Petit Mousquet Ancien Pistolet: Histoire et Évolution

L'histoire des armes à feu est riche et complexe, marquée par des innovations constantes et des adaptations aux besoins militaires et civils. Parmi ces armes, le petit mousquet et le pistolet occupent une place particulière, témoignant de l'ingéniosité humaine dans l'art de la guerre et de la chasse. Cet article explore l'évolution de ces armes, en s'appuyant sur des faits historiques et des témoignages d'experts.

L'invention de la Platine à Silex

Au début du XVIIe siècle, vers 1610, Marin Bourgeois, un Normand de Lisieux issu d'une famille de serruriers, d'arbalétriers et d'horlogers, créa la première platine à silex. Cette invention, fruit d'une connaissance approfondie des systèmes mécaniques, s'inspira des platines à chenapan et à miquelet. L'arme équipée de cette platine est exposée au musée de l'Hermitage à Saint-Pétersbourg. La platine de Bourgeois présentait déjà une noix à deux crans, offrant ainsi un cran de sûreté et un cran d'armement pour le chien.

Louis XIII, passionné d'armes à feu, joua un rôle dans la mise au point de la platine à silex "à la française", qui devint par la suite la platine à silex universelle. Il possédait un cabinet de curiosité d'environ 600 armes, qui fut transmis à Louis XIV puis à Louis XV. Malheureusement, ce cabinet fut pillé lors des premiers jours de la Révolution. Aujourd'hui, on connaît encore une soixantaine d'armes de ce cabinet, dont certaines sont exposées au musée de l'Armée et d'autres dans des collections privées.

Les Deux Crans des Platines à Silex au XVIIe Siècle

Une question importante concerne la présence systématique de deux crans (sûreté et armement) sur les platines à silex produites entre 1630/40 et 1700. Les fusils militaires pré-règlementaires fabriqués vers 1680/1715 avaient bien deux crans, comme vérifié sur plusieurs platines françaises et suisses de fabrication française. Les platines à silex du type à la française ont toujours eu deux crans, même si ces platines reprenaient la forme ventrue ou anguleuse des rouets dans leurs débuts.

Cependant, avant 1680, il est difficile d'affirmer avec certitude si toutes les platines avaient deux crans, car cela concerne principalement des armes de chasse. L'armée française ne s'est intéressée aux systèmes de mise à feu "froids" (sans mèche allumée) que très tardivement, car les militaires n'avaient aucune confiance là dedans. Ils avaient déjà connu le rouet depuis les années 1550, système très peu fiable et donc inutile et dangereux pour un soldat. Néanmoins, les cavaliers adoptèrent très vite le rouet puis le silex, le pistolet n'étant qu'une arme secondaire pour eux.

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L'évolution des Armes à Feu Portatives

Pour adapter l'arme à feu au combattant individuel, il fallut se résoudre à réduire considérablement le poids et le calibre de ces canons. Cette nouvelle n'était alors constituée que d'un simple tube prolongé d'une tige de bois qui, posée sur l'épaule ou maintenue sous l'aisselle gauche permettait de diriger le tir. Cette arme appelée communément bâton à feu ou canon à main était servie par deux hommes. L'un la portait et l'ajustait, l'autre y mettait le feu. Quelles que soient la forme et la dimension de ces armes, rien ne permettait à cette époque de distinguer les armes portatives des pièces d'artillerie proprement dite.

Ainsi les premières armes à feu qui apparurent au début du XIVe siècle étaient posées à terre pour le tir ou munies d'un petit affût de bois que l'homme d'armes plaçait sur son épaule droite et à laquelle il mettait le feu de la main gauche. Dans un inventaire trouvé aux archives de la ville de Bologne daté de 1397, le canon à main était désigné sous le nom de sclopo d'où l'on a fait plus tard sclopeto puis escopette.

Sous Louis XI (1423 - 1483), les arts métallurgiques permirent de fabriquer des boulets en fonte de fer. Le canon fut fait de bronze pour résister à l'augmentation de la charge de poudre et à l'emploi des nouveaux projectiles. La couleuvrine à main succéda assez rapidement au canon à main. Elle se différenciait des bombardes, car elle était d'une seule pièce. Les premiers exemplaires étaient en bronze (1) puis, l'industrie se perfectionnant, elles furent fabriquées en fer forgé d'un seul tenant. L'arme possédait à sa partie antérieure une forme permettant de la poser sur un piquet. Le canon était lié à une crosse de bois un peu recourbée. On mettait le feu à la couleuvrine à main au moyen d'une mèche. Deux hommes la servaient, l'un la pointait, l'autre l'allumait. La couleuvrine à main fut en usage pendant la plus grande partie du XVe siècle et les premières années du XVIe. Elle fut fabriquée en différents diamètres et longueurs. Son point d'appui fut remplacé par une fourquine c'est-à-dire d'un bâton ferré se terminant en fourchette à sa partie supérieure.

