Les Découvertes de Munitions et l'Histoire du Tir Bouchon dans l'Aisne

L'Aisne, région marquée par les conflits armés, recèle encore aujourd'hui les vestiges de ces guerres, notamment des munitions non explosées (UXO). Robin des Bois, association engagée dans la lutte contre les pollutions environnementales issues des activités humaines, dont la guerre, a mené des recherches approfondies sur la question des déchets de guerre. Ces déchets, constitués de munitions larguées ou tirées n’ayant pas explosé, représentent un danger constant pour les populations et l’environnement. On estime que pendant les deux guerres mondiales, entre 10 et 20 % des bombes et obus n'ont pas fonctionné.

L'Aisne : Un Territoire Marqué par les Guerres

L'Aisne a été particulièrement touchée par la Première Guerre mondiale, laissant dans ses sols une quantité importante de munitions et de fragments. Les Hauts-de-France, le Grand-Est, la Bourgogne-Franche-Comté et l’Ile-de-France ont été victimes de trois guerres superposées entre 1870 et 1945. Aujourd’hui encore, des projectiles bourrés de poudre noire datant de la guerre franco-prussienne donnent des sueurs froides aux démineurs de la Sécurité Civile en Ile-de-France et ailleurs. Malgré ce risque avéré, le risque « engins de guerre » n'est pas intégré dans le DDRM (Dossier Départemental des Risques Majeurs) par les services de l'État, qui préfèrent se concentrer sur les inondations, les coulées de boues, les mouvements de terrain, la sismicité, les ruptures de digue, les risques technologiques et le transport de matières dangereuses. Toutefois, une fiche réflexe « Découverte de munitions anciennes », mise à jour le 26 octobre 2018, est disponible sur le site Internet de la préfecture du Nord, soulignant que l'Aisne est « particulièrement exposée aux risques induits par les vestiges de guerre ».

Inventaire des Découvertes de Munitions dans l'Aisne (2012-2018)

Entre janvier 2012 et fin avril 2018, de nombreuses découvertes de munitions ont été recensées dans l'Aisne. Voici quelques exemples :

