Où allez-vous, camarades, avec vos fusils chargés? Explication de l'hymne de la Bretagne, "La Blanche Hermine"

Introduction

La chanson "La Blanche Hermine", écrite en 1970 par Gilles Servat, est devenue un emblème de la musique bretonne et un symbole fort de l'identité bretonne. Bien qu'elle ne soit pas un hymne national au sens strict du terme, elle est souvent considérée comme l'hymne officieux de la Bretagne. Elle est une revendication de l'identité bretonne, l'hermine étant l'animal emblématique du Duché de Bretagne. Cette chanson soulève des questions d'identité, d'indépendance et de relations complexes entre la Bretagne et la France.

Origines et Symbolisme

Le titre de la chanson fait référence à plusieurs symboles du duché indépendant de Bretagne, notamment sa devise et son animal fétiche, l’hermine. Le duché de Bretagne a été une réalité territoriale entre 939 et 1545 et a durablement marqué la France.

Sa devise, « Kentoc’h mervel eget bezañ saotret », se traduit par « Plutôt mourir que faillir » ou « Plutôt la mort que la souillure ». Une légende raconte qu'à une époque inconnue, une blanche hermine préféra se laisser prendre par ses poursuivants, une troupe de chasseurs menée par le roi de Bretagne Conan Mériadec, plutôt que de souiller son blanc pelage en traversant une rivière boueuse.

Il est aussi dit que ce serait la duchesse Anne de Bretagne qui aurait vu des chasseurs à la suite d’une hermine, et qui aurait imploré pour lui laisser la vie sauve, dès lors cet animal devient le symbole du duché. Cependant cette histoire semble être anachronique, Anne de Bretagne arrivant bien après l’adoption pour la première fois de ce symbole.

Contexte Historique et Culturel

La chanson est largement marquée d'une idéologie indépendantiste bretonne. La culture bretonne est très chère aux Bretons, c’est la raison pour laquelle, à plusieurs reprises dans notre histoire commune, des manifestations pacifiques ou parfois violentes ont éclaté. Les plus connues et importantes sont nommées les Emsav. La première s’est déroulée entre 1898 et 1914, et est marquée par la promotion importante de la culture bretonne. La deuxième commence à la fin de la première en 1914 et s’arrête à la fin de la Seconde Guerre mondiale en 1945. Cette fois, c’est l’utilisation des hommes durant le premier conflit mondial qui est durement critiquée. Enfin la troisième Emsav commence en 1945 et est toujours en cours. Le chant laisse croire au tiraillement d’un homme entre l’amour de son épouse, et le besoin de lutter pour la décolonisation de son pays.

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Paroles et Interprétation

Les paroles de "La Blanche Hermine" évoquent un homme déchiré entre l'amour de sa femme et son devoir envers sa patrie bretonne. La question "Où allez-vous, camarades, avec vos fusils chargés ?" suggère un appel à la lutte pour la libération et l'indépendance. Les vers "Ma mie dit que c’est folie d’aller faire la guerre aux Francs / Mais je dis que c’est folie d’être enchaîné plus longtemps" illustrent le conflit entre la sécurité et le confort de la vie familiale et la nécessité de se battre pour ses convictions.

Controverses

Gilles Servat est critiqué pour son utilisation du terme « franc », mais aussi pour ses nombreuses références à la période féodale. Il utilise tout un imaginaire pour évoquer tous les conflits ayant confronté Bretons et Français.

Ainsi, les forteresses de Fougères et Clissons renvoient aux souvenirs de la guerre de Bretagne au XVe siècle, confrontant Bretons et Français aux frontières du duché. Lorsqu’il évoque des insurgés partant en embuscade « avec des fusils chargés », il y a une référence probable aux guerres de la Chouannerie au XVIIIe siècle.

Cette utilisation, dans une période aussi complexe et tendue, pousse à croire qu’il y a une véritable volonté de l’auteur de mettre de l’huile sur le feu. Enfin, il y a une réutilisation par des militaires d’extrême droite, notamment le Front National à partir de 1998, dans leurs rassemblements.

Comparaison avec d'autres chants

La Blanche Hermine a une différence notable avec des chants comme La Strasbourgeoise ou La Marseillaise qui évoquent un ennemi étranger, celui-ci évoque une confrontation entre Français.

