohan accepte d'en tourner au moins 13 avant de décider de continuer ou d'arrêter la série.

Réception et Impact

La réception initiale est excellente, le pilote "L'arrivée" étant particulièrement bien accueilli. Cependant, "Le dénouement", qui bat des records d'audience, déchaîne les passions. Jugé trop révolutionnaire et inattendu, il est hué de toutes parts, et McGoohan doit s'exiler de Grande-Bretagne sous la pression.

"Le Prisonnier" est une œuvre d'art qui a profondément marqué son époque par la révolution qu'elle a engendrée. C'est une des rares séries de l'époque qui offre une lecture allégorique et symbolique d'une profondeur remarquable tout en étant un divertissement brillant. La série continue de susciter des débats, notamment sur sa fin vertigineuse, l'une des plus renversantes de l'histoire de la télévision. Que l'on aime ou non la série, elle ne laisse personne indifférent. Aujourd'hui, elle est considérée comme un chef-d'œuvre à part entière, acquérant son statut de série culte.

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Analyse de l'Épisode Pilote : "L'Arrivée"

L'épisode pilote, "L'Arrivée", est considéré comme l'un des meilleurs jamais réalisés pour la télévision. Dès le générique, "Le Prisonnier" révèle tout son potentiel. Sur la musique trépidante et tapageuse de Ron Grainer, le générique livre en trois minutes une introduction sans paroles mais brillante et rapide, décrivant la démission fracassante du héros, son gazage et son réveil dans le Village. Le montage serré et la musique de Grainer font de cette ouverture un petit chef-d'œuvre en soi.

L'errance du héros est l'occasion d'un régal visuel rarement égalé dans l'histoire de la série TV, la caméra entraînant le spectateur dans le Village, un décor fastueux, riche et coloré. Le site de Portmeirion est un écrin idéal pour cette série mythique, une véritable prison dorée. Le contraste est saisissant lors de la rencontre avec le Numéro 2, habitant une salle de contrôle maxiautomatisée. Le Numéro 6 apprend que l'on sait presque tout de lui : ses habitudes, ses goûts, son passé d'agent secret. Cet effet Big Brother est troublant et efficace. La mise en scène de Don Chaffey est éblouissante.

Les enjeux sont rapidement posés : le but du Numéro 2 est de découvrir la raison de la démission du Numéro 6 et, accessoirement, quelques renseignements qu'il a acquis dans son travail. Pour y arriver, le Numéro 2 jouera sur tous les tableaux, menaces, offres alléchantes, tentatives d'intégration, pressions mentales aiguës. Le Numéro 6, lui, fera tout pour déjouer les plans de son antagoniste et de ses sbires, résister aux complots montés contre lui et trouver un moyen d'évasion, bref, conserver son indépendance et son individualité. Parallèlement, il se demande qui est le véritable chef du Village : le Numéro 1 ? L'arrivée d'un nouveau Numéro 2 en plein milieu de l'épisode achève de placer le spectateur face à un sentiment de fascination : il y a plusieurs Numéro 2, et ils sont tous interchangeables ! La tâche du Numéro 6 est donc accrue par la difficulté de résister face à un adversaire changeant. Tous les Numéro 2 qui se succéderont seront différents par leur allure, leurs méthodes, leurs idées, sauf sur un point : leur farouche détermination à percer les secrets du Numéro 6, l'obligeant à s'adapter en fonction de son geôlier-en-chef du jour.

Le Numéro 6 se révèle être un homme endurci, peu émotif, froid, tenace, décidé, calculateur, rusé, intelligent, logique, révolté contre l'ordre des choses, pourvu d'un humour noir et acide, et sachant déjà qu'il ne peut compter sur personne. Cette ambiance de paranoïa est instillée avec beaucoup de force. Le scénario de Georges Markstein et David Tomblin n'a aucun temps mort. L'action se déroule rapidement, les situations s'enchaînent impeccablement, sans aucune pause, donnant à l'épisode une continuité et une tension qui ne se relâche jamais.

Un moment fort de l'épisode est l'apparition du Rover, un gros ballon blanc qui se révèle être un gardien impitoyablement efficace, anéantissant toute tentative d'évasion. Avec lui, la série bascule dans le fantastique et l'anticipation.

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Le casting est excellent : Guy Doleman campe un Numéro 2 distingué, souriant, calme et pourtant sinistre. George Baker, son successeur, se montre plus direct, plus « méchant », avec un talent égal. Virginia Maskell compose une jeune femme troublée et terriblement ambiguë. Le jeu neutre de Paul Eddington met volontairement mal à l'aise. Les seconds rôles sont également bien interprétés, notamment le majordome nain muet et obséquieux, interprété par Angelo Muscat, et le superviseur joué par Peter Swanwick. Patrick McGoohan, dans le rôle principal, est incandescent, révélant un immense acteur.

Le Village de Portmeirion

Le Village, lieu central de la série, est en réalité Portmeirion, un village touristique situé au Pays de Galles. Son architecture unique et colorée contribue à l'atmosphère étrange et déroutante de la série. La réplique culte "Bonjour chez vous !", prononcée pour la première fois dans l'épisode pilote, est associée à la série et est un signe de reconnaissance pour les fans. D'autres répliques célèbres incluent "Alerte jaune !" et "Alerte orange !", annoncées par le Superviseur.

Héritage et Remake

En 2009, un remake en 6 épisodes de 48 minutes, créé par Trevor Hopkins, a été réalisé avec Jim Caviezel dans le rôle du Numéro 6 et Ian McKellen dans le rôle du Numéro 2. Bien que cette nouvelle version ait tenté de revisiter l'univers du "Prisonnier", elle n'a pas rencontré le même succès que la série originale.

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