  • Quessy (02): Au Bois des Moines, sur un site d’extraction de granulats, 2 obus d’origine anglaise, pesant 120 kg chacun et datant de la Première Guerre mondiale, sont mis au jour.
  • Saint-Quentin (02): Des ouvriers creusant une tranchée découvrent un obus de 60 cm de long et pesant 50 kg, datant de la Première Guerre mondiale. L'intervention des démineurs de Laon nécessite l'évacuation de 19 ouvriers et 49 riverains.
  • Fargniers (02): Un obus de la Première Guerre mondiale est découvert sur la berge du canal.
  • Bellicourt (02): Un objet suspect est signalé sur le parking de La Poste. Les gendarmes mettent en place un périmètre de sécurité et font évacuer le bureau de poste ainsi qu’une maison voisine. Les démineurs de Laon interviennent et emportent cette grenade anglaise datant de la Première Guerre mondiale.
  • Guise (02): Un chasseur découvre un obus dans un champ. La munition date de la Première Guerre mondiale et pèse près de 50 kg. La Police Municipale avertit les démineurs.
  • Fleury (02): Les démineurs interviennent pour un obus découvert par des ouvriers de la Lyonnaise des Eaux qui creusaient une tranchée. Alors que les spécialistes déplacent la munition, elle se met à fuir sur la chaussée. Il s’agit d’un obus chimique à l’ypérite. Il date de la Première Guerre mondiale, mesure 70 cm de long pour 15 cm de diamètre, il pèse environ 50 kg et contient entre 4 et 5 litres de substance active d’ypérite. 12 habitants doivent être évacués et le reste du village, près de 140 âmes, est confiné. L’obus a été emmené via un caisson hermétique pour destruction.
  • Sissonne (02): Une équipe d’intervention Nedex (Neutralisation, Enlèvement, Destruction d’Engins Explosifs) du 3ème RG est venue trier les 450 munitions stockées sur le camp militaire de Sissonne et vérifier qu’elles étaient inertes.
  • Château-Thierry (02): Découverte d’un obus coincé dans une souche d’arbre.
  • Cerizy (02): Un obus encore chargé est repéré en bordure de la départementale 1044 (sur l’axe Saint-Quentin/Laon). Il aurait déterré par un labour dans champ six semaines plus tôt et n’aurait pas été encore récupéré par les démineurs.
  • Sissone (02): Les neuf démineurs de l’Aisne détruisent en moyenne soixante-dix fois par an des munitions de la Première Guerre mondiale. On compte en moyenne trois interventions par jour, sur le département.
  • Blérancourt (02): Ils retournent la terre avant la mise en culture d’un champ. Le motoculteur heurte quelque chose. Il s’agit d’une bombe de la Première Guerre mondiale mesurant près d’1 mètre de long pour 20 cm de diamètre. Les démineurs se rendent sur place et la récupèrent.
  • Saint-Quentin (02): Un obus encore chargé est mis au jour sur un chantier de terrassement. Il mesure 30 cm de long pour 10 cm de diamètre. Les ouvriers alertent les autorités. Les démineurs viennent le récupérer.
  • Saint-Quentin (02): Un des ouvriers du chantier, rue de Calais, a eu une belle frayeur en découvrant un obus. La taille de l’engin n’a pas été communiquée. Un périmètre de sécurité est mis en place aux abords du lieu afin que le service déminage puisse l’enlever et l’emmener pour destruction au camp de Sissonne.
  • Crouy (02): C’est dans une grotte des bois de Cuffies qu’un adolescent de 17 ans a trouvé un obus datant de la Première Guerre mondiale. Il le ramène chez ses parents. Ces derniers le découvrent 3 jours plus tard. Ils avertissent alors la police. Les démineurs interviennent dans la soirée.
  • Saint-Michel (02): Les démineurs de Laon récupèrent une grenade défensive que des enfants avaient découvert dans le lit d’un cours d’eau.
  • Soissons (02): C’est en faisant des travaux de rénovation que le nouveau propriétaire d’une demeure historique, l’hôtel Cahier sur la Grand-Place, a découvert une baïonnette de la Seconde Guerre mondiale, un petit obus, des couteaux, des vieux dossiers de police criminelle datant des années 60.
  • Aubenton (02): Découverte par les douaniers d’un arsenal d’armes, de munitions et explosifs des 2 guerres mondiales chez un particulier. Les munitions sont détruites le 30 octobre.
  • Saint-Michel (02): 2 obus de la Première Guerre mondiale ont été retrouvés, l’un dans un champ et l’autre dans Le Gland.
  • Saint-Quentin (02): Un homme a été interpellé chez lui par la police alertée par le gardien d’immeuble sur la présence d’obus. Les policiers découvrent un « véritable arsenal ». Evacuation immédiate de l’immeuble. L’inventaire est impressionnant : 180 obus d’artillerie (dont un au gaz, toujours actif), une vingtaine de grenades (dont une en état de marche), trois obus de mortiers sans danger immédiat, plus de 40 fusées d’artillerie, une centaine de cartouches et un détonateur. L’homme les aurait trouvés au cours de recherches au détecteur de métaux.
  • Gauchy (02): Trois obus ont fait leur apparition sur le chantier Condi, zone du Royeux. C’est la troisième fois que les démineurs interviennent à Gauchy depuis le début du mois d’août. L’association Ternois environnement prône la prévention des risques sur l’environnement et souhaite des études approfondies du sous-sol français. « Il faut arrêter d’exposer les salariés du bâtiment et les populations aux risques.
  • Guignicourt (02): Sur le chantier de renouvellement de la voie Laon-Reims, 300 pièces de munitions ont été mises au jour, soit près de 2 tonnes.
  • Bellenglise (02): Sur la D1044, entre Cambrai et Saint-Quentin, près du hameau de Riqueval, sa voiture finit dans le fossé et percute un obus. Les démineurs de Laon sont prévenus mais l’obus étant désamorcé, il ne présente pas de risque immédiat. En attendant l’arrivée du service de déminage, il est « recouvert de terre et entouré d’un cordon de sécurité.
  • Villeneuve-Saint-Germain (02): Découverte d’un obus de 60 cm de long à la déchetterie dans une benne à métaux. La munition n’avait pas été amorcée.
