Lunettes de Tir Allemandes de la Seconde Guerre Mondiale : Caractéristiques et Identification

Cet article explore en détail les lunettes de tir allemandes utilisées pendant la Seconde Guerre mondiale, en se concentrant sur leurs caractéristiques, leur identification et leur compatibilité avec divers fusils de l'époque. Nous examinerons notamment la lunette Sirius G 4x et son contexte historique.

Identification et Caractéristiques Générales

L'identification précise des lunettes de tir allemandes de la Seconde Guerre mondiale est cruciale pour les collectionneurs et les passionnés d'armes anciennes. Ces optiques, souvent porteuses de marquages spécifiques, permettent de retracer leur origine et leur utilisation.

Marquages et Fabricants

Une lunette de tir allemande typique peut présenter divers marquages, indiquant le fabricant, le modèle, le grossissement et parfois même le numéro de série. Par exemple, une lunette marquée "SIRIUS" "G 4X" "10727" avec un support marqué "w" "A" "178" suscite des questions quant à son origine exacte et son utilisation prévue. Le réticule de la lunette semble être de type militaire standard Type 1ZR.

La lunette Sirius G 4x a été fabriquée par l'usine Dr Walter Gerhard, située à Charlottenburg. Cette entreprise a fermé ses portes en 1928. Avant la Première Guerre mondiale, elle se spécialisait dans les lunettes de visée pour la chasse, puis s'est orientée vers la production de systèmes de visée pour les mitrailleuses (MG) et les avions de chasse pendant la Première Guerre mondiale.

Le Standard ZF39

Le standard ZF39 (Zielfernrohr-1939) désigne un standard de lunette basé sur les cotes du modèle commercial «Zielvier » produit par l’usine Carl Zeiss à Jena depuis 1921/1922. Ce standard fut adopté par la Wehrmacht le 12 novembre 1939 avec l’adoption parallèle du K98k à tourelle haute et basse. Dans « Zielvier » on entend « Ziel » qui renvoie au mot « Zielfernrohr » et « Vier » (Qui signifie « quatre » en allemand). Le mot Zielfernrohr est lui-même composé ainsi : Ziel - cible, fern - à distance, Rohr - tube, soit « lunette de visée » en français. En définitive « Zielvier » signifie « lunette de visée [grossissement] 4 fois. »

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La Zeiss Zielvier fut règlementaire bien des années auparavant, elle fut montée sur des K98b de la Reichswehr vers 1927. On retrouve des lunettes sur des K98b avec des tambours allant jusqu’à 1000 mètres. Ce standard ne concernait pas exclusivement la « Zielvier » de Zeiss mais également d’autres optiques ayant plus ou moins les mêmes caractéristiques et les mêmes cotes. La lunette « Heliavier » de Kahles, produite vers la fin des années 20, possède plus ou moins les cotes et est tout comme la Zielvier une optique de grossissement 4 fois. D’autres lunettes commerciales se rapprochaient également du modèle « Zielvier » commercial, nous retrouvons la lunette « Dialytan » (grossissement 4 fois) de la firme Hensoldt située à Wetzlar en Allemagne mais aussi bien d ‘autres optiques commerciales de l’époque.

Compatibilité avec les Fusils Allemands

La compatibilité d'une lunette avec un fusil spécifique est un aspect essentiel de son identification. Différents modèles de fusils allemands étaient utilisés pendant la Seconde Guerre mondiale, chacun nécessitant des systèmes de fixation et des réglages spécifiques.

Karabiner 98k (K98)

La question centrale est de savoir si la lunette Sirius G 4x a été conçue pour être utilisée sur le Karabiner 98k (K98), le fusil standard de l'armée allemande pendant la Seconde Guerre mondiale. Des essais ont été réalisés pour positionner la lunette sur un K98, mais elle ne semble pas très stable au niveau de la partie sur le verrou. Si elle est placée légèrement en arrière, elle gêne le levier d'armement. De même, sur une Karabiner 98b, le résultat est le même que sur le K98.

Gewehr 88 (G88) et Gewehr 98 (G98)

Il est plus probable que ces lunettes aient été utilisées pendant la Première Guerre mondiale sur les Gewehr 88 (G88) ou Gewehr 98 (G98), après l'adoption de la fixation. Cependant, les lunettes utilisées par l'armée portaient généralement la gravure "G" (pour Gewehr, fusil) et le numéro de l'arme, en plus du "G 4x" et du numéro de la lunette. De plus, les tampons du Waffenamt (bureau d'armement allemand) existaient depuis 1919. Sur un G88, il est impossible de la positionner sans gêner le levier d'armement, même en la plaçant beaucoup plus en avant.

Fixation de la Lunette

Le système de fixation de la lunette est un élément clé pour déterminer sa compatibilité avec un fusil spécifique. Les montages pouvaient varier considérablement en fonction du modèle de la lunette et du fusil.