De l'Arquebuse au Mousquet

Vers 1460 jusqu’à 1660, l’arquebuse, mot découlant d’hacquebute : C’est une arme à feu, à fût de bois, véritable ancêtre des carabines, mousquets et fusils, que l’on tient sous l’aisselle ou que l’on commence à épauler. L’arquebuse étant assez courte, se prêtait mal au tir de guerre sur plusieurs rangs, l’embouchure du canon se retrouvant au niveau de l’oreille du rang précédant. Il fut donc décidé de rallonger l’arquebuse et d’en augmenter le calibre, donc le poids du projectile et la puissance destructrice. Le mousquet était né.

Le nom « mousquet » provient de l’italien « moschetto, issu du latin « musca, la mouche, à cause de la balle (qui sifflait et qui était invisible en vol comme une mouche aux oreilles des soldats. Le mousquet peut être interprété comme le « lanceur de mouche). L’expression « prendre la mouche, qui exprime la colère, viendrait du fait de recevoir des mouches (balles) ce qui n’est guère plaisant.

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Le Pistolet à Rouet

Vers 1520 Apparition d’une forme très réduite de l’arquebuse à rouet, le pistolet. Le pistolet, arme tenue à la main, est rendu possible grâce à la platine à rouet, qui permet de le porter dans des fontes fixées à l’avant de la selle du cheval, et prêt à faire feu. Cela entrainera la célèbre manœuvre dite « Caracole » des « Reîtres germaniques, soldats mercenaires. Elle consiste à envoyer un rang de cavaliers armés de pistolets à 15 mètres des piquiers ennemis qui leurs barrent le passage, et à décharger leurs armes sur eux. Les cavaliers repartent en arrière recharger leurs pistolets, et un nouveau rang de cavaliers se présente et effectue la même manœuvre.

L'importance du calibre

La puissance de ces engins reposant sur leur capacité à propulser un projectile plus ou moins important, c'est tout naturellement sur cette considération que s'établit cette différenciation. La fabrication des projectiles jusqu'alors grossière demanda à être plus soignée et les fabricants se tournèrent rapidement vers le plomb. Sa masse importante permettait d'augmenter la portée du tir et sa justesse. La forme initialement retenue pour ce projectile fut celle de la sphère ou de la bille auquel on donna le nom de balle (du grec ballô : je jette, je lance, par extension ce nom sera donné à tous les objets sphériques destinés à être lancé ex. Désormais l'arme pouvait être caractérisée par le diamètre de la balle de plomb qu'elle était capable de projeter.

Resté à déterminer une échelle permettant l'universaliser ce mode de calcul. Pour éviter une multitude de diamètres fantaisistes, on prit pour référence la livre de plomb (~ 490 g). Cette quantité de plomb était alors divisée en autant de parties aliquotes (égales) que l'on désirait, puis chacune de ces portions était ensuite fondue afin d'obtenir une bille dont le diamètre dépendait du volume de plomb de chaque portion. Il ne restait plus qu'à forger un canon dont le diamètre de l'âme serait équivalent à celui de la balle. Cette équivalence ou exacte correspondance du latin æquilibritas donnera le mot calibre qui, à cause de sa racine latine sera d'abord écrit qualibre.

Le calibre des armes fut alors désigné en fonction du nombre de balles obtenues par livre de plomb. Pour obtenir ces billes, on versait le plomb fondu dans des moules (img. ci-contre) dont le calibre ne s'exprimait pas en fonction du diamètre de la balle que l'on obtenait, mais en fonction du poids de plomb de cette balle, on disait par exemple un moule à 3 onces (~ 90 g) ce qui correspondait à une balle d'un diamètre de 11 lignes ½ (~ 25 mm). Grâce à des tables de conversions, on pouvait aisément transformer la valeur du poids de plomb au diamètre de la bille obtenue.