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La Marseillaise : Contexte et Signification

La Marseillaise, hymne national français, est un chant de guerre devenu un symbole de la République et de la liberté. Il est intéressant de la comparer avec "La Blanche Hermine" pour comprendre les différentes facettes de l'identité nationale et régionale en France.

La notion d’hymne national

La notion de chant national, d’hymne national, apparaît en Angleterre avec en 1740 le Rule Britannia, national, et en 1745 le God save the King, hymne surtout dynastique. Chant loyaliste, il est alors chanté par les Anglais contre la rébellion jacobite menée par le « Young Pretender », Charles Edward Stuart, le dernier prétendant catholique au trône britannique. Ce prince, débarqué en Ecosse dans l’été 1745, est vaincu en février 1746. Le God save the King fait lors de ces événements une percée dans la presse (qui en fournit les paroles à chacun) et les théâtres de Londres. A partir de mars 1793, avec les guerres contre la France révolutionnaire puis impériale, se développe en Angleterre le culte dynastique et national accompagné désormais par ces deux hymnes devant lesquels on adopte, lorsqu’ils sont entonnés, la posture digne et immobile, debout, tête découverte pour les hommes et une main sur le cœur.

La France suit la même voie avec divers chants mais s’impose vite la Marseillaise (décrétée « chant national - ou plutôt un des chants nationaux» le 14 juillet 1795) pour laquelle certains s’agenouillent à la sixième strophe sous la Révolution et au XIXe siècle, celle d’« Amour sacré de la patrie » et de « Liberté ! Liberté chérie ». C’est une posture religieuse rappelant celle adoptée par les catholiques à la messe pour un passage du credo ou à l’élévation ! On a parlé à propos de ces hymnes nationaux d’un « transfert de sacralité », du culte religieux au culte de la patrie.

Dans l’Allemagne non encore unifiée apparaît bien plus tard le Deutschland über alles. Comment traduire en français ? ’Allemagne « avant tout », ou encore « au-dessus de tout » (traduction en 1915 par le sociologue français Durkheim), ou encore « plus aimée que tout », voire« plus grande encore ». Les termes sont amphibologiques, leur traduction incertaine car c’est une proposition dans laquelle il manque un élément essentiel, le verbe. Le poème fut écrit par le poète et linguiste August Heinrich Hoffmann (dit parfois Hoffmann von Fallersleben, du nom de son village d’origine) en 1841 au large de l’Allemagne dans la Baltique à Helgoland (en anglais, Heligoland), île de peuplement et de langue germaniques mais placée sous souveraineté danoise de 1714 à 1807 puis, britannique de 1814 à 1890, et située aux marges de l’Allemagne, en zone frontière tout comme Strasbourg pour la France. Ce chant allemand, est d’abord, au XIXe siècle, considéré par les princes régnants comme trop libéral, comme appelant contre eux à la liberté du peuple allemand. Il ne sera adopté comme hymne national allemand qu’en 1922, par la République de Weimar, pour remplacer alors seulement divers hymnes dynastiques, l’hymne prussien et ceux des divers princes régnant en Allemagne, puis l’hymne impérial allemand. Très aimé, il est conservé par Hitler de 1933 à 1945, aux côtés d’un hymne purement nazi, le Horst-Wessel-Lied. Ajoutons que le titre, le slogan Deutschland über alles a, longtemps avant, été précédé par un - par des - Oesterreich über alles.

Alors que ces hymnes britanniques ou d’Allemagne sont essentiellement ceux de leur seul pays, la Marseillaise revêt un certain caractère d’universalité (au même titre par exemple que la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789), ce qui constitue une de ses originalités parmi les hymnes nationaux, et la fierté des Français. Certes avec d’autres paroles et au besoin dans une autre langue, la mélodie du God save the King, qui daterait du XVIe ou du XVIIe siècle, fut reprise de façon éphémère par des poètes pour célébrer les Etats-Unis gagnant leur indépendance, un roi du Danemark ou de Prusse, divers princes allemands ou certains cantons suisses ou encore un tsar de Russie. Mais ce ne fut qu’épisodique et marginal, sans commune mesure avec la vogue de la Marseillaise hors de France.