  • Gauchy (02): La police municipale et le maire Jean-Marc Weber ont découvert dans la maison d’un ex-artificier un stock de munitions. L’homme souffre de troubles psychologiques. Le service de déminage de l’Aisne renforcé par les pompiers et la police est intervenu pour évacuer l’arsenal de plusieurs centaines de kilos. Un périmètre de sécurité a été instauré dans la rue, la circulation y a été interdite et les habitants de la rue Gagarine ont été évacués.
  • Bernot (02): Un obus de 17 cm de large, pour 65 de long, a fait son apparition durant des travaux de terrassement d’un futur parc éolien.
  • Saint-Quentin (02): Un obus a été mis au jour par un particulier. Il était enterré dans une cour de la rue du Maréchal de Lattre de Tassigny.
  • Saint-Quentin (02): Un enfant de 6 ans a trouvé un obus sur un terrain vague récemment remis en herbe. Il l’a emporté à l’aire de jeux de la rue Marcel-Bugain, où ses copains se trouvaient.
  • Saint-Quentin (02): C’est dans le quartier du Vermandois que les ouvriers du chantier d’une maison ont découvert un obus. Dans l’attente de l’arrivée des démineurs, prévue pour le lendemain, l’obus a été ré enterré et la maison a été balisée.
  • Samoussy (02): C’est dans le bois du Cathare que des promeneurs ont découvert un obus de la Seconde Guerre mondiale contenant 182 kg de TNT. Il a été, quelques jours plus tard, pétardé par les démineurs de l’Aisne.
  • Abbécourt (02): Un collectionneur disposant d’un véritable arsenal d’armes de guerre a été interpellé par des gendarmes durant une bourse aux armes. Garde à vue du propriétaire.
  • Fontenoy (02): Un collectionneur d’obus, vivant rue de Soissons, meurt suite à l’explosion d’un de ses quarante engins : il perd deux jambes et un bras et décède dans l’hélicoptère du Samu qui le menait à Reims. Les sapeurs-pompiers (Soissons, Chauny et Villers-Cotterêts), ainsi que la gendarmerie et son service d’identification cherchent à recueillir « des éléments utiles à l’enquête ». Les démineurs de Laon interviennent par la suite et évacuent l’ensemble des munitions du collectionneur, qui sont de différents calibres. Interruption de la circulation durant une heure. Un agriculteur commente : « En moyenne, chaque année, dans les champs, je retrouve une cinquantaine d’obus et une cinquantaine de grenades. Les grenades c’est un vrai problème quand on récolte les pommes de terre. On en a parfois trois ou quatre par remorque car elles sont du même format que les pommes de terre et les machines les confondent.
  • Bucy-le-Long (02): Une quinzaine de douaniers ont réalisé une descente chez un retraité collectionneur d’armes, habitant près de la D925. L’homme possédait une centaine d’armes « sans autorisations ou non neutralisées », 17.114 munitions de différents calibres, 49 grenades, plusieurs obus, fusées, mortiers, une mine antipersonnel, 112 détonateurs pyrotechniques. La majorité des pièces de l’arsenal date de la Seconde Guerre mondiale et n’est pas neutralisée.
  • Sissonne (02): Des ouvriers creusent une tranchée pour installer des tuyaux calorifugés dans la cour de l’école Guillaume Dupré et mettent au jour 2 obus. Les démineurs sont appelés sur place et, avec l’aide de l’un des ouvriers, ils déterrent plus de 100 kg de munitions de la Première Guerre mondiale : deux obus de 10, 5 cm de diamètre (15 kg), un obus de 15, 5 cm (43 kg), trois obus de 7, 7 cm (7 kg), 25 kg de fusées et quelques kilos de poudre propulsive. Les démineurs soupçonnent 3 obus de contenir de l’arsine et les emmènent pour vérification à Suippes. Les autres munitions sont détruites dans un champ voisin ou au camp militaire de Sissone à l’occasion d’une destruction massive comme les démineurs ont l’habitude d’en organiser. « On creuse un trou à six mètres de profondeur, au fond duquel on place deux palettes contenant environ une tonne d’obus soit à peu près 100 kg d’explosifs. On place sur chacune une mine antichar de l’armée française et on les recouvre de 500 à 600 tonnes de sable. Pour expliquer cette découverte, il faut remonter 40 ans en arrière, avant la construction de l’école. A l’époque, le site n’était qu’un champ. « Il est probable que l’agriculteur ait trouvé ces munitions en différents endroits de sa parcelle en labourant et qu’il les ait enterrées toutes au même endroit, cela se faisait souvent.
  • Montigny-Lengrain (02): Une grenade découverte dans une cargaison de pommes de terre arrivée à Intersnack France, fabricant de chips. Les démineurs sont intervenus en urgence.
  • 18 octobre 2016: L’homme cachait chez lui et chez un ami (sous un tas de fumier), 12 armes longues (mitraillettes, un lance-roquette, carabines, fusils), des armes de poing (8 pistolets, une cinquantaine de grenades, 3 obus, 2 fusées, un mortier), de la poudre explosive, 80 chargeurs et plus de 7300 munitions.
  • Saint-Quentin (02): Un obus de 40 cm de long est découvert vers 16h au pied d’un sapin lors d’une opération de débroussaillage.
  • Coucy-le-Château-Auffrique (02): En creusant un caveau dans le cimetière, une entreprise déterre un obus de la Première Guerre mondiale.
  • Saint-Quentin (02): Découverte d’un obus long de 60 cm et large de 10 cm sur le chantier de diagnostic archéologique du parvis de la basilique.
  • Gauchy (02): La ZAC Delaune est située sur l’ancienne ligne de défense Hindenburg de la Première Guerre mondiale. La Ville souhaite construire sur ce site de 57 ha un écoquartier de 1000 logements. En 2016, un diagnostic pyrotechnique avait relevé 1000 objets métalliques suspects dans les sols. Depuis la mi-août, l’entreprise EOD-Ex, spécialisée dans le diagnostic géophysique et la dépollution pyrotechnique, est chargée de l’identification de chacune des cibles.