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Montage et Ajustement

Il est normal que la partie avant de la lunette soit "en l'air", car dans la réalité, le tonnerre (la partie du canon où la cartouche est insérée) est arasé en queue d'aronde à la forme de la base du support, qui se glisse latéralement puis est soudé et vissé. La vis sur le pied arrière sert au réglage latéral de la lunette. En général, la partie arrière du boîtier où vient se fixer l'autre pied doit également subir un peu d'enlèvement de matière pour que le pied s'adapte.

Une pièce est soudée et vissée sur le tonnerre, et cette pièce est elle-même usinée en queue d'aronde. Le tonnerre est principalement la pièce usinée intérieurement pour le logement des verrous de la culasse. Le tonnerre contient principalement le filetage femelle du canon (lui filetage mâle).

Les Montages à Tourelle

Dès la Grande Guerre, l'usine d'optique Goerz Berlin monta quelques Gewehr 98 avec ce qui semblait être l'ovule d'un montage à tourelle, autrement appelé "Semi-Tourelle". Figurant sur le catalogue de Goerz qui semblait en avoir l'exclusivité, il donna naissance aux tout premiers montages à tourelle destinés essentiellement à l'export. Ces premiers montages furent fabriqués en destination de l'Argentine via la Société belge Schneider & Cie en 1927. L'Argentine passa commande de 1500 pièces et devait envoyer les fusils modèle 1909 de cal. 7,65x53 directement en Allemagne afin que ceux-ci soient pourvus des dit montages. Les fusils devaient ensuite repasser par la Belgique pour l'export.

Il faut attendre 1938 pour l'ordre de restriction concernant la production d'optiques militaire soit levé. Ainsi l'armée se réarmant, les principaux dépôts d'armement (les HZa ou Heeres Zeugämter) commencèrent à assembler les meilleurs fusils, sans tenir compte des origines de fabrication, avec les restes du contrat argentin. Ces premiers K98k furent assemblés avec les restes des optiques de la Grande Guerre, et des contrats Reichswehr.

Les Montages Latéraux

Parallèlement, d'autres montages étaient à l'étude, comme le montage latéral de 1937 dit du Premier Type. Fabriqué dans le civil par de nombreuses compagnies comme Hermann Weihrauch, A.Jackenkroll Berlin ou bien AKAH. En revanche Carl Zeiss Jena n'a jamais fabriqué de montages pour Kar98k, quels qu'ils soient. Poussé à l'usage militaire, le latéral court se révéla fragile sur l'embase comme sur le chariot. Ainsi en 1938, il fut amélioré en y ajoutant trois contre vis à l'embase (naissance du Deuxième Type). En six mois depuis le commencement de la guerre en 1939 et suite à de nombreux retours de terrain, les latéraux de deuxième type sont améliorés progressivement à l'usine voire de façon "officieuse". On y ajoute tout d'abord deux tétons en acier traversant l'embase pour renforcer sa prise sur le boitier. Mais la faiblesse du levier de verrouillage tend à désolidariser le chariot de l'embase. Par ailleurs l'optique recule, alors on y a ajouté une fine lamelle de laiton sur le corps de l'optique afin de la maintenir entre les anneaux. L'échec est tel qu'on stoppe complètement le montage latéral court dès Mars-Avril 1940 au profit du montage à tourelle qui se révèle fiable en tout point.

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Les Lunettes de Tireur d'Élite et le Blitzkrieg

L’attitude officielle de l’armée allemande envers la nécessité d’équiper ses troupes de fusils de tireurs d’élite, tout comme précédemment pendant la 1ère Guerre Mondiale dès 1915, fut établie comme non nécessaire à l’application de la doctrine du Blitzkrieg. Cependant certaines unités en furent dotées et prouvèrent l’efficacité du Mauser 98k couplé à la ZF39, pour maitriser parfaitement le système de visée elles s’entrainèrent avant guerre avec des carabines d’entrainement de petit calibre ( .22lr) munies d’optiques spécialement destinées à être reçues sur ces carabines.

Le Traité de Versailles réclamait clairement que les fusils militaires munis d’optiques de visée destinés aux tireurs d’élite ainsi que l’entrainement de ceux-ci soient prohibés, beaucoup de firmes produisant des optiques destinées à l’usage militaire furent confrontées à l’abandon pendant toute la période de Weimar. De ce fait dès 1931 les anciens fusils de « Scharfschützen » et les lunettes furent vendues uniquement aux officiers de l’armée pour leur usage personnel comme la chasse ou la participation à des compétitions sportives. Beaucoup de ces fusils seront modifiés afin d’être plus ergonomiques et pratiques, plus esthétiques ou plus légers. En 1934 toutes les lunettes non vendues furent proposées à la vente privée car elles ne seraient plus mises en service pour l’usage militaire. Cette politique est restée en vigueur jusqu’en 1938 quand l’ordre de vente fut révoqué. Ce fut pendant la campagne de Russie, plus précisément en juin 1941 que les exigences d’une dotation conséquente de fusils de tireur d’élite et l’entrainement spécifique de ceux-ci, augmentèrent de façon spectaculaire.