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Ajoutons que l’hymne figure comme « l’hymne national » dans le Titre Premier de la Constitutions françaises de 1946 (reprise sur ce point par celle de 1958) entre « l’emblème national » et « la devise de la République ».

La naissance d’un chant de guerre

On sait que, chant de circonstance, le « chant de guerre pour l’Armée du Rhin, dédié au maréchal Luckner » - ou Lukner - (un militaire Bavarois passé au service de la France depuis 1763 et dont un ministre dit en 1792 qu’il « a le cœur plus français que l’accent ») a été créé par Claude Joseph Rouget de Lisle (qu’on écrit aussi « de L’isle », ou « de L’Isle ») dans la ville-frontière de Strasbourg, la nuit du 25 au 26 avril 1792 après une soirée passée chez le maire de la ville, l’industriel éclairé Dietrich. Cela s’est passé dans une France en révolution menacée d’invasion, alors que l’Assemblée législative venait de déclarer la guerre au « roi de Bohême et de Hongrie » (le 20 avril 1792) - c’est-à-dire en fait à Léopold II, empereur du Saint-Empire romain-germanique et frère de Marie-Antoinette. La patrie était danger, comme elle le fut bientôt déclarée (11 juillet 92). C’est un moment d’exaltation patriotique et de ferveur révolutionnaire qui soulève le pays, les civils comme les soldats, les enfants comme les adultes. Par exemple les adresses, les pétitions patriotiques envoyées par des écoles à l’Assemblée législative sont nombreuses d’avril à juillet 1792 (Louis Lumet, Les écoles en 1792 et en 1914-1917, Paris, éd. de Boccard, 1917). Bientôt les volontaires affluent de partout pour défendre le pays et ses institutions nouvelles.

L’auteur

Pour diverses raisons, Rouget de Lisle fut - et est toujours - parfois contesté en tant qu’auteur des paroles et surtout de la musique de la Marseillaise. En effet ses qualités de poète - « poétaillon » a-t-on même parfois dit - mais surtout ses compétences musicales ont souvent été mises en doute, au vu de ses autres œuvres, antérieures ou postérieures. Le fait d’être l’homme d’un seul chef-d’œuvre favorise les mises en cause. Les circonstances aussi ont favorisé les soupçons : comment en une seule nuit, fût-elle d’exaltation, un homme connu comme un amateur plutôt qu’un professionnel, a-t-il pu composer en si peu de temps donc -une œuvre aussi parfaite, une chanson magique paroles et musique, qui, selon l’expression même de son auteur peu avant son décès, a « fait chanter le monde » ?

Certes de son vivant, « la paternité de l’officier du génie n’a jamais été sérieusement contestée » écrit Michel Vovelle (p. 91), même si son nom n’apparaît pas toujours sur les nombreuses partitions manuscrites ou imprimées qui circulent à travers le pays. Certes dans les premiers mois tout le monde ne connaît pas le nom de l’auteur de ce chant si rapidement, immédiatement pourrait-on dire, diffusé à travers le pays.

Les paroles, au moins pour les six premiers couplets, lui sont généralement attribuées, sauf peut-être à propos de quelques modifications de détail qui seraient intervenues dans les premiers mois.