Ces exemples illustrent la fréquence des découvertes de munitions dans l'Aisne et les risques qu'elles représentent pour la population.

Les Défis de l'Identification et de la Neutralisation

La diversité des munitions conventionnelles et chimiques utilisées lors des conflits passés est considérable. Les services officiels de déminage se sont dotés d'un manuel d'identification régulièrement mis à jour. Cependant, l'identification préalable à la neutralisation des munitions est rendue difficile par leur état : elles sont souvent déformées, rouillées, recouvertes de terre ou de vase, ou colonisées par des mousses végétales. Les vestiges de guerre ont une capacité à se fondre dans la géologie et l'hydrologie locale, ainsi que dans les couleurs de la saison, rendant leur détection complexe.

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L'Action de Robin des Bois et la Nécessité de la Prévention

Robin des Bois mène campagne depuis la fin des années 1980 contre les sols et les eaux pollués par les activités humaines. L'association a publié un inventaire des découvertes de déchets de guerre dans plusieurs régions françaises, dont les Hauts-de-France, le Grand-Est, la Bourgogne-Franche-Comté et l'Île-de-France, entre janvier 2012 et fin avril 2018. Cet inventaire souligne la nécessité d'une meilleure prise en compte des risques liés aux munitions non explosées, notamment lors de travaux de construction et d'aménagement.

L'association Ternois environnement prône la prévention des risques sur l’environnement et souhaite des études approfondies du sous-sol français. « Il faut arrêter d’exposer les salariés du bâtiment et les populations aux risques.

En Allemagne, les interventions des démineurs après les découvertes sont plus rapides qu'en France, et la détection préventive préalable aux chantiers de construction et d'aménagement est systématique dans les zones polluées.

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