Le javelot tir sur cible est un jeu traditionnel du nord de la France, pratiqué depuis le Moyen-Âge. Venu de Champagne, il s'est installé au début du XXe siècle dans l'Aisne et la Somme grâce aux ouvriers des mines du Nord. Cet article explore les règles de ce jeu, la fabrication du matériel et son évolution culturelle.
Origines Historiques
Le javelot tir sur cible a des origines communes avec la discipline olympique d'athlétisme et les armes de jet utilisées pour la chasse et la guerre. Au XIIe siècle, on trouve des traces de ce jeu en Champagne. Le manche en bois a été remplacé par une pointe en fer équilibrée avec des plumes.
La popularité des jeux guerriers a augmenté pendant la guerre de Cent Ans. Un décret de Charles V en 1337 interdisait les jeux de paume, de dés et de hasard pour encourager les activités guerrières. Ainsi sont nées les compagnies d'arc, d'arbalète et de javelot.
Le jeu s'est développé en Flandre aux XVe et XVIe siècles. Bien que les confréries d'arcs et d'arbalètes aient été dissoutes, le javelot, considéré comme un jeu, a été autorisé. Il est devenu populaire dans les estaminets du Nord et du Pas-de-Calais au XIXe siècle et a été introduit dans le nord de la Somme et l'Aisne au début du XXe siècle par les Picards travaillant dans les mines.
Matériel Nécessaire
La Cible
La cible normalisée mesure 1,6 m² et est faite de peuplier de 22 cm d'épaisseur. Elle comporte deux bagues de 21 cm et 6 cm de diamètre au centre, situées à 80 cm du sol. La surface entre les deux bagues est peinte en rouge vif. Un papier blanc est placé à l'intérieur de la petite bague.
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Le Javelot
Le javelot est composé d'une pointe d'acier de 20 à 25 mm de diamètre et de 6 à 10 cm de longueur. L'autre extrémité est filetée pour visser une bague munie de plumes de dinde teintées en forme hélicoïdale. Son poids varie de 280 à 400 grammes selon les catégories.
Règles du Jeu
- Lancers: Chaque joueur lance successivement deux javelots.
- Pas de Tir: Le pas de tir se trouve à huit mètres de la cible (planchon) et doit mesurer au minimum 1 m de largeur et 2 m de longueur, avec une épaisseur de 5 cm.
- Points:
- Un javelot planté entre la grande et la petite bague donne 1 point.
- Un javelot planté à l'intérieur de la petite bague donne 2 points.
- Un javelot planté et tombé conserve sa valeur.
- Un javelot ayant rebondi sur la petite bague (ferré) donne 1 point. Ferré sur la grande bague = zéro point.
- Classement: Contrairement à d'autres sports, il n'y a pas de nombre de jeux à atteindre. Le classement se fait du meilleur au dernier.
- Championnats: Les finales se jouent en trois tours de 24 javelots, avec addition des points.
L'Arracheur
L'arracheur est chargé de retirer les javelots de la cible. Il doit attendre que le javelot soit bien planté avant de le retirer et doit le faire avec précaution pour ne pas abîmer les plumes. Il annonce les points clairement et sans crier. Il est recommandé d'orienter les javelots vers l'intérieur ou l'extérieur de la cible pour faciliter l'appréciation des scores par l'arbitre.
Évolution et Sportification
Comme le jeu de l'assiette, le javelot se pratiquait lors de fêtes ou dans les cours de cafés. Dans les années 1980, il s'est structuré en clubs, comités, ligues et fédération. La fédération a été créée en 1983, regroupant 80 clubs en France et 2100 licenciés. Reconnu comme jeu de loisirs, le javelot a obtenu, par un agrément ministériel en janvier 1984, le statut de sport à part entière avec un calendrier, des entraînements et des tenues officielles.
La fédération française de darts traditionnelles fut fondée en 1976. C’est une association à vocation sportive régie par la loi du 1er juillet et le décret du 16 août 1901. La FFD est administrée par un Conseil Fédéral et sa gestion est assurée par un bureau élu, formé d’un président, d’un secrétaire, d’un trésorier et de trois vice-présidents. Cette hiérarchie pyramidale est selon Parlebas (1999, p. 379) le signe même de la sportification car à l’origine, il n’existe pas de fédération pour un jeu traditionnel.