En revanche, au cours du XIXe siècle et encore aujourd’hui, des détracteurs ont affirmé et, disent-ils, prouvé que la musique ne serait pas son œuvre mais un plagiat d’un compositeur antérieur ou contemporain. C’est après la mort de l’auteur (1836 à Choisy-le-Roi) que les attributions commencent à se multiplier. Par exemple divers Allemands - car depuis 1840, autour du Rhin allemand, les tensions montent. On cite comme inspirateurs de la Marseillaise par exemple Mozart, à cause d’un motif figurant dans son vingt-cinquième concerto en ut pour piano, ou un des fils de Jean-Sébastien Bach pour une autre pièce de musique. Comme il n’y a que sept notes (comme aurait dit Saint-Saëns cité par Michel Vovelle), il n’est pas exclus que des motifs entendus ici ou là soient repris, consciemment ou non. Mais en 1842 le Journal de Karlsruhe affirme l’origine germanique de la musique, œuvre selon lui d’un compositeur nommé Alleman, que personne ne connaît. Six ans plus tard, en 1848, la Gazette musicale de Leipzig, présente un jacobin rhénan nommé Forster comme auteur des paroles, sur une musique de Reichardt (qui, toujours en vie, démentit lui-même plusieurs fois), tandis que la Gazette de Cologne y voit la même année une œuvre ancienne retrouvée par un certain Hamman ou Hamma, organiste à Meersbourg. L’origine allemande, par un musicien dûment nommé ou par une chanson traditionnelle, est souvent invoquée jusqu’à l’aube du XXe siècle. En Autriche, on attribue souvent l’œuvre à Ignace Pleyel qui, à Strasbourg en septembre 1791, avait composé la musique pour un poème de Rouget de Lisle, l’Hymne à la Liberté. Certes en avril 1792, Ignace Pleyel était installé à Paris depuis quelques mois et y fabriquait des pianos… ce qui n’empêche pas l’histoire d’être colportée, aujourd’hui encore à Vienne. Mais le monde francophone n’est pas en reste. C’est en 1863 le conservateur du Conservatoire de Bruxelles, François-Joseph Fétis, qui révèle un nouvel auteur de 1792, le « citoyen Navoiville », mais cette hypothèse est détruite l’année suivante par Fétis lui-même, quand il s’avère que le manuscrit qu’il utilisait était un faux. En France aussi, divers auteurs.ont été avancés. Par exemple le chef de la maîtrise de la cathédrale de Saint-Omer, nommé Jean-Baptiste Grisons, aurait écrit en 1784 (ou 1787) un oratorio, Esther, inspiré de la tragédie de Racine, dans lequel se reconnaît presque note pour note l’air de la Marseillaise (affirmation reprise en 1974 par Philippe Parès dans Qui est l’auteur de la « Marseillaise » ?, Paris, éditions Minerva), mais il apparaît que l’œuvre est mal datée et serait postérieure, daterait de 1793 et que son auteur utiliserait précisément l’air en vogue de la Marseillaise, comme marquer son adhésion au nouveau régime. Hervé Luxardo, un des récents historiens de l’hymne (Histoire de la Marseillaise, éditions Plon, collection Terres de France, 1989) consacre tout un chapitre à la question (chapitre V, « Les pères de la Marseillaise »). Il écrit : « Nombreux furent les historiens, les critiques, les musiciens qui, avides de marquer leur passage sur terre, essayèrent, vainement, de démontrer que l’auteur de la Marseillaise ne pouvait l’avoir écrite ». Quelques années plus tôt, en 1984, Michel Vovelle, autorité en matière d’histoire de la Révolution française, était aussi net en récusant les attributions allemandes des années 1840 : « début d’une série de tribulations poursuivies jusqu’à la fin du siècle, au fil d’une cascade qui ne rapatrieront définitivement l’œuvre de Rouget de Lisle à son auteur que sous la plume de l’irréfutable Julien Tiersot. Cette querelle posthume sur une paternité originellement indiscutée reflète à sa manière l’enjeu qu’est devenue La Marseillaise » (Michel Vovelle, « La Marseillaise. La guerre ou la paix », p. 85 à 136 dans Les lieux de mémoire, I, La République, sous la direction de Pierre Nora, édition Gallimard, collection Bibliothèque illustrée des Histoires, 1984). Nous ne reviendrons pas sur cette question, résolue par « l’irréfutable Julien Tiersot » (Rouget de Lisle, son œuvre, sa vie, éditions Delagrave, 1892, poursuivi dans Histoire de la Marseillaise, Delagrave, 1916) et ses deux contemporains musicologues Constant Pierre (Les Hymnes et chansons de la Révolution française, Imprimerie nationale, 1904) et Louis Fiaux (La Marseillaise, son histoire dans l’histoire des Français depuis 1792, éditions Fasquelle, 1918). Certes tout récemment un italien, Gian-Battista Viotti est donné pour l’auteur véritable, de 1781, par le violoniste et musicologue Guido Rimondi. Il faudrait là encore étudier de près le manuscrit et sa datation, chacun des soi-disant auteurs véritables de la Marseillaise s’étant révélés être des compositeurs ultérieurs s’inspirant de l’hymne mais instrumentalisés ensuite par d’autres, au service de passions nationales ou politiques, auxquelles s’ajoute le goût d’ébranler, voire de détruire, les certitudes établies ». Ne concluons par car la contestation de Rouget de Lisle à propos de la Marseillaise, tant pour l’air que pour les paroles, est une activité tant nationale qu’internationale très pratiquée depuis les années 1840. Le sacré entraîne le sacrilège et les reliques saintes l’ubiquité de celles-ci : promenades européennes de sainte Madeleine et de l’hymne sacré des Marseillois