En dépit de réussites personnelles les fusils de tireur d’élite allemands n’ont jamais égalé la capacité de leurs homologues russes à frapper constamment à chaque coup de feu une cible de la taille d’une tête à une distance de 300 mètres.

L'Évolution des Montages et des Optiques

Il serait incompréhensible de ne pas parler de l’évolution de la lunette et de ses supports utilisés par des troupes paramilitaires et militaires puisque le standard ZF39 est une lunette qui fut utilisée depuis 1927 par la Reichswehr, la Reichspost puis en 1935 par la Waffen SS et l’Allgemeine SS.

Une multitude de montages se succédèrent depuis la déclaration de guerre en 1939, voire même depuis 1918. Les premiers pas allemands vers la modernité, d'un montage à la fois fiable et dont la relative simplicité de conception permettait une utilisation militaire.

Filiales de Carl Zeiss Jena

Du fait des clauses du Traité de Versailles, Carl Zeiss Jena ne pouvait plus produire d'optiques à destination militaire. C'est pourquoi elle installa une filiale en Hollande sous le nom de NEDINSCO (Nederlandse Instrumenten Compagnie). La compagnie produisait donc des "Zielvier" sous le logo NEDINSCO avec un marquage bien spécifique (Nedinsco ‘s Gravenhage-Systeem - Carl Zeiss Jena-4x-30,. NEDINSCO n'était pas la seule filiale de Zeiss Jena, une usine était également basée en Suède à Stockholm sous le nom de NORINAB (Nordiska Instrument Aktiebolaget) qui produisit des Zielvier pour la Tchécoslovaquie en 1923, 1924 et 1925. Toutes étaient réglementairement marquées avec leur date de mise en service dans l'armée tchèque. Zeiss put s'implanter en 1920 en Suède grâce au Danemark qui était déjà sous contrat avec la firme de Iéna. Cela permettait à M.Forstman, du bureau de Zeiss à Berlin, d'acheminer le matériel depuis l'Allemagne en coupant par le Danemark afin de gagner l'usine suédoise.

La ZF-41

Devant l'introduction d'une optique à moindre coût, la ZF-41 qui découle d'expérimentations parallèles à l'appel d'offre concernant le nouveau fusil semi-automatique de la Wehrmacht. Le haut Commandement de la Wehrmacht (O.K.W) qui regroupe les trois armes (Heer, Luftwaffe & Kriegsmarine) décide d'imposer la ZF-41 et son système de montage comme prioritaire dans la production d'armes de tireur d'élite. Ainsi le montage à tourelle est stoppé au profit de cette petite optique dont quinze manufacturiers optiques, une manufacture d'armement pour les montages et trois usines d'assemblage (Mauser Borsigwalde & Oberndorf, Berlin Lübecker) seront les principaux acteurs.

Cette petite ZF-41, du bas de ses quelques 13 cm de tube et son pauvre grossissement de 1,5x fut très critiquée et boudée par les tireurs d'élite formés au "Scharfschützen Schule Seetaler Alpe".

Simplification des Montages à Tourelle

Devant le nouvel échec de cette optique sur le terrain du fait de ses pauvres performances, la production de carabines à tourelle reprend fin 1942 chez Mauser Werke Oberndorf ("byf) ainsi que chez J.P Sauer & Söhn ("ce"). Le modèle simplifié du montage à tourelle est de nouveau en production. On note une transition en 1943 vers une nouvelle simplification du montage à tourelle. Celui-ci se voit supprimé de certaines passes d'usinage et certaines parties laissent place à l'emboutissage. On remarque que le téton en acier usiné faisant office de butée du levier de verrouillage du pied arrière, a laissé place à un téton en acier embouti. De même que la fixation du ressort de tourelle avant a complètement changé. Fini les deux demi-lunes en acier usiné fixées chacune par deux vis. Le nouveau modèle possède un ressort en V plus prononcé qui est clipsé directement dans le cône.

On diminue le bourrelet et on augmente la hauteur de l'embase avant d'environ 6,35mm. La raison exacte est encore aujourd'hui inconnue et toute tentative d'explication ne serait que pure hypothèse. Mais d'après ma propre opinion, ce serait du en partie au différents types d'optique possédant chacune ses caractéristiques technique propres. Par exemple l'objectif de 44mm de l'A.JACK 4x90 est nettement plus imposant comparé aux 39mm de la Zielvier de Carl Zeiss Jena. Ce nouveau montage à tourelle, baptisé "tourelle haute" sera en production jusqu'à la fin de la guerre en 1945.

Devant la lenteur et le coût de production de cet onéreux montage dont l'assemblage prends beaucoup de temps, d'autres types de montages reviennent dans la course. On ressort le vieux et peu fiable montage latéral et un nouveau type de montage. Steyr Daimler Puch AG (Autriche, code "bnz"), lance fin 1942 un nouveau type de montage, directement inspiré du montage à double crochets.

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