Saint-Étienne, ville emblématique de l'armurerie française, a forgé son identité autour de la fabrication d'armes depuis le XVe siècle. Cet article explore l'histoire de cette industrie, son évolution, ses figures marquantes et les défis auxquels elle a été confrontée.
Les Origines de l'Armurerie Stéphanoise
Dès le XIIIe siècle, les rives du Furan étaient le théâtre d'activités liées à la fabrication d'armes. Arbalétriers, javelinaires et arquebusiers exploitaient les ressources naturelles de la région - la force hydraulique de la rivière, la chaleur du charbon et le grès pour les meules - pour exercer leur art. C'est dans le quartier des Rives, dans la "bonne vallée du fer", près de Valbenoîte, que se situent les premières traces de cette activité artisanale.
L'intérêt de François Ier pour l'armurerie stéphanoise en 1531 marque un tournant. Soucieux d'améliorer l'armement de ses troupes, le roi encourage le développement de cette industrie locale. Louis XIV poursuit cette dynamique, contribuant à l'organisation et à la structuration de la production d'armes à Saint-Étienne.
Verney-Carron : Un Pilier de l'Armurerie Stéphanoise
Fondée en 1820 à Saint-Étienne, Verney-Carron est l'une des plus anciennes maisons armurières françaises encore en activité. Depuis plus de deux siècles, elle incarne l'excellence française au service des chasseurs. Dès ses débuts, Verney-Carron s'est distinguée par la qualité de ses armes et son esprit d'innovation.
Au XXIe siècle, Verney-Carron a élargi son expertise au-delà de la chasse, donnant naissance à Lebel, une marque dédiée aux forces de l'ordre, aux unités militaires et aux acteurs de la sécurité. Aujourd'hui, Verney-Carron continue de faire vivre une tradition bicentenaire tout en se tournant vers l'avenir. En mai 2019, la société, placée en redressement judiciaire, a été reprise par le groupe belge FN Browning, détenu par la région wallonne.
Lire aussi: L'expertise d'Alain Combes en armurerie
Maurice Forissier : Un Historien Passionné
Maurice Forissier, originaire de Craintilleux, est un grand spécialiste de l'arme, et en particulier de l'arme stéphanoise. Après avoir obtenu son CAP d'armurier-équipeur à l'École nationale professionnelle Étienne Mimard de Saint-Étienne, il a travaillé chez Verney-Carron puis chez Plotton et Barret. Bien qu'il n'ait pas particulièrement apprécié exercer le métier en lui-même, il est passionné par l'histoire de l'arme et par toutes les techniques, l'ingéniosité fabuleuse, toutes les pratiques artisanales et les conceptions artistiques corrélatives de leur fabrication.
Historien et muséologue de l'arme, il a contribué à mettre en place un Brevet des Métiers d'Art en Armurerie au Lycée Fourneyron, où il enseigne actuellement. En 1989, il a fait entrer l'Armurerie à l'Université grâce à différents diplômes obtenus, dont un titre de Docteur en Cultures et Civilisations du Monde Occidental. Il écrit régulièrement des articles dans des revues spécialisées et est l'auteur d'une dizaine d'ouvrages consacrés à l'arme.
L'Âge d'Or et le Déclin de l'Industrie Armurière
Au milieu du XXe siècle, Saint-Étienne comptait jusqu'à 250 fabricants d'armes locaux. La ville bénéficiait de la présence de toutes les matières premières nécessaires à la fabrication des armes : bois, charbon de bois, fer, acier et houille. Cependant, à partir des années 1950, la récession économique a entraîné la fermeture de nombreuses maisons et la reconversion de l'industrie, qui s'est positionnée exclusivement sur une fabrication de qualité.
En 1998, Maurice Forissier recensait une trentaine d'armuriers, fabricants, réparateurs, revendeurs et distributeurs dans la région stéphanoise. Certaines entreprises ont depuis fermé boutique, tandis que d'autres se sont rapprochées pour mutualiser leurs compétences et leurs productions.