Autour des paroles, les querelles sont moindres mais elles existent. On a cité bien souvent, à la suite de l’érudit Julien Tiersot (Histoire de la Marseillaise, Paris, éditions Delagrave, 1915, p. 37), des slogans et proclamations ayant figuré sur des affiches collées sur les murs de Strasbourg, mais ces proclamations ne se retrouvent pas dans les archives. Voici le bataillon Les enfants de la Patrie dans lequel serviraient deux fils du maire de Strasbourg, voici sur des affiches- ni archivées ni conservées - des slogans tels que Aux armes, citoyens ! , Marchons !, L’étendard de la guerre est déployé, Jean Jaurès, dans son Histoire socialiste de la Révolution française, écrit que les paroles de la Marseillaise ont été dictées à Rouget de Lisle « par le peuple » : « ce chant n’était pas, à vrai dire, l’œuvre d’un seul homme, celui-ci n’avait guère fait que costumer et animer d’un beau rythme les paroles de colère et d’espérance qui partout en France depuis quelques mois jaillissaient dans les cœurs ». Soit !

Un chant de guerre à l’efficacité redoutée, un chant de liberté très tôt diffusé hors de France

Un chant révolutionnaire banni en France à partir de 1804, sauf rétablissement de la république

La Marseillaise, hymne national… des Républicains

La Marseillaise est l’hymne national français seulement depuis une loi du 14 février 1879 (et désormais sans discontinuer), quand les institutions passent définitivement aux mains de républicains (sauf parenthèse accidentelle et antirépublicaine de l’État français, de 1940 à 1944). En effet le 30 janvier 1879, le républicain Jules Grévy a remplacé comme président de la République le royaliste de cœur Mac Mahon, démissionnaire Le choix de l’hymne, avec le retour du gouvernement à Paris, est la première mesure symbolique, un an avant que la date du 14 juillet soit choisie pour la fête nationale (6 juillet 1880) Cet hymne, à l’origine chant de guerre pour l’armée du Rhin (avril 1792) fut pendant presque tout le XIXe siècle en France un chant de lutte contre les régimes conservateurs et autoritaires. En outre la Marseillaise a connu très tôt une grande popularité à travers le monde et fut chantée pour galvaniser des manifestants contre les oppresseurs dans de nombreux pays.

Une destinée internationale

La Grande Guerre, entre Marseillaise et Madelon

La Marseillaise dans l’entre-deux guerres

Un hymne et un drapeau pour deux France

Paroles mal reçues, paroles mal connues ?

