Les 3 Carabins de Limoges : Histoire, Traditions et Controverses

L'internat en médecine, avec ses traditions et ses rites de passage, est un sujet à la fois fascinant et controversé. À Limoges, comme dans d'autres villes universitaires, l'histoire des "carabins" (étudiants en médecine) est riche en anecdotes, en coutumes et en débats. Cet article explore l'histoire des traditions carabines à Limoges, en mettant en lumière les aspects liés au bizutage, à l'évolution de ces pratiques et aux récentes affaires judiciaires qui ont secoué la faculté de médecine.

Le Baptême : Rite Initiatique de l'Internat

Le baptême, ou bizutage, marque l'entrée des nouveaux internes dans le monde hospitalier. Cette cérémonie, bien que variable dans sa forme et son contenu, est un moment clé du cursus de formation. Elle inaugure l'internat et définit le temps de l'internat. L'époque, le lieu et la personnalité des organisateurs influencent la forme de ces baptêmes. Cependant, au-delà de cette hétérogénéité, des invariants et des équivalences se dégagent, permettant de mieux comprendre la logique de la formation des internes.

Préliminaires à l'Internat

Le choix des postes est le premier acte officiel des internes après le concours. C'est un moment éprouvant où ils choisissent leur spécialisation, leur lieu de formation et le mode d'organisation des gardes. En même temps, ils sont informés du bizutage à venir. Elsa A., Nîmoise nommée à Toulouse (promo. 1987), témoigne : « Les gens de l’internat nous avaient expliqué comment ça se passait pour les gardes, les services, etc., et nous avaient dit qu’il y aurait un bizutage dans les quinze jours suivant notre arrivée et qu’il fallait qu’on y aille. »

En 1993, un système de parrainage a été ajouté au bizutage toulousain, comme dans les grandes écoles. Lors d'un pot d'accueil, chaque nouveau reçoit un parrain chargé de son intégration. Nicolas S. (promo. 1989) se souvient : « Moi les miens, je les ai emmenés au ciné, on a été bouffer au restaurant… » Le parrain explique le fonctionnement de l'internat et enseigne une chanson paillarde.

Les nouveaux sont informés du bizutage dans des circonstances institutionnalisées, créant une ambiguïté quant à sa nature. Thierry S. (promo. 1981, Toulouse) témoigne : « On avait l’impression que c’était obligatoire ». Nathalie F. (promo. 1987, Toulouse) ajoute : « Y’a des bruits qui courent comme quoi si tu n’y vas pas, on va être vache avec toi. Tu vas être de garde le jour de Noël… » Armance D., Parisienne reçue à Clermont-Ferrand en 1990, se rappelle l'insistance des anciens et le secret entourant le bizutage : « Plus le jour approchait, plus on savait de choses et plus on se demandait « Où est-ce qu’on va ? ». On savait pas où on allait et donc ça faisait assez peur […]. Les internes les plus vieux nous lâchaient des bribes, des petits trucs, mais tout en étant du secret. »

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La peur et le secret sont essentiels. Un « vieux chirurgien » dit à Elsa A. : « C’est pas normal que t’aies pas peur. Pourquoi t’as pas peur ? Mais quand même un bizutage il faut avoir peur, si vous avez pas peur c’est pas rigolo ! » Les aînés gardent un côté mystérieux, comme le souligne Alain E. (promo. 1987, Limoges) : « le matin même on était tous là : “Putain, mais qu’est-ce que ça va être ?” On n’avait rien pu savoir avant […], on flippait un peu quand même ! »

Même dans les internats ouverts à tous, le bizutage est réservé aux internes des hôpitaux. Bernard L. (promo. 1988, Montpellier) précise : « pour le baptême, c’est strictement réservé… y’avait que les DES1, même les autres internes de Nîmes en médecine générale et tout ça n’y avaient pas accès ».

Les informateurs hésitent souvent à parler du contenu précis du bizutage, allant parfois jusqu'à nier son existence.

Bizuts, Bizutages, Béjaunes et Depositio

Le terme "bizut" est lié aux grandes écoles. Le Petit Robert le définit comme « le nom donné dans certaines grandes écoles aux élèves de première année ». Son étymologie est incertaine : soit de l'espagnol "bisogne" (recrue), soit du patois genevois "bésu" (niais).

La coutume du bizutage remonte au Moyen Âge. En Allemagne, existait la Depositio, une cérémonie pour transformer l'étudiant entrant en diplômé responsable. Les néophytes, vêtus de tenues ridicules, étaient soumis à des peines corporelles et à des questions insolubles.

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Évolution et Controverses Récentes

La culture carabine est de plus en plus contestée. Le Dr Arnault dénonce les pratiques pénalisantes et humiliantes, notamment pour les femmes : "Ce n’est pas acceptable qu’il y ait certaines pratiques pénalisantes et humiliantes, notamment pour les femmes pendant leurs études. Cela nuit à certaines futures consœurs et aux confrères qui sont maltraités par ces coutumes. Sincèrement, il faut que ça s’arrête".

Les carabins condamnés pénalement ne pourront plus exercer la médecine. Le Dr François Arnault a déclaré que "désormais", "les étudiants qui, au cours de leurs études seraient sanctionnés pénalement pour des crimes jugés définitivement, ne pourront pas exercer la médecine selon la volonté de l’Ordre". Une information sera donnée aux étudiants en deuxième année pour les mettre en garde.

Cette prise de position fait suite à la condamnation d'un externe de la faculté de Limoges pour agressions sexuelles. Des organisations étudiantes et féministes ont alerté sur la situation de cet étudiant qui poursuit son cursus malgré sa condamnation.

Réactions et Condamnations

Suite à des affaires de violences sexistes, les universités et les associations étudiantes ont réagi. L'université a condamné la banderole sexiste brandie par des étudiants en médecine de Tours, représentant une femme nue et inconsciente dans un verre à cocktail. L'ACT (Association des carabins de Tours) a également condamné les actes dégradants et les violences sexistes.

L’ACE2MPL affiche clairement sur son site Internet : "Le bizutage est interdit par la loi, il est donc interdit lors du WEI. Dans le cas où un petit malin s’adonnerait à ce jeu, les sanctions seront lourdes." Thomas Tesseyre, président de l’association, confirme qu'il n’y a "aucune obligation" lors du "week-end de cohésion".

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Une membre du bureau national souligne : "Certains actes ne sont plus d’actualité, les mentalités ont changé, les soirées en médecine sont plus safe. Mais je mentirais en disant qu’il n’y a plus de bizutage parce qu’il en restera toujours une forme avec des personnes qui n’en ont pas conscience. C’est pour cela qu’il faut continuer à faire de la prévention".

Affaire Judiciaire à Limoges

En novembre dernier, deux internes de Limoges ont comparu devant le tribunal correctionnel pour violences aggravées sur un sans-abri. L'un a été condamné à six mois de prison avec sursis et 105 heures de travaux d'intérêt général, avec interdiction d'exercer la médecine. L'autre a été condamné à une amende de 3 000 euros, dont 2 000 avec sursis.

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