L'Armée Royale sous Louis XIV

Les soldats des armées royales de Louis XIV étaient bien armés. Louis XIV naquit en 1638 et prit réellement ses fonctions en 1661 à la mort de Mazarin, à l'âge de 23 ans. Ses premières guerres furent la guerre de Dévolution (1667/68), la guerre de Hollande (1672/78) et la guerre de 9 ans ou guerre de la Ligue d'Augsbourg (1688/98). Les soldats étaient bien armés avec des armes à silex, le rouet étant dépassé.

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À la fin du règne, il était clair que les batailles se gagnaient avec les armes à feu. L'ordre de bataille fut repensé pour mathématiser au maximum le feu et le rendre le plus régulier et puissant possible. Les armées étaient disposées sur un nombre limité de lignes (5, puis 4, puis 3) afin d'éviter que les soldats des dernières lignes tirent sur ceux des premières. L'adoption de cette tactique, répondant au nouveau dispositif fusil-baïonnette, concrétisée en France par le règlement de 1703, constitua une véritable révolution militaire.

La Révolution des Armes à Feu

La révolution des armes à feu sous le règne de Louis XIV entraîna une professionnalisation de l'armée. Avec une armée de 450 000 hommes en 1690, il n'était plus possible de ne composer qu'avec des « entrepreneurs de guerre ». Un service du roi en continu fut organisé en 1668, permettant aux officiers licenciés à la fin de la guerre d'avoir un statut d'officiers réformés et d'accumuler de l'ancienneté. La promotion acquit un caractère d'automaticité réglée par le principe de l'ancienneté, et un nouveau groupe social apparut : les soldats professionnels.

L'art de la guerre évolua considérablement avec la systématisation du siège par Vauban et l'introduction du fusil et de la baïonnette à douille en 1689. La tactique des batailles changea, et l'arme à feu devint le principal instrument de violence, exigeant une plus forte discipline des soldats.

Évolution ultérieure

Initiée par Louvois, ministre d’état, et sur le conseil du maréchal de Vauban, Louis XIV, généralisera par ordonnance la platine à silex à la française (déjà partiellement en service dans l’armée depuis 1660 sur des mousquets allégés dits à fusil), sur les mousquets en allégeant leur poids en 1703. Les piquiers seront aussi supprimés et la baïonnette à douille généralisée sur les « mousquets à silex » (la baïonnette à douille autour du canon et permettant le tir, a remplacé la baïonnette-bouchon introduite dans le canon, sur l’initiative de Vauban en 1689). Un « mousquet à fusil » plus court destiné à la cavalerie, mais utilisant généralement la même cartouche au 2/3 de sa charge de poudre que le « fusil » (le reste de poudre de la cartouche est jeté), sera aussi inventé et prendra le nom de « mousqueton ». Il sera généralement attaché par un anneau à la selle des cavaliers. Le système simple qui le tient à la selle, prendra ultérieurement aussi le nom de l’arme « mousqueton ».

1728-40 Généralisation en France de la cartouche de guerre en papier, comportant 10 à 12 grammes de poudre noire (suivant la qualité de la poudre) et une balle de 16,3 mm en général. La balle est plus petite d’environ 1,2 mm que le calibre de 17,5 mm, pour qu’elle rentre facilement lors du rechargement, même si le canon est un peu encrassé par le tir précédent. Il n’y a plus de calepin de tissu graissé avec la cartouche, le papier de celle-ci en faisant office, tassé avec elle lors du rechargement. En revanche, ce type de chargement nuit à la précision, car la balle rebondit sur les parois internes du canon et c’est le dernier rebond avant sa sortie qui définit sa direction.

Carabine, Fusil, Mousqueton : Définitions

Il est important de clarifier les différences entre carabine, fusil et mousqueton, des termes souvent utilisés de manière interchangeable.

  • Fusil: Ce terme est apparu en France au tournant du XVIIIe siècle pour désigner une arme nouvelle, le fusil militaire, qui remplaça le mousquet. La différence résidait principalement dans la mise à feu à silex au lieu de la mèche. En 1840, avec le passage à la percussion, le terme "fusil" persista pour désigner le fusil d'infanterie. Dans le domaine civil, le terme "fusil" resta attaché aux armes lisses jusqu'à nos jours.
  • Carabine: Chez les militaires, la carabine est une arme courte, souvent lisse mais parfois rayée à la mode germanique à la fin du XVIIIe siècle. Elle désigne essentiellement une arme de cavalerie. Pour les civils, la carabine est uniquement une arme rayée, ce qui la différencie du fusil.
  • Mousqueton: Il s'agit de la version courte du fusil, conservant l'ancienne désignation de "Mousqueton".

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