En 1982 une commission internationale voit le jour, grâce à l’action combinée du président de la ligue Ile de France et du Président fédéral. Selon le président de la ligue d’Ile de France, l’essentiel était de participer aux compétitions pour se faire connaître au niveau international et apprendre plus sur le plan sportif.
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Fabrication Artisanale
Avant la structuration en sport, la fabrication du matériel était artisanale. Les fléchettes étaient généralement en bouleau, un bois dur et facile à travailler. La fléchette trouvait son équilibre grâce au corps, une partie en plomb coulée dans un moule. La circonférence était de 11 à 13 millimètres, la taille de 9 à 15 centimètres et le poids d'environ 20 à 22 grammes.
La cible était fabriquée en bois de peuplier, avec un diamètre de 13 centimètres et une épaisseur de 3 centimètres. Elle était divisée en 6 cercles concentriques de valeurs différentes : 50 (centre), 25, 20, 15, 10 et 5 points. Le centre de la cible devait être placé à 1,50 mètre du sol et à une distance de tir de 1,50 à 2,30 mètres.
Règlements Anciens
Avant la première guerre mondiale, il n'existait pas de règlement standardisé. Les règles étaient basées sur les traditions familiales ou locales. Les joueurs pouvaient tirer les cartes pour constituer les équipes, ou utiliser le pile ou face pour déterminer l'équipe qui commençait.
Chaque joueur tirait 4 fléchettes consécutivement, chacun leur tour. Le nombre de tours variait selon les conventions locales, généralement entre 5 et 10. Le but était de marquer le plus de points possible, en visant le centre de la cible (la mouche) qui valait 50 points.
Compétition et Internationalisation
La compétition est un second critère de sportification, elle est gage de spectacle et donc de diffusion à une échelle humaine plus importante. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle l’action de la commission s’orienta par la suite vers l’organisation de compétitions internationales. Le comité a donc accueilli sur le sol français une épreuve réunissant trois nations à Étampes en 1984 et 1987, la Spring Cup à Plestin-les-Grêves en 1988, à Pleurtuit en 1992 et à Épinal en 1997, les test-matchs contre la Suède à la Trinité sur Mer en 1986, l’Irlande à Quimper et la Belgique à Clairefontaine en 2000.
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Au fil de ces années la commission se structura pour avoir les moyens de ses ambitions. En plus de son directeur, vice-président de la fédération, elle regroupe aujourd’hui : un secrétaire, un sélectionneur, un comité de sélection de cinq personnes et un préparateur physique. Vitrine de la fédération, elle représente un poste financier important. Son rôle est à la hauteur de ce même constat. Elle assiste aux instances internationales, participe aux compétitions internationales, encadre l’équipe nationale, établit et gère le budget de la saison et a participé au programme « Coupe du Monde 2003 ». Mais pour le président il fallait encore faire plus, ainsi le club France est apparu dans les années 90 : car le besoin d’une « professionnalisation » de l’action tant sur le plan structurel que sur le plan sportif se fit lourdement sentir. La commission réagit donc en créant ce club France. L’objectif de celui-ci est de mettre en place…
Le Javelot Tir Sur Cible Aujourd'hui
Le jeu de javelot est pratiqué essentiellement dans la région Nord-Pas-de-Calais et dans la Somme. Néanmoins, il existe des clubs en Moselle, en région parisienne, dans le Gard et sur l'île de la Réunion. Le premier président fédéral fut Christian Boulanger de St Martin-les-Boulogne, il le restera jusqu'en 1992. Daniel Brevière lui succède en 1993 pour réaliser actuellement son sixième mandat. Celui-ci a découvert le javelot au club de Doullens en 1980. Il devint président du club la même année, pour l'occuper encore en 2013. Son nom a été donné à la salle de javelot du club de Doullens, à l'occasion des 50 ans du club en juillet 2009.
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