Le Quartier des Armuriers : Un Patrimoine Discret
Si la mine conserve à Saint-Étienne des signes encore visibles de sa gloire passée, le souvenir des anciens ateliers d'armuriers est beaucoup plus ténu, caché dans les arrières cours, invisible pour le passant non averti. Seules deux rues du quartier portent le nom d'armuriers : la rue Bouillet et la rue Jean-Claude Tissot.
Lire aussi: Horaires d'ouverture : Armureries 13
Jean-Baptiste Bouillet réalisa pour le dey d'Alger une arquebuse que Louis XV préféra garder pour lui. Jean-Claude Tissot (1811-1899) fut un graveur sur armes de grand talent. C'est rue Tissot et rue de L'Épreuve qu'était situé le Banc d'Épreuve, construit par Léon Lamaizière, abandonné en 1988 et démoli en 1992.
Au n°21 de la rue Henri Barbusse, une sculpture en relief signée Joseph Lamberton marque l'emplacement des anciens ateliers Zavaterro, fondés en 1880. Dans cette même rue, un arc d'acier pointe sa flèche vers Chavanelle, rappelant le jeu de l'arc, le grand jeu traditionnel stéphanois.
Malgré ces quelques vestiges, il est difficile de trouver des enseignes et des plaques faisant allusion à la fabrication d'armes. Une survivante, noircie, dont l'inscription "armes" et "réparation" est à peine visible, se trouve rue de la Mulatière, qui regroupait autrefois le plus grand nombre d'ateliers.
Le Banc d'Épreuve : Gardien de la Qualité et de la Sécurité
L'origine de l'épreuve à Saint-Étienne remonte au XVIIe siècle, avec la fabrication des armes de guerre que le pouvoir royal confie à des entrepreneurs et artisans stéphanois. En 1665, Louis XIV établit un magasin royal des armes à la Bastille, dirigé par Maximilien Titon, qui se voit confier le privilège de l'approvisionnement des armées royales. Les entrepreneurs stéphanois doivent alors s'assurer de la qualité des armes qu'ils expédient à Paris.
En 1743, l'existence d'un Banc d'Épreuve installé par Pierre Girard "au gué du Chavanelet dans le quartier de l'Heurton" est attestée. En 1782, un arrêt du conseil d'état du roi officialise la création d'un Banc d'Épreuve distinct pour les armes bourgeoises, avec Augustin Merley comme premier éprouveur.
Lire aussi: Final Fantasy VII Rebirth : Armurier Rêveur
Le poinçon d'épreuve, constitué des palmes croisées symbole du martyr de Saint-Étienne, est une véritable garantie de confiance entre le vendeur et l'acheteur. Après la Révolution, l'épreuve est rétablie en 1797 à la demande des armuriers, qui y voient un argument technique et commercial incontournable.
En 1856, la gestion de l'épreuve est confiée à la chambre de commerce et d'industrie de Saint-Étienne. Un nouveau Banc d'Épreuve est construit rue Jean-Claude Tissot entre 1903 et 1908. En 1910, une commission internationale se réunit pour normaliser l'épreuve des armes, donnant naissance à la Commission Internationale Permanente des armes à feu (CIP).
En 1988, le Banc d'Épreuve s'installe dans ses locaux actuels, 5 rue de Méons, dans la ZI de Molina Nord. Aujourd'hui, il est le seul Banc d'Épreuve de France et joue un rôle essentiel dans le contrôle de la qualité et de la sécurité des armes.
L'Enseignement des Métiers de l'Armurerie
Saint-Étienne abrite le seul lycée des métiers de l'armurerie, le lycée Benoit Fourneyron. Il forme ses élèves au CAP, au Bac professionnel armurier et au brevet des métiers d'art. Cet établissement joue un rôle crucial dans la transmission des savoir-faire traditionnels et dans la formation des futurs professionnels de l'armurerie.
tags: #l #armurier #saint #etienne #histoire