Aux armes, citoyens ! Rien ne vous choque dans les deux derniers vers ? Rouget de Lisle, l’auteur des paroles, veut bien sûr dire: « L’étendard sanglant de la tyrannie est levé contre nous » (sinon, la phrase n’aurait aucun sens…). Mais, allez savoir pourquoi, il préfère s’exprimer à la façon d’un maître Yoda avant l’heure en mélangeant complètement les éléments de la phrase. Parler dans un français approximatif dans l’hymne national, c’est tout de même dommage, admettez-le ! Pire, faites l’expérience chez vous : demandez à l’un de vos proches comment il interprète le sens de ce couplet à la grammaire douteuse… vous aurez à coup sûr une réponse qui détourne complètement la pensée de l’auteur ! La formulation peut en effet laisser penser, si on n’y prête garde, que ce sont les révolutionnaires qui lèvent « l’étendard sanglant », en signe de menace aux tyrans. Mugir ? Sérieusement ? T’avais pas bu un p’tit coup de pinard en trop, mon cher Rouget de Lisle ? Revenons à la définition du dictionnaire, celle du CNTRL (Centre National de Ressources et Lexicales). MugirA.− [Le suj. désigne un animal de l’espèce bovine] Pousser le cri prolongé, vibrant, grave et sonore qui lui est propre. Synon. beugler, meugler. « L’onagre a-t-il crié, le bœuf a-t-il mugi quand ils ont eu de l’herbe ? » (Hugo, Fin Satan, 1885, p. 906)B.−Par analogie Émettre un cri ou un bruit comparable à un mugissement. Faire entendre un bruit ou un son puissant et prolongé. Au figuré :[Le sujet désigne un élément de la vie intellectuelle ou morale] S’exprimer, se manifester avec violence. Selon la définition d’aujourd’hui, le verbe mugir peut donc être employé, par analogie au cri du bœuf, pour désigner une personne qui pousse des cris violents. Tout va bien. Jean Nicot : Le Thresor de la langue francoyse (1606)MUGIR neutr. acut. Dictionnaire de l’Académie française, première édition (1694)MUGIR. v. n. Meugler. Il se dit proprement de la voix & du cry que font les taureaux, les bœufs, les vaches. « On entendoit mugir les taureaux. » - « Cette vache mugit aprés son veau. »Au figuré : Il se dit du bruit que font la mer, & les flots quand ils sont agitez. Jean-François Féraud : Dictionaire critique de la langue française (1787-88)MUGIR, v. n. MUGISSEMENT, s. m. MUGISSANT, ANTE, adj. Ils expriment le cri des taureaux, des bœufs et des vaches. « On entendait mugir les taureaux. » « Des bœufs mugissans, les vaches mugissantes; le mugissement des taureaux. »Ils se disent, figurément, des vents et des flots. Certes, l’emploi de ce verbe pour qualifier le cri des soldats peut être une simple licence poétique de la part de l’auteur, mais il est plutôt surprenant ! Un sang impur ? Ô mon Dieu, quelle horreur ! Notre hymne national serait donc bêtement raciste ? La France, cette terre d’accueil historique, serait en réalité le vivier d’une xénophobie écœurante ? Voilà, en substance, l’analyse dont certains commentateurs se livrent de façon, osons le mot, assez simpliste… car, nous le verrons, ce raisonnement est anachronique ! Néanmoins, pour contrer cette vision « raciste » du chant, les partisans de la Marseillaise osent également des arguments peu convaincants… selon eux, le « sang impur », sous la plume de Rouget de Lisle, ne représente absolument pas l’étranger mais au contraire celui du peuple de France. Et toc. C’est bien tenté, mais c’est également totalement faux ! L’histoire qui se cache derrière la rédaction de la Marseillaise en témoigne : à l’origine, la Marseillaise a été écrite comme chant de guerre pour les armées partant en guerre contre l’Autriche (et s’appelait d’ailleurs Chant de guerre pour l’armée du Rhin). Et franchement, comment le peuple pourrait-il chanter à tue-tête le souhait de voir son propre sang abreuver la terre ? Qu’on se le dise, le sang impur cité dans le texte représente bien le sang de l’étranger (en l’occurrence de l’Autrichien). Mais, évidemment, la notion de « race » est absente de la pensée de l’auteur. Dans les 6 couplets écrits par Rouget de Lisle (et un septième écrit plus tard par un auteur inconnu), il n’y a d’ailleurs aucune référence raciste. Épargnez ces tristes victimes,À regret s’armant contre nous. Ce « sang impur » est une figure de style pour désigner non le peuple autrichien dans son ensemble, mais bien celui de ses dirigeants. Tremblez, tyrans, et vous, perfides,L’opprobre de tous les partis,Tremblez ! vos projets parricidesVont enfin recevoir leurs prix ! (bis)Tout est soldat pour vous combattre,S’ils tombent, nos jeunes héros,La terre en produit de nouveaux,Contre vous tout prêts à se battre ! Dès lors, la réappropriation du chant par les Révolutionnaires était aisée : qu’ils soient Autrichiens ou Français, c’est bien la haine des « tyrans » qui est ici mise en avant. N’oublions pas que le caractère racial du sang n’existe pas en tant que tel au XVIIIe siècle.

La Marseillaise parodiée, profanée ?

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